‹ Traité du choléra orientalChapitre 6 sur 27 · MALADIES SECONDAIRES · texte numérisé non relu

MALADIES SECONDAIRES

Plusieurs affections ont cela de particulier , qu’après une durée plus ou moins longue elles amènent d’autres affections qui sont quelquefois fort dangereuses. Ainsi les fièvres intermittentes, quand elles se sont prolongées, déterminent le gonflement de la rate, son induration et une ascite , maladies toutes différentes de la fièvie d’accès, mais qui sont liées à elle par un rappoit

"IreTett de même du choiera ; il a aussi une suite qui n’est pas moins dangereuse que lui- Seulement tout se passe avec la rap.d.te de la maladie principale. Dans le peu qu’il dure, s’il ne se termine ni par la moit m

par la santé , il jette dans l’économie assez de perturbations pour qu’il en naisse des affections nouvelles d’un tout autre caractère, et qui n’ont de commun avec lui que l’extrême péril où elles jettent les malades. C’est là ce que les médecins ont appelé la seconde période du choiera ; mais à tort, car il ne reste plus un seul de ses symptômes.

Voici ce qu’on lit à ce sujet dans le rapport des médecins du Bengale ;« La lièvre, qui presque invariablement accompagnait cette seconde période de la maladie , participait beaucoup de la nature des maladies bilieuses ordinaires de ces contrées. La peau était chaude et sèche, la langue épaisse et couverte d’un enduit épais , la bouche sèche, la soif vive ; il y avait des nausées, de i agitation , de l’insomnie; le pouls était rapide et variable, quelquefois avec délire et stupeur ou d’autres affections bien prononcées du cerveau. En général, lorsque la maladie était mortelle dans cette période, la langue, de blanche quelle était, devenait brune, quelquefois noire, dure, et se couvrait d’un enduit plus épais; les dents et les levres offraient uii enduit noir ; 1 état de la peau variait, des frissons alternant avec des bouffées de chaleur, le pouls devenait extrêmement rapide, faihle et tremblottant. A ces symptômes succédaient des hoquets , une respiration suspirieuse, une extrême agitation et des raouvemens sourds ; enfin le malade succombait, dans un état d’insensibilité, aux effets debilitans dune fièvre lente, nerveuse, et de

frequentes évacuations alvines noires et poisseuses.»

M. Keir, médecin anglais établi à Moscou , qui y a observé le choiera pendant l’automne de i83o

et riliver de i83i , donne la description suivanlCï de ces maladies secondaires : « J’ai observé, dit-il, que la maladie , dans cette seconde période, pouyait prendre quatj e formes différentes :1a première présentant un état inflammatoire de l’estomac et des intestins ; la seconde, offrant une irritation inflammatoire des poumons avec douleur dans la poitrine , toux , expectoration visqueuse et fièvre ; la troisième, caractérisée par une lièvre bilieuse ounervoso-bilieuse avec suppuration des parotides ; la quatrième, enfin, présente un état de congestion et de sub-inflammation du cerveau et delà moelle épinière. Cette dernière était sans contredit la plus dangereuse et la plus souvent fatale de toutes. Elle paraissait en général se déclarer après que les évacuations alvines , les vomissemens et les crampes avaient cessé, et que la chaleur naturelle s’était un peu rétablie. Le malade se plaignait alors de douleur dans le dos, entre les deux épaules ou dans quelque autre point de la colonne vertébrale, quelquefois même tout le long de son trajet. Il paraissait assoupi au point que d’abord j’étais disposé à attribuer cet état , en partie au moins, à l’opium administré pendant la première période. Mais bientôt je me suis convaincu que la cause de ce symptôme et d uu autre qui caractérise fortement cette forme de la maladie, je veux parler de l’injection des vaisseaux de la conjonctive ,. était une congestion et un état sub-inflammatoire du cerveau et de la moelle rachidienne. Ce symptôme caractéristique , la rougeur de la con)onctive , commençait d’abord à se montrer dans la partie inférieure du globe de l’œil, augmentait graduellement, et finissait par gagner la partie supérieure en meme temps que les yeux se tournaient eu haut , et lais-

salent voir toute leur partie inférieure gorgée de sang. Cet état se terminait ordinairement par un eoma profond, et par la mort au bout de quelques heures. »

Ces observations , répétées sur presque tous les points où s’est manifesté le choiera , prouvent que la fièvre secondaire est un annexe de la maladie luincipale, et qu’elle ne tient pas plus aux localités que le choiera lui-même. Elle s’est manifestée a ]\Ioscou et a Saint-Pétersbourg tout aussi bien qu’au Bengale. Elle est un résultat nécessaire de certaines conditions inhérentes au choiera. La maladie parvenue à cette état n’a plus aucun de ses caractères primitils ; la métamorphose qu’elle subit est telle que , sans l’aide des signes commémoratifs , il serait absolument impossible de porter un diagnostic assuré , et elle n’est guère moins redoutable que la forme inimordiale de la maladie. Il parait à ce sujet , que , dans 1 Inde , plus de malades meurent dans la première période, et qu’en Russie, plus de malades ont été victimes de cette seconde période.

