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Traité du ciel [Texte imprimé]

Le Traité du Ciel est le système du monde tel qu’on le concevait en Grèce au temps d'Aristote. Analyse du Traité du Ciel; théories principales : sur l’étude de la nature, sur le mouvement, sur l'origine des choses, sur les astres, sur l’immobilité de la terre, sa sphéricité, ses dimensions ; sur les phénomènes de la pesanteur. — Exposition abrégée de l'état actuel de l’astronomie : système solaire, système sidéral ; détails sur les corps divers de notre système, soleil, planètes, satellites, astéroïdes, comètes ; détails sur le monde sidéral, étoiles, nébuleuses résolues et non résolues. — Considérations sur les progrès de l'astronomie ; importance supérieure de la théorie. De l’idée de la science; cette idée est née dans la Grèce; impuissance scientifique de i’esprit Asiatique. — Admirable beauté du système du monde ; de la cause première des choses; l’hypothèse de la nébuleuse ne remonte pas assez haut ; objections qu’on peut y faire; manifestation éclatante d’une Intelligence toute puissante dans les lois qui régissent les mondes ; enseignement que l'homme peut tirer de l'astronomie.

« 11 y a extrêmement loin, dit Laplace,de la pre-

» mière vue du ciel à la vue générale par laquelle

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» on embrasse aujourd’hui les états passés ou futurs » du système du monde »

Je mets le Traité du Ciel d’Aristote sous la protection de cette pensée si juste du grand géomètre. Oui ; il y a une distance considérable entre les premières idées que les hommes se sont faites du mouvement des astres , et la sûre doctrine où , de nos jours, la science est parvenue. C’est là un fait évident que personne ne voudrait nier. En comparant l’ouvrage du philosophe grec à la Mécanique céleste, on peut sans peine mesurer l’intervalle immense qui les sépare, et il faudrait être un admirateur bien aveugle de l’antiquité, ou un détracteur non moins passionné du temps présent , pour ne pas reconnaître la supériorité incontestable des modernes sur leurs devanciers. Mais le Traité du Ciel d’Aristote n’en mérite pas moins , tout imparfait qu’il est, la plus sérieuse attention et la plus haute estime. Les historiens de l’astronomie, et à plus forte raison les astronomes, l’ont dédaigné , quand ils ne l’ont pas tout à fait omis; et l’on pourrait croire , en voyant cette négligence ou ce mépris , qu’une théorie du monde, élaborée par un homme tel qu'Aristolc, au plus beau temps de la Grèce , ne

1 Laplace, Exposition du système du monde, Tome I, page 1, édition de 18S4.

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vaut pas la peine qu’on s'y arrête un seul instant. Ce serait là un jugement très-superficiel et trèsfaux. J’espère qu’on s’abstiendra de le porter , si l'on veut bien examiner les choses d’un peu plus près, et jeter un coup d’œil sur la carrière que l’astronomie a parcourue depuis le iv* siècle, avant l’ère chrétienne , jusqu’au nôtre. Cette carrière est trèsvaste, sans doute; mais pendant cet espace de plus de deux mille deux cents ans, elle présente un progrès continu, qu’on peut suivre sans interruption , malgré de longues intermittences , du maître d’Alexandre aux plus illustres de nos contemporains.

Ce tableau peut être très-instructif, et je voudrais en indiquer les principaux traits, avec une concision qui permettra de les saisir plus aisément.

On suppose bien que je n’entreprendrai pas ici une histoire, même très-abrégée , de la science des astres ; mais en me bornant à montrer où en étaient les esprits les plus éclairés au siècle d’Aristote , et où nous en sommes aujourd’hui, je rapprocherai les deux points extrêmes : le point d’où est parti l’esprit humain dans les écoles de la Grèce , et le point qu’il a atteint en ce moment, sans préjudice des conquêtes illimitées qu’il lui restera toujours à faire.

On pourra tirer un autre avantage de celte rapide esquisse; et en élargissant un peu le cadre, on verra non-seulement comment a procédé l’astronomie ,

PRÉFACE

mais, d’une façon plus générale, comment procède la science. Quoiqu’on en ait pu dire, l'esprit humain n’a pas deux méthodes; surtout, il n’a pas de solutions de continuité. Je ne parle que des races auxquelles nous appartenons, et écartant des races moins heureusement douées, je dis que nous ne formons qu’une seule et même famille intellectuelle avec les Grecs , et que sans eux la science, sous toutes ses formes, serait peut-être encore à naître. C’est la Grèce , la première , qui a conçu l’idée de la science, et qui l’a pratiquée avec ua succès , auquel on n’a pas toujours su rendre justice. L’histoire de l’astronomie est fort curieuse; mais celle de la science l’est encore bien davantage ; et comme l’astronomie se donne, à très-bon droit, pour une des sciences qui font le plus d’honneur à l’intelligence humaine, nous pourrons avec sécurité la prendre pour mesure de toutes les autres. Nous trouverons ainsi, dans la loi qui a présidé à ses développements, la loi même de tout savoir humain.

Ajoutez qu’Aristote , de son côté , n’est pas moins digne d'ètre choisi pour le représentant des connaissances de son âge. Il a su tout ce qu’on pouvait savoir à son époque; cl il a joint h la tradition la puissance de son propre génie, qui, h bien des égards, est le plus grand que Dieu ait jamais fait. Aristote, écrivant un système du monde

comme on pouvait l’écrire alors , mérite donc d’abord qu’on l’écoute; mais en outre, il nous fournit le plus ancien document auquel nous puissions recourir. Bien d’autres, avant lui, avaient essayé de comprendre l’ordre de l’univers ; mais son ouvrage est le seul que le temps nous ait transmis dans son intégrité. C’est par lui, il faut bien le savoir, que commence authentiquement l’histoire de l’astronomie, comme celle de la plupart des autres sciences. Ignorer ou négliger ce fait, c’est manquer à la méthode d’observation, dont l’astronomie se fait gloire d’élre le modèle le plus accompli.

Ainsi , des considérations générales sur l’astronomie et sur la science, le Traité du Ciel étant pris pour point de départ, voilà ce qu’on trouvera dans ce qui va suivre.

Mais , je l'avoue , je croirais manquer à une aussi noble science que l’astronomie, et à un maître aussi vénéré qu’Aristote, si je n’allais pas jusqu’au bout de ces grandes idées. L’objet de l’astronomie est , sans contredit, le plus frappant, si ce n’est le plus important , de tous ceux qui peuvent intéresser l’homme. Rien n’égale le spectacle des cieux, même pour les yeux les moins attentifs et les plus ignorants. Rien n’étonne et ne subjugue notre pensée , comme ces mondes innombrables roulant dans l’espace avec une régularité éternelle, que nous admi-

rons d'autant plus que nous la comprenons mieux. Se contenter d'observer ces phénomènes , sans essayer de remonter jusqu’à leur cause , me semble une prudence excessive. Je puis l’approuver dans la science spéciale des astres ; mais je la blâme en philosophie. L’astronome, se renfermant dans son rôle strict, peut bien ne pas s’élever plus haut que les faits eux-mémes et que les lois qui les régissent. Mais le savant ne cesse pas d’être homme. Se résoudre à ne pas chercher le sens définitif et suprême de toutes ces merveilles, c’est abdiquer sa raison dans ce qu’elle a de plus essentiel ; c’est se mettre , en quelque sorte, en dehors de l’humanité; car, au fond, ce que l’esprit humain demande à toutes les sciences qu’il crée et qu’il cultive, ce ne sont pas les services matériels qu’elles lui rendent; c’est l’explication de plus en plus compréhensive de l’énigme du monde, dont l’astronomie est une des révélations les plus éclatantes.

