CHAPITRE V
De la représentation des objets observés à l'aide du microscope.
652. 11 existe trois moyens principaux de représenter les images que donnent les objets observés à l'aide du microscope. Ce sont le dessin direct ou proprement dit, le dessin à l'aide de la chambre claire et enfin la photographie. 11 importe de parler séparément de chacun de ces divers procédés.
iVRT. I*"'. — DC DESSIN DES ÉLÉMENTS AiNATOMIQUES, DES TISSUS ET AOTllES OBJETS MICROSCOPIQUES.
633. Il est difficile de parvenir à se faire une idée nette des éléments anatomiques, de leur ressemblance et de leurs différences, de leurs caractères distinctifs en un mot, si l'on ne prend l'habitude de les représenter successivement dès que l'on commence à savoir se servir du microscope. Lors même qu'on ne sait pas dessiner, on parvient, au bout d'un certain temps d'essais, à rendre par le crayon assez exactement l'aspect de ces objets pour pouvoir les comparer entre eux, soit qu'on ait cherché à achever le dessin, soit qu'on se contente de faire une esquisse des traits caractéristiques. Il faut aussi, autant que possible, s'exercer à représenter à leur tour les parties de la préparation qui montrent la texture, l'arrangement réciproque des éléments, la conformation des organes ou des animaux et des végétaux microscopiques entiers.
Ces dessins sont toujours longs et demandent beaucoup de soin; mais, sans avoir figuré avec tout le fini possible un ou plusieurs de ces corps, on peut se contenter de faire l'esquisse des principales formes qu'on tient à conserver.
Le dessin ne doit jamais être fait en laissant l'objectif absohiment immobile ; il ne faut pas représenter le corps tel que nous le voyons pendant cette immobilité. La raison de cela est que, ne voyant ainsi qu'une coupe de l'objet, toujours trop épais pour être compris en entier dans l'épaisseur (si l'on peut dire ainsi) du plan de la vision distincte, et cela d'autant plus qu'on se sert d'un objectif plus fort, il y a toujours quelques-unes de ses parties qui sont vues d'une manière diffuse ou avec des contours irisés et doubles, etc., pendant que les autres sont nettement saisies.
Il faut, par conséquent, chercher à dessiner l'objet tel qu'il est, et non pas tel qu'il peut nous paraître par suite d'effets d'optique
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divers, dépendants de la construction même du microscope, mais n'appartenant pas à l'objet étudié. C'est pourquoi il faut se servir incessamment de la vis micrométriquo qui éloigne ou rapproche l'objectif du corps qu'on examine, et mettre ainsi successivement au point toutes les parties qu'on veut représenter. C'est pourquoi aussi il faut avoir soin de chercher à voir rouler ces corps quand ils sont isolés, pour se faire une idée nette de leur masse, et quelquefois il est nécessaire de les figurer dans leurs diverses positions.
On peut dire d'une manière générale que l'aspect du dessin, sa perfection dans tels ou tels détails caractéristiques par leur ensemble, qui ont été exécutés, omis ou exagérés, d'une part et de l'autre que la non-reproduction d'effets purement optique?, indispensablement attachés à l'emploi du microscope, sont toujours proportionnés à la perfection de l'observation. On peut reconnaître si les fi taures ont été exécutées par un observateur qui connaît déjà bien les objets qu'il dessine, et s'en fait une idée exacte. Cela n'ar- ■ rive qu'autant que déjà on a vu un grand nombre de parties organiques qu'on peut comparer ; et, d'autre part, qu'on connaît ou qu on ne connaît pas ce qui vient inévitablement de l'instrument employé, ou appartient réellement au corps étudié.
