‹ Traité du goître et du crétinismeChapitre 38 sur 70 · V II · texte numérisé non relu

V II

Tonn., pluie.

Sud.

+22, iâ

Résin.

Gr. pluie.

Sud ouest.

Vilr.

Grêle.

Est.

Juin. ^

Résin.

Pluie.

Sud.

Résin.

Tonn., grêle.

Ouest.

Rés'n.

Gr. pluie.

Sud-ouest.

vît r

Tonnerre.

Sud.

Résin.

Gr pluie.

Sul-ouest.

Résin.

Vent.

Sud.

Juin. .<

Tonn., grêle.

Sud est.

Résin.

Id. id.

Nord-ouest.

Vilr.

Gr. pluie.

Sud.

Résin.

Petite pluie.

Sud est.

Résin.

Tonnerre.

Est.

Vilr.

Pluie, grêle.

Sud -ouest

Août .

lu

Vilr.

Tonn., pluie.

Ouest.

Résin.

Grêle.

Nord.

Résin.

Gr. pluie.

Ouest.

Résin.

Tonnerre.'

Sudest.

Vitr.

Pluie.

Sud.

Sept. .

Résin.

Tonn., grêle.

Sud-ouest.

La température, après chaque orage, s'abaissait fortement, et ce n'était que le lendemain qu'elle s'élevait. Cet abaissement de la température m'a paru toujours dépendre de la quantité plus ou moins grande de grêle ou de neige qui était tombée sur les sommités de la chaîne principale. Ainsi , le 25 juillet 1850, la moyenne du thermomètre pendant l'orage fut de plus de 50 degrés. L'orage dura pendant toute la soirée, et le lendemain matin, la neige couvrait tous les pâturages des montagnes, et présentait en général une épaisseur de plus de 55 centimètres. Dans l'aprèsmidi, la température s'éleva fortement, et quelques heures de chaleur suffirent pour faire fondre toute cette neige.

Pendant les 29, 50 juillet et l^' août 1851, il y eut des orages très-violents , accompagnés de tonnerre , de grêle et de pluies torrentielles qui s'étendirent sur une partie des Alpes de l'Isère, principalement sur les montagnes de la Grande-Chartreuse et d'Allevard; les torrents devinrent très-gros, et, par suite, occasionnèrent des dégâts considérables sur tout leur parcours. L'électricité, pendant ces trois journées, a toujours été résineuse; la moyenne thermométriquedeplusde29o, 37; la pression barométrique de 0», 689, et la moyenne hygrométi 'ique de 97°. Les neiges perpétuelles fondirent rapidement, les glaciers diminuèrent notablement, ce qui peut s'expliquer par la haute température qu'un courant rapide du sud amena sur ces sommités. Pendant ces trois jours, l'air et la pluie contenaient de Piode.

L'échange rapide d'électricité qui se fait dans les hautes montagnes, oii les nuages passent sans cesse près du sol en combinant l'électricité dont ils sont chargés avec celle qui se dégage de la terre, peut donner une explication des phénomènes si remarquables que j'ai constatés dans la végétation des Alpes.

Tous les voyageurs qui ont parcouru ces montagnes y ont certainement remarqué plusieurs climats différents , soit par la hauteur barométrique, soit par la température, soit par la nature de leurs productions. Les plaines et le fond des vallées sont couverts par les blés et les vignes qui s'étendent encore sur les

pentes des coteaux les moins élevés. A mesure que ces pentes s'élèvent, les blés font place aux seigles, aux avoines et aux champs de pommes de terre. Plus haut, sur les montagnes contre lesquelles s'appuient ces coteaux, on trouve les bois, d'abord composés de chênes, puis de noisetiers et de sapins; après les forêts viennent les gazons, pâturages des Alpes, et enfin les débris des cimes des crêtes élevées , où l'on ne trouve que des glaciers et des neiges éternelles.

Cette description indique évidemment cinq clin],ats différents, bien tranchés, que le moindre observateur reconnaît à première vue dans toutes les hau tes montagnes. Bien que le pinus picea ne vienne que difficilement à l'exposition du sud , ainsi que les autres résineux , il est certain qu'ils offrent ordinairement une ligne horizontale traçant une bande bien détachée, séparée, d'un côté , par les dernières terres cultivées; de l'autre, par le commencement des pâturages ou gazons.

En partant du niveau de Tlsère au pied du fort Barraux, à l'embranchement des vallées de Chambéry et du Graisivaudan, et s'élevant par Allevard , cette bande se porte sur toute la chaîne qui s'étend depuis la vallée de la Maurienne jusqu'à celle de l'Oisans, et qui borde la vallée du Graisivaudan à l'est, de 0^6/,9mm du baromètre à 0,595'"'", et depuis 1100 a 1700 mètres au-dessus du niveau de la mer. Le pinus larix, le pinus sylvestrisgenevensis,lebetula alba.

et les salix reticulata , lanata, lierbacea, etc., ne se bornent pas constamment à cette zone des sapins; mais, outre que les espèces nombreuses de ce dernier genre ressemblent souvent, par leur petitesse, aux gazons plutôt qu'aux bois, il est vrai aussi que les autres deviennent si clair-semées au-dessus des sapins, que la ligne de démarcation est toujours appréciable.

