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PRÉFACE
et rattachent le monde où nous vivons au monde intelligible d'où le nôtre relève. Sous une autre forme, c’est ce que dit le bon sens par la bouche de Voltaire :
« L’univers m'embarrasse ; et je ne puis songer ■ Que cette horloge existe et n'ait pas d'horloger. »
Croire que cette horloge s’est faite toute seule, c’est revenir, par une autre voie, au hasard, que Laplace lui-mèmc a proscrit aussi énergiquement qu’Arislote le faisait deux mille ans avant lui.
Maintenant, qu’est-ce que cette intelligence qui se manifeste par des œuvres si prodigieuses? C’est une question qui est réservée à la philosophie et à la métaphysique, sans oublier nicxclure les religions. Je ne veux pas m’écarter à ce point de l’astronomie ; et je me limite à quelques considérations qui ressortent avec évidence du système du monde, tel que nous venons de le parcourir.
L’homme, par son intelligence, est plus noble que le monde, parce qu’il comprend le monde, au moins en partie, et que le monde ne le comprend pas. Il n'y a pas là de vanité; ce n’est qu’un juste témoignage rendu par la raison à la vérité et non point à notre orgueil. Mais tout grand qu’est l’homme par rapport au monde, une pensée doit
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lui être toujours présente, et le frapper quand il tente de s’élever à l’intelligence souveraine : c’est qu’elle est éternelle et infinie. Il n’est pas donné à notre esprit de la concevoir autrement, et cela est si vrai que, quand on nie l’intelligence pour y substituer la matière, c’est le monde que l’on fait infini et éternel, à sa place. La cause première ne se comprend que sous ces deux conditions, qui au fond reviennent aussi à une seule, l’infinitude, soit de durée soit d’espace.
Or, dans l’éternité, il n’y a et il ne peut y avoir ni passé, ni avenir ; il n’y a qu’un éternel présent. Ainsique l’a dit la Bible: * L’éternel est celui qui est. » Lors donc que la science astronomique nous parle de ces distances incommensurables et de ces durées qui ne le sont pas moins, il faut bien nous dire que tout cela ne regarde que nous; toutes ces mesures si précises de temps et de lieux s’annulent devant l’infini et s’anéantissent. S’il est un axiôme avéré en mathématiques, c’est que toute quantité finie, quelque grande que l’imagination la suppose, quelque grande que l’astronomie nous la montre en réalité, est égale à zéro quand c’est l’infini qu’on met en parallèle. Ces successions de phénomènes qui nous confondent, ces éloignements des corps célestes, ces nombres encore plus effrayants que les distances elles-mêmes, tout cela est fini, comme
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le soutient Aristote, et tout cela n’est rien ; le temps se réduit à un instant, qui est indivisible ; la matière se réduit à un atome, qui ne l’est pas moins ; en face de l’infini, c’est un pur néant. Quelle est donc la véritable réalité ?
Je ne veux pas rabaisser ou nier la réalité sensible ; et je ttae garderais bien de renouveler contr’elle les bravades et les extravagances du scepticisme. Mais je dis quela réalité que perçoivent nos sens n’est qu’un indice et une enveloppe de celte réalité que conçoit notre raison. Celle- là est la vraie, par ce simple motif qu’elle nous associe, par notre intelligence, à l’éternité, et nous y introduit autant qu’il nous est donné d’y pouvoir pénétrer. Aristote a prononcé une belle parole: « Toute vérité démontrée est une « vérité éternelle. » Ce n’est pas à dire que l’homme fasse la vérité; encore moins, qu’il l’a rende éternelle; seulement cela veut dire que la vérité est éternelle par elle-même, et que notre esprit, une fois qu’il l’a découverte et saisie, n’a point à craindre qu’elle change ni qu’elle lui échappe. Laplace a exprimé la même pensée en d’autres termes; à son insu, il ne faisait que répéter Aristote, quand il félicitait l’astronomie d’être devenu un grand problème de mécanique rationnelle, où les faits de la nature n’étaient plus que des quantités variables et arbitraires. Pour Laplace aussi, il n’y avait donc d’essentiellement
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vrai et de définitif dans la science que les idées, à la suite et au-dessus des phénomènes. L’astronomie ne lui semble une science aussi parfaite que parce qu’elle est arrivée à se fonder sur un seul principe, celui de la gravitation, résultat dernier de toutes les observations, et explication supérieure de laquelle découlent tous les faits particuliers. Mais la gravitation, il l’a dit lui-même, n’est qu’un concept ; et en effet, elle ne peut être que cela, en dehors de la réalité où elle est engagée, et où notre intelligence l’a enfin découverte, sans l’y avoir mise.
Sans doute, l’astronomie est dans son droit quand elle repousse les considérations de cet ordre. Mais elle a beau faire ; elle ne peut pas s’en abstenir absolument, comme nous le montre l’exemple même de l’auteur de la Mécanique céleste. La place ne fait pas seulement des hypothèses ; il va plus loin, et il désapprouve Newton d’avoir rapporté à une intelligence toute puissante le principe et l’origine du mouvement. Or, c’est là une usurpation qu’on ne peut permettre à l’astronomie; qu’elle se taise, si elle le veut, sur la cause première ; le silence pourrait être regardé de sa part comme un devoir et une prudence scientifique. Mais du moment qu’elle se risque à exprimer une opinion, et surtout une opinion négative, il est tout simple que les opinions opposées lui rappellent pour leur propre défense, et peut-être
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aussi pour son instruction, sur quels arguments et sur quels faits d’un autre ordre elles s’appuient. Nier que ce soit l’intelligence qui préside au gouvernement du monde, ce n’est plus là de l’astronomie ; et la philosophie que peut choquer une telle erreur, se doit de la réfuter; car c’est la question la plus grande et la plus générale de toutes celles qu’elle agite, une des plus anciennes, qui devrait aujourd’hui n’en être plus une, et qui semble d’autant mieux résolue que la science des hommes a fait plus de progrès.
Nous ne devons pas croire au mol sacrilège qu’une tradition incertaine prête au grand analyste ; et l’astronomie ne peut pas se passer de Dieu, parce que • c’est une hypothèse dont elle n’a pas besoin. » Il est bien certain que pour observer les faits, les classer et en tirer les lois, l'astronomie n’a aucun besoin de l’intervention divine, non plus qu’aucune autre science. Mais quand elle essaie de remonter jusqu’à la cause première, il faut qu’elle arrive à celle-là, ou qu’elle s’en remette pour l’organisation du monde, à l’aveugle hasard, destructeur de l’ordre dans l’univers, et destructeur en outre de l’intelligence même qui l’adore et qui le déifie. Au fond, nier Dieu, nier l’être intelligent, tout puissant, infini, ce ne peut être qu’un préjugé ou une faiblesse. Je laisse le préjugé pour ce qu’il est ; et je n’en parle pas.
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