POUMONS ET VOIES AÉRIENNES
productions ampullaires, ayant souvent l'aspect de grappes de raisins. Au microscope on découvrait dans quelquesuns de ces foyers des cellules fusiformes ; dans les autres il n'y avait pas apparence d'éléments constitués. Ces noyaux incolores semblaient provenir pour la plus grande partie de la destruction de fibres nerveuses. Il y avait lieu de les considérer comme des foyers de myélite^ et à l'état frais on y aurait trouvé certainement des cellules granuleuses.
Outre les altérations de structure qui viennent d'être décrites, on a constaté aussi des formes morbides, les unes sans aucun rapport, les autres en rapport lointain avec le diabète, telles que : une embolie de l'artère sylvienne avec ramollissement, suite de lésions valvulaires du cœur; une hémorrhagie récente et considérable de la dure-mère, survenue probablement peu de temps avant la mort ; une mé* niïigite suppurée, développée à la fin de la maladie. La relation avec le diabète restait douteuse dans un cas de petit fibrome de la dure-mère, avec dépression correspondante de Técorce cérébrale au niveau du lobe pariétal droit.
2. Poumons et voies aériennes. — Ces organes sont très souvent malades dans le diabète, et dix-sept fois seulement ont été trouvés intacts, sans parler des cas légers de catarrhe bronchique aigu ou chronique, associé à de petits foyers de broncho-pneumonie. Au contraire les poumons ont présenté vingt et une fois de la tuberculose, soit à peu près dans la moitié des cas. Il y avait des exemples de toutes les lésions ressortissant à la phthisie, et les bacilles n*y ont jamais manqué. Trois fois il s'était formé un pneumothorax. Dans neuf cas la maladie s'était terminée par inflammation pulmonaire, une fois par pneumonie croupale double, sept fois par pneumonie gangreneuse, qui souvent s'est ajoutée au coma diabétique. Le contenu des foyers gangreneux avait toujours une réaction acide très prononcée, et ne dégageait aucune odeur putride. Souvent
134 ANATOMIE PATHOLOGIQUE
on reconnaissait au milieu de ces foyers la présence de corps étrangers, qui avaient pénétré par aspiration dans les voies aériennes et y avaient donné naissance à la pneumonie gangreneuse. Dans un cas il y avait de la pneumonie lobulaire suppurée.
3. Cœur et vaisseaux. — Le cœur était souvent petit et atrophié, tantôt décoloré, tantôt rouge-brun, pesant de 130 à 200 grammes. Dans un cas il présentait un foyer de dégénérescence syphilitique. L'insuffisance des valvules s'est rencontrée souvent, et il est à remarquer que le développement d'une artérite chronique n'est point rare dans le cours du diabète. J'ai souvent vu, chez des malades que j'observais pendant plusieurs années, l'artério-sclérose s'établir peu à peu, et avec elle des lésions des valvules aortiques.
4. Estomac et intestins. — L'estomac était quelquefois normal, souvent dilaté avec épaississement de ses parois. Une présentait pas de lésions destructives.
Dans l'intestin il y avait souvent, en cas de phthisie, des ulcérations tuberculeuses, et j'ai noté en outre deux cas de dysenterie.
Sur la muqueuse du pharynx et de l'œsophage, il y avait ordinairement une couche abondante de muguet. Les ganglions mésentériques étaient souvent hypertrophiés, sans qu'un examen attentif y fit découvrir aucune altération de texture.
5. Foie. — Le plus souvent de volume normal, quelquefois un peu petit, rarement hypertrophié ; son poids a varié entre 1,050 et 1,970 grammes, presque toujours compris entre 1,300 et 1,800 grammes. Le parenchyme était tantôt gorgé de sang, tantôt j exsangue. Âcini parfois très visibles, assez souvent effacés. Deux fois il y avait des
PANCRÉAS. i35
foyers de bactéries, du diamètre d'un grain de millet ou de chèuevis. Dans un cas, obstruction des voies biliaires par un carcinome de la tête du pancréas. Calculs biliaires fréquents. Le foie contenait souvent beaucoup de sucre, et trois fois (pi. II, fig. 9) on a pu reconnaître des quantités considérables de glycogène(l). Dans un cas le foie présentait des dépressions de couleur foncée, de plusieurs centimètres de diamètre, que les injections pratiquées par le D' von Hoffmann ont fait reconnaître pour une atrophie du parenchyme hépatique, avec dilatation des radicules de la veine porte.