Les dessins dans lesquels on trouve figurés les effets de la dispersion de la lumière, etc. (V. p. 26^,-265) rappellent involontairement ceux d'anatomie descriptive proprement dite, dans lesquels, à propos de chaque muscle, seraient représentés les lambeaux de tissu cellulaire qui échappent quelquefois au préparateur ou les incisions qui pénètrent dans l'organe disséqué. ^ . , ,
6^4 II faut toujours, autant que possible, faire le dessm delà -randeur de l'image obtenue avec l'objectif employé, afin de maintenir les mêmes proportions dans tous ceux qu'on sera oblige a chaque instant de comparer ensemble. On peut bien, dans certaines circonstances, faire le dessin aussi grand qu'on veut suivan les besoins, comme, par exemple, lorsqu'il s'agit d objets tres-petits et trés-compliqués, tels que le sont divers "^f"f ' .^^.^^^^Tr chaque observateur choisit une certaine grandeur qui hn convient il en résulte une grande hétérogénéité entre les divers travaux. . elle n'a pas toujours de graves inconvénients en zoologie, elle en
même !;'! aurait faît l'esquisse à la chambre chaire qui c^rg. encore l'image, ainsi que nous l'avons vu (p. lo2), ce n est pas
.mSTllIlilJTION, DES OBJETS DESSINÉS, 493
combien de fois le dessin est plus grand que l'objet qu'il i'aut indiquer, mais bien le pouvoir amplifiant obleiui avec l'objectir et l'oculaire dont on s'est servi. Car, en effet, quelles que soient les dimensions de ce dessin, il ne renfermera jamais que les détails vus avec tels ou tels grossissements ; or, ce qu'il importe de savoir, c'est le grossissement qu'il est nécessaire d'employer pour constater ces mêmes détails.
655. La distribution dans une même figure des différents éléments anatomiques qu'on veut y faire entrer a une certaine importance. Si c'est un élément anatomique spécial qu'on étudie, ce sont les différentes formes qu'il offre durant les phases de son évolution et ses variétés qui doivent seule la composer.
S'il s'agit d'un tissu pathologique composé d'éléments d'espèces diverses, on peut réunir dans la même figure ces divers corpuscules, en conservant autaiit que possible leurs proportions numériques, et en donnant de chacun les principales variétés. Ce mode de représentation des objets microscopiques est souvent Irés-utile pour rendre approximativement l'aspect de la préparation, quand il s'agit d'un produit qui n'est pas très-compliqué ; mais, même dans ce cas, il faut quelquefois donner isolément dans une ou plusieurs figures à part les variétés principales de l'élément fondamental. On représentera ensuite séparément, sous un grossissement moindre en général, l'arrangement réciproque de ces diverses parties sous forme de tissus glandulaires, épithélial ou autres, sains ou altérés.
Dans l'impossibilité où l'on est de figurer tout ce qu'on a sous les yeux dans chaque préparation, il faut faire un choix des principales variétés d'éléments, c'est-à-dire de celles qui se rencontrent le plus abondamment on de ceux de leurs arrangements réciproques en trame fibreuse, en culs-de-sac glandulaires, saillies papillaires, etc., qui offrent le plus de netteté. Ce n'est du reste qu'après avoir examihé un certain nombre de ces , dispositions, qu'on finit par reconnaître celles de ces variétés qui se reproduisent le plus souvent, et qu'on éprouve le besoin, si l'ont peut ainsi dire de les dessiner.
Il ne faut pas hésiter à suivre cette marche et à choisir pour les reproduire les types de chaque disposition principale, sans se laisser arrêter par cette objection souvent faite que le dessin est plus beau que l'objet naturel. Il ne s'agit pïis, en effet, dans un dessin, de faire le portrait de telle ou telle préparation dont l'aspect varie nécessairement à chaque fois qu'on la renouvelle en raison de
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parlicularités secondaires. Ce qu'il s'agil de laire, c'est de présenter les choses de manière que le lecteur puisse retrouver, dans les cas analogues, les dispositions types et fondamentales qui le frapperont immédiatement, quelles que soient les différences d'aspect général des préparations les unes à côté des autres et en face d'une de leurs représentations.
Ces remarques sont faites pour guider les commençants, qui pourraient se laisser ébranler par l'objection mentionnée plus haut, que leur fçront certainement les personnes qui voient pour la première fois une préparation microscopique, sans avoir encore une expérience des travaux et des dessins anatomiques. 11 est, en effet, facile de reconnaître que, le plus souvent, les figures dans h^squelles on a la prétention de représenter tout ce qu'on a vu dans une préparation sont moins exactes que les autres. Elles sont même inexactes, en ce sens qu'elles ne renferment et ne peuvent renfermer qu'une partie des formes que montrent les éléments et leurs arrangements dans chaque tissu, et comme conséquence, on y remarque fréquemment le cachet d'une observation superficielle. Par ces mêmes raisons, ce sont aussi les figures les moins instructives, les plus difficiles à comprendre, parce qu'on ne peut discerner ce qui est important de ce qui n'est qu'accessoire. •
Le dessin étant fait pour aider l'intelligence du lecteur, tout doit concourir à ce but. Quant à l'observateur, il apprendra bien vite à distinguer, au milieu des parties accessoires ou accidentelles que renferment toujours toutes les préparations, les dispositions types et caractéristiques, lesquelles doivent de toute nécessité être dégagées de ce qui est inutile.
