‹ Traité du goître et du crétinismeChapitre 22 sur 70 · TITRE II · texte numérisé non relu

TITRE II

Attributions des conseils et des commissions d'hygiène publique.

Art. 9.

Les conseils d'hygiène d'arrondissement sont chargés de l'examen des questions relatives à l'hygiène pubhque de leur arrondissement, qui leur seront renvoyées par le préfet ou le sous-préfet. Ils peuvent être spécialement consultés sur les objets suivants :

10 L'assainissement des localités et des habitations;

2° Les mesures à prendre pour prévenir et comba^ tre les maladies endémiques, épidémiques et trans-

missibles;

5° Les épizooties et les maladies des animaux;

4» La propagation de la vaccine;

5° L'organisation et la distribution des secours médicaux aux malades indigents;

6° Les moyens d'améliorer les conditions sanitaires des populations industrielles et agricoles ;

T La salubrité des ateliers , écoles, hôpitaux , maisons d'aliénés, établissements de bienfaisance , casernes, arsenaux, prisons , dépôts de mendicité, asiles, etc.;

8° Les questions relatives aux enfants trouvés; 9° La qualité des aliments, boissons, condiments et médicamentslivrés au commerce;

10" L'amélioration des étabhssements d'eaux mine-

raies appartenant à l'Etat, aux départements, aux communes et aux particuliers, et les moyens d'en rendre l'usage accessible aux malades pauvres;

il" Les demandes en autorisation , translation ou révocation des établissements dangereux, insalubres ou incommodes;

12° Les grands travaux d'utilité publique, constructions d'édifices , écoles , prisons, casernes , ports, canaux, réservoirs , fontaines, halles, établissements des marchés , routoirs , égouts , cimetières , la voirie , etc., sous le rapport de l'hygiène publique.

Art. 10.

Les conseils d'hygiène publique d'arrondissement réuniront et coordonneront les documents relatifs à la mortalité et à ses causes , à la topographie et à la statistique de l'arrondissement, en ce qui touche la salubrité publique.

Ils adresseront régulièrement ces pièces au préfet, qui en transmettra une copie au ministre du commerce.

Art. 11.

Les travaux des conseils d'arrondissement seront envoyés au préfet.

Art. 12.

Le conseil d'hygiène publique et de salubrité du département aura pour mission de donner son avis :

1** Sur toutes les questions d'hygiène publique qui lui seront renvoyées par le préfet ;

2° Sur les questions communes à plusieurs arrondissements ou relatives au département tout entier.

11 sera chargé de centraliser et coordonner , sur le renvoi du préfet , les travaux des conseils d'arrondissement.

(le rapport sera immédiatement transmis par le préfet, avec les pièces à l'appui, au ministre du commerce.

Art. 15.

La ville de Paris sera l'objet de dispositions spéciales.

Art. i4.

Le ministre de l'agriculture et du commerce est chargé de Texécution du présent arrêté.

Nous avons dit plus haut quelle était l'importance, pour les habitants des vallées des Alpes, d'avoir des maisons saines, bien exposées, s'ils veulent arriver à la diminution du nombre des goitreux et des crétins. Il sera très-difficile de voir ces améliorations s'effectuer, si l'on attend de la bonne volonté de ces populations de faire les réparations qu'une bonne hygiène réclame.

Il y a beaucoup d'habitations qui, parleur exposition ou par leur construction vicieuse , ou par toute autre circonstance, sont reconnues très-insalubres et incapables d'être améliorées; la plupart devraient être démolies, et, malgré leur mauvais état, les malheu-

reux qui les occupent, soit à titre de proprie'laires ou de locataires, ne prendront jamais Tinitiative, ou de les démolir, ou de les reconstruire , encore moins de les relever dans des lieux diftërents mieux exposés et plus sains. Ils ont été élevés dans cette masure, ils y sont nés, il y ont toujours vécu et ils y ont toutes leurs habitudes; aussi ne se décideront-ils jamais à l'abandonner. Tel sera leur raisonnement comme locataires; à plus forte raison ne se décideront-ils pas à l'abandonner s'ils en sont propriétaires. Ils ne comprendront pas la nécessité de renverser leur maison, où leurs pères ont vécu , et oii ils ont passé eux-mêmes une partie de leur existence. Ils préféreront augmenter leur patrimoine , en consacrant l'argent qu'ils emploieraient à réparer leur habitation , à l'assainir ou à la reconstruire, à acheter quelques champs qu'ils ne paieront qu'à long terme, et dont les produits suffiront à peine pour payer les intérêts du capital.

Ainsi, il ne faut rien attendre, rien espérer de l'initiative des populations des Alpes. Leur ignorance est trop grande, leurs préjugés trop enracinés, et leurs habitudes de malpropreté trop prononcées, pour qu^elles puissent, d'elles-mêmes, par leur propre impulsion , améliorer leur état intérieur de domicile.

Il faut donc que la loi vienne, pour ainsi dire, forcer l'habitant des montagnes à sortir de la fange dans lar quelle il vit. C'est en cela qu'une loi sur l'assainissement des logements insalubres serait bonne. L'appli-

cation de celle du 15 avril sera-t-elle facile ? Je ne le crois pas , et voici pourquoi :

L'art. 1^'^de la loi du 15 avril 1850 dit que, dans toute commune où le conseil municipal l'aura déclaré nécessaire par une délibération spéciale, il nommera une commission chargée de rechercher et d'indiquer les mesures indispensables d'assainissement des logements et dépendances insalubres mis en location ou occupés par d'autres que le propriétaire , l'usager ou l'usufruitier.