Nous pouvons donc nous permettre d’aller un peu au-delà de l’astronomie, et ne pas nous en tenir trop étroitement aux scrupules de quelques savants de notre siècle. Newton , en terminant ses « Principes mathématiques de la philosophie naturelle, » n’a pas cru qu’il lui fût interdit de remonter jusqu’à la cause éternelle , infinie et toute-puissante du mouvement. Il semble que cet exemple est une

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autorité suffisante; et ce serait être par trop méticuleux que de craindre d’imiter l’auteur de la théorie de la gravitation. Pour ma part, je ne me résigne pas à faire de l’astronomie une science stérile dans l’interprétation générale des choses ; et je tâcherai d’en faire sortir quelques conclusions qui en dépasseront le domaine, mais qui, pour cela, n’en seront ni moins sûres ni moins graves.

Je ne dirai rien de ce qui a précédé Aristote. Ce n’est pas que je ne tienne le plus grand compte des travaux antérieurs , dans l’École de Pythagore, dans l’École d’Ionie, dans l’École de Platon, etc., etc. Aristote, en discutant les opinions de ses prédécesseurs, nous prouve assez le cas qu’il en faisait. Nous aurions aujourd’hui bien tort d’être moins équitables que lui. Mais comme il s’agit ici , non de la part qui lui revient personnellement, mais de l'état où était la science entre ses mains, il convient de laisser de côté des théories que nous ne connaissons que par fragments. Sans les citations qui en ont été faites plus tard, nous ne saurions pas même qu’elles ont existé. Ni les Pythagoriciens, ni les Ioniens ne se présentent à nous avec un ouvrage complet. Quant au Timée de Platon , il contient tant de questions diverses, outre le système du monde, que je ne crois pas devoir le faire figurer dans cette revue , dont Aristote sera tout le fondement.

PRÉFACE

Le Traité du Ciel est si bien ce que nous entendons par le système du monde , qu'Arislote luimême renvoie plusieurs fois le lecteur à ses traités particuliers d’astronomie. Il distinguait, absolument comme nous pourrions le faire, la théorie générale, qui est arrivée jusqu’à nous, et les observations de détail sur lesquelles il voulait l’appuyer et qui malheureusement ont péri. Noos n’aurons donc pas précisément, dans le Traité du Ciel , de l’astronomie du genre de celle que nous trouvons dans Plolémée; mais toute proportion gardée, c’est l’entreprise de Newton et de Laplace; c’est-à-dire, un résumé de l’ensemble des phénomènes, avec une théorie de la pesanteur et du mouvement.

Afin de dénaturer le moins possible la pensée du philosophe, je la suivrai fidèlement pas à pas. La composition du Traité du Ciel, n’est ni très-régulière ni très-bien ordonnée, défaut commun de plusieurs autres ouvrages auxquels Aristote, enlevé par une mort violente, n’a pu mettre la dernière main *. Mais quelle que soit cette composition, en voici l’analyse.

La science de la nature, dit Aristote en débu-

1 Je me borne au Traité du CM, et je laisse de côté la Métaphysique la Physique , la Météorologie, etc., d’où l’on pourrait tirer beaucoup de rapprochements ; mais ils m’auraient entraîné trop loin de mon sujet.

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tant, consiste presqu’uniquement dans l’étude des corps, et dans l’étude de leurs mouvements et de leurs modifications. Le corps est ce qui a les trois dimensions et est divisible en tous sens, comme l'ont dit les Pythagoriciens. Il n’y a que deux mouvements simples : le mouvement en ligne droite, et le mouvement circulaire. Le mouvement des corps naturels ne peut aller qu’en bas ou en haut. Par le bas , on entend la direction vers le centre; par le haut, la direction qui s’éloigne du centre. Le mouvement en ligne droite va, soit en haut , soit en bas; il peut s'éloigner ou se rapprocher du centre, selon l’espèce des corps. Quant au mouvement circulaire, qui a lieu à une distance quelconque, il se fait toujours autour du centre; et la relation, une fois établie, peut ne plus changer.

Le mouvement circulaire participe à la nature même du cercle ; dans son genre , il est parfait ; le mouvement, en ligne droite, ne peut jamais l’être, puisque ce mouvement est nécessairement incomplet, comme la droite elle-même, qui n’est jamais finie et à laquelle on peut sans cesse ajouter. Le mouvement direct appartient aux éléments, qui se dirigent, soit en haut , comme le feu , soit en bas , comme la terre. Le mouvement circulaire doit appartenir à un corps plus relevé et « plus divin » que

PRÉFACE

ceux-là. Ce corps doit être simple et parfait, ainsi que le mouvement qui l’anime.

Pour étudier le corps doué du mouvement circulaire et différent de tous ceux que nous connaissons, c’est à la raison, selon Aristote, qu’il faut s’adresser. Ce corps, quelle que soit d’ailleurs son essence, ne peut avoir ni pesanteur ni légèreté, comme en ont tous les autres corps sans exception. S’il était pesant, il se dirigerait en bas comme tous les graves; s’il était léger, il se dirigerait en haut comme tous les corps ignés. Le corps à mouvement circulaire n’est donc ni léger ni pesant, puisqu’il ne se dirige ni en haut ni en bas; aucune de ses parties ne peut être non plus ni légère ni pesante. 11 s’ensuit que ce corps est unique en son espèce. 11 ne peut pas subir la moindre altération; il ne croît ni ne décroît; il est impérissable et éternel, de même qu'il est absolument immuable *.

Voilà, d’après Aristote, ce que dit la raison. Mais les faits eux-mêmes, ajou te- t-il, se chargent de vérifier ces principes théoriques. Le philosophe invoque ici le témoignage unanime des peuples et celui des siècles écoulés. Le corps à mouvement circulaire,

1 Lapiace s’est prononcé aussi pour la stabilité du système du inonde, par d’autres raisons, mais non pas plus énergiquement ; Exposition du système du monde. Tome II, pages iO et 396, édition de 182a.

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c’est-à-dire le ciel, est si évidemment quelque chose de divin, et de tout à part dans la nature, que c’est là où « tous les hommes, grecs ou barbares, pourvu » qu’ilsaient quelque notion de la divinité, placent la » demeure des Dieux qu’ils adorent.» Ils croient que le séjour des Dieux est immortel, comme les êtres supérieurs qui l’habitent. Bien plus , a-t-on jamais remarqué dans le ciel le moindre changement? La tradition , soigneusement transmise d’âge en âge , y a-t-elle jamais signalé la plus faible perturbation? Cette course éternelle a-t-elle jamais été troublée? Et le mot d’Éther, par lequel on désigne généralement ce corps , n’exprime-t-il pas à la fois et le mouvement qui l’emporte et l’immuabilité de ce mouvement? Mais, comme Dieu et la nature ne font jamais rien en vain, il est clair que ce corps est seul et qu’il forme un tout ; car un second corps de même genre ne pourrait être qu’un contraire, et il n’y a rien de contraire ni au cercle ni au mouvement circulaire.

