PROPHYLAXIE
II résulte de la théorie que nous avons donnée du mode de propagation du choiera, il résulte surtout des faits que nous avons exposés , que si le mal doit arriver jusqu’à nous , ce n’est pas dans les cordons sanitaires qu’il faut chercher un secours contre son introduction, lis ont été partout impuissans; il faut donc y renoncer. Il faut renoncer également aux mesures désastreuses des isolemens partiels des villes et des maisons , isolemens qui répandent la terreur, augmentent la misère, et ne sont bons qu a accroître 1 intensité de la maladie. Ce n’est pas à des arrangeinens de cette nature que les gouvernemens doivent dorénavant consacrer les sommes considérables qui sont nécessaires pour 1 etablissement des cordons et des quarantaines. Est-ce a dire que, ne pouvant empêcher la pénétration du choiera , ils n ont plus rien à faire dans 1 interet des gouvernes ? non sans doute ; cet argent, quils ne doivent plus dépenser dans des mesures inutiles, qu il soit employé à diminuer i les causes d’insalubrité.
gouvernement fasse disparaître dans les diuerentes localités tous les foyers d’infection qui peuvent s’y trouver.
Comme la misere est un des plus puissans auxiliaires du choiera, qu’il s’occupe des classes pauvres, que leurs travaux ne soient pas suspenus, que leurs réduits soient visités, et qu’on prévienne , autant que faire se pourra , les encomoremeus dans les maisons, dans les hôpitaux, «lans les casernes. L'argent qui sera dépensé k
donner de l’ouvrage aux classes laborieuses, à les defendre contre la misère , contre les maux ouï en résultent, et contre leur propre ignorance, arrachera bien plus de victimes au choiera que ne le ferait 1 argent employé en immenses cordons. (Ju on se pénétré bien de cette idée, nous ne saurions trop le répéter , que des lignes militaires ne J arrêteront pas; mais des précautions prises dans 1 interet de la partie de la population la plus nombreuse et aussi la plus exposée au fléau , auront des résultats certains, limiteront le nombre des victinies, et offrent le seul moyen, s’il en est un d’arrêter le mal en;iui ôtant ses alimens, et en l’empêchant ainsi de se reproduire sur chaque place.
En même temps, le gouvernement ne doit pas faire comme celui d’Angleterre, qui a été pris à l’improviste. Il en résulte que rien n’était prêt pour recevoir l’hôte redoutable qui a débarqué à Sunderland. Outre toutes les mesures dont nous venons de parler, et dont le gouvernement a déjà pris
I initiative en partie , il faut designer des locaux pour servir d’hôpitaux, désigner les médecins qui en seront chargés, et préparer tout ce qui est nécessaire pour le traitement des cholériques. 11 serait trop tard de prendre ces précautions lorsque le choiera serait parmi nous.
Voila pour le gouvernement; voici pour les particuliers :
Les précautions bonnes à prendre ressortent immédiatement de la considération des causes qui ont été énumérées.
Avant tout, le régime alimentaire doit être bon.
II ne faut éviter que les excès : rien de plus funeste que les indigestions. De là naît la règle de la lem- i perancc, plus stricte en temps de choiera et plus immédiatement punie que jamais. Une nourriture
saine et prise en quantité suffisante, voilà le seul precepte à observer. Cela est facile pour les classes eclairees. J\Iais les classes inferieures ne quittent guère des alimens grossiers, indigesles et insuffisans, que pour se livrera des excès non moins funestes. Le seul remède, tout en leur procurant autant que faire se pourra, les moyens de se mieux nourrir, c’est de leur conseiller de s’abstenir des excès du dimanche et du lundi.
Il ne faut pas moins éviter les refroidissemens.
Ce sont la les deux préceptes capitaux de l’hygiène contre le choiera : tempérance et chaleur.
Les soins, les inquiétudes, les chagrins, la tristesse, seront écartes autant qu’il sera possible. Au moins est-il une terreur qu’il ne tient qu’à nous de bannir ; c est celle du choiera. Il faudrait avoir l’âme bien laible pour être frappé de crainte dans une maladie qui atteint si peu d’hommes sur toute la population.
Quant aux précautions que peut suggérer les faits de contagion qui paraissent authentiques dans certaines circonstances, les appartemens , les meubles et tous les effets, doivent être désinfectés à 1 aide du chlore, et il est inutile que les personnes qui n ont rien a faire auprès des malades ou dans I appartement des morts, viennent se mettre en contact avec les émanations cholériques. Mais nous ne conseillerons jamais de négliger aucun des devoirs du sang ou de l’amitié pour un si mince