PRÉPARATION DES GANGLIONS NERVEUX
Pour les vertébrés et les invertébrés, on commence par les plonger dans une solution très-légère, 1 partie d'acide chroniiquepour 100 parties d'eau distillée; on renouvelle celte solution tous les jours en augmentant progressivement la dose de l'acide, jusqu'à ce qu'elle en contienne 4 ou 5 parties pour 100 d'eau. En trois ou quatre jours les petits ganglions sont assez durs pour être coupés ; vingt jours ou un mois suffisent pour les plus gros. Quand on emploie l'acide chromique comme moyen durcissant, il y a un écueil à éviter, c'est de trop laisser durcir le ganglion qui devient cassant, à cassure granuleuse, et qui se pulvéï ise sous l'instrument tranchant : son tissu est comme Z>ni/e par l'acide. (Polaillon.)
Au lieu d'acide chromique on peut employer le bichromate de potasse dans la sohition suivante :
Eau distillée 580 grammes.
Bichromate de potasse 10 . —
Sulfate de soude 2 ' —
En un jour ou deux, ces organes sont aussi convenablement durcis dans l'alcool pur, ou plus ou moins étendu d'eau selon les espèces animales. On pratique ensuite les coupes comme il a été dit plus haut (pages 553 et 354).
M. Vulpiaii a signalé (1856) le perchlorure de fer comme moyen de conserver et de durcir les pièces du système nerveux. Il conseille de commencer par une solution au 20""^ ou au 30™% pendant un mois ou six semaines, puis de concentrer-la solution jusqu'au 12'"^ environ d'un perchlorure de fer à 45°. Cette solution est très-favorable pour durcir les ganglions, et surtout pour les conserver presque indéfiniment, sans que l'on ait à craindre qu'ils s'altèrent, comme cela arrive souvent lorsqu'on les laisse trop longtemps dans une solution chromique. (Polaillon.)
Lorsque les ganglions ont été durcis dans une solution de perchlorure de fer, on peut les colorer par un procédé bien simple que Polaillon a employé le premier et qui lui a donné d'excellents résultats. On laisse tremper les coupes pendant au moins une journée dans l'eau distillée, que l'on renouvelle souvent afin d'enlever la plus grande partie du composé ferrique qui les imbibe; puis, les ayant transportées dans un verre de montre plein d'eau distillée, on y laisse tomber une goutte d'acide gallique. Au bout de quelques instants, la réaction commence : les bords do la coupe prennent une teinte d'un noir bleuâtre, et au bout d'une heure
Ci8 PRÉPARATION DES GANGLIONS NERVEUX.
toute la coupe a la môme coloration. Lorsqu'on l'examine au microscope, on voit que, si les détails des éléments anatomiques sont un peu masqués, les globules et les tubes ont pris une couleur noirâtre qui leur donne une netteté de xîontour et un relief surprenants. Mais ce qui est surtout remarquable, c'est que les éléments nerveux seuls sont colorés, et qu'ils se présentent comme disséqués au milieu du tissu lamineux et de la matière amorphe d'interposition qui sont restés incolores.
Ce fait peut sans douté s'expliquer ainsi : à la suite de lavages successifs dans l'eau distillée, les éléments nerveux ont la propriété de retenir plus longtemps la solution de perchlorure de fer qui les imbibait, et l'acide gallique, intervenant, les colore sans agir de la même manière sur le tissu lamineux et la matière amorphe qui ont abandonné leur sel ferrique. En employant ce procédé, il y a un écueil à éviter, c'est d'avoir une coloration noire trop intense qui ne permet plus de rien distinguer; aussi, pour peu que la coupe ne soit pas très-mince, pour peu qu'on ne l'ait pas fait dégorger longtemps dans l'eau distillée et qu'on ne l'ait pas soigneusement lavée, il vaut mieux avoir recours à un autre moyen de coloration. (Polaillon, Journal d'anat. et de physiol.,iSQG,\). d56.)
