DIFFÉRENTES MANIÈRES DE LE MESURER
246. Il est très-important de connaître exactement le pouvoir amplifiant des microscopes avec chaque objectif. En premier lieu, c'est afin de pouvoir indiquer avec quel grossissement on a étudié et figuré tel ou tel détail, et de mettre d'autres observateurs en état de les vérifier. En second lieu, c'est afin de pouvoir répondre exactement à la première question qui est faite quand on montre un objet sous le microscope, celle de savoir quel est le grossissement du système optique employé.
Mais, pour résoudre les problèmes relatifs à cet impo-tànt sujet, Il laut traiter, des à présent, une question qui touche directement a la rnanière dont nous voyons les objets sous le microscope.
247. Dans les examens microscopiques, la vision est généralement monoculau-e. Elle nous fait percevoir la' direction suivant laquelle se
trouve l'image des objets que nous voyons, sur une étendue à deux dimensions seulement ou superficielle, dans un champ de vision ou plan circulaire limité par le diaphragme de l'oculaire; mais, dans la vision à l'aide d'un seul œil, l'accommodation ne donne qu'un secours presque nul pour déterminer la tiistance à laquelle se trouve cette image sur la ligne de vi>ce. L'image peut être déplacée sur cette ligne sans qu'il se produise dans l'impression reçue par 1 œil des modifications autres que celle qui se rapporte à la grandeur du cercle de diffusion formé sur la rétine. Dans le microscope, toutefois , le déplacement dépasse rapidement la longueur de la ligne d accommodation de Czermak, et le cercle de diffusion devient rapidement considérable, mais il est rapidement aussi annule par la mise au point, qui se fait à volonté. Comme dans toute vision monoculaire, nous ne saisissons donc immédiatement dans le microscope que la ligne de visée sur laquelle il faut chercher a quelle distance est le point occupé par l'image que nous voyons.
La distance effective entre notre œil et l'image est mesurée par la loncrueur focale du verre supérieur de l'oculaire. La distance effective entre l'œil et l'objet, dont ce verre grossit l'image reei/e, se mesurefacilement, en prenant l'espace qui de la platme s étendjusqu'à l'œil de l'observateur; elle est de 22 à 25 centimètres environ, en plus ou en moins, selon la nature des objectifs forts ou faibles ajoutés au bas du tube, selon la longueur de celui-ci, etc. Or le fait est que celte image est reportée (suivant une expression reçue), comme cela a lieu pour tout objet vu à l'œil nu, à une certaine distance extérieure à l'œil, sur la ligne de visée ; et cette distance n est m la longueur focale de la loupe oculaire, ni 22 ou 25 centimètres
Rappelons que ce report de l'image est ici la conséquence de ce nue dans l'examen des objets vus à l'œil nu nous avons appris, par une expérience répétée, datant des premières semaines de noire vie extra-utérine, qu'entre l'œil et un corps lumineux place en face, a droite ou à gauche, nous devions étendre le bras ou marcher pour juo-er la distance et la troisième dimension de ce corps, c est-a-dire son épaisseur, et par suite sa consistance, sa température, etc.
^n d'autres termes, la notion d'espace, de distance, nous est iournie par l'expérience, et non par une tendance . organiquenient innée à reporter l'impression au delà du nerf impressionné. Par une induction rapide et involontaire, par suite de j^^J^^ rhabitucUe répétition des expériences sur lesquelles elle repose, nous concluons à l'existence du corps ou de l'image loin de la re-
line, mais sans que jamais ils soient rigoureusement ù la distance dite, si on nous force à la formuler en nombres précis. Bien que dans ce fait, dit de report ou extérioration de l'image, nous ne fassions pas de raisonnement acIuoUement conscient, nous n'en avons pas moins exécuté (comme dans les cas d'action réflexe en quelque sorte) la série des actes élémentaires du raisonnement, et nous en avons obtenu la conclusion, aussi bien, mais plus rapidement que dans les premiers temps de notre vie; et cette conclusion s'impose à notre esprit à la manière des actes sur lesquels notre volonté n'a pas d'action.