Est-ce à dire que ce corps un, impérissable , immuable, parfait, divin, éternel, soit en outre infini? Aristote ne le pense pas. Tou l corps est nécessairement fini ; et celui-là, précisément parce qu’il est parfait, doit être fini. La perfection implique une fin et une limite. En efiet, le ciel accomplit sous nos yeux son mouvement circulaire, fini et limité. Ce mouvement

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se fait autour d’un centre ; et il n’y a ni centre ni milieu pour l’infini. Le ciel n’est donc pas plus infini que son mouvement. L’infini ne peut pas se mouvoir ; car, s’il se portait dans un lieu autre que lui-même, il ne serait plus l’infini. Et peut-on comprendre deux infinis, dont l’un agirait sur l’autre?

Aristote poursuit.

Si le ciel est fini, il renferme néanmoins toutes choses: il est impossible d’imaginer un corps qui soit en dehors de lui. En supposant qu’il y ait encore d'autres mondes que le nôtre, les éléments y seraient toujours ce que nous les observons icibas, les uns se portant vers le centre, les autres s’en éloignant. Il faudrait donc qu’il y eût un centre dans ces mondes; alors notre terre serait attirée vers ce centre, qui ne serait plus le sien , et elle serait animée d’un mouvement contre nature, que nous ne lui voyons pas. Par un renversement analogue , le feu, au lieu de se diriger en haut, se dirigerait en bas. Ce sont là des impossibilités manifestes; et comme nous voyons le centre de la terre immobile , il n’est que faire d’inventer un autre monde et un autre ciel purement hypothétiques. Le centre de l’univers est unique , ainsi que son extrémité. Ce centre est celui de la terre, vers lequel les graves sont attirés avec d’autant plus de force qu’ils s’en rapprochent davantage dans leur chute. L’extrémité de l’u-

nivers, c’est la circonférence extrême du ciel, parce qu’au-delà il n’y a rien. Les révolutions éternelles et régulières du ciel mesurent la vie et la durée de tous les êtres, qui participent plus ou moins à cette éternité. Il n’y a que le divin qui ne meurt ni ne change. Dieu donne le mouvement et ne le reçoit pas; car il faudrait, pour qu’il le reçût, qu’il y eût quelque chose de plus fort et de plus puissant que lui. * Il est tout à fait conforme aux lois de la raison, » dit Aristote, que le divin se meuve d’un rnouve- » ment qui ne s’arrête jamais; et tandis que toutes » les choses qui sont mues s’arrêtent quand elles » sont arrivées à leur lieu propre , c’est éternelle- » ment, pour le corps à mouvement circulaire, un » seul et même lieu que le lieu d'où il part et le lieu * où il finit. »

Aristote rappelle ici une question difficile et profonde. Le ciel a-t-il été créé? A-t-il commencé un jour à devenir ce qu’il est? Ou bien a-t-il été, de toute éternité, ce que nous le voyons? Sur ce grand problème, Aristote interroge ses prédécesseurs, eutr’aulres, Empédocle, Iléraclite, et Platon dans le Tintée. Tous ont cru qu'à un certain moment donné, le monde a commencé d’être ce qu’il est, en d'autres termes, qu'il a été créé. La seule différence entre ces philosophes , c’est que les uns affirment que le monde, une fois organisé, res-

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tera éternellement dans son ordre actuel; et que les autres, au contraire, affirment que cet ordre est périssable, comme le sont tous les composés que la nature renferme. Aristote n’accepte ni l’une ni l’autre de ces solutions. Croire que le monde change seulement de forme, revient au fond à croire qu’il est éternel; car, dans celte hypothèse, « ce n’est pas » le monde qui péril jamais; ce sont simplement ses » constitutions successives. » D’autre part, soutenir que le ciel a été créé et qu’il est désormais impérissable, dans son état présent, c’est une contradiction flagrante ; car, en analysant de près le sens des mots, on voit aisément qu’il n’y a d'impérissable et d’éternel que l’incréé, et que tout ce qui est né et s’est produit à un moment quelconque , est inévitablement destiné à périr.

Aristote se prononce donc pour l’éternité du monde et du ciel, qui a toujours été et qui toujours sera ce qu’il est , jouissant en quelque sorte d’un perpétuel présent , comme l’Être même dont il reçoit le mouvement, et avec lequel il se confond peutêtre. « Le ciel ne connaît pas de fatigue; et il n’est » pas besoin de supposer , en dehors de lui , une » nécessité qui le contraigne à suivre un mouve- » ment qui ne lui serait pas naturel. Il faut aban- » donner au vulgaire cette vieille fable qui se figure » que le monde, pour se conserver, a besoin, à

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» défaut de ses lois régulières, de quelqu’Atlas, qui » le soutienne. » Cette conception chimérique va de pair avec la rêverie « qui faisant du monde un » grand animal, lui attribue une vie intérieure, et » qui croit que les corps de l’espace supérieur sont » pesants et terrestres. » 11 ne faut pas admettre, non plus, « à l’exemple d’Empédocle, que le monde » ne se maintient et ne dure que parce qu’il reçoit,

» parla rotation qui lui est propre, un mouvement » plus rapide que sa tendance à descendre. »

A ce3 discussions, qui peuvent paraître trop métaphysiques, Aristote en fait succéder d’autres qui sont plus réelles. Le monde a-t-il une droite et une gauche, comme l’ont dit les Pythagoriciens? Aristote répond aussi par l'affirmative; mais il précise les choses plus que les disciples de Pytbagore. Il établit que, parla droite du monde, il faut entendre l’orient, le point où les astres se lèvent et commencent leur mouvement; et par la gauche, l’occident, c’est-àdire, le point où ils se couchent. Mais le monde n’a pas seulement une gauche et une droite ; il a de plus un haut et un bas. Le haut du monde est le-pôle que nous ne voyons point, attendu que c’est dans cette direction que les astres s’élèvent davantage audessus de l’horizon. Par suite, le bas du monde est le pôle visible à nos yeux. C’est là notre position par rapport à la révolution supérieure des étoiles; mais

PRÉFACE

par rapport à la révolution secondaire des planètes, c’est l’inverse , parce que les planètes ont des mouvements contraires à celui du ciel. Relativement à elles, notre pôle est en haut et à droite, au lieu d’être en bas et à gauche.

Mais comment se fait-il que le ciel puisse avoir, avec plusieurs révolutions, des parties en mouvement, et des parties en repos? Aristote sent toute la difficulté de la question; et il se plaint < dcl'insuffi- » sance de nos sens, qui ne peuvent nous révéler que » très-imparfaitement les conditions de ces grands » phénomènes.» C’est là une plainte que les hommes pourront toujours élever, et qui ne les empêchera jamais de poursuivre leurs investigations. Aristote ne se décourage pas non plus; et tout en se disant qu’il est exposé à se tromper, il n’en cherche pas moins la vérité avec ardeur. Appliquant ici des principes qu’il a démontrés autre part, sur les conditions du mouvement , il avance que le mouvement du monde n’est possible que s’il y a un point de repos sur lequel ce mouvement s’appuie en quelque sorte. Ce centre, nous ne pouvons pas le placer dans le ciel ; car alors le ciel , au lieu de se mouvoir circulairement, se dirigerait vers le centre. Ce point de repos, c’est la terre , qui est immobile, et qui est nu centre de tout.