On devra, dans l'examen de ces coupes, se préoccuper de déterminer la manière dont les cellules sont groupées par rapport à l'ensemble des tubes nerveux qui pénètrent plus ou moins avant dans la masse ganglionnaire, pour gagner chaque cellule individuellement.
779. Pour étudier par dilacération les ganglions autres que les ganglions rachidiens des poissons et ceux de quelques invertébrés, l'acide acétique et l'acide chromique sont des moyens précieux ; mais on s'en servira dans un état de dilution très-grand, de peur de trop ramollir et de trop dissoudre les substances alburainoïdes avec l'acide acétique ; de trop les durcir et de trop les ratatiner avec l'acide chromique. Une dissolution de iJo à stô d'acide acétique, et une dissolution dix fois moins cencentrée d'acide chromique sont les plus utiles. On laisse les ganglions pendant deux ou trois jours dans de tels liquides; au bout de ce temps, la dilacération se fait mieux, et les détails des éléments anatomiques sont plus faciles à observer. On ne doit faire macérer dans des solutions si étendues que de très-petits ganglions ou de très-petites portions des gros ganglions des mammifères.
Polaillon a aussi employé avec avantage le procédé de macéra-
PRÉPARATION DES GANGLIONS PAR DILACÉRATION. m
lion conseillé par J. Arnold (1865). Parlant de ce fail que l'acide acétique rend le tissu conneclif trans])arent, et que l'acide chromique durcit les éléments analoiniques, il arriva à combiner leur action. Il met le petit ganglion dans un verre de montre, où se trouve 4 ou o centimètres cubes d'une solution à g-J-j d'acide acétique ; il l'y laisse quelques minutes, puis il le transporte dans un autre verre de montre plein d'une solution d'acide chroraique à xora- Le temps de l'action de l'acide chromiquo varie entre douze et quarante-huit heures.
Le moyen le plus utile dans l'étude des éléments ganglionnaires, est leur digestion dans le suc gastrique. Ce moyen avait déjà été préconisé par M. E. Faivre (de Lyon), dans ses recherches sur le système nerveux de la sangsue (Paris, 1854).
On peut faire agir le suc gastrique dans deux conditions, à froid et à chaud.
A froid, son action prolongée pendant cinq ou six heures seulement est peu différente de celle de l'acide acétique étendu. Mais, si on le laisse agir pendant vingt à vingt-quatre heures, le tissu lamineuxdu ganglion est dissous, et celui-ci se sépare en débris par une légère agitation du vase qui le contient. Si l'on examine ces débris au microscope, on constate que la paroi propre des tubes et des globules a été dissoute dans la majorité d'entre eux; ici, les tubes ne présententque le cylindre-axe complètement dépouillé d'enveloppes et semblable à de petites tiges de verre plus ou moins flexneuses; là, une portion de gaîne médullaire reste encore autour du cylindre-axe, puis s'interrompt pour se montrer plus loin; en un mot la gaîne propre semble digérée la première, et le cylindre-axe reste encore intact quand son enveloppe médullaire est énergiquement attaquée. Le contour des cellules est devenu plus granuleux, ce qui empêche de voir le noyau aussi distinctement; ses bords sont en général irréguliers, parce que la désagrégation de ses molécules se fait d'une façon plus active dans un point que dans un autre. La cellule nage dans le liquide de la préparation, comme une petite sphère, et se retourne en tous sens. C'est alors que l'on peut voir, sur la surface de presque tous ces globules, de petits appendices, tout à fait semblables aux cylindres-axes qui se trouvent isolés dans d'autres points; on ne peut s'empêcher d'ajouter par la pensée ces cylindres-axes à ces appendices ; et on a la conviction d'avoir devant les yeux les cellules elles cylindres-axes d'ongine des tubes nerveux. Toutes les cellules ont ces traces de