Il y aura bien quelques communes où le conseil municipal sera assez éclairé pour comprendre la mission que la loi lui confie, la puissance qu'elle lui donne, mais, dans la plus grande partie des communes des Alpes, où riches et pauvres sont très -égoïstes, le conseil municipal est ordinairement composé des plus riches imposés, et, par conséquent, ses membres sont en partie propriétaires des maisons qui, dans la commune, sont louées aux malheureux, soit à titre desimpie location, soità titre de fermiers, et ils ne voudront jamais consentir à s'obliger de faire les réparations qui seraient prescrites par la commission qu'ils auraient nommée. N'attendez donc jamais, de la part de ces conseils municipaux, une initiative qui serait leur condamnation. Jamais un propriétaire des villages pauvres des Alpes ne consentira de lui-même à faire des réparations pour une maison dont le prix de location lui est payé, bien que souvent elle menace

ruine et qui ne lui produirait pas davantage s'il la réparait.

L'article 9 de l'arrêté du 18 décembre 1848 dit que les conseils d'hygiène d'arrondissement sont chargés de l'examen des questions relatives à l'hygiène publique de l'arrondissement qui leur seront renvoyées par le préfet. Ils peuvent être consultés sur les objets suivants :

r L'assainissement des localités et des habitations;

2° Les mesures à prendre pour prévenir et combattre les maladies endémiques, etc.

Les commissions d'hygiène publique des cantons indiqueront très-bien les améliorations à faire pour assainir les communes de leur canton , les moyens à - employer pour y arriver; mais le préfet, auquel ces rapports sont envoyés, engagera bien le conseil municipal à se réunir pour nommer la commission exigée par l'article 1er de la loi sur l'assainissement des logements insalubres. II trouvera, dans presque toutes les communes rurales, une vive opposition et même un refus de concours.

Il faudrait que cette loi donnât pouvoir au préfet de nommer une commission composée d'hommes étrangers à la localité, qui serait assistée du maire , du juge de paix du canton, du curé de la commune, et du médecin ; alors on serait certain d'avoir un rapport consciencieux , impartial , et l'autorité centrale pourrait alors ordonner les travaux d'assainissements

à faire, soit par la commune , soit par les propriétaires , empêcher l'érection de nouvelles constructions et la réparation aux anciennes dans tous les lieux qui sont reconnus malsains; obliger les propriétaires à construire selon les règles hygiéniques , à choisir une bonne exposition, à ouvrir de larges fenêtres, à élever le rez-de-chaussée au-dessus du niveau du sol , à ne négliger aucune des règles reconnues indispensables pour qu'une maison soit parfaitement saine.

Il serait utile de faire apprendre aux enfants , dans les écoles, les éléments les plus simples de l'hygiène, au moyen d'un petit traité mis à leur portée et expliqué par le maître d'école ; on leur enseignerait ainsi la propreté et l'importance qu'il y a à éloigner des habitations tous les fumiers et les cloaques.

Les conseils généraux pourront contribuer à l'amélioration de la santé publique, en votant les crédits nécessaires pour ouvrir de nouvelles routes etfaciUter les communications.

Pour améliorer la position des petits enfants abandonnés par leur mère pendant qu'elles vont au loin chercher du bois ou des provisions, il faudrait établir des salles d'asile où ces enfants seraient entourés de soins, où ils apprendraient à lire, et où la petite gymnastique qui leur serait enseignée tendrait à développer le système musculaire ; ils ne resteraient plus ainsi abandonnés, dans les étables, aux soins inintelligents des autres enfants, ou même des crétins, aux- .quels ils sont confiés.

Les préfets qui envoient des enfants trouvés dans les Alpes devraient prendre des mesures pour empêcher que ces enfants ne soient envoyés dans les vallées infectées ; car ces malheureux , confiés à des nourrices de ces vallées, deviennent facilement goitreux et crétins, ainsi que je l'ai déjà dit. Ces pauvres petites créatures, abandonnées aux soins inintelligents des nourrices mercenaires, sont si promptement frappées de cette dégénérescence, que dans la commune de Risoul, dépendant de l'arrondissement d'Embrun, M. Guillaume, curé de cette commune, m'écrivait, à la date du 21 février dernier , qu'une trentaine d'enfants trouvés de l'hospice de Marseille, placés en nourrice dans sa commune, sont tous devenus goitreux et crétins.

Le gouvernement devrait encourager les habitants -à reconstruire leurs maisons ou à les assainir, en les dégrevant, pendant plusieurs années, des impôts, et en leur donnant même des primes d'encouragement.

Tel est l'ensemble des moyens qui paraissent les plus convenables pour arriver, sinon à faire disparaître le crétinisme, du moins à le faire diminuer.

Un moyen qu'il serait très-utile de mettre en usage,, serait d'engager les communes à voter, dans leur budget annuel, une somme suffisante pour fournir les médicaments qui paraîtraient les plus puissants à employer pour relever les forces des enfants pauvres, menacés ou entachés de crétinisme, et qui seraient

prescrits par le médecin de la localité, qui serait chargé du soin de traiter les crétins.

Les médicaments qui devraient être choisis seraient fixés par le conseil d'hygiène de l'arrondissement, et pour cela on rédigerait un petit traité des moyens à opposer au crétinisme.