Chose remarquable ! En affirmant l'immobilité de

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la lerre, Arislole ne donne celte opinion que pour une hypothèse sur laquelle il se propose de revenir, sans doute pour la démontrer. Cette réserve, très- Inuable, doit être appréciée. Peut-être qu’Aristote était ébranlé par ces autres théories, d’ailleurs fort incertaines, qui tendaient dès-lors à prêter à notre globe un mouvement comme au reste des astres; peut-être aussi était-il averti par l’instinct de son propre génie. Il est vrai qu'après avoir avancé assez ! timidement cette hypothèse, il en a fait ensuite la base de tout un système , adopté jusqu’au temps de Copernic; mais toujours est-il certain qu’il a eu sur ce point une hésitation qui ne laisse pas de lui faire honneur, et dont, en général, on ne se souvient pas assez, quand on lui reproche ses erreurs, qui ne sont que trop positives.

La terre étant nécessaire pour point de repos et centre du monde, le feu ne l’est pas moins qu’elle. La terre représente la pesanteur; le feu représente la légèreté. Entre ces éléments extrêmes, se placent les deux éléments intermédiaires, l’air et l’eau, de poids divers l’un et l’autre, mais tous deux plus lourds que le feu et plus légers que la terre. Le ciel, qui est animé d’un mouvement circulaire, est évidemment sphérique, parce que la sphère est le premier des solides, de même que le cercle est la

première des surfaces , la sphère et le cercle pou-

PREFACE

vant remplir l’espace entier. Il faut donc comprendre la totalité du monde comme une sphère, où le ciel occupe la circonférence la plus reculée, et où les éléments sont placés, tous sphériques aussi, dans l’ordre suivant : le feu, l’air, l’eau et la terre.

Mais pourquoi, se demande Aristote, le monde a-t-il un mouvement dans un sens plutôt que dans l’autre? Pourquoi les astres, en un ordre inverse, ne se lèvent-ils pas aussi bien au point que nous appelons l’occident? Pourquoi ne se couchent-ils pas à l’orient? A celte question, que nous pouvons nous poser, comme le faisait le philosophe grec, et que les hommes se poseront perpétuellement , Aristote répond avec la plus haute sagesse, et avec une rare humilité: « Essayer, dit-il , de discuter 5 certaines questions et prétendre tout expliquer, » en se flattant de ne rien omettre, c’est peut- être » faire preuve ou de beaucoup de naïveté ou de » beaucoup d’audace. Cependant il ne serait pas « équitable de blâmer indistinctement toutes ces » tentatives. Il faut peser les motifs que chacun » peut avoir de prendre la parole; et ensuite, il faut » examiner jusqu’à quel point on mérite confiance,

» selon qu’on s’appuie sur des raisons admises par » le vulgaire des hommes, ou sur des considérations » plus relevées et plus fortes. Lors donc qu’on voit » quelqu’un atteindre , en ces matières , une plus

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* grande précision el expliquer les lois nécessaires o de la nature, on doit savoir bon gré à ceux qui » font ces découvertes; et c’est là ce qui nous encou- » rage maintenant à dire sur ce sujet l’opinion que » nous nous sommes formée. » Éclairé par cette circonspection, Aristote n’invoque ici qu’un seul principe : La nature fait toujours le mieux qu’elle peut; dans les choses éternelles, rien n’est fortuit ni arbitraire. Si donc le ciel et le monde se meuvent circulairement de droite à gauche et non de gauche à droite, c’est uniquement parce qu’il est mieux qu’il en soit ainsi. 11 n’y a que le mouvement circulaire qui puisse durer éternellement ; et la droite est supérieure à la gauche.

Nous savons aujourd’hui ce que vaut cette théorie; et quoique le mouvement de droite à gauche soit bien réel, le phénomène est absolument contraire à ce que croyait Aristote, puisque la terre tourne et se meut, au lieu d'èlre immobile. Mais si l’application du principe est fausse, le principe lui-même ne l'est point. On peut très-bien ne pas se demander pourquoi tous les astres de notre système planétaire tournent en un sens plutôt que dans un autre ; mais si l’on aborde celte question, on ne saurait la résoudre autrement qu’Aristole. Les choses sont ce qu’elles sont , parce qu’il est mieux qu’elles soient ainsi, plulô! que de la façon opposée. Le hasard , si

/énergiquement combattu par Aristote, n’explique • pas le monde et son ordre éternel. C’est l'intelligence qui seul le régit, comme l’avait dit Anaxagore; et l’intelligence fait toujours les choses du mieux possible. Aussi Aristote n’hésite-t-il pas à conclure , de nouveau, que l’ordre des deux ne changera pas et qu’il demeurera éternellement ce que nous l’observons. Le moteur « incorporel » et immobile, qui donne le mouvement à l’univers, peut encore moins changer que le mobile; car s’il y axait quelqu’irrégularité pour le monde, * dans l’infinité des temps, » les astres se seraient éloignés les uns des autres » et auraient perdu leurs distances , celui-ci allant » plus vile, et celui-là allant plus lentement. » Or, qui a jamais observé la moindre modification dans les distances qui les séparent? Et n’est-ce pas une hypothèse absurde et un rêve de s'imaginer que le ciel puisse avoir des alternatives de vitesse et de lenteur? Les astres nous enverront toujours la chaleur et la lumière dont nous avons besoin ; l’air sera toujours rendu lumineux et chaud par le frottement qu’il reçoit de la translation du ciel ; l’uniformité est la règle immuable de ces phénomènes.

D’ailleurs, continue Aristote, les astres n’ont pas de mouvement propre. Emportés dans la translation du ciel entier, ils changent de lieu avec lui ; mais chacun d’eux reste dans la place respective

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qu’il occupe cl qu’il ne peut quitter. On pourrait bien supposer que le ciel et les astres sont immobiles ; mais comme la terre l’est aussi, d’après notre hypothèse, il s’ensuivrait « qu’aucun des phénomènes » que nous observons ne pourrait plus se produire » tels que nous les voyons. » Chacun des astres décrit son cercle journalier; et sa course est plus ou moins étendue selon la position constante qu’il garde dans l’ensemble du ciel, qui seul est dans un mouvement distinct.

Mais si les astres ne se déplacent pas par un mouvement de translation individuelle, on pourrait supposer qu’ils ont une rotation sur eux-mèmes. Il n’en est rien, au dire d’Aristote, malgré quelques apparences qui semblent favorables il cette opinion. Si le soleil, à son lever ou à son coucher, parait animé d’un mouvement rotatoire, c’est une illusion des sens causée uniquement par la distance d’où nous le voyons. * Notre vue, en se portant au loin, vacille » et tourbillonne à cause de sa faiblesse ; » de même que les étoiles fixes nous paraissent scintiller, tandis que les planètes, qui sont plus voisines de nous , ne scintillent pas. « C’est que notre vue a la force » suffisante pour arriver jusqu’aux plauèteset pour » les bien voir; mais pour les astres qui sont fixes » et qui restent en place, la vision, s’étendant trop » loin, se trouble à cause de l’éloignement même. »

PRÉFACE

La lune ne se meut pas davantage sur elle-même ; et la preuve, » c’est que la partie, qu’on appelle son » visage, est la seule toujours visible à nos yeux. » Aristote admire donc beaucoupl’ordonnanceduciel; et il y découvre, tout en la comprenant encore fort incomplètement, une merveilleuse régularité. Antérieurement à lui, d’autres avaient éprouvé le même enthousaisme ; mais l’imagination les avait égarés. « Quand on nous parle, dit Aristote, d’une harmonie