6. Rate. — Le plus souvent de dimensions normales, quelquefois petite et exsangue, rarement hypertrophiée. Son poids a varié entre 40 et 270 grammes, en moyenne de 1 40 à 1 50 grammes ; une seule fois il y avait de la dégénérescence amyloïde (grains de sagou).
7. Pancréas. — Vingt-huit fois normal, douze fois atrophié. Son poids variait entre 25 et 134 grammes, dans les cas d'atrophie il était de 41, 42 et 45 grammes. Il présentait une consistance tantôt molle et friable, tantôt dure, et était enveloppé alors d'une gangue de tissu conjonctif, avec persistance d'un très petit nombre d'acini. Dans un cas le pancréas, sauf quelques points isolés, était complètement graisseux, et le canal de Wirsung rempli d'une volumineuse concrétion, de 3 centimètres sur 4, ainsi que de nombreux débris calcaires. Dans un autre cas, la tête du pancréas était le siège d'un carcinome avec dilatation kystique du canal de Wirsung et occlusion du canal cholédoque.
(1) n y avait communément de petites quantités ou seulement des traces de glycogëne limitées aux cellules occupant la périphérie des acini. Il n'était pas rare de trouver, en ces mômes points, des cellules contenant un amas relativement important de glycogëne; comme nous le verrons plus loin, il s'agissait là de productions préexistantes (pi. II, fig. 7 et 8; pi. 111, fig. 4, 5 et 7).
136 ANATOMIB PATHOLOGIQUE.
Une fois, le pancréas était transformé en un abcès de la grosseur d'une pomme, rempli de pus jaune, et ne communiquant ni avec le canal excréteur ni avec le duodénum. Une autre fois encore la glande était incluse dans un abcès de la grosseur d'un œuf d'oie, et réduite par atrophie à un volume insignifiant (péripancréatite et pancréatite hémorrhagique purulente).
8. lieins. — Souvent de volume normal, quelquefois petits et exsangues, mais plutôt gros et gorgés de sang. Poids 168, 175, 189 grammes. Texture non altérée dans la plupart des cas, çà et là l'épithélium trouble ou graisseux; rarement sclérose du tissu conjonctif. La dégénérescence des anses de Henle était constante (pi. I, fig. i, 3 et 4). Cette altération, à ses degrés avancés, se voyait déjà à l'œil nu, au moyen de la liqueur de Lugol, qui faisait apparaître une striation brune à la limite des substances médullaire et corticale. Ces stries correspondaient à la dilatation considérable des canalicules au niveau de l'isthme des anses de Henle. Au microscope on constatait que cette dilatation avait surtout pour cause une hypertrophie de Tépithélium. Celui-ci, par les procédés ordinaires de coloration, apparaissait comme un fin réseau cellulaire polygonal, rappelant l'aspect de certains tissus végétaux. Les noyaux y étaient toujours visibles, et démontraient qu'il ne s'agissait pas là d'un processus nécrosique. Au moyen de la solution gommeuse iodurée on distinguait nettement l'aspect et la nature des cellules ; on apercevait alors, dans le protoplasma d'apparence homogène, quantité de noyaux plus ou moins volumineux, prenant au contact de l'iode toutes les nuances caractéristiques du glycogène, ainsi que la teinte jaune franche du corps accessoire du glycogène. Il s'agissait donc là d'une transformation constante et particulière au diabète de l'épithélium des anses de Henle, qui doit être rapportée à la maladie elle-même et bien plus
REINS. 137
encore à Texcrétion du sucre par les reins, vu la nature glycogénique de celte altération. Il est très vraisemblable qu*il se passe en ces points, les plus étroits de tout l'appareil des canalicules urinaires, un phénomène de saturation, et que la transformation glycogénique est l'expression et la conséquence physiologique de la résorption incessante du sucre. Dans deux cas il y avait de la néphrite diffuse au début, une fois une néphrite suppurée, une fois une cystite et une pyélo-néphrite suppurées. Dans un autre cas il existait des foyers de bactéries.
