‹ Traité du goître et du crétinismeChapitre 39 sur 70 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

RECHERCHE DE l'iODE DANS l'aIR , LES EAUX ET LES PRODUITS ALIMENTAIRES DES ALPES DE LA FRANCE, DE LA SAVOIE ET DU PIÉMONT.

Toutes les fois qu'une question neuve est soulevée et qu'elle présente de l'intérêt, ce n'est jamais un homme seul qui s'en occupe. Elle devient un champ fécond d'étude pour de nombreux observateurs. C'est une voie nouvelle ouverte à la science, aux recherches scientifiques, et où la vérité gagne toujours. Dans toutes les découvertes, il en a toujours été ainsi; car.il est rare qu'un seul esprit ait le privilège de saisir tout le vrai d'une question. Le concours de diverses intelligences, de nombreux dévouements, est toujours indispensable. C'est ainsi que dans cette importante question du goitre et du crétinisme, vaste sujet d'études auxquelles se sont livrés tant d'esprits, la vérité semble vouloir se faire jour, grâce à ce concours de zèles, d'efforts, de savantes recherches auxquels on s'est livré depuis deux années. ^ Jusqu'à présent, on attribuait uniquement le crétinisme et- le goitre aux influences fâcheuses de causes multiples qui n'existent réellement que dans les contrées où ces maladies se rencontr&t. M.

Chatin, découvrant avec une grande science d'analyse chimique, que l'iode est un élément très-répandu dans la nature, a conclu que son action sur l'organisme humain devait être nécessaire à sa condition normale d'organisation, et qu'il existait une analogie certaine entre l'afFaiblissement des proportions d'iode et le développement du goitre et du crétinisme. L'absence de l'iode dans l'air, les eaux, le sol d'une contrée, serait donc une cause de plus à ajouter aux autres, qu'il est impossible de méconnaître.

L'iode a une influence bien reconnue dans le développement des difformités physiologiques propres à quelques pays. C'est un fait acquis à la science et désormais irrécusable. Cette influence de l'iode sur la santé de l'homme, date de longtemps, et chacun sait que ce médicament est un véritable spécifique contre le goitre. M. Boussingault avait remarqué dans les Cordillières de la Nouvelle-Grenade, qu a Sanson, dans la province d'Antiochia, la population était préservée d'affections épidémiques par l'usage d'un sel iodifère, et que le goitre y était inconnu, tandis que^dans les contrées voisines, les popula- . tiens en étaient infectées.

S'il est certain que l'iode a une action bien marquée contre les engorgements de la glande thyroïde, il ne faut pas en conclure, ainsi que vient de le faire M. Fourcault, dans une note qu'il a lue à l'Académie des ' sciences, que la présence de l'iode dans différents

milieux, tels que l'air et les eaux, soit une condition indispensable pour le parûut développement de Tor- «ranisme. Cet habile observateur donne, à mon avis, une trop grande influence à l'iode, quand il dit que les grandes mers étant très-iodées, et les atmosphères des rivages maritimes surpassant aussi en iodation les atmosphères continentales, il se pourrait que l'iode fût pour quelque chose dans le développement physiologique constaté sur les hommes et les animaux. A Tappui de son opinion, il dit que les races d'hommes, de la plus haute taille, habitent les Archipels, qu'on les chercherait vainement dans la profondeur des continents.

Si les mers de l'Océan pacifique sont très-riches en iode, expérience qui n'a pas encore été faite, que je sache, les races malaises qui habitent les Archipels de l'Inde devraient être remarquables par leur taille; et pourtant c'est le contraire, puisque tous les naturalistes, entre autres Lesson, dans son Histoire naturelle de l'homme, disent qu'en général les hommes du rameau malais sont remarquables par la médiocrité de leur taille, que les femmes, surtout, ont des proportions peu développées, et qu'à Amboine, Java, Bouru, Madura et autres lieux, il n'y a que peu d'exceptions à ce fait. Suivant cet observateur, la taille commune des hommes est au plus de quatre pieds quatre ou cinq pouces. La race humaine diffère essentiellement, dans ces contrées, de celle des animaux, qui sont tous de

grande taille. Si les habitants des contrées dont nous venons de parler sont de petite taille, ,les Océaniens, qui, d'après M. Bory de Saint-Yincent, formentla race océanique, sont, au contraire, d'une taille élevée : le rameau océanien est supérieur à ceux qui forment avec lui la population des îles de la mer du Sud. Comparativement à la race malaise, ce rameau est infiniment moins considérable. Il est donc évident que la présence de l'iode n'a pas sur ces peuples, sur leur développement physiologique, une action aussi directe que le pense M. Foureault, puisque les populations de la mer du Sud ne sont pas toutes d'une taille remarquable.

Je suis parfaitement de l'avis de MM. Boussingault. Grange, Foureault et Chatin, qu'il faut foire de riodation le plus possible dans les lieux les moins iodés et signalés par la co-existence du goitre et du qrétinisme. Il serait certainement très-utile que les populations ne consommassent que du seliodifère; mais comment iodifîer les engrais pour que les terres et les plantes acquièrent une dose plus forte de l'élément chimique, qui ne s'y trouve pas représenté en quantité suffisante, ainsi que le recommandent ces deux derniers observateurs ?

