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CHAPITRE lY

Des matières à injection.

29. Au milieu des nombreuses formules qui ont été conseillées, nous choisirons ceUes qui offrentles meilleures conditions de réussite et le plus de facilité dans la préparation. Parmi les mélanges que nous indiquons, les uns sont empruntés à divers anatomistes, les autres nous sont personnels, mais tous ont été essayés par nous.

Dans toute matière à injection, il faut considérer le véhicule et la substance colorante. Tantôt le véhicule est liquide à la température ordinaire, tantôt il est solide et doit être liquéfié par une chaleur modérée; il se solidifie alors dans les vaisseaux. Les véhicules soUdes à la température ordinaire seront préfères lorsqu'on voudra Comparer le diamètre des capillaires. Mais alors il faut tenir l'animal dans de l'eau assez chaude pour que la soUdification ne se fasse que très-lentement, et le placer dans cette eau longtemps avant l'injection pour qu'il prenne une température égale dans l'épaisseur des tissus et à l'extérieur.

11 est indispensable de connaître plusieurs espèces de formules, car la matière à injection doit varier suivant le but qu'on se propose. Veuty)n examiner des pièces à l'aide de la lumière directe ou réfléchie par le tissu ir)jectè à lœil nu ou à la loupe, on se servira d'une masse opaque. S'il s'agit d'observer les vaisseaux a 1 aide (le la lumière réfléchie par le miroir du microscope, c'est-a-dire transmise au travers du tissu injecté réduit en coupes minces, on donnera la préférence aux matières transparentes.

L'organe injecté doit-il être placé dans l'alcool, dans la glycérine, ou simplement desséché, on devra varier les véhicules et les substances colorantes; ainsi, pour prendre un exemple, si l'on veut faire sécher une pièce, on évitera d'employer lu glycérine comme vélliculo.

MATIÈliES Ol'AQUES A INJECTIONS.

ARTICLE I". — MATIÈRES A INJECTIOWS OPAQ0ES.

30. Pour les injections opaques, ces véhicules solides sont des matières grasses ou résineuses. L'axonge pénètre facilement, mais dès que la température ambiante est un peu élevée, elle se ramollit et s'écoule; on peut employer tout simplement du suir auquel on ajoute une certaine proportion d'essence de térébenthine ou d'axonge.

Le mélange suivant est très-pénétrant quoique sa consistance soit assez grande, lorsqu'il est refroidi, pour former une masse dure.

Axonge 40 grammes.

Blanc de baleine 40 —

Cire blanche "10 —

Essence de térébenthine. ... 15 —

On fait fondre à une douce chaleur et on ajoute une des matières colorantes broyées à l'huile que nous indiquerons plus loin.

31. Les injections opaques peuvent être faites à froid en employant pour véhicules des vernis ou des essences, auxquelles on donne si l'on veut un peu moins de fluidité en y dissolvant une petite quantité de cire.

Parmi les matières liquides à la température ordinaire, les meilleures sont les couleurs fines pour les peintres, broyées à l'huile, délayées ensuite dans l'essence de térébenthine, et la cire à cacheter dite cire d'Espagne colorée dissoute dans l'alcool jusqu'à la plus grande saturation possible. On conserve ces substances dans des flacons à large ouverture bouchés à l'émeri, pour les garantir de la poussière et de l'évaporation de l'essence pour les premières, et de l'alcool pour les secondes. 11 est très-important qu'elles soient dépourvues de toute impureté pour prévenir l'engorgement des canules, qui peut quelquefois faire manquer l'injection lorsqu'on ne parvient pas à les déboucher avec les aiguilles, ainsi qu'il a été dit plus haut.

Ces matières doivent avoir à peu près la consistance de la crème au moment où on les injecte; dans ce cas, une fois que les capillaires en sont pleins, ils ne se vident pas,loiPS même qu'on coupele tissu, parce que la substance est l'otenue par capillarité. Du reste, au bout de quelque temps, si c'est une pièce sèche, le liquide s'évaporant, la matière colorante reste dans les capillaires et ne tetid plus à couler. On se servira principalement des couleurs à l'huile délayées dans l'essence, parce que, soit qu'on fasse sécher les pièces, soii

2t COULEURS POUi; LES INJECTIONS OPAQUES.

qu'on les conserve dans l'alcool, l'huile el l'essence se solidifient à demi et finissent par ne plus couler; les capillaires et môme les vaisseaux d'un demi-millimètre s'aplatissent à peine. De plus, l'huile des couleurs broyées préserve les matières colorantes contre l'action des acides, quand on est obligé de faire macérer une pièce dans l'acide nitrique par exemple. Pour certaines préparations, le jaune de chrome seul blanchit un peu, mais ce changement de teinte ne gêne pas l'observation,