* résultant du mouvement de ces corps, pareille

* il l’harmonie de sons qui s’accorderaient entr’cux, » on fait une comparaison fort brillante, sans doute, » mais très-vaine ; ce n’est pas là du tout la vérité. » C’est, qu’en effet, il y a des gens qui se figurent » que le mouvement de si grands corps doit pro- » duire nécessairement du bruit, puisque nous » entendons autour de nous le bruit que font des » corps qui n’ont ni une telle masse, ni une rapi- » dilé égale à celle du soleil et de la lune. Par-là , » on se croit autorisé à conclure que des astres aussi » nombreux et aussi immenses que ceux qui ont ce » prodigieux mouvement de translation, ne peu- » vent pas marcher sans faire un bruit d’une » inexprimable intensité. » Aristote repousse * ces suppositions ingénieuses cl poétiques , » comme

r le fait Laplace, quand il reproche à Képler et même à Huyghens de les avoir encore admi-

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ses *. Non-seulement, continue Aristote, nous n’entendons rien de ce bruit prétendu; mais de plus, ce bruit, s’il était réel, serait d’une force incalculable ; il mettrait la terre en pièces , puisque le simple bruit du tonnerre, qui n’est rien en comparaison, suffit « pour rompre les pierres et les corps les plus durs. » Il faut donc reléguer ces hypothèses Pythagoriciennes, avec tant d’autres qui ne sont pas plus exactes.

« Oui , il est bien vrai que tous les corps qui ont » un mouvement propre, font du bruit en se dépla- » çant et qu’ils frappent un certain coup dans l’air ; » mais les corps retenus et enchaînés dans un sys- » tème qui est lui-mèmc en mouvement, et qui y * sont compris comme les parties diverses le sont » dans un même bateau , ces corps-là ne peuvent » jamais faire de bruit, pas plus que le bateau n’en » fait quand il est en mouvement sur la rivière. » Pour Aristote, c’est là ce que sont les astres relativement au ciel, qui les entraîne dans le mouvement qu'il possède exclusivement.

Cependant, tout en repoussant celle harmonie imaginaire, qui n'est après tout qu’une métaphore, Aristote est très-loin de méconnaître que les astres

1 Laplace, Exposition du système du monde. Tome II, pages 339 et 339, édition de 1823.

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aient un certain ordre entre eux, que leurs positions soient soumises à des lois précises, et que leurs distances réciproques soient appréciables. Mais pour ces détails , il se contente de renvoyer « à ses ou- » vrages d’astronomie, où ces questions ont été trai- » tées avec les développements suffisants. C’est un » fait que les mouvements de chacun de ces astres » sont proportionnels à leurs distances, les uns , » parmi ces mouvements, étant plus rapides, et i les autres étant plus lents; » la circonférence extrême du ciel est la plus rapide ; et chacun des astres , étoiles ou planètes , l’est de moins en moins, à mesure que son cercle est plus voisin du rentre. « C’est, qu’en effet, le corps le plus rap- » proché est celui qui ressent le plus vivement » l’action de la force qui le domine ; le plus éloigné » de tous la ressent le moins, à cause de la dis— » lance où il est ; et les intermédiaires l’éprouvent » dans la proportion même de leur éloignement , » ainsi que le démontrent les mathématiques. »

On peut aussi, selon Aristote, en appeler, avec non moins de certitude, à la science de l’Optique, pour savoir quelle est la forme des astres. L’analogie porte à croire que cette forme est sphérique comme celle du ciel ; mais, dans les théorèmes de l’Optique, on prouve que la lune ne peut avoir les phases diverses qu’elle nous offre que si elle est une

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sphère. Il n’y a que la sphéricilé qui puisse satisfaire aux conditions de ses accroissements et de ses décroissements périodiques. En outre, l’astronomie nous apprend à découvrir, parles éclipses de soleil, la véritable forme de la lune. Par conséquent, un astre, tel que celui-là, ayant la figure d’une sphère, on est autorisé à en conclure que tous les autres astres l’ont également.

En dépit de la régularité générale du monde , il s’y présente quelques anomalies. Aristote en signale deux, qui ne sont pas réelles, comme il le croit, mais qui le frappent beaucoup. Ainsi, il se demande comment il peut se faire que le ciel , c’està-dire l’extrême circonférence du monde, n’ayant qu’un seul mouvement, le nombre des mouvements de chaque corps céleste ne croisse pas exactement avec la distance où chacun de ces corps se trouve de la révolution primordiale. 11 attribue au soleil et à la lune moins de mouvements qu’à quelques planètes, qui semblent, cependant, plus rapprochées du ciel. Il cite , à cette occasion , une observation, qui lui est personnelle, sur la lune occultant la planète de Mars ; et à son témoignage , il croit devoir ajouter « celui des Égyptiens et des Babyloniens, qui » ont fait, dit-il, les plus minutieuses éludes depuis » de bien longues années, et qui nous ont transmis » bon nombre de notions, dignes de foi, sur chacun

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» des astres. • Je ne voudrais pas soutenir qu'Aristote ait, ici, présenté sa pensée aussi nettement qu’on pourrait le désirer, et dans les expressions trop concises, dont il se sert, on n’est pas parfaitement assuré de le bien entendre; mais tout ce qu’il importe de montrer, en ce moment , c’est qu’il signale dans l’ordonnance du monde un fait qu’il regarde comme une première anomalie.

Voici la seconde. Dans la plus large orbite, c’està-dire celle du ciel, il y a une quantité prodigieuse d'astres de toute espèce; dans les orbites suivantes, au contraire, il n’y a qu’un seul astre pour chacune d’elles. Chaque planète est isolée dansl’orbite qu’elle parcourt, tandis que les étoiles, attachées à la révolution céleste, sont innombrables. « Au milieu de tant » de merveilles de même genre, dit Aristote, cellc- » ci n’est pas la moins étonnante. » La réponse qu’on peut faire au philosophe est évidente. Cette orbite du ciel n’est pas unique, comme il le suppose ; et chacune des étoiles a son orbite particulière, qui est tellement énorme, que la science humaine, tout avancée qu’elle est dans notre siècle , n’a encore aucun moyen de la calculer. Cette impuissance était sentie par Aristote, bien que sous une autre forme; et il excusait ses erreurs à l’avance en disant : « C’est > une belle entreprise que de chercher à étendre » davantage, même en une faible mesure, nos con-

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» naissances sur ces grands objets, quoique nous » n’ayons que de bien rares occasions pour agiler » cos problèmes, et que nous soyons placés à une » prodigieuse distance du lieu où s’accomplissent » les phénomènes. »

Des astres soit étoiles soit planètes, Aristote passe à la terre, et il discute trois questions, sur sa place, son mouvement et sa forme.