En anatomie pathologique descriptive, après avoir décrit et figuré la déformation des organes, l'aspect du tissu altéré, il faut en décrire et figurer la texture et les éléments anatomiques fondamentaux en insistant sur les variétés qu'ils présentent dans le cas spécial dont il s'agit. Ces divers éléments et leurs variétés, dues aux diverses phases'' de l'évolution morbide à laquelle ils sont arrivés, doivent dans ce cas, être pris dans chacun des divers points de la tumeur, etc. , présentant un aspect particulier, et dans la description, il faut établir la relation qui existe entre cet aspect du tissu et les éléments ou les variétés de leurs arrangements ; sous ce rapport un dessin peu parfait au point de vue graphique,dû à un anatomiste qui connaît bien les objets observés, qui a appris par expérience a interpréter les caractères des objets vus par lumière transmise sous le
ESQUISSE DES OBJETS MICROSGOI'IQIIES. 495
microscope, comparalivoment A ceux que nous observons à l'œiJnu, ce dessin, disons-nous, vaudra mieux que celui d'un artiste habile ne sachant pas déterminer les caractères des choses ainsi étudiées. Dans le travail de ce dernier, on remarquera des erreurs dues à la représentation de choses mal interprétées. Ce qui lui manque, c'est de bien comprendre, tandis que l'observateur se trouve souvent dans la position d'avoir Irès-bien compris sa préparation, mais de n'avoir pu la rendre avec art, sa main n'étant pas habituée au dessin.
656. Pour le micrographe, les moyens ordinaires de représentation, c'est-à-dire le crayon, l'estompe et les coideurs à l'eau, suffisent généralement. Nombre de dessins que l'on trace pendant le cours d'une observation, afin d'aider la mémoire, ne seront que de simples esquisses ; il en est de même de certains objets que l'on voit par hasard, et qui ne méritent d'être reproduits que pour mémoire dans un cahier de noies. On ne saurait trop recommander de beaucoup dessiner, et de dessiner surtout toute disposition caractéristique d'un tissu dont on vient de réussir la préparation, dès que celle-ci est achevée et étudiée. 11 est rare, en effet, dans bien des recherches scientifiques de saisir deux fois de suite d'une manière aussi heureuse et aussi précise les mêmes particularités ; en sorte qu'on perd plus tard beaucoup de temps, et parfois en vain, pour retrouver ce que montrait une préparation qui s'est perdue ou altérée alors qu'on a omis de dessiner au moment opportun.
Il faut s'habituer à tracer les premiers contours avec toute la délicatesse possible ; on passe ensuite aux tons plus foncés, et l'on n'accentue les ombres vigoureuses qu'à la fin. On apportera le plus grand soin à la taille du crayon (la lime est l'instrument qui donne la meilleure pointe), afin d'arriver à reproduire le finesse des lignes indiquant lecontour des objets microscopiques. 11 est bon de s'habituer aussi à tracer des lignes très-fines avec la pointe du pinceau chargé de couleur; ces lignes, dans bien des cas, sont préférables à celles que donne le crayon. Ombrer à l'estompe est la manière la plus expéditive de toutes. On n'oubliera pas non plus de placer invariablement l'ombre à droite; c'est l'unique moyen de produire dans l'image l'aspect des élévations et des creux du modèle. On doit exprimer l'intensité des parties foncées paraissant ombrées avec soin et fidèlement, car cette intensité caractérise beaucoup d'objets microscopiques réfractant plus ou moins la lumière transmise.
Pour ombrer, on remarquera que, dans un objet sphérique ou
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cylindrique par exemple, l'ombre la plus forte n'est pas tout à tait du côté opposé à la lumière, mais un peu en deçà, cl que le pomt (ou la ligne) opposé à la lumière est un peu éclairé par reflet.
Avec les couleurs à l'eau, on se sert généralement des procédés de l'aquarelle, rarement de ceux de la gouache. On se fait rapidement à leur emploi. 11 ne faut pas chercher à obtenir des tons trop
crus
11 n'est très-avantogeux, pour le micrographe, de se servir de la chambre claire que lorsqu'il s'agit d'obtenir une image un peu compliquée et la représentation fidèle, quant à la situation, à la forme et aux dimensions de ses parties intégrantes, surtout quand il s'agit des petits articulés, des embryons, etc.
