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Quant à la faiblesse, voici en quoi elle consiste.
L’astronomie, pour se rendre compte de l’état présent de notre système, risque une hypothèse, celle de la nébuleuse disloquée et fractionnée ; et pour se rendre compte de l’origine et du principe même des choses, elle s’interdit d’essayer une hypothèse nouvelle bien autrement nécessaire que l’autre, si l'on peut dire que ce soit là une hypothèse. Cette réserve doit nous surprendre d’autant plus que l’astronomie, si elle est la plus exacte des sciences, est en même temps la plus audacieuse de toutes. Elle est un perpétuel et flagrant démenti au témoignage de nos sens. * L'astronomie s'est élevée au travers « des illusions des sens, » dit sans cesse La place, qui lui en fait le plus grand honneur. L’astronomie ne fait appel et ne se üe qu’à la raison. El puis quand la raison veut remonter directement à son auteur, qui est aussi l’auteur des choses, la science se récuse et oppose ses scrupules ! Peut-être seraitil mieux de ne pas dissimuler sa véritable pensée, et de confesser sur le champ son athéisme. Mais encore une fois, c’est revenir au règne du hasard, qu’on a cependant banni du système du monde, en lui opposant l’irrésistible argument de l’infini contre un.
Il semble au contraire que si, parmi les sciences, il en est une qui nous montre l’empreinte de la main divine et toute puissante, c’est celle des astres.
PRÉFACE
I^es objets qu’elle considère sont d’une grandeur incomparable; le temps et l’espace, les mouvements et les forces y prennent des proportions inouïes ; si quelque part l’homme se sent en présence du divin, c’est bien là, sous les formes les plus palpables et les plus saisissantes. Il aborde ces phénomènes prodigieux avec une sorte de respect et de terreur sainte, qu’on ne sent que devant Dieu. Pour trouver un spectacle à la fois plus majestueux et plus touchant, l’homme doit sortir du monde matériel et entrer dans le monde intelligible et moral, où sa raison et sa conscience lui préparent encore de plus grands étonnements. Mais dans les sciences naturelles, il n’en est pas une qui ose rivaliser avec l’astronomie et lui disputer le premier rang. Comment peut-il donc se faire que l’astronomie en arrive à ce point de méconnaître Dieu ? N’est-ce pas la plus aveugle et la plus étrange des contradictions? Étaitce donc la peine de tout refuser aux sens, de tout donner à la raison sous la formedu calcul, pour ôter en définitive à la raison, le seul fondement sur lequel elle s’appuie, comme le reste de l’univers?
Pour moi, j’ai une opinion toute contraire sur l’astronomie; et plein de reconnaissance pour les enseignements qu’elle nous procure, je la remercie de nous en avoir tant appris sur les œuvres de Dieu. Toutefois je crois qu’à celte première leçon elle peut
AU TRAITÉ DU CIEL
en ajouter une autre non moins précieuse. Elle apprend à l’homme à se mieux connaître, en même temps qu’il connaît davantage ses rapports avec tout ce qui est infini et éternel. Ce n’est pas l’astronomie sans doute qui lui donne le secret de sa destinée; mais elle lui montre tout ensemble sa petitesse imperceptible, et sa grandeur sans égale parmi les créatures. Elle lui fait sentir, par des mouvements contraires, combien il est loin de Dieu, et combien il est au-dessus de tout ce qui l’environne. Ce sont bien là les deux abîmes qui épouvantaient le génie troublé de Pascal, et qui peuvent en effet nous causer le vertige. Mais l’harmonie éternelle des mondes et la stabilité immuable de leurs lois sont faites pour nous rassurer. Celui qui a fait tout cela et qui le maintient, peut d'autant moins abandonner l'homme que l’homme est le seul être à qui il a permis de le comprendre et de l’adorer. L’homme peut s'en remettre à sa puissance, à sa justice et à sa bonté.
Laplace, en achevant l’exposition du système du monde, s’exprime ainsi : « Le plus grand service » de l’astronomie, c’est d’avoir dissipé les craintes » et détruit les erreurs nées de l’ignorance de nos » vrais rapports avec la nature. » On peut être en ceci d’accord avec lui, sans croire beaucoup aux craintes que le spectacle du ciel aurait jadis inspi-