Troubles de la sécrétion urinaire
La quantité d'urine est parfois normale, mais le plus souvent augmentée. Elle s'élève rapidement à 4 ou 5 litres, et dans certains cas, comme j'en ai observé beaucoup, il y a jusqu'à 12, 13 et 14 litres d'urine. Il ne faut pas oublier toutefois que cette polyurie ne constitue nullement un symptôme nécessaire de la maladie, et qu'il existe des cas graves de diabète, dans lesquels on ne constate jusqu'à la mort aucune augmentation de la sécrétion urinaire, comme nous aurons occasion de le voir plus loin.
On a beaucoup discuté pour savoir si c'est le jour ou la nuit qu'il y a le plus d'urine sécrétée. J'ai vu se produire les deux alternatives, et je crois qu'il n'y a pas de conclusion absolue à formuler sur ce point.
En même temps que l'urine augmente en quantité, elle devient plus claire, plus pâle, avec des reflets verdâtres, ou bien elle est limpide comme de l'eau. Ordinairement on n'y trouve pas de dépôts. Il arrive- cependant qu'il s'y forme des sédiments d'acide urique ou d'oxalates. Par le repos prolongé, elle se trouble peu à peu parle développement de champignons qui forment un dépôt blanchâtre. L'urine a parfois une odeur aromatique spéciale, rappelant celle des fruits, sa réaction est presque toujours acide, et grâce à la fermentation l'acidité persiste huit jours de plus que dans l'urine normale. La densité est presque toujours augmentée, et va de 1020 à 1025, jusqu'à 1030 et 1040, quelquefois jusqu'à 1050, exceptionnellement jusqu'à 1055.
Il faut savoir par contre qu'une urine d'une densité de 1010 peut au^si se tencoiitrer dans le diahèle.
L^élérnenl le plus important de l'urine est le sucre , qui se rpconnatt sûrement à son pouvoir réducteur à son action dextro;.yre sur le plan de polarisation et à son aptitude à fermenter. La proportion du sucre varie dans des limites très larges, depuis 0,5 — 3 et 4. jusqu'à 8 p. lt)0 et au delà. La quantité rendue dans les vingt-quatre heures peut aller de quelques grammes à un demi kilogramme et davantage. Dickinson en a trouvé 1500 grammes dans un cas. Il n'y a pas de rapport fixe entre la quantité d'urine et celle de sucre. Le sucre peut être en minime proportion pour une sécrétion abondante, et inversement. 11 y a en outre, dans l'excrétion du sucre, de grandes variations^ dépendant soit de la nature des aliments, soit d'émotions, soit du plus ou moins d'exercice au grand air que fait le malade. Presque toujours le sucre urinaire est de la dextrose; on aurait cependant trouvé de temps en temps de la lévulose (Zimmer et Czapek). Je n'en ai jamais rencontré, et dans un cas oîi Ton croyait qu'il y en avait, j'ai reconnu par un examen plus attentif que c'était une erreur. Au contraire, il n'est pas rare de trouver de Finosite à côté du sucre de raisin (1).
Uurée est ordinairement augmentée dans l'urine des diabétiques. La quantité peut être le double, et même le triple de la normale, de sorte que j'ai souvent constaté l'excrétion de 80 à loO grammes d'urée. Dickinson en a trouvé 142 grammes, et Fttrbringer 163.
L'hypersécrétion de l'urée est avant tout subordonnée à l'alimentation plus copieuse, et surtout à l'ingestion de matières albuminoïdes, mais quelquefuis aussi elle en est indépendante. Aux périodes plus avancées de la maladie, Taugmentation de Turée est due en partie à la des-
(1) Neukomm, Ueber dos Vorkùmmen von leuctra, etc. Dissert. ioaag. Zurich, i8S9.
Iruction rapide des tissus riches en principes azotés (1).
Il s'en faut cependant que cette hypersécrétion d'urée soit la règle. Il y a des cas bénins dans lesquels Turée est très peu augmentée, et où Ton constate à peine pendant des années un léger abaissement de la nutrition, l'excès d'urée étant couvert par Tingestion plus copieuse de matières albuminoïdes.
Vacide urique existe toujours dans Turine diabétique, pourvu qu'on sache l'y découvrir. Des recherches entreprises à ma clinique par Riess et Naunyn ont donné de 0^,7 à 0«',8 par vingt-quatre heures. 11 n'est pas rare que l'urine diabétique laisse déposer un sédiment d'acide urique, comme Prout l'avait déjà observé. S'il y a de la lièvre, l'acide urique augmente, ainsi que l'urée.
Créatinine. — On admettait jusqu'ici que ce principe est diminué ou même absent dans l'urine diabétique, mais les nouvelles recherches de Senator ont montré qu'il s'y trouve dans ses proportions ordinaires, sinon au delà. Parmi les sels urinaires, les sulfates et les phosphates augmentent d'ordinaire parallèlement à l'urée. On avait cru qu'il y avait un rapport inverse entre l'acide sulfurique et l'acide phosphorique ; mes observations ne confirment pas cette opinion. L'acide carbonique et surtout les chlorures semblent augmenter habiluellemdnt en raison de l'abondance de la sécrétion. Il en est de même des phosphates terreux, qui se montrent en excès dans certaines circonstances, sans que j'aie pu découvrir de ce fait une raison satisfaisante.
Parfois l'albumine se montre dans l'urine, tantôt dès le début, et alors elle persiste presque toujours, comme il ar-
(1) H y a longtemps déjà, j'ai isolé rigoureusement et soumis à une aUmentation identique deux femmes, Tune diabétique, Tautre bien portante, et j'ai trouvé que la femme diabéUque rendait constamment beaucoup plus d'urée que l'autre, et que chez la première l'excrétion de l'urée était loin d'être couverte par les principes albuminoïdes contenus dans les aliments. En même temps, la femme diabétique avait perdu en 31 jours 405nO gr. tandis que Tautre avait sensiblement gagné en poids. Les résultats détaillés de cette expérience sont consignés in Charité- Ânnalm^ anno 1876.
rive dans la glycosurie par lésion expérimentale du quatrième ventricule, tantôt à une période plus avancée, longtemps après l'apparition du diabète, alors que des complications inflammatoires se sont développées dans les reins, ce qui n'est pas d'ailleurs parmi les cas fréquents.
Notons enfm que chez Tenfant, le diabète s accompagne souvent d'incontinence nocturne, symptôme qui peut conduire à la découverte de la maladie méconnue jusque-là.