'En parcourant les hautes vallées qui se rendent à celles de l'Isère, depuis cette dernière jusqu'au sommet du Mont-Cénis, en parcourant les montagnes qui bordent la vallée de l'Arc, mon but était de prendre les hauteurs barométriques des différents villages où il existe des crétins ; mais quel a été mon étonnement lorsque j'ai trouvé des villages, des champs cultivés à la même hauteur , où plus bas je n'avais trouvé que les bois et les gazon§! Evidemment, les climats n'étaient pas les mêmes, quoiqu'ils conservassent le même ordre; il n'y avait qu'un seul changement, celui de la diminution dans l'épaisseur de la couche atmosphérique. Cependant, il faut tenir compte de l'exposition de chaque pays, des courants atmosphériques, causes qui doivent exercer une action sur ces variations, et de l'évaporation plus ou moins forte qui est en raison du mouvement des eaux sur la surface d'un pays.

Il est certain que les courants atmosphériques d'un pays sont en raison de sa pente , car, ainsi que je l'ai démontré, une vallée profonde, fortement encaissée

par des montagnes qui obligent les vents de s'élever au-dessus pour laisser sans mouvement la partie de l'atmosphère qui en forme pour ainsi dire le remplissage, devient humide , malsaine , sujette aux fièvres intermittentes, aux maladies scrofuleuses, au goitre et au crélinisme, en rendant nulles toutes les causes capables de contribuer à sa salubrité; tandis que d'autres vallées, quoique également couvertes d'eau, mais plus inclinées, moins profondes, plus ouvertes, mieux balayées par des courants continuels qui rasent la surface de la terre, aidés par la chute des eaux, sont plus saines, quoique plus froides.

Ainsi, en partant de Ponlcharra , village situé sur les bords de l'Isère, dans la vallée du Graisivaudan, à 289 mètres au-dessus du niveau de la mer, la zone des sapins commence à H20 mètres.

Dans la vallée d'Allevard, les seigles finissent de croître, ainsi que les avoines, à 1247 mètres; la zone des sapins finit à 1660; les gazons se trouvent à 1513 mètres, et les neiges perpétuelles commencent à 2514 mètres.

Dans la vallée de l'Arc , en suivant toujours une ligne dirigée de l'Isère au Mont-Cénis, point culminant de la chaîne principale des Alpes, on trouve, nonseulement les seigles , mais encore des froments , et même quelques fruits à noyaux, à Montpascal, à 1555 mètres, et à Albiez-le- Vieux, à 1566 mètres. Nous avons vu plus bas qu'à Gleizin , le chalet des trou-

peaux, placé au milieu des prairies des Alpes , était à 1515 mètres, et qu'à cette même élévation ^ où l'on ne trouvait plus ni avoine ni seigle, le froment et les cerisiers croissent, fleurissent et portent des fruits, . à Albiez-le-Vieux , et qu'au-dessus de ce village , les gazons ne se rencontrent qu'à 2515 mètres, hauteur à laquelle nous avons trouvé près d'Allevard les neiges perpétuelles.

J'ai vérifié le même fait près de Briançon, où j'ai constaté que le sol où les seigles peuvent croître et mûrir sur le mont Genèvre, à 1800 mètres, est réellement plus élevé qu'un pareil sol , aux environs de Grenoble, de plus de 800 mètres, puisqu'à la température moyenne le mercure s'y tient plus élevé de 0,045'"m,etqu'à l'élévation deTaillefer , où le mercure se tient à 0,596"»^^ terme moyen du mont Genèvre , se trouvent les pelouses, les chalets, où les arbustes des Alpes refusent même de croître.

H n'est pas moins vrai encore qu'au terme moyen du baromètre, au village de Chaillol, où se trouvent des seigles , même quelques fruits à noyau , du jardinage, quelques froments, le mercure se tient au-dessous de 0,649mm^ tandis qu'à la même élévation , sur Taillefer, les bois de sapin cessent de croître.

L'exposition influe peu sur ces diff'érentes zones , car le berceau de la Morte, de Lavaldens , près de Taillefer , est à peu près au midi, par conséquent plus favorable que celui du mont Genèvre qui s'ouvre du

sud-ouest au nord-est, enfoncé entre deux montagnes au nord et au midi. Chaillol est plus ouvert, plus aéré que Lavaldens; il fait partie du Champsaur, pays sec et frais, grand berceau, bien évasé , exposé au nord, le plus sain, sans contredit, qu'on puisse désirer.

Mais Molines, autre petite vallée resserrée parles grandes montagnes, exposée au nord, offre à peu près les mêmes productions qu'à Chaillol , à la même élévation. Il y a de Chaillol au Drac , fond de la vallée, 0,027"™ de différence seulement ; au lieu qu'il y en a plus de 0,08Ï'«'n de la Morte à la Romanche qui passe à Vizille. Orcière, village situé près de la source du Drac, à 1397 mètres, perçoit de l'orge, du chanvre et du jardinage.

Ce qui prouve qu'il y a, pendant Tépoque de la végétation, c'est-à-dire pendant les mois de juin, de juillet et d'août, des courants électriques continuels et considérables sur les points élevés, ce sont les fréquents orages que l'on y observe si souvent plusieurs fois par semaine. Ce qui vient à Tappui de cette vérité, ce sont les phénomènes qu'ônt observés tous les savants qui se sont élevés sur les pics , où ils ont vu qu'il suffit qu'un très-petit nuage vienne à passer près d'un pic, pour qu'à l'instant même un coup de tonnerre se fasse entendre.

A chaque pas, l'observateur rehiarque sur les pics et le long des moraines des roches foudroyées; et comme les rochers ne sont découverts qu'en été, il

est évident que ce n'est que pendant un temps trèscourt qu'ils ont dû être frappés de la foudre.

C'est, je crois, à cet échange continuel. d'électricité que l'on observe d\iu tant mieux qu'on s'élève davantage sur les chaînes des Alpes, que l'on doit attribuer ces grandes variations qui existent dans les différents climats, des froments, des seigles, des bois, des gazons et des neiges perpétuelles des Alpes.

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