Il faut noter encore que plusieurs fois le tissu osseux a présenté un défaut de consistance, bien que les analyses du professeur Schultzen n'aient point établi le fait d'une diminution des sels calcaires. Enfin il s'est rencontré plusieurs cas de pigmentation foncée du foie, des ganglions lymphatiques, du pancréas^ le pigment étant de nature ferrugineuse, comme Ta montré la réaction du sulfhydrate d'ammoniaque.
ANATOMIE PATHOLOGIQUE
2«01l, AGE, SBu, raortano!!.
G., ouvrier, 48 ans.
sem.
B., forgeron, 50 ans.
1 jour
APPAREIL
iStriEATOIEI.
APPAREIL
asCCLATOIBB.
iCœar, Taisseaui.)
Hypertrophie du yentricule gauche, artério-sclérose avancée.
APPAtm.
(EltOMT,
FOIEETI^T:
3 K., ouvrier, 50 ans.
Catarrhe bronchique, poumons gorgés de sang.
Hypertrophie du cœur gauche, pas de lésions valvulaires , aorte un peu dilatée.
Rien dans Testomac ni les intestins.
Foie de me ocr-ul infiltn- ' grai5«t^
C , ouvrier.
Si ans.
Les deux poumons perméables partout, un peu congestionnés.
Hypertrophie du cœur gauche, alhérome artérieL
Estomac dilaté, muqueuse ulcérée, d'un gris ardoisé.
Foie tir>M luminer.i
sang, y
Isistance '^ me, nie 3 peu gro^K
ANATOMIE PATHOLOGIQUE
A5CR£aS.
Pas d*altératious
réas nop-
Reins fermes et congestionnés.
éas nor-
Reins fermes , très volumi neux et gorgés de sang.
OBSERVATIONS
Densité de Turine 4031-1028, réaction alcaline, beaucoup de sucre , de temps en temps aussi de llnosite.
D = 1017, 0,5 p. 100 de sucre, température tr.
basse, 28,7, et à la fin 31 dans le rectum; pouls très lent, 4448.
D = 1011,unpeu d'albumine et 0,69 p. 100 de sucre. Respiration de Gheyne- Stokes.
D= 1013, avec 1,08 p. 100 de
Foyer hémorrhagique de la grosseur d'une pomme dans le corps strié et le noyau lenticulaire à droite. Rien dans le quatrième ventricule.
Hémorrhagie abondante dans la couche optique et le pédoncule à gauche, avec irruption du sang dans les quatre ventricules et jusque dans la partie supérieure du canal central de la moelle. Suffusion sanguine de la pie-mère à la base du cerveau.
Foyer apoplectique très volumineux, ayant détruit à gauche la partie externe du corps strié, le noyau lenticulaire et une partie de la couche optique, à droite la moitié postérieure de la couche optique et le noyau lenticulaire; tous les ventricules remplis de sang; hémorrhagie en nappe du plancher du quatrième ventricule, sous Fépendyme; protubérance ramollie, avec de nombreuses striations sanguines.
Hypérostose du crâne, hémorrhagies anciennes et récentes des méninges depuis les lobes frontaux jusqu'à la protubérance et à lamoeUe allongée ; deux anévrismes de Tarière communicante antérieure, l'un gros comme un pois, l'autre un peu plus petit; ventricules latéraux et quatrième ventricule remplis de sang liquide, au milieu duquel nage un gros caillot mou; aqueduc de Sylvius très dilaté, ses parois et celle du quatrième ventricule ramollies et infiltrées de sang.
ANATOXIE PATHOLOGIQUE.
JfOlL AGE,
APTABEIL
APPAUa
APFAKEIL
»totu»,>IEEII
B.y feoDinc
de duiinbre,!
33 ans.