L'hygiène et la thérapeutique pouvant offrir des moyens assez puissants pour relever l'organisme si profondément altéré des crétins, les toniques, les ferrugineux, devront être employés , mais à très-petites doses , d'abord , afin d'en faciliter l'absorption et l'assimilation, ainsi que les bains préparés avec la décoction de plantes aromatiques , pendant la durée desquels on devra faire, sur toute la surface du corps, des frictions; on devra s'efforcer de favoriser , par tous les moyens possibles , les sécrétions cutanées , qui sont presque nulles chez les crétins. Comme préparation ferrugineuse, on choisira de préférence le sirop de proto-iodure de fer, préparé suivant la formule de Dupasquier, et donné dans une décoction de feuilles de noyer. On profitera du faible développement du goût, chez ces malheureux, pour leur administrer des préparations amères , auxquelles on associera l'huile de foie de morue , qui m'a paru réussir dans quelques cas ; on engagera les parents à les faire coucher dans un appartement sec; à changer, le plus souvent possible, leurs hnges, qui devront toujours être lessivés; a leur donner une alimentation tonique, riche en prin-

cipes azotés ; à leur faire boire du vin , et à ne jamais leur permettre l'usage d'aucune boisson alcoolique. Les observations suivantes, que j'ai recueillies avec soin, indiquent combien ces différents moyens ont d'influence sur l'organisme des enfants qui viennent au monde avec les signes du crétinisme.

Première observation.

Le 4 septembre 1848 , le nommé Pierre Forêt, de la commune de Presle , infectée de goitreux et de crétins , âgé de quatre mois et demi , m'est apporté par ses parents. Le père paraît jouir d'une bonne santé ; mais la mère porte un goitre volumineux. Cet enfant a une tête volumineuse, le nez aplati, les lèvres épaisses , la langue volumineuse , les pommettes saillantes, la peau sèche et livide; il sourit rarement, se plaint souvent; les déjections alvines sont fréquentes, et il tette avec difficulté. Cet enfant a tous les caractères assignés au crétinisme; déplus, la glande thyroïde paraît plus volumineuse qu'à l'état normal , et le goître commence à se développer.

Ses parents me l'apportent afin que je lui coupe le fil, qui, suivant eux , l'empêche de teter. Ayant reconnu que le filet de la langue n'est pas trop court, et reconnaissant que cet enfant est destiné à être crétin, qu'il en a tous les symptômes, j'expose alors aux parents quel sera le sort de cet enfant s'ils ne s'empres-

sent de l'entourer de tous les soins possibles , et comme leur aisance leur permet de faire quelques sacrifices, je leur conseille les moyens suivants qu'ils ont mis en usage :

1<> Placer l'enfant chez une nourrice saine, jouissant d'une bonne santé, d'une bonne constitution, dans une localité où le goitre et le crétinisme sont inconnus.

2» Faire prendre à l'enfant, le matin, à midi et le soir, dans six cuillerées d'une décoction de feuilles de noyer, une derai-cuillerée à café de sirop de protoiodure de fer, quantité que l'on augmentera tous les mois jusqu'à la dose de trois cuillerées à café ; baigner l'enfant tous les trois jours dans une décoction de feuilles de noyer , de sauge , de thym et de lavande; lui faire, soir et matin, le long de la colonne vertébrale, des frictions avec le mélange suivant, dont on imbibera un morceau de flanelle :

Pr. Teinture de quina, 30 grammes.

Teinture de cannelle, 30 grammes.

Teinture d'arnica, 30 grammes.

Eau de mélisse, 250 grammes.

Mêl.

Le tenir constamment dans une pièce bien aérée et enveloppé de linges propres et fréquemment lessivés.

Ces moyens ont d'abord été appliqués pendant six mois. J'avais soin de visiter de temps en temps Yen-

fant, afin de m'assurer de l'exactitude que l'on mettrait à suivre mes conseils.

Après un intervalle de trois mois, la constitution de l'enfant parut avoir repris un peu d'énergie ; la peau était plus douce au toucher ; elle avait pris un peu de coloration; les digestions étaient meilleures; l'enfant tétait avec plus de facilité et souriait de temps en temps à sa nourrice.

Je conseillai de faire prendre , matin et soir, à Tenfant, une demi-cuillerée à café d'huile de foie de morue dans une infusion de feuilles de noyer, avec addition du sirop de proto-iodure de fer ; de lui donner, deux fois par jour, un peu de semoule ou de vermicelle assaisonnés de beurre et de sel, en commençant par de petites quantités puis en augmentant sensiblement.

Sous l'influence de ce traitement, de ces conseils hygiéniques, Tenfant prit de la force, sans être cependant aussi fort qu'un enfant sain de son âge; il pouvait se tenir debout sur les genoux de sa nourrice ; ses traits devinrent moins stupides , et il souriait à sa nourrice; ses sens se développèrent successivement , mais cependant avec lenteur; enfin, au mois de janvier dernier, il commençait un peu à marcher et à prononcer quelques mots. Je ne doute pas que, sans l'emploi des moyens hygiéniques et thérapeutiques que j'ai conseillés, cet enfant serait devenu un être inerte et complètement crétin.

Deuxième observation.

Le 22 novembre 4848 , la nommée Marguerite Facios, née dans la (iommune d'Arvillard et âgée de neuf mois , nous est apportée par ses parents , parce que , disent-ils, elle n'a aucune force et ne peut se tenir debout, et qu'acné a une diarrhée continuelle.