L'importante découverte de l'iode dans l'air, les eaux et le sol, faite par M. Chatin ; l'importance que ce savant chimiste attribue à ce principe chimique, sur le développement du goîtreet du crétinisme,.

m'ont engagé à rechercher si ce principe existait dans ces mêmes milieux, dans les Alpes françaises et les Alpes des provinces de Saluées et de Coni en Piémont. Pendant que je me livrais à ces recherches dans les départements français, compris entre le Rhône et le sommet de la grande chaîne des Alpes qui forme la séparation de la France et du Piémont, en partant de l'extrémité nord du département de l'Isère, et me dirigeant vers la Méditerranée parles départements de risère, de la Drôme, des Hautes- Alpes et des Basses-Alpes, traversant les Alpes du Var, parcourant les provinces sardes de Coni et de Saluées , situées dans les vallées de la Stura et la partie supérieure de celle du Pô, M. Chatin, avec lequel je venais de faire, à, Allevard, une série d'observations sur les eaux de pluie tombées pendant l'été, et que j'avais eu soin de recueillir pendant cette saison, en tenant note exacte de la direction des venls, se dirigeait de son côté vers le Piémont, par la Savoie, les vallées de la Tarentaise et d'Aoste. H parcourut la vallée du Pô, analysa l'air à Turin, à Albe, Acquiet,Gênes, et revint par les vallées de Suze, de Maurienne, pour regagner Paris par les monliignes du Forez et de l'Auvergne, afin d'obtenir des résu!t;its comparatifs les plus complets.

Les rapprochements des études faites par M. Chatin et par moi, dans cette partie des Alpes comprise entre le 46'^ et /t/F degrés de latitude septen-

trionale, entre le ^^IS' et le 6" de longitude orientale de Paris, ont pour effet de bien mettre en lumière -la quantité d'iode qui existe dans l'atmosphère des Alpes.

Avant de parler des résultats de nos recherches analytiques, je crois devoir exposer ceux de M. Chatin,car on verra que je diffère avec lui sur le fait suivant, que Aans les hautes vallées des Alpes ouvertes du côté du Sud, et où les vents provenant de cette vallée ont leur libre parcours, l'air contient de l'iode en quantité notable. Le numéro du 17 novembre i 851, des comptes-rendus de l'Académie des sciences, donne l'extrait suivant du Mémoire que M. Chatin avait lu dans une des séances précédentes de l'institut:

« Lorsqu'on se dirige sur les Alpes par la Bourgogne et Lyon, on constate qu'à partir de cette ville, ou plutôt du bassin du Rhône, l'atmosphère est sensiblement moins chargée d'iode que dans les bassins de la Seine, de la Tamise, de la Somme, de l'Oise, de l'Yonne, etc. La proportion de cet élément semble peu varier de Lyon à Rives, que sépare un immense plateau relevé de collines formées, pour la plupart, par la mollasse et le diluvium alpin. De Rives, on descend dans la partie basse de la vallée de risère, au milieu de la magnifique plaine qu'encaissent les grandes collines diluviennes (600 à 700 mètres) qui couronnent Tullins et les hauts massifs (2000 mètres) néocomi^ns et crétacés de la Grande-

Chartreuse sur la rive droite, du Villard-de-Lans sur la rive gauche. Ici, la proportion d'iode, encore inférieure à celle du grand terrain diluvien, au milieu duquel s'élève Bourgoin, va en se relevant, du côté de la Provence, en s'abaissant toujours dans la direction de la grande chaîne des Alpes. Ce corps, dont je constatai encore la présence, quoique enquantité minime, à Tullins, à Grenoble et à Montmélian, s'est tout à fait soustrait à mes investigations en Tarentaise et en Maurienne, lorsque j'ai' remonté le cours de l'Isère et de l'Arc. Les petites vallées encaissées de Vaulnaveys et d'AUevard sont à peine mieux partagées que les précédentes. Il résulte, toutefois, d'une série d'observations (faites avec le concours de M. Nièpce, inspecteur des eaux), qu'à Allevard, et sans doute sur bien d'autres points situés dans les conditions analogues, à la suite de certains coups de vent et de pluie qui précipitent l'iode des nuages au fonds des vallées, l'atmosphère se trouve tout à coup chargée de cet ' élément.

y> Les vallées situées sur le versant italien des Alpes ne sont pas plus riches en iode que celles qui regardent la France; Aoste n'a pas offert plus de ce corps, que Moustiers et Saint-Jean-de-Maurienne.