Il constate d’abord que les philosophes, en général, ont cru que la terre est au centre du monde. Mais « les Sages d’Italie, qu’on appelle les Pytha- » goriciens, sont d’une autre opinion. Ils prétendent » que c’est le feu 1 qui est au centre du monde , » que la terre est un des astres qui font leur ré- » volulion autour de ce centre , et que c’est ainsi » qu’elle produit le jour et la nuit. Us inventent » aussi une autre terre opposée à la nôtre , qu’ils » appellent du nom d’anli-terre (Anlichthôn), ne » cherchant pas à appuyer leurs, explications, et » les causes qu’ils indiquent, sur l’observation des » phénomènes, mais tout au contraire pliant et » arrangeant les phénomènes sur certaines théories » et explications qui leur sont propres, et essayant

1 F.t non pas précisément le soleil , comme le dit l.aplace. Exposition du système du monde, Tome II, page 31é, édition de

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» de faire concorder tout cela comme ils peuvent » Une première raison des Pythagoriciens pour mettre le feu au centre et n’y point mettre la terre, c’est que le feu est un élément plus important qu’elle ; la place la plus considérable doit être donnée au plus considérable des éléments. Une autre raison , c’est que le centre, étant la partie essentielle de l’univers, doit être mieux gardé que toute autre; et c’est au feu que les Pythagoriciens confient le soin de protéger ce qu’ils nomment: € Le Poste et la Garde de Jupiter. »

Les Pythagoriciens ne sont pas les scuta à soutenir cette opinion, qui exclut la terre du centre du monde. Il en est d’autres encore qui prétendent que non-seulement la terre n’est pas au centre, mais de plus, qu’elle est animée d’un mouvement circulaire. Ils ajoutent même que la terre n’est pas le seul corps à se mouvoir autour du centre ; il en est un grand nombre qpi circulent comme elle; mais l'interposition de la sphère terrestre nous empêche de les voir. Selon ces philosophes, les phénomènes se passent pour nous comme si la terre était au milieu, bien qu’elle n’y soit pas; et ils appuient celle conjecture en faisant remarquer « que, dans l’état » actuel des choses, rien ne nous révèle non plus « que nous soyons éloignés du centre de la terre à » la distance de la moitié de son diamètre. » Nous

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pourrions donc aussi bien être fort éloignés du centre du monde, sans nous en apercevoir davantage. Enfin, « il y a même d’autres philosophes qui , tout en » admettant que la terre est placée au centre, la • font tourner sur elle-même, autour du pôle qui » traverse régulièrement l’univers, ainsi qu’on peut » le lire dans le Timée de Platon. ■

Après la place de la terre et son mouvement, on a disserté tout autant sur sa forme. On a soutenu que la terre était plane è la façon d’un tambour. Anaximène, Anaxagore, Démocrite n’ont pas pu s’expliquer autrement son immobilité et son repos. Pour nier ainsi la sphéricité de la terre, on a allégué qu’elle fait sur le soleil couchant une ligne droite, et non point une ligne courbe. Si la terre était sphérique, dit-on, la section du soleil dèvrait être circulaire comme elle. Mais, dans celte théorie, on ne lient pas assez compte, selon Aristote, qui la réfute, de deux faits capitaux : d’abord la distance du soleil h la terre ; et en second lieu, l’immensité de la circonférence terrestre. La ligne sécante semblerait encore complètement droite pour des cercles infiniment plus petits que celle circonférence.

Du reste, il n’y a pas, à blômer ces philosophes des efforts qu’ils ont faits pour comprendre la nature, même quand ces efforts n’ont pas été heureux. « Ce serait montrer en effet, bien peu

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• d'intelligence et de raison, dit Aristote, que de ne ■ pas se demander comment il est possible que la » terre se tienne, ainsi qu'elle se tient, dans la place

• qui lui est assignée. La plus petite parcelle de » terre, quand on l’élève en l’air et qu’on la lâche, » tombe aussitôt, sans vouloir rester un seul instant

• en place, descendant d’autant plus vite vers le » centre qu’elle est plus grosse. * Et la masse de !a terre, ne tombe pas, toute grande qu’elle est! Cet énorme poids peut rester en repos, et il ne descend pas, comme le ferait une motte de terre, qui ne s’arrêterait jamais, si l’on venait par hasard à supprimer la terre vers laquelle son mouvement l’entra ine !

A celle question, les réponses, que rapporte Aristote en les examinant uneâ une, ont été très-diverses et souvent bien étranges. Ainsi, Xenophane donne à la terre des racines infinies, théorie dont Empédocle s’est justement raillé. Thaïes de Milet fait reposer la terre sur l’eau, cpmme s’il ne fallait pas que l’eau, à son tour, reposât sur quelque chose, et comme s’il était possible que l’eau, qui est plus légère, supportât la terre, qui est plus lourde. Thalès n’a donc jamais regardé un morceau de terre descendre et s’enfoncer dans l’eau dès qu’on le pose dessus. Anaximène, Anaxagore et Démocrite, qui font la terre plate, croient qu'elle est soutenue par l’air;

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il esl accumulé au-dessous d’elle cl elle l’embrasse comme un vaste couvercle.

Ce qu’on dirait peut-être de plus probable, avec quelques autres philosophes, c’est que la terre a été portée au centre par la rotation primitive des choses, ainsi que dans l’eau et dans l’air, on observe les corps les plus gros et les plus lourds se porter toujours au centre du tourbillon. On peut croire encore, avec Empédoele, que la terre se maintient sans tomber, comme, dans les vases qu’on fai t tou rner rapidement, l’eau est souvent en bas et néanmoins ne tombe point, emportée par la rotation qui lui est imprimée. Il peut y avoir du vrai, selon Aristote, dans ces théories; mais si la rotation primitive a pu porter la terre au centre, reste toujours à savoir comment elle peut y demeurer actuellement que la rotation a cessé, et comment les graves tombent toujours vers elle, tandis que les corps ignés s’en éloignent pour monter vers la région supérieure. Le lourd et le léger existent indépendamment de la rotation, et ils existaient sans doute avant elle.

A côté de cette opinion d’Empédocle, il faut en citer une autre qui s’en rapproche : c’est celle d’Anaximandre, qui croit que la terre se maintient en repos par son propre équilibre. Placée au milieu, et à égale distance des extrémités, il n’y a pas de raison pour qu’elle aille dans un sens plutôt que

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dans l’autre; elle reste donc immobile au centre, sans pouvoir le quitter. Aristote trouve cette théorie fort élégante ; mais elle ne lui semble pas également vraie, et il y oppose plusieurs objections. Tout corps autre que la terre devrait, dans les mêmes conditions d’équilibre, rester au centre et en repos ; mais croit-on que le feu pùt rester immobile au centre, même en le supposant à égale distance des extrémités? De plus, si cette force d’équilibre agit sur la terre dans sa totalité, pourquoi n’agit-elle pas sur toutes les parties de la terre également? Pourquoi voyons-nous les graves se diriger toujours vers sa surface et son centre? Est-ce que les graves ne sont pas placés aussi à distance égale des extrémités du ciel? Aristote repousse donc la théorie d’Anaximandre; et dans sa critique, il sort même de sa gravité habituelle, pour se laisser aller à une plaisanterie : «La terre alors, dit-il, estavcc son équilibre » comme ce célèbre cheveu qui est très-fortement » tendu, et qui, l’étant partout d’une manière égale, » ne peut plus jamais se rompre ; ou bien encore » comme cet homme qu’on suppose avoir tout en- » semble une faim et une soif dévorantes, mais qui, » éprouvant les deux besoins avec une intensité » égale, s’abstiendrait égalementde boire et de man- » ger, parce qu’il serait nécessairement forcé de res- » ter immobile et indécis entre res deux besoins. »

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Au milieu de toutes ces théories si contradictoires, Aristote conclut à l’immobilité de la terre, centre du monde ; il écarte tous les autres systèmes, et ceux qui font de la terre un astre circulant dans l’espace comme les autres astres, et ceux qui croient que, tout en restant au centre, elle a sur elle-même un mouvement rotatoire.