Ayant examiné avec soin cette petite fille, je reconnus de suite qu'elle avait tous les caractères du crétinisme qui menaçait d'être au plus haut degré. Le père et la mère sont atteints iSe goitres peu volumineux. L'enfant a une physionomie stupide , les lèvres volumineuses, la langue épaisse, la peau sèche, le nez aplati; elle fait entendre un sourd grognement; elle prend le sein avec avidité, mais Tabandonne promptement ; on voit qu'elle tette difficilement.

La commune d'Arvillard étant humide , le soleil n'y paraissant que pendant une heure ou deux pendant près de sept mois de l'année, la maison qu'habitent les parents étant entourée de grands arbres fruitiers et très-humide, j'engage les parents à chercher une nourrice dans un village où il n'y a pas de goitreux ni de crétins , et je leur conseille les moyens suivants :

' Faire prendre à la nourrice , matin et soir, une tasse de tisane de houblon , avec addition d'une cuillerée à bouche de sirop de proto-iodure de fer; donner à l'enfant, soir et matin, six cuillerées de tisane de

feuilles de noyer et de graines de cynorrhodon , avec addition d'une petite cuillerée de sirop de proto-iodure de fer; faire, trois fois par jour, des frictions le long du rachis avec le mélange indiqué dans la première observation; le changer souvent de linge; le tenir très-propre; lui donner, matin et soir, un petit lavement amidonné, et cesser l'usage de la bouillie blanche, que Ton remplacera par de petites soupes de riz , de semoule , de vermicelle , cuites à l'eau et assaisonnées de beurre et de sel, dont on mettra une quantité un peu plus forte qu'on ne le fait ordinairement; le baigner fréquemment dans une décoction de plantes aromatiques, avec addition, pour un bain, de 60 grammes de sel de cuisine.

Au bout de quatre mois, la constitution de l'enfant s'est un peu améliorée ; sa peau a pris un peu de coloration ; elle est souple , et la diarrhée a cessé. Je prescrivis alors l'usage de l'huile de foie de morue, je conseillai de donner un peu de vin sucré après le repas , et de le faire sortir au soleil le plus souvent possible.

Ce traitement, continué jusqu'à ce jour en le suspendant toutefois de temps en temps , a produit de bons résultats: l'enfant a pris de la force; il marche seul et prononce quelques mots, et sa physionomie, sans être très-intelligente, n'a plus cet aspect stupide comme l'ont les enfants crétins de son âge.

Troisième observation.

Le nommé François Jouvet , de la commune de Cheylas, âgé de quatre mois et demi, m'est apporté, le 17 mars 1849, par ses parents, pour une conjonctivite intense dont il est atteint. Je reconnais de suite que cet enfant est affecté de crétinisme et d'un petit goitre à deux lobes. Le père est goitreux, et la mère , sans être goitreuse, est d'une petite taille et paraît jouir d'une mauvaise constitution.

Les parents étant peu aisés, ne peuvent placer leurs enfants en nourrice. Cependant, persuadé que des soins entendus peuvent améliorer sa position, je crois devoir leur conseiller les moyens que j'avais mis en usage précédemment ; je leur donne les médicaments que leur misère ne leur permet pas d'acheter, et je les engage à me rapporter Tenfant tous les mois.

Sous l'influence des moyens indiqués, bien que l'enfant placé dans des conditions peu salubres, puisque la maison est située sur les bords d'un torrent , à rentrée d'une gorge profonde , où le soleil ne se fait voir que pendant deux beures au plus, Tenfant a pris un peu de force ; sa peau est devenue plus souple sous l'influence des bains et de la propreté ; son goitre a disparu au bout de six mois et demi; il se tient debout , essaie même à marcher un peu , et son intelligence s'est assez développée pour lui permettre de comprendre ce qui se passe autour de lui; il sourit a

sa mère, et la stupidité de sa physionomie est beaucoup moins prononcée qu'elle ne l'aurait été sans les soins dont il a été entouré.

Je pourrais citer encore cinq autres observations qui prouvent que les moyens fournis par la thérapeutique et associés aux soins hygiéniques bien entendus et bien dirigés, ont une action marquée sur le développement du goitre et du crétinisme , et que ces malheureuses infirmités peuvent guérir. Les deux observations suivantes, prises parmi quelques autres, prouvent que lorsque les individus sont plus âgés , il est plus difficile de faire disparaître le crétinisme ; mais, qu'en soustrayant les individus à Finfluence des causes locales, on arrive plus facilement à améliorer leur santé.

Quatrième observation.

Le nommé Claude Morel, né à Presle, âgé de neuf ^ins, affecté de crétinisme au deuxième degré , c'est-àdire ayant la tête volumineuse, le front à peine indiqué , les cheveux rares , les lèvres volumineuses , le nez aplati , la langue épaisse , la bouche entr'ouverte laissant découler une salive visqueuse , épaisse ; les sens peu développés, Tintelligence très-bornée, la démarche vacillante , étant doué d'un appétit excessif, mais jouissant de quelques forces musculaires. Son père et sa mère sont goitreux ; ils habitent le village de Presle, infecté de goitreux et de crétins. Ils ont déjà eu deux enfants atteints de goitre.