» L'air des hauteurs du Villard-de-Lans, du petit Saint-Bernard et du Mont-Cénis, ne m'a donné que peu ou point d'iode, principe qui paraît, dès lors, ne pas être beaucoup moins rare sur les hautes monta-

gnes que dans le fond des vallées. Je noterai ici une circonstance qui n''est pas sans intérêt. L'atmosphère du Yillard-de-Lans n'était pas sensiblement iodée aux premiers jours d'août ; elle l'était, au contraire, en avril, ainsi que le pic de la Moucherolle, élevé de 2300 mètres. Est-ce là un accident, ou bien faut-il y voir l'indice de la généralité du fait observé à Paris, où la proportion de l'iode des pluies diffère notablement suivant les époques de l'année?

» Lorsque des Alpes on descend dans les plaines du Piémont, on retrouve à peu près, sur une ligne partant d'fvrée et allant à Gênes, en passant par Turin, Albe et Acqui, la même atmosphère que de Lyon à Grenoble. Si l'on descend la vallée du Pô, on constate que la proportion de l'iode s'estdéjàun peu augmentée à Alexandrie.

» En revenant à Paris par le Forez et l'Auvergne, j'ai pu constater encore que Saint-Etienne, le Puyen-Velay, Clermont et Aigueperse s'éloignent peu, au point de vue qui m'occupe, de Lyon, de Grenoble, de Chambéry et de Turin.

» Sous ce rapport, les contrées resserrées entre les Apennins et les Alpes, paraissent correspondre à celles comprises entre l'autre versant des Alpes et les montagnes de l'Auvergne. »

Il était important de pouvoir comparer des observations faites simultanément dans cette partie des Alpes et celle des Alpes maritimes, afin de savoir si.

sur le sommet et dans les vallées de ces Alpes, l'air et les eaux douces contenaient la même quantité d'iode: c'est dans ce but que j'entrepris mon voyage dans les Alpes des départements français et celles des provinces sardes de Coni et de Saluées.

Les recherches analytiques que j'ai faites dans ces contrées m'ont conduit à diviser cette partie du sol, située entre le et la série des arêtes culminantes des Alpes, en plusieurs zones.

Première zone ou du Rhône. — Cette zone s'étend depuis Lyon jusqu'à la mer, entre le Rhône et le 5° longitude orientale, sous lequel se trouvent les villes de la Tour-du-Pin, la Côte-Saint-André, Saint-Marcellin. Die, Nyons, Carpentras et Apt. A Lyon, les cas de goitre sont assez rares; mais, comme me l'a fait très-justement remarquer notre savant confrère, M. le docteur de Polinière, les femmes sont disposées à avoir le gros cou, symptôme précurseur du goitre. L'air, les eaux, le sol, sont à la fois médiocrement iodurés. Il y a une notable différence entre les eaux du Rhône et de la Saône, sous le rapport de la quantité d'iode que contiennent les eaux de ces deux fleuves. Les eaux du Rhône ne renferment que . 1/1000 de milligrammes d'iode, tandis que celles de la Saône en contiennent 1/500 de milligrammes. La proportion d'iode dans 8000 litres d'air, volume respiré par un homme en vingt-quatre heures, varie de 1 /600 à 1 /900 de milligrammes.

Depuis Lyon jusqu'à Tournon, la quantité d'iode reste la même; mais à Valence, elle se relève. Dans cette ville, on trouve dans 8000 litres d'air, un litre d'eau de pluie, un litre d'eau douce, 30 grammes de terre cultivée, 1/400 de milligrammes ; mais à partir de cette ville jusqu'à Avignon, la quantité d'iode augmente de plus en plus, et devient au maximum à mesure qu'on s'approche de la mer.

Sur l'extrémité orientale de cette zone, c'est-àdire depuis sa partie nord, depuis la Tour-du-Pin jusqu'à Die, la quantité d'iode est la même, c'est-àdire variant de 1/500 à 1/800 de milligrammes; mais, depuis Die jusqu'à Nyons, la quantité d'iode augmente et continue de s'accroître depuis cette ville jusqu'à Marseille.

Dans toute cette zone, on ne trouve des goitreux que dans sa partie supérieure, entre Lyon, la Tourdu-Pin, Saint-Marcellin et Die. La partie inférieure en est complètement exempte. Nulle part on ne rencontre de crétins.

Deuxième zone ou des vallées des premiers contreforts des Alpes. — Cette zone s'étend dèpuislaTour-du- Pin jusqu'au commencement de la vallée du Graisivaudan à Montmeillan, renfermant les soulèvements de la Grande-Chartreuse, du Yillard-de-Lans, les montagnes du Vercors,deDie,une partie des arrondissements de Sisteron, de Forcalquier, comprise au-dessus du

45°latitude, etla partie s'étendant jusqu^àlamer. Dans cette zone se trouvent les villes de Montmeillan, Chambéry, Grenoble, Gap, Sisterori, Forcalquier.

Dans la partie de cette zone située au-dessus du 45» latitude, le goitre est assez commun dans quelques vallées profondes, étroites, humides et malsaines, et on y observe des cas de crétinisme. La quantité d'iode est généralement inférieure à 1/1000 de milligrammes.

Dans la partie située au-dessous du 45° latitude, la proportion d'iode remonte au maximum, au type normal. C'est là où se trouvent Aix, Marseille, Toulon et Draguignan.

