C. Robin. — Microscope
770 PRÉI'AUATION DES ENTOMOSTRA.CÉS.
Cyclops, les Daphnies, les Lyncôcs, lesCypris, etc., autrefois presque
tous appelés Monocles {Monoculus) .
Le Monocle ou Lyncée {Mon. slriatus , Jurine. Lynceus striatus. Desm.) a un tégument marqué de lignes réticulées en |mosaïque. Il atteint 0"'",50. Malgré leur nom de monocle, ces articulés ont deux yeux noirs de grandeurs différentes et enfoncés sous leur carapace. Le rostre est pointu et suit la forme convexe de l'enveloppe ; au-dessous de lui est un second appendice plus court et terminé par des soies, puis viennent les deux antennes, portant également des soies à leurs extrémités. Quatre branchies sont placées sur le même rang à l'intérieur de la carapace, et servent à imprimer un mouvement circulaire à l'animal ; quelquefois même elles paraissent lui servir à grimper le long des petites tiges sur lesquelles il se fixe en les saisissant entre les bords de son test. A la partie postérieure se trouve un appendice, avec des poils, armé de deux crochets, et portant à sa base trois petites dents. On aperçoit le canal intestinal et la nourriture qui le parcourt, ainsi que le cœur ovoïde placé derrière la tête et doué d'un mouvement pulsatile rapide.
Les Lyncées se trouvent pendant l'été dans les mares, les étangs et les flaques d'eau de pluie. L'ovaire est unique. Les petits vivent avec les adultes, et au moindre danger se précipitent vers leurmère, qui les remet à l'abri dans sa coquille ou carapace, de même que les jeunes écrevisses se suspendent sous l'abdomen maternel par l'une de leurs pinces.
Le Cyclope à quatre cornes ou moucheron d'eau {Cyclops vulgarh Desmarets, Monoculus quadricomish.; Pediculus aquaticus, Baker), est un petit crustacé qu'on trouve, en toute saison, dans les eaux stagnantes, mais surtout en juillet et en août. Le corps est pourvu de valves imbriquées, chitineuses, qui se meuvent latéralement et verticalement ; elles ne se réunissent pas sous le corps et laissent un passage aux branchies; le rostre est court et pointu; un peu au-dessous est l'œil unique, d'une couleur rouge foncé. Aux deux côtés de l'œil naissent les antennes ou tentacules dont la paire supérieure est la plus longue ; elles sont articulées et couvertes de poils. LesCyclopes atteignent l'"'",50 ; ils se meuvent par saccades et se traînent sur les tiges au moyen de leurs branchies, qui sont d'une couleur bleuâtre. Les ovaires, en forme de grappe, sont trèsdéveloppés, et situés, au nombre de deux, à la partie postérieure. Les œufs ont une forme globuleuse. La queue du cyclope se bifuque à son extrémité, et les deux branches sont terminées par des soies
ramifiées chez la femelle seulement. On aperçoit très-bien le tube intestinal et les oViductes de la femelle. La couleur de ces crustacés varie. Souvent piiles et transparents, ils sont parfois marquetés de rouge; les uns ont une couleur bleu verdâtre, les autres sont rouges et leurs ovaires sont colorés en vert.
Des Rotifères.
854. Les Rotifères sont célèbres par leur faculté de revivre après avoir été desséchés au soleil et parleurs appendices ciliés, que les anciens observateurs ont pris pour des roues en mouvement. (Voy. Dujardin, Histoire naturelle des infnsoires, 1841.)
