‹ Traité du choléra orientalChapitre 4 sur 27 · TRAITE · texte numérisé non relu

TRAITE

DU

ORIGINE ET PROPAGATION DU CHOLERA (i).

Avant de donner la description de la maladie que l’on désigne sous le nom de choiera oriental, et de commencer l’examen des questions que son apparition a soulevées , il convient de tracer sommairement l’histoire de sa naissance dans rinde, et de sa propagation sur une partie du globe.

De temps en temps, des maladies nouvelles se sont montrées parmi les hommes ; c’est un fait notable dans la vie de l’humanité , et qui doit attirer l’attention de l’historien et du physicien ; de l’historien, car c’est un problème curieux et intéressant à résoudre , que de savoir si , à mesure que l’intelligence humaine se développe et établit de plus en plus son empire sur la nature, l’homme.

(i) On n’est pas d’accord sur i’étymologie du mot choiera {ythç.x). Les uns le dérivent de , bile; les autres le font venir de;^3).f^<a. gouttière, à cause de la manière dont se font les évacuations.

On l’appelle dans l’Inde mordcchi, d’où ou a fait mort de chien.

Les Arabes le nomment el haoua , vent, prétendant désigner par là sa propagation atmosphérique, dont on ne peut pas plusse défendre que d’une halle dans une bataille.

est plus ou moins exposé à de nouvelles cause* de maladies ; pour le physicien , car les races humaines , dont les pieds ne peuvent quitter le sol , tandis quelles sont plongées dans l’atmosphère , sont un immense et sensible réactif pour les influences terrestres et atmosphériques.

La petite-vérole a fait son irruption dans le monde vers le sixième siècle. La syphilis s’est développée pour la première fois, ou a pris une forme nouvelle et plus grave , à la fin du quinzième. Rhazès, médecin arabe, qui vivait au neuvième, a le premier parlé d’une manière précisé de la rougeole, et ébauché sa description. Le berceau de toutes ces maladies est enveloppé de ténèbres impénétrables. Où et comment se sont-elles montrées d’abord ? ce sont là des questions que l’éloignement des temps et l’absence de documens rendent tout-à-fait insolubles.

Le choiera vient d’offrir à la science contempQraine le même problème que celui sur lequel elle s’était vainement fatiguée pour des siècles reculés.

C’est à l’année 1817, dans un district de l’Inde, que l’on rapporte son origine, à Zilla Jessore, ville située à cent milles au nord-ouest de Calcutta. Le 17 août de la même année, le docteur Tytler fut conduit par un médecin indou , vers un malade qui, la nuit, avait ete pris de coliques, de vomissemens, de diarrhée; qui, au moment de la visite , était couvert d une sueui froide, avait le pouls insensible, la face cadavérique , et qui mourut le lendemain matin. Le docteur Tytler ne songea nullement au choiera ; il crut même à un empoisonnement , le malade devant paraître le lendemain comme témoin dans une affaire criminelle. Mais le 20 les Indous an-* noncèrcnt que, dans le même coin du bazar, dix

hommes étaient morts avec les mêmes symptômes , sept dans un autre endroit, et que plusieurs éprouvaient les mêmes accidens dans différentes lues de la ville. Si la maladie s était bornée là , elle n’aurait pas pris un autre caractère que celui qu’avait déjà observé Bontius et d’autres médecins. C’aurait été une épidémie de choiera sur la ville de Jessore, rapide, aiguë, dangereuse. Mais tous ces phénomènes s’étaient montrés à nos prédecesseuis ; le choiera avait de temps à autre sévi sur certains points ; après avoir exercé ses ravages, il s’éteignait sans se répandre.

Cette année-là il n’en fut point ainsi. Le point de départ de la maladie n’était pas seulement à Jessore. Le mal s’était montré en mai à Nordia , et bientôt 1 on sut que le choiera exerçait ses ravages sur toute l’étendue qui sépare Silliet de Monghir, et même depuis le Delta du Gange jusqu a la reunion de ce fleuve avec le Jamna. Cette vaste épidémie a rapidement gagné toute l’Inde comme une traînée de poudre. Dès l’année 1818, la plus grande partie des possessions britanniques est en proie au fléau , et bientôt il rayonne au-dela de son foyer primitif. Il suit deux directions principales, l’une à l’Ouest, l’antre à l’Est. Le prerrner rayon gagne la Perse, l’Arabie; il envahit Mascate et Bassora , et s’élance à travers 1 Océan , jusqu aux îles de France et de Bourbon.

divise pour se

de NÙt’re ^^d-Ouest sur Schiras;

le de l’Euphrate. Ainsi

e voila s approchant de l’Europe par deux voies •

d ~e 'un Côté la Syrie*^; Se l’auïre, p"

qnes de la lî*^ provinces caucasi-

rîa viLS-f, d envahit la Syrie

la ville d Alep, toute la Perse et la ville russe

d’Astraklian sur le Wolga ; mais là il s arrête, sans qu’on poisse imputer cette suspension ni aux cordons ni aux quarantaines. Il ne franchit pas les limites de la Syrie , il ne remonte pas le Wolga; il s’éteint , et l’Europe menacée se fissure. 11 arrivebien jusqu’à elle quelques bruits d epidemies meurtrières dans les steppes immenses de la 1 aitarie; mais là le fléau semble s egarer dans ces

solitudes, et s’y engloutir.