Troisième zone ou des vallées profondes des Alpes maritimes, coltiennes et grecques. — Le goitre et le crétinisme sont très-répandus. L'air, les eaux, le sol, les plantes, ne renferment aucune trace d'iode ; ce qui est toutàfiiit contraire aux propositions suivantes extraites d'un Mémoire envoyé par M. Marchand, pharmacien à Fécamp, à TAcadémie de médecine :

« L'iode et le brome se retrouvent constamment aussi , à moins de circonstances particulières que je vais indiquer, dans toutes les eaux naturelles. Ces deux principes peuvent disparaître du sein des eaux, en passant à l'état salin, sous l'influence des forces vitales, au nombre des principes minéraux fixés par les végétaux.

» Le goître et le crétinisme doivent être attribués à la disparition plus ou moins complète de l'iode, primitivement dissous dans les eaux dont les goitreux et les crétins font usage pour leur alimentation, ce principe ayant été absorbé alors par les nombreux végétaux baignés par ces eaux. s>

Si la proposition de M. Marchand était vraie, les végétaux des vallées infectées de goitreux et qui sont très-boisées, devraient contenir de l'iode; mais les plantes qui, dans les pays normalement iodurés, contiennent le plus d'iode, telles que le cresson, la saponaire, etc., n'en renferment pas la plus petite trace, les grands arbres non plus, ce qui prouve l'absence complète de ce principe dans ces vallées profondes.

Dans cette zone se trouvent les vallées de Saint- Jean-de-Maurienne, d''Allevard, de Yaulnaveys, de rOisans, du Drac, de la Vallouise, de la Durance, du Verdon, et la partie supérieure de celle du Yar, où le goître et le crétinisme atteignent leur summum d'intensité, où l'on remarque les crétins les plus hideux, et où toute la population est empreinte d'un cachet de stupidité.

Dans ces vallées, pendant l'été, à la suite de certains coups de vents, les eaux de pluie tombées pendant un orage accompagné de tonnerre, contiennent de l'iode en quantité variable. Il faut, pour cela, que la direction du vent soit celle du sud ou du sud-est. L'air n'en contient pas par tout autre vent.

Quatrième zone ou des vallées supérieures des crêtes les plus élevées de la chaîne principale. : — Le goitre n'est pas plus fréquent que dans la deuxième zone, quoique la quantité d'iode y soit moins grande et plus variable ; car, ce n'est que dans les vallées ouvertes au midi et par les vents du sud^du sud-est, du sud-ouest et de l'ouest, que j'ai pu constater la présence de Tiode dans Tair. Dans toutes ces hautes régions, j'ai constaté que les neiges tombées au printemps renfermaient de l'iode, et que les eaux des toi rents en contenaient au printemps, alors qu'ils sont alimentés par la fonte de ces neiges.

Etats sardes.

Sur le versant oriental des Alpes, dans les Etats sardes, les zones présentent les phénomènes suivants, qui sont analogues à ceux que Ton observe sur le versant français :

Quatrième zone ou des vallées les plus élevées. — A cette hauteur, l'air contient parfois de l'iode, les eaux également. Les cas de goitre y sont rares; le crétinisme y est inconnu. Telles sont les vallées de Gressoney , les parties supérieures des vallées d'Aoste, depuis Cormayor jusqu'à Arvier , à 8 kilomètres au-dessus de la ville d'Aoste, celles de l'Orco, de Suze, de la Chiara, deFinestrelles, du Pô, de la Stura et du Tanaro.

La Statistique faite par la commission sarde, mdi-

que le petit nombre de goitreux qui habitent ces hautes régions.

Troisième zone ou des vallées profondes. — Elle se trouve indiquée par la direction du 5^ degré de longitude orientale, près duquel se trouvent les villes d'Aoste, de Cogne, de la Perosa, de Pinerolo, de Carignano, Saluées, Coni et Giaveno. Dans toutes ces contrées infectées de goitreux et de crétins, présentant les cas les plus graves de ces maladies, Tair^ les eaux, le sol, ne contiennent l'iode qu'à une dose inférieure à 1/4000 de milligrammes.

Deuxième zone ou de Turin. — Elle est semblable à celle où se trouvent les villes de Chambéry, Grenoble, Tullins, Sisteron et Forcalquier. Le goitre n'est pas très-rare ; cependant, on y rencontre plus de crétins que dans la zone précédente de France. Elle s'étend suivant une ligne tendant d'Ivrée à Turin, Asti, Alba, Acqui, Chérasco et Gênes. Vers cette dernière ville, l'iode se trouve au type normal.

Première zone, semblable à celle du Rhône. — Elle suit une direction indiquée par le 6» de longitude orientale, passant près des villes de Bielle, Yerceil, Casai, Alexandrie et la Spezia.Dans cette zone, on ne trouve que des cas très-rares de goitre; mais les femmes ont toutes le cou un peu développé.