A ces conclusions inductives, formulées- comme perceptions visuelles manquant du travail de vérification de la pensée consciente, la justesse absolue manque également tant que n'intervient pas la rectification parle toucher ou par une comparaison faite avec des corps voisins, d'une distance déjà expérimentalement connue. Aussi, dans le cas du microscope, l'image perçue n'étant reportée ni à la distance où est la préparation observée, ni à celle où est le foyer de la loupe oculaire, quand un commençant veqt toucher la préparation étudiée sans la regarder directement, il ne met pas les doigts sur elle, mais il les porte en tâtonnant où la perception sus-indiquée lui fait croire qu'elle est. Quelques heures d'expériences analogues à celles de la première enfance suffisent pour lui apprendre où sans y regarder il doit porter la main pour toucher la préparation, et où est son image. Mais l'expérience est à recommencer chaque fois que nous observons avec un microscope dont le pied a une hauteur autre que celle de l'instrument qui nous sert habituellement.
248. Nous pouvons actuellement dire que les procédés indiqués dans les traités de physique, dans les traités sur le microscope et employés par les opticiens, sont au nombre de deux. Tous deux sont fondés sur la propriété qu'a l'œil de reporter à une certame distance de lui l'image vue à l'aide d'une loupe ; et nous savons que tout le microscope se réduit en définitive cà une loupe dans laquelle l'objectif et le verre de champ n'ont pour effet que de préparer une image réelle grossie, image qui est simplement regardée et grossie encore sous la loupe que représente le verre oculaire supérieur (voy., p. 125, l'explication de la figure 47).
La distance à laquelle' est reportée l'image avec' la grandeur qu elle a pour l'œil qui la voit dans le microscope a jusqu'à présent ete supposée gratuitement être celle de la vision distincte ; mais cette dislance est moindre et varie avec chaque combinaison d'objectif et d'oculaire donnant un grossissement différent.
J'ai montré, en effet, dans la première édition de ce livre (1849) : 1" Que, contrairement à ce qu'indiquent les traités de physique ou du microscope, ce n'est pas à la dislance de la vision distincte que l'image des objets est reportée, avec les dimensions qu'on lui voit dans le microscope ou sous la loupe, mais à une distance toujours moindre, variable avec le pouvoir amplifiant; cette dislance est d'autant plus grande que le grossissement est plus considérable, et vice versa (voy. ci-dessus, page 131, les mesures qm le mon- . trent)- 2» Ce point de départ vicieux était cause que, par les procédés'indiqués pour prcmdre le pouvoir amplifiant du microscope, •le chiffre obtenu était de cinquante à huit cents fois trop élevé, selon les objectifs, les oculaires ou les procédés employés; 5» En employant un micromètre oculaire dont le verre supérieur grossit exactement dix fois, j'ai été amené à indiquer un autre moyen très-simple d'avoir plus exactement le grossissement réel en diamètre des microscopes (objectif et oculaire réunis, car m l'un m l'autre ne peuvent être employés isolément); 4» Le chiffre du grossissement de chaque objectif et l'oculaire micromètre employé pour obtenir ce grossissement, servent à mesurer le diamètre des corpuscules avec chacun des objectifs qu'on utilise.
1 e pouvoir amplifiant du microscope sert de la sorte à la mesure du volume des objets étudiés ; mais la mesure du pouvoir amplifiant et celle du volume des objets microscopiques constituent deux ordres d'opérations fort différentes. On peut, en effet, déterminer celui-ci sans connaître le premier. On a même su mesurer le diamètre des corpuscules sous le microscope longtemps avant de pouvoir fixer le pouvoir amplifiant de ce dernier.
Ces mensurations exigent l'une et l'autre l'emploi d instruments particuliers appelés micromètres qu'il importe de fan^e connaître dés à présent.
A Des. micromètres.
249 On donne le nom de micromètres aux instruments destmés à la mesure des images ou des objets de très-petites dùnensions dans les lunettes et les microscopes. Les premiers micromètres proprement dits, destinés aux télescopes, furent imagines par Hui- .hens (1656), puis par Malvasia, Ausout (1666), etc. Umicmnetre ilJe, le ^llroLtrc objectif et X. mi^omèire à sont dus à Benjamin Martin {New system of Optic, London, 1 /4U).
250 Tout microscope doit nécessairement être accompagne de