Je conseille aux parents de donner à leur enfant une alimentation plus saine, à lui donner du vin à ses repas, à le faire coucher dans une chambre saine et à ne plus le laisser dans Tétable où il couchait ; à lui donner , matin et soir , une petite cuillerée à bouche de sirop de proto-iodure de fer ; à lui faire, le long du dos, des frictions avec le mélange que j'ai indiqué plus haut, mais à doses plus fortes ; à lui donner, trois fois par jour , une tasse de tisane de houblon et de feuilles de noyer avec addition d'une cuillerée d'huile de foie de morue. La santé de l'enfant , restant soumise à rinfluence des causes locales , ne s'améliora en rien; mais, au mois de juin , je conseillai au père , qui exerce la profession de mineur, d'emmener son fils avec lui et de le garder sur les hauteurs pendant toute la belle saison. Le 22 juin , cet enfant fut emmené dans la maison des mineurs, située à 1 700 mètres d'élévation, sur le revers sud-est d'une montagne où le soleil donne pendant toute la journée, et où l'air sec et pur se renouvelle facilement. Cet enfant fut occupé pendant quatre mois à concasser les petits morceaux de minerais de fer grillés. Son traitement fut continué pendant toute la saison , et lorsque le mauvais temps força les mineurs à descendre des mines, l'enfant, qui me fut amené, avait le teint meilleur ; il avait plus de forces, et sa santé générale s'était notablement améliorée. J'ai conseillé à son père de continuer à l'employer dans les mines dès que le beau temps serait revenu.

Cinquième observation.

Le nommé Meyrieux, de la commune de Pinsot, âgé de onze ans et demi , est affecté de crétinisme ; il en a tous les signes extérieurs, son intelligence est très-limitée , cependant il jouit de quelques forces musculaires. Il habite, avec son père et sa mère , une mauvaise maison, espèce de hutte malsaine adossée à un rocher, où le soleil ne se montre jamais pendant plus de deux heures pendant près de la moitié de Tannée.

Il a une sœur et deux frères qui sont goitreux. Le père est sain mais la mère porte un goitre très- volumineux.

J'engage les parents , qui ne sont pas riches , à faire le traitement que j'ai décrit plus haut , en leur fournissant tous les médicaments. Continué pendant l'automne et l'hiver de 1849 à 1850, ce traitement ne produit que peu de résultats. Les hommes de cette commune étant tous occupés à des travaux dans les mines de fer qui ahmentent un haut fourneau , j'engage le père, qui est mineur, à emmener son enfant avec lui sur les hauteurs , en continuant le traite ment. Depuis cette époque , l'enfant a pris beaucoup plus de forces musculaires et sa santé est meilleure , tandis qu'un autre enfant du village, traité de la même manière, mais qui n'a pas quitté son domicile et qui est resté sous l'influence des causes locales, ne s'est amélioré en rien.

11 résulte de ces observations que les soins bien entendus, continués avec persévérance; qu'une médication tonique, composée de substances propres à produire certaines modifications sur l'organisme, doivent être mises en usage et offrent un ensemble de moyens, sinon destinés à guérir complètement le crétinisme, capables du moins de l'arrêter dans son entier développement, et même de le diminuer.

Traitement du goitre.

Le goitre endémique étant le premier effet de la dégénérescence pathologique déterminée par les différentes causes que nous avons décrites , le traitement à lui opposer doit consister principalement dans l'observation des principes de l'hygiène; aussi, les personnes qui en sont atteintes doivent se soustraire autant que possible, à l'action des causes qui, affaiblissant Torganisme, tendent à le faire développer; avoir un régime nourrissant et même légèrement excitant. Lorsque le goitre commence chez les nouveau-nés , il faut aussitôt les mettre en nourrice chez une femme saine et dans une localité où cette maladie est inconnue; ce moyen est d'une grande efficacité, car la guérison du goitre est d'autant plus simple et facile qu'il est plus récent et que les individus qui en sont atteints sont plus jeunes. Cependant, les adultes goitreux qui, comme les

habitanls de la Maurienne, émigrent pendant la plus grande partie de l'année, en sont, par ce seul fait, assez promptement débarrassés. Lorsque le goitre est ancien, très-volumineux, que l'individu est déjà d'un certain âge, on n'a que très- peu d^espoir de le guérir, souvent on ne réussit pas même à le faire diminuer , surtout si le malade reste sous Finfluence des causes qui Tout produit.

Les moyens fournis par la thérapeutique présentent une réunion de médicaments les plus variés et d'une action souvent très-incertaine, et bien qu'ils aient produit quelques succès isolés, ils sont loin de constituer une thérapeutique générale rationnelle. Trois modes de traitement ont été proposés, soit que Ton fasse usage de médicaments qui agissent sur la nutrition et sur l'absorption, ou que l'on emploie des moyens locaux ou topiques , soit qu'on le fasse disparaître à l'aide d'opérations chirurgicales.

Parmi les remèdes internes, on doit citer Téponge calcinée qui a joui depuis longtemps d'une grande •vogue, et qui est la base des remèdes de Planque , de Russel; des tablettes de Fodéré, qui dit aussi avoir vu disparaître un goître considérable par l'usage de 1 gramme '60 centigrammes de sulfure de potasse dissous dans une pinte d'eau. L'iodure de potassium , soit sous la formede solution ou depillules, a été souvent prescrit et même préconisé. Les boissons toniques, amères, ont été administrées quelquefois avec

succès. Les mercuriaux l'ont également été sousdif-

férentes formes.

Un traitement que j'ai prescrit à plus de trois cents goitreux, et qui m'a le mieux réussi, consiste : 1° en boissons amères, toniques, prises parmi les plantes anti-scorbuliques,avec addition de sirop de protoiodure de fer, préparé suivant la formule de Dupasquier; 2» Thuile de foie de morue, à laquelle je faisais ajouter, par 100 grammes d'huile , 1 décigramme d'iode que j'ai remplacé quelques fois par le bromure de fer à la dose de 15 centigrammes; 3° les frictions sur le devant du cou avec le liniment suivant: Pr. Ammoniaque, 1^ gouttes.