Les plaines de la vallée du Pô, où l'on remarque

des rizières considérables et où le crétinisme sévit cruellement, présentent une exception remarquable. Dans ces contrées, où l'air, les eaux, contiennent de l'iode en quantité même très-notable, le goitre et le crétinisme ne devraient pas se rencontrer si la présence de ce principe dans ces milieux avait, comme le pense M. Chatin, une influence préservatrice aussi puissante ; mais , au contraire, ces deux maladies y sont, très-connues parmi les pauvres habitants, réduits à un travail très-pénible et malsain, n'ayant qu'une alimentation peu réparatrice et des logements très-insalubres. Ce fait vient à l'appui de ce que j'ai dit, c'est-à-dire que l'absence de l'iode dans l'air, les eaux et le sol, ne doit être considérée que comme une cause de plus à ajouter à celles que j'ai indiquées, et favorisant le développement du goitre et du crétinisme, et que dans les contrées où ces causes sévissent avec la plus grande intensité, la présence de l'iode dans ces différents milieux ne suffit pas pour contrebalancer l'influence délétère de ces causes, agissant si fâcheusement sur Torganisme, et tendant à le faire dégénérer au point, que le crétinisme devient la conséquence inévitable de cette dégénérescence.

Les recherches de M. Chatin et les miennes ont donc amené des résultats à peu près identiques, et démontrent d'une manière absolue que, dans les vallées très-profondes des Alpes, l'iode manque complètement.

Bien que je me sois longuement étendu sur l'action que les eaux pouvaient avoir sur le développement du crétinisme , je crois devoir revenir encore sur cette question , soit à cause de l'imporlante découverte de riode, faite par M. Ghatin, professeur à l'école de pharmacie de Paris, dans les eaux, l'air et les plantes, soit à cause des nombreuses recherches auxquelles je me suis livré depuis une année, par suite de la communication qu'a bien voulu me faire, de ces procédés analytiques, ce bienveillant et savant professeur.

Dans le premier volume de cet ouvrage, j'ai pubhé de nombreuses analyses quantitatives d'eaux qui servent exclusivement de boissons aux populations les plus infectées de goitre et de crétinisme. J'ai complété ces analyses en recherchant les quantités d'iode, d'iodures et de bromures qu'elles pouvaient contenir, et j'ai fait, de plus, de nombreuses analyses d'eaux recueillies par moi dans les Cévennes , dans les départements de l'Ardèche, de la Haute-Loire, du Rhône et de Saône-et-Loire. Dans un grand nombre des vallées de ces départements , j'ai trouvé des cas trèsnombreux de goitre; ainsi, dans le département de la Loire, dans les gorges profondes qui descendent de la chaîne du mont Pila, plusieurs communes du canton de Bourg-Argental, telles que Ruthainges, Thélis, Argental, renferment beaucoup d'individus atteints de goitre, même assez volumineux. Il en est de môme

dans quelques communes du canton de Saint-Genest, dans la vallée de la Semène.

Sur le versant opposé de cette chaîne , dans la vallée du Gi^rs, près de la ville de Saint-Chamond, M. le docteur Freydet m'a indiqué les communes d'Isieux , de Saint-Julien , de Saint-Paul-en- Jarret , comme infectées de goitreux, et même ^'innocents, car tel est le nom que l'on donne aux crétineux qui vivent dans le village d'Isieux. Dans cette localité, les habitations, situées dans une gorge profonde , sinueuse, ayant une direction de l'est à l'ouest, sont bâties en contre-bas de la rivière, dont les eaux font mouvoir de nombreux artifices d'usines; elles sont très-humides, malsaines, tenues avec la plus grande malpropreté, et se trouvent ainsi dans des conditions anti-hygiéniques semblables à celles que l'on observe dans les gorges des Alpes.

En parcourant ce village, cette petite vallée, située dans le centre le plus industriel de la France, aux portes de deux grandes villes, Lyon et Saint-Etienne, je me croyais transporté tout à coup dans les tristes villages de la Maurienne. A ïsieux , comme dans les Alpes, les habitants vivent pêle-mêle avec les animaux, couchent sur la litière dans les étables, ou dans de mauvais grabats, respirent un air infecté de miasmes pestilentiels; aussi, en parcourant ces chétives habitations, je n'étais nullement étonné d'y trouver des demi-crélins.

Dans le département de Saône-et-Loire , sur les limites de celui de la Nièvre, dans les gorges profondes qui descendent de la chaîne du Morvan, j^ii trouvé également des villages renfermant un grand nombre de goitreux. J'en ai également rencontré sur les deux versants de la chaîne qui sépare les bassins de la Saône et de la Loire; ainsi, les communes de Lournans, de Cluny, de Pierreclos, comptent des cas encore assez nombreux de goîtreux.

Ces observations m'ont conduit à rechercher si, dans ces localités, les mêmes causes que j'avais assignées au développement du goitre et du crétinisriie dans les Alpes, étaient les mêmes, et j'ai, de plus, recueilli des eaux dans un grand nombre de localités, afin de pouvoir comparer leur analyse avec celles que j'avais faites des eaux qui servent de boisson aux populations alpines.