52. Cette méthode présente cependant un inconvénient, c'est que, lors même qu'on a poussé une matière solidifiable dans les gros vaisseaux derrière la couleur liquide, il s'échappe toujours des gouttes de cette dernière, soit des gros vaisseaux que le suif n'a pas remplis, soit des plus gros capillaires coupés pendant la dissection. Ces gouttes viennent s'étaler à la surface de l'eau sous- laquelle estla pièce, et l'huile produit des teintes irisées qui gênent l'observation. Il faut alors changer assez souvent l'eau du baquet à dissection ; mais la pièce se dégorge bientôt, et cet inconvénient diminue beaucoup ou disparaît après quelques lavages. Une se reproduit que rarement quand la pièce a séjourné^ quelque temps dans un liquide conservateur, et que la couleur s'est solidifiée à demi. ■

33. Les couleurs que l'on doit avoir ainsi toutes prêles pour les injecter dés qu'on a besoin de le faire, sont les suivantes : 1" le vermillon; 2° le bleu de Prusse; 3° le jaune de chrome; 4" le blanc d'argent.

Il faut toujours prendre des couleurs de première qualité, parce que les teintes sont plus vives, ce qui est important pour l'étude sous le microscope. Le bleu de Prusse étant beaucoup trop foncé pour être employé pur, et colorant beaucoup, il faut le mêler de blanc d'argent dans les proportions en poids d'une partie de bleu pour cinq de blanc; sans cela il ne réfléchit pas assez la lumière pour que les capillaires soient vus facilement sous le microscope. Le vermillon demande aussi qu'on y ajoute un peu de blanc, ce qui rend sa teinte plus éclatante'; mais cette précaution n'est pas indispensable.

Pour lejaune de chrome, il faut prendre parties égales de deux teintes les plus claires, désignées dans le commerce par les numéros 1 et 2. Le numéro 5 est trop foncé, troproiigeàlre; le numéro 2 seul également, à moins d'y ajouter du blanc ; le numéro 1 est trop clair, le mélange des doux donne une teinte satisfaisante; il vaut mieux cependant que soit le numéro 1, plus clair que le numéro 2 qui domine dans le mélange.

COULEUUS POUU.LES INJECTIONS OPAQUES. 25

0-4. Ces couleurs servent chacune pour lès ordres de vaisseaux suivants. Le bleu, pour les artères; le jaune, pour les veines; le rouge, pour les veines portes hépatique ou rénale, ou les conduits excréteurs quand il n'y a pas trois ordres de vaisseaux sanguins, et le blanc pour les conduits hépatiques ou urinifères.

Ce changement dans les usages habituels est nécessaire en anatomie générale, parce qu'il faut que les injections soient assez bien faites pour que les matières se trouvent en contact dans les capillaires. Or, le rouge et le bleu, habituellement employés, donnent une couleur brune roussâtre, pâle, qui réfléchit mal la lumière et empêche de voir facilement les vaisseaux sous le microscope. Cet inconvénient se montre surtout lorsqu'ils ne sont pas tout à fait superficiels et que des tissus peu transparents ne les laissent apercevoir qu'à demi. Mais le jaune et le bleu, tels qu'ils sont employés, donnent une belle teinte verte qui réfléchit bjen la lumière et se distingue immédiatement de la couleur de tous les tissus. Vues isolément, sans mélange, dans les parties éloignées du point de contact, elles présentent le même avantage; le jaune surtout.

Lorsqu'on emploie le rouge et le jaune, le mélange dans les capillaires est d'une couleur orangée qui n'est pas aussi vive ni aussi tranchée que le vert, et qui prend une teinte rougeàtre quand elle est vue au travers des tissus par demi-transparence. Néanmoins elle peut, dans un grand nombre de circonstances, être utilisée aussi bien que le bleu qu'elle doit remplacer; mais on ne doit pas les employer ensemble.

Souvent le bleu ne doit pas être injecté dans les veines par les raisons suivantes : l'étude des injections fait reconnaître que les divisions des dernières branches artérielles, formant presque des réseaux capillaires et se continuant avec eux, se distinguent des veines correspondantes qui partent immédiatement des réseaux veineux, par une forme spéciale de leurs ramifications, de leurs flexuosilés, do leurs contours, qui sont moins bosselés, moins ondulcux, et surtout par leur moindre volume et par leur plus petit nombre. En même temps, les réseaux capillaires proprement dits, intermédiaires aux précédents, s'injectent en général plus facilement par les veines que par les artères, du moins là où il y a de véritables sui-faces de réseaux, comme sur les muqueuses intestinales, les vésicules closes de la thyréoïde, etc.