Beaucoup de Rotifères se rencontrent dans les eaux douces et stagnantes, parmi les herbes submergées, et dans ces mêmes eaux conservées depuis longtemps dans des vases de verre. Si, avec une loupe d'un court foyer (de 6 à 10 millimètres), on explore, en regardant contre le jour, les parois du vase de verre, on voit ramper à la manière des sangsues de petits vers blancs ou rosés, très-contractiles, passant d'une forme presque globuleuse à une' forme de fuseau ou de cylindre renflé au milieu; ce sont les Rotifères, dont la longueur peut aller jusqu'à 1 millimètre, et qui, par conséquent; sont déjà visibles à l'œil nu. Parfois ils se fixent par leur extrémité postérieure, et, retirant leur partie antérieure, ils s'élargissent en avant et s'épanouissent en deux tubes ciliés, dont le mouvement vibratile produit l'apparence de roues dentées, et excite un double tourbillon dans le liquide. Souvent enfin, quittant leur point d'appui, ils nagent dans le liquide au moyen de ce même mouvement des cils vibratiles. Quand on a bien reconnu avec la loupe l'emplacement des Rotifères à la paroi interne du vase, on peut les aller chercher, en raclant cette paroi avec une plume taillée en cuiller, et transportant sur le porte-objet la goutte d'eau et l'amas de débris obtenus de cette mamère ; mai^ à moins que les Rotifères ne soient en très^grand nombre dans le vase, on sera exposé à les chercher longtemps en vain, et souvent le hasard seul les fera rencontrer dans ces débris végétaux parmi lesquels on cherche en même temps d'autres objet. Une macération de foin ou de quelques végétaux secs peut aussi contenir des Rotifères, soit que leurs œufs .
« J'ai ctierchô en vain à exposer mieux que ne l'a fait Dujardin la manière de p eparer el d'observé, es Infusoires el les Rotifères; aussi j'ai cru devo l ent p unle^TOue textuellement, à ce savant regretté, plusieurs passages de son livre lObscrvaldw au microscope, Paris, 1815. o ^ son
772 PRÉPARATION DES ROTIFÈRKS.
aient été adhérents à la surface de ces végétaux, soil qu'ils aient été apportés avec la poussière qui voltige dans l'atmosphère. La terre humide des jardins, et surtout celle qui est couverte de mousse, contient beaucoup de ces petits animaux .qu'on voit se mouvoir dans l'eau qui a baigné cette terre. (Dujardin, Microscope,
Ouest presque certain de trouver beaucoup deRotifères dans 1 eau qui a lavé les touffes de mousses humides prises dans les bois, au pied des arbres, ou dans une infusion de ces mousses. On en voit toujours dans les cellules mêmes des Sphagnum morts ; mais les toits exposés alternativement à l'humidité des pluies et au soleil sont un séjour plus ordinaire pour des Rolifères qui subissent là des alternatives d'humidité et de sécheresse, d'activité et de létharcrie Ces animaux, contractés et desséchés en globules durs, demiiransparents comme de la gomme, et susceptibles de revivre un crrand nombre de fois, s'ils sont alternativement humectés ou sechés se trouvent réunis dans le sable des boues et des gouttières, et surtout dans les touffes arrondies que certaines mousses, les Bryum, forment fréquemment sur les toits et sur les murs. 11 suffit de délayer dans un peu d'eau la terre mêlée de sable que les mousses ont retenue pour y voir, au bout de quelques heures, des Rotifères vivants, avec des Anguillules et des Tardigrades. Ces mousses et la terre contenue peuvent être conservées au sec pendant des années , sans que les animaux dont elles sont le séjour aient perdu la faculté de revivre; il est donc facile d'avoir toujours en réserve une quantité de ces substances, pour se procurer à volonté des Rotifères. 11 paraît bien d'ailleurs que ces animaux vivent également sur les toits, sans mousse ni sable, entre les ardoises, où l'eau des pluies, retenue par capillarité, entraine et dépose une couche de la poussière portée par le vent (Dujardin).
Les Brachions (fig. 207) sont caractérisés par leur cuirasse diaphane ovale ou quadrangulaire, ouverte et dentée aux extrémités, d'où -sortent en avant une paire de lobes ciliés comme ceux des Rotifères et, en arrière, une queue articulée etbifurquée. On les trouve parm'iles conferves et les autres herbes aquatiques, dans les eaux douces où ilssont très-variés et quelquefoistrès-nombreux. On se les procure comme les autres Systolides, qui constituent des genres et des ordres distincts, en remplissant des vases de verre avec 1 eau et les herbes submergées des fossés et des marais, ou même des rivières peu rapides, puis en transportant avec les herbes mêmes quelques
PRÉPARATION DES BRACIIIONS.
gouttes de cette eau sur le porto-objet; ou bien encore, quand on a reconnu avec la loupe la présence de ces animaux contre la paroi, en raclant cette paroi avec une plume en cuiller, pour les enlever ainsi et les transporter. II faut d'ailleurs avoir soin de laisser avec eux, sur la plaque de verre, quelques débris ou des brins de conferves, sans quoi la lame mince dont on les recouvre ne manquerait pas de les écraser. (Dujardin.)