^ Ces études comparatives n'ont fait que confirmer l'importance que l'on doit attribuer aux causes multiples que j'ai énumérées dans mon premier volume.

C'est ainsi que j'ai toujours constaté la présence du goitre chez les individus habitant les maisons les plus insalubres, les plus humides , dont les expositions étaient telles, que les rayons solaires n'y faisaient sentir leur action bienfaisante que pendant très-peu de temps, ou pas du tout. Dans ces hautes vallées très-froides, où le sol est peu productif, les habitants, comme ceux des Alpes, passent les longs jours de l'hi-

ver dans les élables , où ils respirent un air impur. J'y ai constaté la fréquence du rachitisme et de la scrofule.

L'étude géologique du sol était de la plus haute importance , à cause de la nature des principes que les eaux pouvaient emprunter aux terrains divers qu'elles traversent; aussi j'ai dû étudier avec soin la nature du sol.

Dans ces montagnes, formées de terrains primitifs et volcaniques , la plupart des sources ne contenant ni magnésie, ni sulfate dfs chaux, on ne peut donc attribuer le goitre à la présence de ces deux sels, puisqu'ils n'existent pas dans le plus grand nombre des sources, et que dans celles où j'ai constaté leur présence , la si petite quantité que j'ai trouvée ne pouvait exercer aucune influence sur l'organisme. Quant à la présence de l'iode dans ces eaux , elle m'a paru plus constante que dans celles des Àlpes, mais toujours en très-petite quantité. Les analyses que je donne plus loin indiquent la nature des principes que j'ai trouvés dans ces eaux.

La question des eaux, présentée par différents observateurs comme ayant une action des plus prépondérantes sur le développement du goitre et du crétinisme , doit naturellement reparaître dans ce travail au moment où je dois toucher à ses conclusions.

Des hommes éminents, observateurs très-judicieux, tels que Saussure, Fodéré , M. de Rambuteau alors

qu'il était préfet du Valais , ont pensé, avec une juste raison, qu'on ne devait pas attribuer une grande puissance à la qualité des eaux provenant de la fonte des neiges ou des glaciers; car les habitants des hauteurs, qui n'ont pour boisson que des eaux provenant de celte origine, sont moins infectés que ceux qui vivent dans les vallées inférieures. Ce qui le prouve encore , c'est que j'ai vu des communes de la vallée de l'Isère où les goitres sont plus volumineux en hiver, lorsque les eaux sont prises dans des sources ou des puits , qu'en été , lorsque les habitants s'abreuvent dans les ruisseaux alimentés par la fonte des neiges ou des glaciers.

La lettre suivante, qui m'a été adressée de Genève par notre savant confrère le docteur Peschier, est d'une importance trop réelle pour que je ne la cite pas ici :

« On s'occupe depuis longtemps très-peu du goî- » tre, à Genève, considéré d'une manière générale et » pathologique. On n'én recherche plus la nature, )' l'origine et la cause ; les praticiens genevois sont » devenus très-calmes et froids à cet endroit. Il est )' vrai que depuis la découverte de l'efficacité de l'iode, 1) le nombre des strumeux a considérablement dirni- » nué dans ma patrie ; les remèdes indiqués , les si- » rops iodurés, sont tombés dans le domaine public, '» et aussitôt qu'un jeune enfant (une fille surtout) a » la moindre apparence de gros cou , on court chez

r> l'apothicaire ou le droguiste , et en peu de jours il » n'y paraît plus. C'est en particulier à ce soin, d'at- » taquer le goitre à temps, que j'attribue la rareté ac- » tuelle de cette infirmité si désagréable à la vue. 3) Les crétins sont inconnus à Genève, ï La question de Teau , ou des eaux , pour la for- 3 mation du goitre, a été surtout mise en avant parce » qu'elle est la plus matérielle, la plus évidente, celle » qui tombe la première sous les sens.

» Mais comme cause essentielle, première, plus ac- ). tive qu'aucune autre, l'eau ne saurait être logique- » ment, scientifiquement admise. En efifet, on ne > saurait comprendre pourquoi, dans une contrée où B tous les habitants boivent la même eau, il n'y en a B qu'un certain nombre qui seraient atteints de l'in- » firmité en question. Or , pour ne citer que deux » contrées, dans le Valais et à Genève, on ne fait » usage que d'une seule eau; et cependant les Hauts- 3 Yalaisans n'ont pas le goitre , tandis que les Bas- » Yalaisans, d'un côté, et les habitants du val d'Aoste, » de l'autre , sont goitreux et crétins. Ce n'est donc » pas dans la qualité de l'eau que gît la cause du goî- » tre, les uns et les autres buvant l'eau qui provient j, de la fonte des glaces et des neiges , soit du Saint- » Gothard, soit du Mont-Blanc ou du Mont-Vélan, et » autres sommités élevées. A Genève , tout le monde B boit de l'eau du Bhône , qui alimente toutes les fon- » taines, et cependant le goitre n'est pas uniforme-

» ment répandu; il atteint, ou, pour mieux dire, at- » teignait surtout les quartiers bas et les habitants " pauvres , plus ou moins entassés dans leurs habita- 3 tions peu aérées.