Le docteur Romberg, de Berlin , expose ainsi qu il suit ses observations ; « Parmi les maladies secondaires du choiera , les plus dangereuses sont les affections cérébrales qui se sont présentées à moi sous différentes formes, le plus souvent sous la forme typhoïde , plus rarement sous celles d’apoplexie , de convulsion ou de délire, jamais ^ous celle de paralysie. L’époque de leur apparition est variable; quelquefois elles se montrent des le premier jour après la cessation du choiera, plus souvent le second et le troisième. Elles s’annoneent par les caractères suivans ; rougeur consi eia e de la face, injection de la conjonctive , éclat extraordinaire des yeux, augmentation de

chaleur J respiration bruyante, pouls accéléré et vibrant, peau sèche et rude, tension et sensibilité à l’épigastre , inquiétude , agitation de la tête , regard üxe ou incertain, quelquefois un sentiment inattendu de bien-être général qui n est pas en rapport avec les autres symptômes. Bientôt le caractère typhoïde se dessine davantage ; les paupières fournissent un mucus jaunâtre ; les narines sont fuligineuses , la langue devient sèche, brune, noirâtre. La physionomie prend le caractère particulier de stupeur ; cependant les yeux continuent à se tourner en haut, les paupières restent entr’ouvertes comme dans le choiera. Le malade est dans la somnolence; néanmoins, au début, on 1 eveille facilement; ü reconnaît les personnes qui l’entourent, répond d’une voix bégayante , et retombe dans son sommeil. La chaleur de la peau est inégale , pins grande au tronc , moindre aux extrémités. Le pouls, ordinairement de 80,90, loo battemens, est quelquefois plein; dans d’autres cas, petit et faible. Les selles sont bilieuses, épaisses , mêlees de masses gélatineuses, et s échappent, comme l’urine, à l’insu du malade. ^ ^ ^

« Ce qui distingue surtout cette affection ceiebrale consécutive du typhus et de la fièvie neiveuse, c’est qu’elle n’a ni type , ni coacerbations, ni rémissions. Elle n offre aucun changement le matin, à midi , le soir, dans la nuit.

« La durée en est variable ; la mort survient au bout de 24, 56, 72 heures, rarement plus tard ;

la guérison , le 3' ou 4* i^>ur.

« Le danger est très-grand , et je n hesite pas à déclarer cette affection cérébrale aussi périlleuse que le choiera lui-même.

ü Après ces affections cérébrales viennent celles

*de I abdoTnen , qui ont leur siège le plus souvent dans la membrane muqueuse de l’estomac et des intestins , plus rarement dans le foie. Dans aucun cas je n ai vu le péritoine enflammé; cette circonstance fait que les malades, qui gardent leur pleine connaissance, ne se plaignent pas spontanément de douleur dans l’abdomen , et ce n’est que lorsqu’on presse fortement cette partie, qu’ils ressentent une sensibilité qui persiste quelquefois après la convalescence , et que développe le moindre hoquet. Ordinairement le ventre est souple , le pouls est accéléré, la chaleur accrue, la peau sèche , la langue rouge et sèche , la soif forte ,

1 urine rare et rougeâtre. Le vomissement ou la diarrhée reparaissent quelquefois; mais les matières évacuées sontbilieuses, et jamais, dans cet état, je n ai vu reparaître les évacuations propres au choiera ; souvent aussi il y a constipation. Quand cette maladie secondaire ne se complique pas d’affection cérébrale, le pronostic est plus favorable.

O Plus rarement que les inflammations abdorninales , se présentent celles des organes thoraciques , comme suite du choiera. Je n^'^i observé qu un petit nombre de fois la pleurésie qui a exio-é 1 emploi répété de la saignée. Le sang s’est alors couvert d’une couenne. »

De tout ceci, il résulte que, dans tons les lieux , le choiera a été , sur un certain nombre de sujets, suivi de maladies secondaires;

Que ces maladies ont beaucoup de gravité, oresque autant que le choiera lui-même f

® es ont cela de paiticulier, que leur siège

t" t î Puisqu’on les a observées affeL

tant tantôt le cerveau , la moelle et leurs an-

exes , tantôt les organes abdominaux , tantêt la j'oiirine ;

Que la cause de cette variation dans le siège doit tenir à quelque phénomène particulier au choiera ;

Enün, qu’elles ne présentent pas la même marche que les affections semblables nées spontanément, qu’elles se terminent plus vite, soit par la mort , soit par la guérison , sans suivre les mêmes périodes, et qu’elles ont, dans leur cours, quelque chose de semblable aux maladies par cause externe, qui ont aussi une marche différente des affections spontanées.

Ces particularités seront 1 objet d un examen plus détaillé, quand nous parlerons de la nature du choiera.

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