LIVRE I, Cil. III
l'un et de l'autre. Comprenons donc par pesant tout ce qui est porté naturellement vers le centre ou le milieu, et par léger tout ce qui s’éloigne du centre. Le corps le plu9 lourd sera celui qui se place au-dessous de tous les corps portés en bas, et le plus léger sera celui qui reste à la surface de tous les corps portés en haut. Il faut nécessairement que tout corps porté soit en haut soit en bas, ait ou légèreté ou pesanteur. 11 peut avoir aussi les deux à la fois ; mais ce n’est jamais relativement à la même chose. En effet, c'est par la comparaison des uns avec les autres que certains corps sont lourds ou légers ; et ainsi l’air est léger relativement à l’eau, et l’eau est légère relativement à la terre.
§ 2. Donc il est évidemment impossible que le corps qui est animé du mouvement circulaire ait ou pesanteur ou légèreté; car il n’est pas possible qu’il ait un mouvement ni naturel ni contre nature, soit vers le centre, soit
santés pour les faire bien comprendre l’une et l'autre. — Comprenons donc par pesant, voir la même définition dans la Physique, livre IV, ch.
7, § 1, tome 11, pape 175 de ma traduction. — Fer.* le centre ou le milieu, le texte grec n'a que ce dernier mot. — Le corps le plus lourd, c'eut la terre, qui remplit cette condition. — Le corps le plus léger, c'eut le feu, qui se place au-dessus de l’air. — Que tout corps porté soit en haut soit en bas, il faut remarquer cette restriction qui ne • applique pas au cinquième élément, puisqu'il a un mouvement circulaire, et qu’il n'est par conséquent
porté ni en haut ni en bas. — Les deux à la fois , ainsi l’eau est légère par rapport a la terre, elle e*t lourde relativement à l’air ; et réciproquement, comme il est dit un peu plu* bas. — Que ?ertains corps sont lourds , par le» corps il faut entendre ici d’abord les éléments, et ensuite le» corps proprement dits, qui en sont composé».
§ 2. Donc il est évidemment impossible, cette démonstration résultera do ce qui va suivre. — Ait ou pes :nieur ou légèreté, parce qu’il ne va ni en haut ni en bas, restant toujours dan» l’orbite qu’il décrit. — Soit vers le centre , car il faudrait qu’il
loin du centre. En effet, le mouvement en ligne droite, que nous avons reconnu pour le seul mouvement de chacun des corps simples, n’est pas suivant sa nature ; car alors le corps doué d’un mouvement circulaire se confondrait avec un des corps qui sont doués du mouvement rectiligne. Mais ce corps étant ainsi porté contre nature, si c’est le mouvement en bas qui est contre sa nature propre, ce sera le mouvement en haut qui lui sera naturel ; et réciproquement, si c’est le mouvement en haut qui est contre nature pour lui, ce sera le mouvement en bas qui sera selon sa nature. En effet, nous avons établi que, pour les contraires, si l'un des mouvements est contre nature, l’autre mouvement doit être naturel. § 3. Mais comme un tout et la partie de ce tout sont portés naturellement dans le même sens, et que, par exemple, toute la terre en masse et la moindre motte de terre sont portées dans le même
fût pesant. — Soit loin du centre, car il faudrait qu’il fût léger. — ()ue nous avons reconnu , voir au chapitre précédent, § 3. — Le corps doué du mouvement circuiaire, le texte n’est pas tout & fait aussi précis. — Un corps étant ainsi porté, c’est-à-dire étant porté en ligne droite. — Nous avons établi, voir la Physique, l.V, ch. 7, §§ t et suiv., tome 11, p. 320 de ma traduction.
§ 3. Mois comme un tout, la pensée de ce § est assez obscure ; je la paraphrase pour l'éclaircir. D’abord, il semble qu’Aristotc répond ici à une objection secrète, comme le suppose saint Thomas ; et celte objection serait celle-ci : 11 est vrai que le cinquième élément peut avoir
dans sa totalité un mouvement circulaire; mais ses parties peuvent avoir aussi une autre espèce de mouvement. Aristote répond : « Le tout » et les parties qui le composent sont » toujours soumises à un seul et » même mouvement. Une motte de » terre se dirige vers le centre, tout » aussi bien que s'y dirige la terre » dans sa masse totale. De ceci res- » sortent deux conséquences : la pre- » mitre, c’est que le cinquième élé- » ment, dont 1a course est circulaire, » ne peut avoir ni pesanteur ni lé- » gèreté; car s’il en avait, il serait » naturellement porté vers leceulre, » ou il s’éloignerait du centre; la d seconde, c’est que le cinquième » élément ne peut pas avoir aucune