GISEMENT ET ALLURE DES COUCHES DE HOUILLE
II existe, ainsi que nous l'avons précédemment indiqué, une différence très-prononcée entre les bassins du Nord et la plupart des bassins méridionaux , quand aux conditions suivant lesquelles la houille s'y trouve distribuée. Dans le Nord, les couches sont minces et multipliées, et la continuité des couches en fait tout le prix. Dans les bassins méridionaux, au contraire, les couches, moins nombreuses mais plus puissantes, semblent perdre dans le sens de continuité ce qu'elles gagnent en épaisseur. Ainsi , les gîtes houillers du bassin de Saône-et- Loire paraissent former des bassins subordonnés au bassin principal qui est rempli par les grès et les schistes. Ces bassins subordonnés sont orientés comme le bassin qui les contient, et la houille s'y présente d'autant moins continue qu'elle est plus puissante.
La puissance totale des couches de houille qui existent dans un bassin est sujette à de grandes variations.
Le bassin de la Loire ne contient, dans la partie de Rive-de- Gier, que trois couches , dont les épaisseurs moyennes réunies dépassent 15 mètres; mais, dans la partie de Saint-Etienne, la somme des couches reconnues s'élève jusqu'à 35 mètres en 19 couches. C'est une puissance totale de 50 mètres pour les couches réunies du bassin.
Le point le plus riche du bassin de la Grand'-Combe a une puissance totale de 20 mètres, pour les couches réunies. On trouve 9 à 12 mètres à Brassac ; 15 mètres à Commentry et Doyet; 20 à 30 mètres dans le bassin d'Aubin. Ce qui est remarquable , dans tous ces bassins , c'est que la houille en couches de 5 à 10 mètres se réduisant , par des étrangle;ments , à 2 ou 3 , et d'autres fois se renflant à des épaisseurs de 20 à 30 , est un fait ordinaire et normal.
Dans le nord, au contraire, 10 mètres de puissance totale sont divisés en quatorze couches exploitées à Fresne et Vieux- Condé. Les douze couches d'Aniche ne forment que 7 mètres ; quatre couches suivies à Douchy n'ont que 3m,50 : quatre , à Denain , 2m,80 seulement; et 12 mètres ne forment pas moins
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de dix-huit couches à Anzin. Il s'en trouve en outre qui ne sont pas exploitées et dont l'épaisseur est au-dessous de 0°\25. Mais ces couches 6ont régulières, continues, et on n'y rencontre pas les renflements et les étranglements si fréquents dans les couches des bassins méridionaux.
Cette différence de puissance et d'allure dans les couches de houille concorde d'ailleurs avec les différences indiquées par les études géologiques dans la constitution des bassins.
En résumé , on ne peut poser aucune règle absolue pour le nombre et la puissance des couches de houille, non plus que pour leur continuité. Les indices qui résultent de la direction de la stratification ont cependant une grande valeur, même dans les contrées où la continuité présente le plus d'exceptions, en ce qu'ils conduisent toujours à la possibilité de trouver, si ce n'est le prolongement des couches , du moins des gîtes analogues à ceux déjà découverts.
Accidents des couches de houille. — Les couches de houille sont rarement dans la position où elles ont été produites . car cette position devait se rapprocher sensiblement de l'horizontale; condition nécessitée, sinon par le mode de génération de la houille elle-même , du moins par celui des couches de grès et schistes entre lesquelles elle est stratifiée. Le plus souvent, l'ensemble du terrain est accidenté , non-seulement par des inclinaisons plus ou moins fortes , mais encore par des plis qui changent ces inclinaisons et contournent les couches de telle sorte qu'un puits vertical peut les couper plusieurs fois. Souvent même , il existe un ou plusieurs systèmes de failles qui changent les niveaux et isolent les unes des autres les diverses parties fracturées d une même couche.
Cette dislocation, postérieure à la production des couches, doit être distinguée des accidents contemporains inhérents à la production même de la houille, tels que les ondulations du toit ou du mur qui renflent ou rétrécissent la puissance, les intercalations de bancs ou d'amygdales rocheuses qui interrompent le régime régulier de la stratification. Néanmoins,
ACCIDENTS DES COUCHES DE HOUILLE. i3«
il y a une liaison évidente entre ces deux origines d'irrégularités , en ce que les perturbations dynamiques semblent avoir agi quelquefois sur des couches de houille non solidifiées , ou du moins, dans un état tel qu'elles ont pu être comprimées, étranglées et même complètement supprimées par une compression entre les roches du toit et du mur , et , par suite , renflées en d'autres points.
La structure contournée et les surfaces souvent lisses et polies des schistes qui accompagnent la houille ainsi accidentée; l'état de la houille elle-même, qui est non-seulement plus brisée que partout ailleurs mais quelquefois contournée et pour ainsi dire pétrie , semblent cqnfirmer l'existence de ces perturbations presque contemporaines du dépôt des couches.
On peut d'ailleurs , par des observations attentives , distinguer assez ordinairement les perturbations dynamiques et violentes de celles qui résultent des circonstances mêmes du dépôt. Les nerfs réguliers de schistes et les couches ou barres d'argile , presque toujours interposées dans les couches de houille suivant le sens de la stratification , peuvent fournir des indications à cet égard. Ainsi, dans un renflement naturel, les nerfs et barres n'éprouvent pas de perturbations dans leur stratification, tandis que dans les accidents dynamiques, ils sont brisés, et leurs fragments brouillés avec la houille annoncent d'avance au mineur l'accident qui va modifier l'allure de la couche.
U inclinaison , les plis, les crains, les brouillages et les failles : tels sont les accidents auxquels sont sujettes les cou-» ches de houille.
L'inclinaison est l'accident le plus général ; il est rare , en effet, que les couches se présentent dans une position horizontale; presque toujours elles ont des pendages déterminés et une direction fixe. Cette inclinaison n'est soumise à aucune règle ; il y a des couches presque verticales , et il y en a d'inclinées au-dessus et au-dessous de 45°. Ces inclinaisons ré-
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sultent évidemment de perturbations, de soulèvements ou d'affaissements du sol, postérieurs au dépôt du terrain.
La grande couche du Creusot peut être citée comme exemple des fortes inclinaisons que peut présenter la houille. Cette couche incline en moyenne à 70* et, sur quelques points, elle est
Fig. 2!.
même tout à fait renversée. La coupe (fig. 21) prise au fond de la vallée, au point où la couche contournée présente un double pendage , indique les conditions moyennes de l'allure du terrain.
Les couches de grès , de conglomérats et schistes qui "partagent ces allures, ont dû nécessairement, comme tous les terrains sédimentaires, être déposées dans une situation à peu près horizontale : le terrain a donc été soulevé à une ou plusieurs époques , et ces soulèvements ont donné aux couches une direction et des inclinaisons coordonnées avec la disposition générale du bassin.
La direction des couches est assez généralement constante dans un bassin houiller, mais les inclinaisons varient. Ainsi , l'on a remarqué que, sur les lisières opposées d'un bassin, les pendages étaient le plus souvent en sens opposé, et l'on a constaté qu'il y avait quelquefois réunion de ces deux pendages vers le milieu du bassin , par une partie plane ou courbe