Brome, 2 gramm.

Huile de camomille camphrée, 250 — ^ Lorsque la tumeur me paraissait très-dure , j'employais la pommade suivante en frictions quatre fois par jour :

Pr. Proto-iodure de mercure , "75 centig.

Axonge, 16 gramm.

L'iode, à l'intérieur , a souvent été prescrit a Tetat de teinture, à la dose de 5 à 10 gouttes, trois fois par jour ; mais il faut manier ces préparations iodurées et bromurées avec la plus grande circonspection si Ion ne veut pas craindre des lésions du côté de l'estomac par l'action de ces médicaments mis en usage. D faut toujours avoir soin de commencer par des doses faibles , afin d'habituer l'estomac à Faction de ces moyens.

pour qu'il les supporte facilement et que Tassimilation s'en fasse complètement. M. le docteur Peschier a publié, dans la Bibliothèque universelle, plusieurs observations de goitre au moyen du carbonate de soude pris à très-grande dose, de l'ambre gris et de la belladone. M. Coindet, de Genève, est le premier qui ait introduit l'usage de Tiode dans la médecine et qui l'ait appliqué au traitement du goitre. Dans les résultats qu'il a publiés, il a donné la formule dont il se sert le plus souvent ; c'est l'hydriodate de potasse ou de soude, dont quarante-huit grains dans une once d'eau distillée, représentant environ trente-six grains d'iode. M. Coindet a fait aussi usage d'une teinture d'iode; il a prescrit quarante-huit grains d'iode pour une once d'alcool à 55°. Il donne dix gouttes de ces préparations dans un demi-verre de sirop de capillaire et d'eau pris de grand matin à jeun ; une deuxième dose a dix heures, et une troisième dans la soirée, en se couchant. Sur la fin de la première semaine, il en prescrit quinze gouttes trois fois par jour; à la fin de la deuxième semaine, vingt gouttes qui contiennent un grain d'iode environ. M. Coindet assure que cette dose a toujours suffi pour dissiper les goitres les plus volumineux, lorsqu'ils étaient dus à l'hypertrophie de la glande thyroïde; mais il ne dissimule pas que, bien que le succès de ce moyen soit général, il échoue dans quelques circonstances, et que, dans quelques autres, il n'a qu'un succès incomplet. M. Coindet

n'employait l'iode qu'à l'intérieur , et les praticiens ont pensé que l'on rendrait son succès plus assuré en l'employant en même temps à l'extérieur. On a alors conseillé de faire des frictions sur la tumeur avec une pommade composée d'iodure de potassium, et, suivant qu'elle produisait plus ou moins d'inflammation dans la partie, on la rend plus ou moins active en diminuant ou augmentant la dose d'iodure de potassium. On a aussi vanté les préparations d'or, qui ont été abandonnées. Dans respérance d'obtenir la résolution du goitre, on a prescrit la pommade préparée avec la belladone, les mercuriaux, les emplâtres fondants, les cataplasmes résolutifs, les frictions avec la flanelle imbibée de liniments volatil, campbré, les sacbets contenant l'bydrocblorate d'ammoniaque, des cendres de bois neufs, le collier de Morand. « M. Ferrus dit que le vésicatoire , appliqué sur la tumeur, a eu d'assez bons résultats ; il est d'autant plus utile que sur sa surface les médicaments agiront mieux que s'ils étaient placés sur la peau non dépourvue de son épiderme. »

Chélius, dans son Traité de chirurgie, vante 1 emploi du séton. On passe, avec une aiguille, de haut en bas et d'un côté à l'autre, un séton à travers la substance du goitre; l'inflammation qui survient est ordinairement peu grave; si le séton simple ne suffit pas pour obtenir une inflammation convenable , on i m- ^uit d'une pommade irritante, et on le saupoudre

avec de la poudre de racine d'ellébore. Le séton doit être entretenu longtemps pour que l'inflammation sesoutienne jusqu'à guérison complète, et pour prévenir la résorption purulente. Alors même que la suppuration s'arrête, et que les plaies du séton sont complètement cicatrisées , la tumeur n'en diminue pas moins jusqu'à ce qu'elle ait disparu. La peau qui la recouvrait conserve, pendant un certain temps, des rides qui s'effacent peu à peu. Quadri a publié diverses observations qui ont démontré que l'on pouvait^ sans inconvénient, passer successivement et en divers^ sens, plusieurs sétons; le nombre en a été porté jusqu'à seize. On a proposé également la ligature en mas^ se, pratiquée par Desaut, et que M. Mayor, de Lausanne, a remise en honneur. Il fait sur le goitre une incision en T ou en V, il isole ensuite la peau , puis , àTaide d'une ou plusieurs ligatures, il cerne la base de la tumeur. Cette méthode compte quelques succès. Coster, Brodie, Cooper, ont tenté la ligature d'une ou deux artères thyroïdiennes supérieures. M. Velpeau a vu la ligature de la carotide, dans un cas de plaie de cette artère, amener la guérison d'un goitre que portait ce blessé.

L'observation suivante, tirée de ma pratique, prouve qu'avec la ligature en masse, lorsqu'un goitre très-volumineux envahit les parties antérieures et latérales du cou et menace de suffocations imminentes, la tumeur peut être assez facilement enlevée et le malade guérir.