Voici ses raisons.

La terre ne peut pas être mobile, soit par translation, soit par rotation; car ce serait pour elle un mouvement contre nature, puisque ses parties, ainsi que nous le voyons, ont un tout autre mouvement, et que les graves descendent toujours en ligne droite vers le centre. Le mouvement de translation ou de rotation étant forcé pour la terre ne saurait être éternel, comme l’est évidemment l’ordre du monde, lin second lieu, les planètes, qui sont emportées aussi dans la translation générale du ciel, ont en outre un mouvement propre, qui paraît les faire retarder dans leur course. Il faudrait donc que la terre eût au moins aussi deux mouvements, soit d’ailleurs qu’elle ail un mouvement de translation, soit qu’elle ait un mouvement rotatoire. Mais alors les passages et les retours des étoiles ne seraient plus ce que nous les observons, tandis que les mêmes astres se lèvent et se couchent toujours aux mêmes endroits de la terre. « Les démonstrations

» que donnent les mathématiciens en astronomie, » ajoute Aristote, témoignent en faveur de la théorie » que nous venons de présenter ; car les phéno- » mènes se produisent pour les changements de » formes qui constituent l’ordre des astres, comme » si la terre était au centre. »

C’est donc en invoquant les faits qu’Arislote se décide , et qu’il établit une erreur qui a régné durant plus de vingt siècles. 11 croit ne s’en rapporter qu’à l’observation la plus attentive et la plus intelligente; et il ne voit pas qu’il cède, lui aussi comme le vulgaire , à une, illusion des sens. Mais celle illusion est si forte que, même de nos jours, Laplace a dû conserver à cet égard beaucoup de condescendance, et qu’il a consacré tout le premier livre de son Exposition du système du monde aux mouvements apparents des astres, avant d'expliquer leurs mouvements réels. Je ne dis pas que ceci justifie tout à fait Aristote , et je confesse qu’il eût été digne de son génie de discuter la portion de vérité qui se trouvait dans les systèmes combattus par lui , et de reconnaître toute la valeur qu’elle pouvait avoir.

En ce qui concerne la sphéricité de la terre , le philosophe est absolument dans le vrai ; et il la démontre autant qu’il le peut. D’abord il allègue la chute des graves, qui , sur toutes les parties de la terre, se dirigent toujours au centre, non par des

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lignes parallèles, mais suivant des angles égaux. En second lieu , il remarque que les parties les plus lourdes étant nécessairement au centre même, les parties les moins lourdes ont dü s’arranger à la surface sous forme de sphère, les plus pesantes étant poussées en avant jusqu’au point central, et lesautres parties se disposant successivement selon leur densité. A ces deux raisons, Aristote en joint d’autres qui sont empruntées au témoignage de nos sens. Les phases de la lune et ses éclipses ne seraient pas ce que nous les voyons, si la terre n’était pas de forme sphérique. « Comme les éclipses de lune n’ont ja- » mais lieu que par l’interposition de la terre, et » que la ligne de l’occultation est toujours courbe, » il faut bien que ce soit la circonférence de la terre » qui, étant sphérique, soit cause de cette forme » et de celte apparence. •

» Bien plus, continue encore Aristote, d’après » la manière même dont les astres se montrent à » nous, il est prouvé quo non-seulement la terre » est ronde , mais même qu’elle n’est pas très- * grande ; il nous suffît d’un léger déplacement , ■ soit au midi, soit au nord, pour que le cercle de » l’horizon devienne évidemment tout autre. Les » astres, qui sont au-dessus de nos têtes, subissent » alors un changement considérable, et ils ne sont » plus les mêmes. Il y en a qu’on voit en Égypte

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» et en Chypre, et qu’on ne voit plus dans les » contrées septentrionales. Certains autres , au » contraire, qu’on voit constamment dans les con- * trées du nord, se couchent quand on les consi- » dore dans les contrées que je viens de nommer. » Ceci démontre non-seulement que la forme de » la terre est sphérique , mais encore que cette » sphère n’est pas très-développée ; car, autrement, » on ne verrait pas de tels changements pour un » déplacement si petit. » Aristote en conclut qu’on n’a pas tort de croire qu’il n’y a qu’une seule mer, depuis les colonnes d’Hercule jusqu’à l’Inde; et il rappelle que des mathématiciens ont déjà essayé de mesurer la circonférence terrestre, et qu’ils l’ont portée à « quarante fois dix mille stades. » Même avec ces dimensions, qui sont beaucoup trop fortes, comme on le sait aujourd’hui, le philosophe estime que celle masse n’est pas fort grande , comparativement à celle des autres astres 1 .

Une fois redescendu sur la terre, Aristote s’y arrête peut-être un peu plus longuement qu’il ne convient dans un Traité du ciel , et il consacre tout un livre à la théorie des quatre éléments et à la consli-

1 II convient de rappeler ici que ces arguments en faveur de la sphéricité de la terre sont encore ceux dont se sert le science moderne; voir Laplace, Exposition du système du monde, Tome I, pages 6, 46 et 106, édition de 1824.

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tution des corps. Je noie suivrai pas dans ces détails; et je termine avec lui par sa théorie de la pesanteur, qui se rattache de plus près aux questions antérieurement traitées.

Dans tout ce qui précède, on a pu voir apparaître de loin en loin quelques germes heureux sur la théorie delà pesanteur universelle ; mais Aristote n’a pas développé ces pressentiments remarquables autant qu’on aurait pu l’espérer. Ses explications de la pesanteur sont très-peu satisfaisantes; et le principal mérite qu’elles aient, c’est qu’elles veulent embrasser la question dans toute sa généralité , contrairement à quelques philosophes, entr’autres , Empédocle et Anaxagore, qui n’avaient étudié que la pesanteur et la légèreté relatives. Aristote insiste donc sur ce grand fait, qu’il y a des corps qui descendent en bas et qu’il y en a qui s’élèvent, c'est-àdire, qui sont pesants ou légers. Des philosophes ont nié que le monde eût un bas et un haut, sous prétexte « qu’on est partout, sur le globe , dans la » même position, qu’on est en tout sens son propre » antipode, et qu’on va partout à sa propre ren- » contre. » Le fait est vrai certainement; mais ceci n’empéche pas que le haut ne soit l’extrémité du ciel, où se porte le feu, et que le bas ne soit le centre, où se portent tous les corps graves par leur tendance naturelle. Il doit y avoir une cause qui

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fait que ces différents corps aient aussi des directions différentes. Cette cause, les uns ont voulu la découvrir dans le vide , plus ou moins considérable , que les corps renferment à leur intérieur ; les autres , dans la forme des corps : d’autres enfin, dans leur grandeur et leur petitesse. Aucune de ces théories n'est suffisante, selon Aristote; mais le philosophe, qui les réfute, ne les remplace pas non plus par une meilleure.

Tel est à peu près l’ensemble des idées et des théories exposées dans le Traité duCiel. Je suis trèsloin de nier tout ce qu’elles ont d'imparfait ; et j’en ferai sentir d’une manière évidente toutes les lacunes, en montrant l’état actuel de la science. Mais , selon moi, il y a beaucoup plus à admirer qu’à critiquer dans ce système, qui a plus de deux mille ans de date ; et je regretterais vivement que ce système ne nous eût pas été conservé, de même que je regrette non moins vivement la perle des ouvrages spéciaux d’astronomie qu’Aristote avait pu composer. N’oublions pas que cette doctrine , avec toutes ses imperfections, a triomphé dans l’astronomie grecque par Hipparque et Ptolémée, et qu’il faut arriver jusqu’au milieu du xvi* siècle pour qu'une hypothèse nouvelle découvre enfin le vrai système du monde.