» L'usage universel de l'eau du Rhône , dans Ge- )' nève, n'est point récent; la machine hydraulique » qui en fournissait à toute la ville avait plus d'un siè- )> cle de durée, et d'ailleurs Teau du Rhône vient di- » rectement du Valais, patrie du goitre. La seule mo- » dification qu'elle a subie entre ce canton et le nôtre, » c'est d'avoir été exposée dans le lac à l'action com- » binée de la lumière et de la ventilation; mais si cette » action était suffisante pour annihiler la cause mor- » bifique du goitre , telle qu'elle existe au Valais , il )^ dévrait n'y avoir plus de goitre à Genève , où pour- » tant il y en avait bon nombre, il y a quelques qua- 3 rante ans encore.

» Le chimiste qui a analysé l'eau du Rhône m'a dit " avoir répété cette opération plusieurs fois, et » n'y avoir jamais rencontré que le carbonate de " chaux, dans la proportion d'un demi-millième, 1' plus, une certaine portion d'air atmosphérique, va- » riantsuivant l'intensité et la durée du vent qui ve- » nait d'agiter le lac. Cette' eau Valaisane est donc » des plus pures , et il serait assez difficile de com- » prendre comment elle contiendrait de la magnésie » dans le Bas-Valais , et n'en offrirait pas une trace à » Genève. Il faudrait alors qu'elle eût déposé sa ma-

» gnésie au fond du lac, ensuite de je ne sais quelle » action physico-chimique.

» Assigner au goitre une cause unique est proba- » blement s''écarter de la vérité; aucune maladie or- )) ganisatrice ou désorganisa trice n'est due à une seule i> cause; elle est toujours le résultat d'une action » complice, etc. »

Cette lettre, écrite par un savant observateur, démontre évidemment qu'il ne faut pas , comme je l'ai dit dans le premier volume, attribuer une trop grande importance à la question des eaux. Cependant, des témoignages recueillis dans toutes les contrées du monde, où régnent endémiquementle goitre et le crétinisme , des expériences nombreuses établissent que la nature des eaux potables exerce une action sur ces deux infirmités , et qu'il faut reconnaitre leur mauvaise qualité comme une des causes à assigner et à associer aux autres.

Il reste à examiner une question importante dans la recherche des causes qui donnent aux mauvaises eaux la propriété d'aider au développement du goitre et du crétinisme. C'est celle qui consisterait à rechercher si ce n'est pas à l'absence de quelque principe utile qu'il faut rapporter cet effet nuisible, et si la présence de ce même principe, même en quantité trèsminime, doit être considérée comme le moyen propre à prévenir le développement de cette infirmité. En effet, d'après les savantes recherches de M. Cha-

tin, il y a peu d'eaux qui ne contiennent pas d'iode, du moins dans les plaines, et les quantités pondérables de ce principe paraissent très-variables dans les différentes eaux.

Depuis quelque temps, des recherches nombreuses et répétées ont été faites sur les eaux potables. Moimême, j'ai fait aussi de nombreuses analyses d'eaux qui servent de boisson aux populations des Alpes les plus infectées; mais jusque-là on n'avait pas recherché les résultats numériques des corps qui ne se trouvent dans les eaux qu'en quantité infiniment petite , dont il était si important de connaître exactement les proportions.

C'est cette importante lacune qu'est venu combler M. Chatin, et pour laquelle il a fait de si nombreuses et importantes recherches qui l'ont conduit à la découverte de l'iode, non-seulement dans les eaux et les plantes, mais aussi dans l'air atmosphérique.

Dans les nombreuses analyses d'eaux consignées dans le premier volume de cet ouvrage, je n'avais pas recherché ce principe ; mais depuis que M. Chatin a eu l'obligeance de m'indiquer ses procédés analytiques, j'ai refait mes analyses, qui m'ont amené à dire que dans les départements de l'Isère, des Hautes-Alpes et des Basses-Alpes , l'iode ne se trouvait que par exception , car je Fai vainement cherché dans les eaux, les plantes des vallées du département de TI-

sère, telles que celles d'AUevard , du Bourg-d'Oisans, de Vaulnaveys et du Drac.

Plus on remonte la vallée du Drac, moins l'air contient d'iode. Ainsi, à son point de jonction avec la Romanche, qui descend de la vallée de TOisans, on n'en constate plus que de faibles traces qui disparaissent dès que l'on remonte le cours de ce torrent.