Le nommé Broyer, âgé de 18 ans, né à Pont-de- Yeyle , département de l'Ain, d'un tempérament lymphatique, a été mordu au cou par un chien alors qu'il n'avait que trois ans. Depuis celte morsure, une tumeur s'est développée à la partie antérieure du cou , et se trouve formée par la glande thyroïde , dont Thypertrophie s'est augmentée successivement , et a envahi toutes les parties antérieures et latérales du cou jusqu'aux lobules des oreilles. Cette tumeur, de la grosseur de la tête du jeune homme, est dure et comprime , en arrière , le larynx et le pharynx de telle sorte, que les mouvements de la déglutition et de la respiration sont devenus très-difficiles ; la face du malade est violacée , et, au moindre exercice, il est menacé de suffocation. Ce jeune homme étant venu me trouver à Mâcon pour me demander si je pourrais le débarrasser de cette tumeur, je réunis les docteurs Dagallier etPelissier, de Pont-de-Veyle , qui connaissaient le malade, et nous décidâmes que, bien que l'opération parût difficile et dangereuse , elle devait être tentée pour sauver la vie à ce sujet. Ayant engagé ces praticiens à faire entrer ce jeune malade à l'hôpital du Pont-de-Veyle, je proposai à mes deux honorables confrères le procédé opératoire suivant :

La tumeur mesurée d'un lobule d'une oreille à l'autre, en suivant une ligne passant sur la partie moyenne de la tumeur, présente une étendue de 45 centimètres du menton à la partie inférieure du cou; elle a

24 centimètres de développement. En la saisissant avec les deux mains, on sent qu'elle est mobile dans sa partie postérieure , qu'elle est le siège de battements assez forts, et que , par conséquent , elle doit être traversée par des vaisseaux artériels et veineux assez considérables.

Craignant qu'en enlevant cette énorme tumeur avec le bistouri, une hémorragie mortelle ne survienne , je proposai le moyen suivant :

Ethériser le malade, traverser la tumeur à sa base avec des aiguilles suffisamment longues et armées de fils doubles , pour en opérer d'abord la diminution de volume et avoir des fils d'attente en réserve; attendre quelques jours avant de refaire de nouvelles ligatures, pour que les premières aient amené, dans la tumeur, diminution de volume et resserrement des vaisseaux par une inflammation adhésive; faire alors de nouvelles ligatures qui devront diminuer encore le volume de la tumeur et celui des vaisseaux profonds; attendre encore quelques jours; passer de nouvelles ligatures, ou bien enlever le reste de la tumeur avec l'instrument tranchant.

Ce mode opératoire ayant été discuté, et son exécucution décidée le 18 avril 1847, je procédai à son application à l'hôpital de Pont-de-Veyle , en présence des deux docteurs précités. Le malade ayant été éthérisé, je traversai la tumeur, à sa base, de seize fils doubles, cirés; je fis de fortes hgatures, et le malade fut

mis à la diète. Dès le soir, les battements ont notablement diminué; la tumeur a pris une teinte violacée; le malade éprouve des douleurs assez vives ; la nuit et le jour suivant, elles se calmèrent ; le malade eut peu de fièvre. Le septième jour, les ligatures ayant ulcéré la peau, et n'étant plus aussi serrées qu'au moment de l'opération , nous éthérisâmes le malade , et je pratiquai de nouvelles ligatures au moyen des fils d'attente. Le malade éprouva dans la journée, la nuit et le jour suivant, d'assez fortes douleurs; une suppuration abondante se manifesta autour de la section, et le malade avait un peu plus de fièvre que dans les premiers jours de l'opération; la tumeur paraissait ne plus recevoir que très-peu de principes vivifiants; la suppuration était abondante , et comme le diamètre de sa base n'offrait plus qu'une épaisseur de quatre centimètres et demi , et que Ton ne sentait plus de battements , par précaution , je fis rougir plusieurs cautères, et je me décidai à faire l'ablation de la tumeur avec le bistouri. Le malade éthérisé de nouveau, je fis alors la section complète de la tumeur , et la plaie qui en résulta ne fut le siège d'aucune hémorragie. L'énorme plaie fut pansée au moyen de compresses fenêtrées, enduites de cérat, et les forces du malade furent soutenues par un régime convenable et une boisson vineuse , avec addition d'un peu de vm d'Espagne. Une suppuration abondante s'établit, et, sept semaines après, la guérison était complète. La

dissection de la tumeur nous montra qu'elle était forme'e par la glande thyroïde hypertrophiée; que des vaisseaux artériels et veineux , très-volumineux , s'étaient développés et la traversaient en différents sens.

Le tissu cellulaire et la peau qui recouvraient la tumeur participaient eux-mêmes à l'hypertrophie de la glande , à laquelle ils étaient fortement adhérents.

Parmi les différents moyens thérapeutiques que nous venons de décrire , il faut choisir ceux qui paraissent les meilleurs et qui sont les moins chers ; car il ne faut pas perdre de vue que, dans les vallées des Alpes, les populations sont très-pauvres , et que, si le moyen qu'on leur propose est un peu coûteux , ils seront obligés d'y renoncer. Il est fort peu de ces malheureux qui réclament les secours de la médecine, et il n'y a que ceux qui habitent près des villes ou des bourgs , où il y a un pharmacien , qui se décident à prendre quelques médicaments.