Aujourd’hui, voici comment ce système nous ap-

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paraît dans toute sa complication et sa majestueuse immensité '.

Nous distinguons d’abord , comme Aristote l’a fait en partie, mais plus nettement que lui, le monde du ciel ou monde sidéral , et le monde solaire , où notre globe est compris. Le monde sidéral est celui des étoiles fixes, dont le nombre est incalculable. Le monde solaire est formé, outre le soleil, qui en est le point central, d’une Certaine quantité de corps portés en ce moment à plus de cent-vingt, dont huit grandes planètes, avec vingt-deux ou vingt-trois satellites inégalement répartis, quatre-vingt-quatre petites planètes ou astéroïdes, sept comètes à retours périodiques, et peut-être deux cents comètes, dont les retours réguliers ne peuvent pas être calculés, mais qui semblent appartenir à notre système. Tous ces astres sont sphériques, ou à peu près, comme le conjecturait Aristote; tous, comme il le croyait aussi, tournent de droite à gauche, du moins pour notre hémisphère boréal. Tous ont les deux mouvements de translation et de rotation, que le philosophe grec ne pouvait comprendre; et

(1) Pour ce qui va suivre, je me suis aidé des traités les plus autorisés d'astronomie : Laplace, Biot, Arago, Delauuay, etc. Je me suis servi aussi du Ciel de M. Guillemin (Paris, in-8*, 1866), qui a résumé élégamment les travaux précédents.

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ils se meuvent dans des orbites à peu près circulaires, comme celle qu’il attribuait à son ciel , et qui sont presque concentriques et dans un même plan. Tout notre système solaire, avec le foyer qui nous donne la lumière et les astres circulant autour de lui, ne fait dans l’univers que la figure d’une de ces étoiles, dites nébuleuses, que nous apercevons dans lescieux. Mais en y regardant avec plus de détails, et par rapport à nous , ce système présente des dimensions vraiment prodigieuses. Qu'on en juge par quelques chiffres sur le soleil et sur les huit planètes, rangées dans l'ordre de leur éloignement : Mercure, Vénus, la Terre, Mars, Jupiter, Saturne, Uranus et Neptune.

Le soleil, qu’il est très-difficile d’observer à cause de l’intensité de sa lumière , est , en moyenne , à 38 millions 240,000 lieues de notre terre. Son volume est 627 fois plus grand que celui de toutes les planètes réunies, y compris leurs satellites; sa masse est 333,000 fois celle de la terre, et 300 fois environ celle de toutes les planètes ensemble. Sur son disque radieux, on a observé des taches qui vont du bord oriental au bord occidental ; elles sont passagères, et d’une étendue variable. Tout récemment, on a pu , par l’analyse spectrale, étudier d’un peu plus près la nature de la lumière solaire; et il semble que, dans son atmosphère incandescente, il

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y a en fusion plusieurs métaux analogues à ceux qui nous servent ici-bas. Le soleil tourne sur luimême en 25 jours et demi , et son équateur est incliné d’un peu plus de 7 degrés au plan de l’orbite terrestre. Avec tous les corps qui dépendent de lui , il est emporté, outre sa rotation, par un mouvement de translation, dont le centre n’est pas encore bien déterminé *. Relativement à nous, c’est lui qui est le centre de tout le système auquel nous appartenons; relativement au reste de l’univers, il n’est lui-même qu’une partie d’un système plus vaste, dont on ne connaîtra peut-être jamais les bornes.

Après le soleil, la planète la plus rapprochée de cet astre, c’est Mercure, qui se meut autour de lui dans une orbite très-allongée, tantôt à 52 degrés, et tantôt à 18. A la distance moyenne de 15 millions de lieues oh Mercure est placé, il reçoit une lumière sept fois plus vive que la nôtre, et une chaleur sept fois plus intense. C’est là ce qui lui donne un éclat extraordinaire, que les Anciens avaient désigné par un nom spécial. Mais il est plus petit que notre terre, n’ayant guère que le sixième de son poids, avec une densité plus forte. La rotation de

1 Laplace pensait que ce mouvement du soleil a lieu vers une étoile de la constellation d’Hercule, Exposition du système du monde, Tome II, page 407, édition de 1824.

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Mercure est assez semblable à la nôtre, puisqu’elle est de 24 heures 3 minutes; mais sa translation est beaucoup moindre, et son année n’est que de 88 jours. Il a des phases nombreuses ; son mouvement, qui est très-compliqué, n’a pas lieu tout à fait dans le plan de l’écliptique, à 7 degrés à peu près.

L’orbite de Vénus, qui vient après Mercure dans l’ordre de l’éloignement du soleil, n’est pas non plus tout à fait dans ce plan (3° 25’ 29”). Mais cette orbite est un cercle presque parfait; c’est à peine si sesdeux axes ont une différence de quelques degrés ( 50” et 53°). Vénus est en moyenne à 27 millions, 500,000 lieues du soleil. Sa rotation se fait en 23 heures 21 minutes; et sa révolution, en 224 jours, 16 heures 49 minutes 7 secondes. Sa vitesse est moindre que celle de Mercure, précisément parce qu’elle est moins voisine de l’astre central. Généralement, la vitesse des planètes décroît proportionnellement à la distance où elles sont du soleil. Aristote avait entrevu quelque chose de cette loi ; mais , partant du faux principe de l’immobilité de la terre, il croyait que les planètes les plus rapprochées de l’extrémité du ciel avaient un mouvement d’autant plus rapide. Vénus est prcsqu’aussi grosse que laTerre; et comme la Terre, elle a une atmosphère et des phases nombreuses. Elle a des montagnes très - hautes, ainsi que Mercure. Elle est encore plus brillante que lui,

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et elle peut passer pour la plus éclatante des planètes; aussi la voit-on quelquefois en plein jour. Sa chaleur et sa lumière sont à peu près le double des nôtres. Son axe de rotation est considérablement incliné sur le plan de son orbite. Ce qui donne à cette planète une importance toute particulière, c’est qu’on peut observer fréquemment ses passages sur le disque du soleil, et qu'on a pu tirer de là une foule de notions astronomiques qu’on n’aurait pas pu obtenir autrement. On ne sait pas si Véuus a un satellite.

La Terre vient après Vénus , décrivant autour du soleil une ellipse un peu plus allongée , dont il occupe un des foyers. Sa translation, qui se fait dans l’espace de temps qu’on appelle une année, est de 241 millions de lieues; ou, en d’autres termes, notre globe, qu’Arislole croyait immobile , parcourt à peu près 8 lieues à la seconde pour fournir cette course énorme, qui ne le fatigue pas, comme le dit le philosophe. 11 a, de plus , un mouvement de rotation sur lui-mème, qui est de 417 lieues par heure, et qui fait nos jours et nos nuits. Le mouvement de rotation s’accomplit en 24 heures; celui de translation annuelle, en 365 jours 6 heures 9 minutes 10 secondes 75 centièmes, ou mieux 7496 dix-millièmes de seconde ; car, c’est avec cette précision toute mathématique que les astronomes peu-

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