LIVRE II, CH. I
croire à cette vieille fable qui prétend que le monde, pour se conserver tel qu’il est, et en dehors de ses lois régulières, a besoin de quelque Atlas. Ceux qui ont jadis imaginé cette idée étrange me, semblent avoir eu des conceptions tout aussi fausses que ceux qui, venus plus tard, ont imaginé, non moins fabuleusement, qu’il y avait dans le monde une nécessité intérieure qui lui donnait la vie, de même qu'on l'imagine pour les corps de l’espace supérieure, quand on les suppose pesants et terrestres.
§ 6. 11 ne faut pas plus admettre aveuglément ces hypothèses qu’on ne doit admettre que le monde ne se maintient, et ne dure depuis si longtemps, que parce qu'il reçoit, par la rotation qui lui est propre, un mouvement plus rapide que sa tendance à descendre, ainsi que le veut Em-
page 202 de ma traduction ; et livre VIII, cb. 4, § 4, page 481.
§ 4. A cette vieille fable , ceci semble un peu contredire ce qui vient d'être dit plus haut, § 2, du respect qu’on doit aux traditions. — Tel qu’il est et en dehors de ses lois régulières , j’ai du développer un peu ceci pour rendre toute la force des mots doot Aristote se sert. — De quelque Atlasy Simplicius fait remonter cette tradition à Homère ; mais il est peu probable que ce soit Ho* mère qui l'ait inventée. Aristote repousse encore cette fable d'Atlas daus le Traité du mouvement dans les animaux , ch. 3, § 3, page 245 de ma traduction — Dans le monde , il semble, par toute la contexture des idées, que le Monde ici doit s'euten* dre de la terre et des éléments qui lormeut son atmosphère. — Quand
on les suppose pesants et terrestres, Aristote ne s'est jamais expliqué directement sur la nature qu'il suppose aux grands corps célestes. Dans la Métaphysique , livre XII, ch. 8, page 203, traduction de M. V. Cousin, Aristote croit qu'il y a autant d'essences éternelles qu’il y a de corps célestes et d'astre* dans l'espace ; mais il ne dit pas quelle est la nature propre de ces corps. Ici il ne semble pas croire que ces corps soient composés comme notre globe.
§ 5. Ainsi que le veut Empédocle, d’après Simplicius, cette opinion d'Empédocle serait aussi celle d’Anaxagorc et de Démocrite, qui d’ailleurs admettaient l’immobilité de la terre. La théorie que critique Aristote se rapproche de la vérité plus que la sienne; et Empédocle était dans la voie où la science moderne
pédocle. § 6. Il ne serait pas non plus rationnel de croire que le ciel ne demeure éternellement ce qu’il est que par l’action d’une âme qui l'y force nécessairement. L’âme ne pourrait pas avoir à ces conditions une existence tranquille et fortunée; et dès l'instant que le mouvement s’accomplit avec violence, en emportant le corps qui aurait primitimement un autre mouvement naturel, et en l’emportant continuellement, il faut nécessairement que ce mouvement soit sans cesse agité, et qu’il n'ait rien de cette facilité que donne l'intelligence. 11 n’y a pas pour cette âme, comme pour l’âme des animaux mortels, un repos, lequel est le délassement du corps dans le sommeil ; et il faut alors qu'il y ait dans le monde une àiue éternelle et infatigable, qui subisse en quelque sorte la destinée d’un lxion. Si donc, je le répète, il en peut être du mouvement primitif, ainsi que nous l'avons dit, nonseulement il est plus sage de s’en tenir à l’opinion exprimée par nous par rapport à son éternité ; mais, en outre, c’est pour nous l'unique moyen de pouvoir exposer des
a découvert le système du monde.
Tous les corps de l’espace ont ce double mouvement de rotation et de pesanteur. C'est la combinaison des deux forces centripète et centrifuge qui les maintient dans leur orbite, grâce à l'impulsion primitive que leur a imprimée le créateur.
§ 6. Non plus, c’est un second argument. Le premier s’applique au monde, qui n’Murait pu, selon Aristote, subsister si longtemps daus les conditions que suppose Kmpédocle; le second s'applique à l'Ame, qui
est censée régir l’univers. — Par l* action d une Ame qui l y force, Simplicius pense que ceci se rapporte aux théories de Platon sur l’Ame qui régit le monde, Lois , livre X, pages 2 W à 251 de la traduction de M. V. Cousin. — l'ne existence tranquille et fortunée, que nécessairement on suppose toujours & la divinité. — D'un lxion , livré sans e sse à des efforts qu’il faut perpétuellement renouveler. — Ainsi que nous lavons dit , soit dans tout ce qui précède, soit dans le Vlll* livre