On a parlé des eaux sulfureuses comme moyen propre à guérir le goitre. Comme médecin-inspecteur d'un établissement dont l'eau sulfureuse est une des plus riches en principes sulfureux, puisqu'elle contient 24 centimètres cubes de gaz acide sulphydrique par litre d'eau, il m'a été facile de faire de nombreuses expériences. Ainsi , Peau sulfureuse prise , en boisson seule, à jeun, et son usage continué pendant plusieurs mois , ne produit aucun résultat chez les adultes qui n'ont fait aucun traitement préalable. Cette eau est

au contraire un excellent adjuvant, lorsqu'une médication a été faite préalablement , et hâte rapidement la guérison ; mais il est important de continuer le traitement pendant son usage.

L'addition du sirop de proto-iodure de fer ou de bromure de fer , à l'eau sulfureuse prise à jeun , m'a très-souvent réussi, et des individus goitreux ont été assez promptement guéris par ce moyen.

Les expériences tentées sur plus de quarante personnes, par M. Mottard , docteur-médecin à Saint- Jean-de-Maurienne , pour la guérison du goitre , par l'usage des eaux sulfureuses et bromurées de Challes, qui appartiennent à notre savant confrère M. le docteur Domenget, prouve l'efficacité de ce moyen.

Les petits goitres disparaissent en peu de jours , et ceux qui sont plus volumineux subissent peu à peu une diminution sensible. J'ai vu également des goitreux de la vallée de l'Isère, qui ont été guéris par les eaux de Challes, qui , en raison de l'iode et du brome qu'elles contiennent, me paraissent un puissant moyen à opposer aux goitres.

Tel est l'ensemble des moyens que je crois devoir opposer contre le développement du goitre et du crétinisme.

M. Ferrus propose de séquestrer les crétins incurables. Ce moyen présenterait de grands avantages , soit aux familles et soit à la société , en recueillant ainsi dans des asiles ces êtres qui sont réduits à une

vie purement végétative, et qui sont une charge bien lourde à leurs pauvres familles qui ont à peine de quoi se nourrir, et en délivrant la société d'un spectacle aussi affreux, et qui, souvent, n'est pas sans danger. Plusieurs familles qui sont affligées de crétins incurables m'ont souvent demandé si le gouvernement ne pourrait pas les recevoir dans un hospice. En effet, ces malheureux étaient pour leurs parents une charge bien lourde.

Ces infortunés , qui passent leur vie couchés sur le fumier des étables, ou accroupis dans quelques coins de ces tristes réduits , privés de toute espèce de soin, trouveraient, dans ces hospices, des conditions hygiéniques convenables, et peut-être quelques-uns d'entre eux, jeunes encore, et qui sont ainsi condamnés à une vie d'abjection, pourraient voir, sous Finfluence des soins et d'un traitement, leur organisme se relever, et passer alors une existence moins malheureuse.

II résulte évidemment des faits cités dans cet ouvrage :

1° Que le goitre et le crétinisme sont les conséquences de la dégénérescence de l'organisme; quô le goitre en est le premier effet; que le crétinisme en est la dernière conséquence;

2° Que le crétinisme peut s'observer partout à l'é-

tat sporadique, mais qu'il n'est endémique que dans certaines localités;

5° Que les causes sont tellement nombreuses et complexes , qu'il est très-difficile de déterminer quelles sont celles qui agissent le plus particulièrement ;

4° Que les influences qui agissent avec plus d'intensité sont la misère, l'alimentation défectueuse, l'habitation insalubre , la respiration d'un air impur , le défaut d'insolation, Texcessive humidité, la mauvaise qualité des eaux, le défaut de travail , de commerce, d'industrie, le manque dès premiers soins si nécessaires aux enfants dans les premiers temps de leur existence, la privation d'une bonne éducation première, ainsi que je l'ai démontré en parlant des enfants trouvés des villes de Grenoble et de Marseille, qui, quoique nés de parents sains, habitant des localités où le goitre et le crétinisme sont inconnus , deviennent goitreux et crétins lorsqu'ils sont envoyés en nourrice dans les locahtés infectées des vallées de l'Isère et des Hautes- Alpes; que le crétinisme, malgré l'observation si intéressante que fournissent les enfants trouvés, est le plus souvent une affection originelle, procédant d'un vice particulier et spécifique du germe qui a subi l'efl'et de la dégénérescence pathologique des parents, déterminée par les difTérentes causes locales inhérentes aux localités infectées , qui, bien qu'étant des causes directes, incapables de rendre crétin un* individu adulte, bien conformé, qui

quitterait une localité saine pour se rendre dans une vallée infectée , sont assez puissantes pour rendre crétin un nouveau-né qui se trouve transporté aussitôt après sa naissance, dans les localités où elles se font sentir , et elles n'en sont pas moins réelles , puisque des individus sains , qui viennent se placer sous leurs influences, procréent des enfants crétins, et que , là oii elles ont disparu, le crétinisme a diminué d'abord, puis a fini par disparaître; que l'action de ces causes tend à altérer la constitution des individus, à faire dégénérer leur organisme, à les placer dans des conditions de dégénérescence, propres à la génération des crétins, et qu'elles impriment, à la physionomie des populations des pays infectés, un caractère particulier de décrépitude;

5° Que le goitre et le crétinisme ne sont pas toujours inguérissables;

6° Que les premières années de la vie sont l'époque la plus favorable pour chercher à le guérir ;

7° Que la difficulté de guérir un crétin est en raison de son âge ; que leur amélioration est en raison inverse du crétinisme ;

8° Que les crétins sans intelligence sont inguérissables.

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