Dans la vallée d'AUevard , dont j'ai analysé l'air pendant l'espace de quatre mois, juin, juillet, août et septembre 185! , l'atmosphère ne m'a indiqué de l'iode que pendant certains vents , tels que ceux du sud et du sud-ouest : les eaux de pluies recueillies à la suite d'orages poussés par des vents ayant cette direction, en contenaient des quantités quelquefois trèsnotables. Par les vents du nord, du nord-est et de l'est, l'atmosphère ne m'a jamais présenté d'iode. Par les vents d'ouest, j'en ai quelquefois trouvé. Ces mêmes observations ont été refaites par M. Chatin, sur des eaux de pluie que j'avais conservées, et lorsqu'il vint à Allevard à la fin de Tété, pendant le voyage qu'il avait entrepris dans les Alpes de Savoie et de Piémont, pour s'y livrer à ses recherches de l'iode, il est arrive aux mêmes résultats que ceux que j'avais constatés. Nous devions faire ensemble l'ascension d'un des pics qui se trouvent près d'AUevard, à une hauteur de 2982 mètres au-dessus du niveau de la mer; mais, pendant son séjour à Allevard , il tomba de la neige sur les hauteurs, et il nous fut impossible de fairc-no-

tre voyage. Quelques jours après, le beau temps étant revenu, et la neige ayant fondu, je fis l'ascension de ce pic par un très-beau temps , alors que le vent du sud-est régnait. Arrivé au sommet du pic du Grand- Charnier, au-delà des glaciers de la Cristallière, je recueillis de la neige nouvellement tombée , je la fis fondre à vase clos au moyen d'une lampe à esprit de vin, et je recueillis un litre d'eau provenant de la fonte de cette neige. A deux cents mètres au-dessous du i sommet, je fis fondre de la neige provenant de la partie supérieure des glaciers , et que je reconnus pour être de la neige de l'hiver précédent, de manière à en avoir aussi un litre. Au pied du pic, au col qui sépare le Grand du Petit-Charnier, je remphs un litre d'eau : à la source qui sort d'une fente des rochers de proto- ; gyne , à la hauteur de 2542 mètres. Plus bas , arrivé au lac du Collet, à 1927 mètres d'élévation, je re- I cueillis un litre d'eau que je pris dans le lac. Le len- I demain, de retour à Allevard , j'analysai ces difîeren- 1 tes eaux, et j'obtins les résultats suivants:

Eau provenant de la neige tombée au sommet du pic du Grand- • Charnier (2982 mètres d'élévation).

Iode Ij/m' millig.

Eau provenant de vieille neige :

Iode

pas de traces.

Eau provenant de la source du col du Charnier (2342 mètres) :

grnm.

Carbonate de chaux. . . , . . 0,015 Carbonate de magnésie. ' >. . . traces Chlorure de calcium. .... traces Iode. traces très-faibles

Total. . . . 0^5

Eau du lac du Collet (1 927 mètres) : Iode pas de traces.

Peu'de jours aprèsjjefis l'ascension delà montagne des Sept-Lacs , qui sépare la France de la Maurienne La vallée sus-alpine , où se trouvent les Sept-Lacs, est distante d'AlIevard d'environ sept heures de marche, située à 2471 mètres au-dessus du niveau de la mer, longue d'environ deux lieues, bordée à droite et à gauche par des rochers et des pics couronnés de neige, et parsemée, dans son fond,'de lacs de forme et de grandeur très-différentes, dont l'eau ne s'élève pas, dans les mois les plus chauds de l'été, au delà de sept degrés de température; leurs eaux sont alimentées par les glaciers voisins. L'eau de tous les lacs, quand on la goûte , laisse en général une sensation d'amertume plus ou moins prononcée. La saveur amère ne paraît pas tenir à la présence de quelques sels, et particulièrement de sels magnésiens.

L'azotate d'argent n'y détermine aucun trouble.

Le carbonate de soude n'y forme pas le moindre nuage.

L'acétate de plomb y détermine à peine une faible nuance opaline.

Ces trois essais démontrent suffisamment que les lacs sont presque absolument privés de sels calcaires ou magnésiens et d'autres substances organiques.

L'examen de cette eau, au moyen du microscope, démontre qu'elle contient une matière organique bi-

évaporer six litres de cette eau, et ayant calciné le résidu, j'ai repris ce résidu ainsi desséché par de l'éther sulfurique. Après vingtquatre heures de contact, en ayant le soin d'agiter souvent le hquide, je décantai l'éther, qui avait pris une légère couleur ombrée. Ce liquide, distillé à une trèsfaible chaleur, s'est coloré de plus en plus, et, en chauffant fortement le résidu non volatil, qui était noirâtre, il s'est dégagé des vapeurs d'une odeur bitumineuse.

Je n'y ai trouvé aucune trace d'iode ou de brome.

Ayant fait transporter deux appareils propres à analyser l'air, et tels que ceux qu'emploie à cet usage M. Chatin, je les confiai à un homme habitué à les fture fonctionner, et il fit laver les quantités suivantes d'air dans les solutions de carbonate de potasse , d'eau de baryte , d'acide sulfurique , dans la vallée des Sept- Lacs, pendant quatre jours; dans celle de la Ferrière, pendant trois jours. Pendant ce même temps, un appareil fonctionnait à Allevard.

L'eau de pluie conlenail de l'iode, V800.

L'eau de pluie neconlenail pas d'iode.

L'eau de pluie contenait de l'iode, 1/1000.

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