Son rayon porté vers l Est eut le meme sort. Après avoir envahi l’Inde-au-delà-du-Gange ravagé le royaume de Siam et Bankok , ou il enleva, dit-on , 4o,oooâmes,il gagne la Chine, ou il fut très-meurtrier; il se propage a. t rave i s les îles nombreuses de l’Océan indien ; on le retiouve A Macassar, dans l’île des Célèbes , mais bientôt il se perd dans les déserts de 1 Océan , il s’était perdu dans les solitudes de la Haute- Asie ; seulement il renaît

xalle dans l’Inde, son foyer primitif , et il y t,aide son funeste caractère.

Tels sont les premiers mouvem^ens du Volera. En 1817, il se manifeste dans le Bengale , et , de 1822, onle trouve sur les rives de la Mediterranee et sur celles du Wolga. Quelle cause a arrête sa maidie, jusque là si rapide? Assurément ce ne son

ni les cordons ni les ’in-

établit point. Quelle cause ^

cendie qui paraissait près de s eteindre, et lu

donné asseï de force pour

lesquelles il était venu mourir une “

C’est un problème dont la solution n e^t pas po sihle- o t qu’une nouvelle propagation se soit du fodr de l’Inde , soit que le ma se soi

reproduit de lui-même, les.

,829 il parait en Perse , et que de la d fea^ne tes.

provinces du Caucase, franchit les monts, sc porte au IN'ord le loup; de la mer Caspienne, et reparaît à Astrakhan le 5o juillet i85o. Mais ce n’était pas là le seul point par lequel il entamait la Russie: à Orenbourg sur l’Oural, aux limites de l’hurope et de l’Asie, il éclate avec violence, importé, dit-on, par ces caravanes qui arrivent de la Bukharie et du Rirvan.

Alors le mal parut plus menaçant que jamais ; le gouvernement russe prend des mesures sanitaires rigoureuses, mais le choiera n’en gagne pas moins l’IIkraine , la Crimée, la Volhynie; d’une autre part, il marche sur Moscou. En i85o cette ville est envahie. Vient la guerre de Pologne en i85i , et bientôt la traînée fatale atteint Varsovie et toute la Pologne, et pénètre en Gallicie ; dès-lors le fléau marche en Europe par deux voies bien distinctes : par l’une il se porte sur Berlin, par l’autre sur Vienne. Les cordons se multiplient; on ferme la Prusse et la Hongrie, on garnit l’Oder et la Theiss. Vains efforts! Dantzig est pris , comme Bude ; l’Oder franchi , comme la Tlieiss , et le premier septembre 1 85 1 , les deux grandes capitales de l’Allemagne sont frappées. L’Elbe lui-même est franchi , et l’Europe occidentale reste ouverte par deux grandes voies au fléau voyageur. Mais pendant qu’il faisait ces larges trouées, il n’en avait pas moins suivi une autre direction vers le Nord. Archangel et Saint-Pétersbourg avaient été envahis; et nous apprenons aussi que la Finlande est attaquée à son tour.

Puis^ de Hambourg, il a traversé la mer d’Allemagne , et est allé se fixer à Sunderland. De là il se propage en Angleterre de la même manière qu il s’est étendu dans les autres pays, et tous

les jours les journaux anglais nous apprennent l’infection de nouvelles localités. Le gouvei nement ne prend aucune précaution sanitaire, n’établit aucun cordon pour arrêter les progrès du mal. Le choiera se répand de proche en proche, n’en va pas plus vite, comme sans doute il n’irait pas plus lentement , quand bien rnôme on lui aurait opposé ces impuissantes barrières.

Telle est la marche rapide qui, de i85oà i85i, l’a porté, des hordsdel’Oural, delamer Caspienne et des montagnes du Caucase , jusque sur le golfe de Finlande, les rives de la Sprée, de l’Elbe, du Danube, et les côtes d’Angleterre. Rien n’annonce qu’il doive faire une halte comme celle qu’il fit en 1820; et , quand il la ferait, rien ne nous assurerait non plus que cet incendie mal éteint ne se rallumerait pas une troisième fois.

Mais ce n’est pas tout de renaître en Perse et en Russie; il s’est réveillé en Arabie, a dévasté la Mecque et les caravanes de pèlerins , a reparu à Damas, et, ici encore , le flot malfaisant n est pas venu mourir sur les rives du Jourdain et de 1 0ronte. Tandis que les glaces de la Rupie ne l’arrêtaient pas, les sables brûlans du désert ne purent suspendre sa marche : il attaque Suez, frappe l’Egypte , et arrive jusqu à Alexandrie.

Certes, ce n’est pas sans cette espèce d étonnement qu’inspirent les grandes choses , que 1 on considère la rapidité de sa marche, et 1 immensité des pays qu’il a parcourus.

Avant tout , notons qu’il a pris pied dans tous les climats , en Russie comme en Arabie, en été comme en hiver, dans la Géorgie montagneuse comme dans les plaines de Pologne, dans le pays sec de la Perse comme dans les marécages des bords de la mer d’Azow.

Notons, encore que sa naissance n’a pas été simultanée sur des points très-éloignés, qu’il n’a pas apparu , par exemple, en Perse en même temps qu’en Allemagne; mais que ses progrès ont été successifs, enchaînés l’un à l’autre, et que, là où ,il a fait des sauts, ces interruptions sont peu étendues , et s’expliquent, comme nous le verrons plus tard , par des circonstances particulières.

En un mot, cet exposé géographique prouve que le choiera peut se développer partout , mais que, dans son état actuel , il forme une longue traînée depuis les rives du Gange jusqu’à la mer d’Allemagne , jusqu’à l’Elbe et le Danube.

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