Dujardin a depuis longtemps fait remarquer qu'il importe beaucoup de représenter les objets avec les effets dus à ce qu'ils sont vus par lumière transmise, et non tels qu'on peut supposer qu'ils seraient si on les observait en tant que corps opaques, à l'aide de la lumière réfléchie. Cette manière de faire ne doit être adoptée que lorsqu'on observe réellement les corps sous de faibles grossissements à l'aide de la lumière réfléchie à leur surface, ainsi qu on le fait parfois pour les embryons, la surface de quelques muqueuses, des carapaces de divers animaux, etc.
L'ombre ne doit être que l'accessoire de l'esquisse et souvent n'être que légèrement indiquée, dans lacraintede jeter de la confusion dans les lignes ; en un mot, le dessin le meilleur est presque toujours une esquisse mise à l'effet, sauf le cas des corps réfractant fortement la lumière comme les gouttes graisseuses. Apres avoir terminé le dessin, on peut le passer à une légère teinte d aquarelle pour obtenir le double résultat de le rendre inaltérable e d'indiquer la couleur des objets. Cette opération est particulièrement nécessaire lorsqu'il s'agit de représenter les vaisseaux sangums et de distinguer les artères des veines, des conduits excréteurs
°\?7 crsS une 'erreur de croire que l'on peut faire des dessins sur les objets microscopiques sur le premier papier venu. Le choix d ce dern er est au contraire très-important. Au heu du papier mecan que on se servira de papier lisse très fort et d'un beau grain te nue les papiers dits papiers de Bristol, et autres papiers forts et lïïe! du même gei/e.Ls pinceaux de martre les m^^^^^^^^^^^^^^^ pointe fine, mais pas trop longue, élastiques et -^^^^^ J^"^^ mêmes ; les uns plus petits, les autres de grosseur moyenne.
DESSINS MICROSCOPIQUES NOIItS ET COLOIIÉS. 497
beaucoup plus facile de rencontrer un bon pinceau qu'un bon crayon de mine de plorab. Le bon crayon doit pouvoir, au besoin, donner des lignes pâles et netles et des lignes noireset fermes sans s'écraser par sa mollesse, ni éclater en fragments détruisant la pointe, ni rayer le papier par sa durclé ; les meilleurs sont les crayons VVatson, j^uis les crayons Conté, Ilardmuth et Faber, et les crayons de graphite de Sibérie. Ceux qui servent le plus, sont les numéros 3 et 4. Le numéro 1, qui est le plus tendre, ne sert que rarement. M. Germain de Saint-Pierre dit avec raison qu'on doit s'estimer heureux si, sur une douzaine, on en trouve plus d'un de très-bon. Quand vous l'avez rencontré, ménagez-le, et usez-en le dernier bout dans un porte-crayon,- car vous ne savez pas quand vous en retrouverez un autre. {Dictionnaire de Botanique, 1869, art. Dessin.)
Un petit nombre de couleurs suffit : il va sans dire qu'elles doivent être de première qualité; du reste, elles durent si longtemps, que cela n'est point une dépense. 11 ne faut pas employer les couleurs en pastilles fixées à une boite, ces couleurs ne tardent pas à se salir les unes les autres ; ayez des couleurs en pastilles ou tablettes isolées. Pour s'en servir, on les frotte par l'une de leurs extrémités mouillée d'un peu d'eau sur une assiette ou une palette de porcelaine ; les mélanges se font au fur et à mesure du besoin, avec le pinceau. On obtient toutes les nuances en combinant les couleurs suivantes : noir de bougie, bleu de Prusse, vermillon, carmin, terre de Sienne brûlée, gomme-gutte, jaune de chrome ou mieuxjaune indien, et le blanc qui sert peu. On peut ajouter à cette liste quelques couleurs spéciales, le bleu de cobalt ou d'outre-mer. Les couleurs françaises dites au miel ou en pastilles, de Chenal, sont généralement préférées.
La couleur noire est la plus employée de toules en raison du ton gns ou noirâtre plus ou moins foncé que présente le contour de la plupart des objets vus par lumière transmise. Elle ne sert pas seulement a ombrer, mais encore à tracer les contours et les traits les plus fins, tels que les cils vibraliles, la queue des spermatozoïdes e c. Quand on a pris l'habitude de se servir du pinceau pour cela la netteté des traits l'etnporte de beaucoup sur ceux que dounent les crayons. On fera bien de préférer le noir de bougie à 1 encredeChme qui est habituellement recommandée, parce que le premier conserve en séchant le ton qu'il a pendant qu'il est encore humide et n oblige pas de revenir sur chaque trait comme lorsqu'on se ser des noirs dont le ton baisse lors qu'ils sèchent. De plus