11 résulte de là que, lorsqu'on pousse le bleu dans les veines, on a de plus grandes surfaces couvertes de celte teinte que du jaune,

26 INJECTIONS OPAQUES GÉLATIISEUSES.

et que sous le microscope on a une masse bleue noirâtre qui absorbe la lumière , rend l'observation très-difficile et empêche de distinguer les autres organes. Si l'on pousse le jaune dans les veines au contraire, comme celles-ci sont à la fois plus nombreuses et plus grosses, la lumière est réfléchie en grande quantité, et les artères remplies 'de bleu se dessinent nettement avec leur petit volume et leur régularité sur les veines à la surface desquelles elles semblent ramper.

35. Le vernis coloré est plus difficile à employer que les couleurs précédentes, parce qu'il empâte les seringues et les canules surtout quand elles sont très-fines, et oblige à chaque fois de les laver dans l'alcool ou dans l'essence de térébenthine. De plus, pendant la dissection des pièces sous le microscope, il s'attaclre quelquefois avec plus de persistance que les autres matières à la pointe des instruments. Il pénètre aussi certainement avec moms de facilité dans les derniers capillaires. L'huile, chargée directement, par broiement dans un mortier, de couleurs en poudre avecaddition d'un peu de térébenthine molle de Venise (Hischfeld, thèse 1848), pénétre plus facilement que le vernis; mais elle ne pénètre pas mieux que les couleurs broyées délayées dans l'essence de térébenthine, et pendant la dissection elle présente très-exagerés les inconvénients de celle-ci.

Comme, pour injecter les très-petits animaux, tels que les msectes, les vers intestinaux, etc., etc., on est obligé d'employer des canules excessivement fines qui s'engorgent facilement, on laisse reposer la couleur délayée dans l'essence de térébenthine avant d en remplir la seringue, et on fait cette soi^te d emulsion toujours tresclaire. Du reste, il est préférable, dans ces cas, d'employer les injections transparentes que nous énumérerons plus loin.

Injections opaques à la gélatine.

36 La gélatine dissoute dans l'eau chaude, et qui sert souvent , dans les injections transparentes, peut également être employée pour les injections opaques chaudes en y mêlant des substances colorantes réduites en poudre fine.

Cette masse à injection présente quelques désavantages au point de vue du but qu'on se propose dans les injections opaques ; si 1 on veut faire des pièces sèches, les vaisseaux se racornissent et se déforment; en outre, la gélatine transsude à travers les parois vasculaires, lorsqu'on est obligé de pousser un peu fort pendant un.

INJECTIONS OPAQUES GÉI.ATINEUSES. 27

certain temps même au travers des artères à parois épaisses, comme la crurale. On sait qu'on peut , en injectant de l'eau dans les vaisseaux, œdématier les tissus ; il en est de môme avec tout autre liquide, sans en excepter les liquides denses, comme la gélatine. Les tissus ainsi empâtés sont difficiles et ennuyeux à disséquer ; s'il s'agit seulement de faire des coupes dans les organes injectés, cette transsudation n'est plus un grave inconvénient.

D'ailleurs, on sait que la gélatine , quand elle transsude ainsi, passe incolore ou à peine teintée. Ce fait pourrait servir à démontrer , s'il en était besoin et s'il n'y avait pas d'autres arguments nombreux qui le prouvent, que les parois des vaisseaux ne peuvent laisser passer que des matières liquides, soit par transsudation, soit par absorption. Il montre, en outre, que les globules de sang ne peuvent sortir des vaisseaux que lorsqu'il y a rupture ou altéralion de ceux-ci, et quel peut être le compte qu'on doit tenir des prétendues hémorriiagies par transsudation encore admises par quelques pathologistes. Le fait est d'autant plus frappant, que les poussières colorantes employées pour faire les injections sont formées de granules microscopiques infiniment plus petits que les globules de sang.

37. On a voulu expliquer le passage de certains éléments du sang à travers les parois vasculaires par des modifications momentanées que ces éléments subissent dans Leur configuration. Ces variations dans la forme, que l'on a comparées aux mouvements des amibes, existent réellement, mais on leur accorde trop d'importance à cet " égard. D'autres auteurs ont pensé que les capillaires présentaient des orifices qui laissaient échapper en certaines circonstances les globules sanguins rouges et les leucocytes. Dans cette hypothèse, on ne s'explique pas comment la partie liquide du sang peut rester dans des canaux munis d'ouvertures.

Une couche continue d'épithélium tapisse les vaisseaux, qui sont clos de toutes parts; tant que cette couche n'est point altérée , le passage d'éléments solides est impossible; s'il y a destruction de l'épithélium, il est possible que les globules du sang, qui sont trèsélasliques, ou les leucocytes doués de mouvements dits amiboïdes, franchissent la substance demi-molle des parois des capillaires, mais tant que le revêtement épithélial est conservé, les corps solides ne peuvent franchir les parois.

On s'explique de celle façon pourquoi une injection assez fine, faite immédiatement après la mort, n'infUtre pas les tissus; mais

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