Un des Systolides les plus volumineux et les plus remarquables , à cause des observations dont il a été l'objet, YHydaiina senia de M. Ehrenberg ou Vorticella senta de Mùller, se trouve abondamment dans les mares et les ornières dont l'eau est plus ou moins colorée en vert par ÏEuglena viridis, surtout au printemps. Si l'on remplit des vases de verre avec cette eau verte, on ne tarde pas à y voir nager les Hydatines, qui sont visibles à l'œil
Fig. 207
nu, car leur longueur est de trois quarts de millimètre, et qui souvent s'y multiplient considérablement. La transparence de ces Hydatines les rend surtout précieuses pour l'étude de l'organisation des Systolides. (Dujardin.)
Des Tardigrades.
855. Les Tardigrades partagent avec les Rotifères et les Anguillules
* Brachionns Bakeri Elir. Grossi environ 500 fois. D'après Leydig. A. Couronne de cils. B. Pctil -('aiscoau de cirrcs. D. Prolonsemcnls antérieurs ou cornes de la carapace avec la trompe entre ces deux organes à leur base. E. Prolongements ou cornes posté' rieures de la carapace. F. Queue articulée. C. Canal dit respiratoire à cils vibratiles.
774 PREPARATION DES TARDIGIIADES.
la faculté de ressusciter après avoir ét6 desséchés. Us se trouvent fréquomment dans les mousses des toits et des murs, et dans le sable des gouttières; leur forme est celle d'un petit ver épais, blanc ou rougeâtre, long de 0,5""", à 0,8"'"', et marchant lourdement au moyen de huit pattes très-courtes pourvues (fig, 208) de petits crochets.
Les Tardigrades qui vivent sur les toits forment plusieurs genres bien distincts. Ce sont encore d'autres espèces différentes de celleslà qu'on [route dans les eaux douces, et qu'avec la loupe on voit grimper aux parois des vases contenant ces eaux depuis un temps
plus ou moins long. Pour toutes ces observations on se sert d'abord d'un objectif faible en tenant l'amiral entre deux lames de verre comme à l'ordre ou dans un porte-objet creux (p. 386). On prend ensuite des grossissements de plus en plus forts, suivant les besoins des études poursuivies.
856. Le terme reviviscence a été employé par Marshal-Hall, Humboldt, etc., pour désigner la faculté qu'ont les plantes et certains animaux (Rotiféres, Tardigrades, etc.), de recommencera se nourrir, à se mouvoir, etc., après la dessiccation.
Les animaux dits réviviscents sont ceux qui peuvent être ranimés par l'humectation après avoir perdu , par suite d'une dessiccation plus ou moins complète , toutes les manifestations de la vie. Lorsqu'ils sont plongés dans un milieu humide, ils
* Macrobioius Dujardin. Doyère; grossi environ 500 fois. D'après Kaufmann. L'animal est vu sur le dos rétracté dans le tégument qu'il va quitter et pondant un œuf (C)par l'orifice génital placé entre les deux dernières paires de pattes. A. (Euf encore dans rovaire. B. Œuf pondu entouréde granulations moléculaires libres. DE F G. Crochets chilineux de l'extrémité des quatre paires de pattes sur le tégument abandonne. II. L'appareil de mastication et de succion. Se trouve dans les mares avec les Bracluons et divers infusoires parmi les Lemna et les conferves.
EXAMEN DES ANlMvUX RÉVIVISCENTS. ' 775
vivent comme les animaux ordinaires; ils ne s'en distinguent par aucun caractère analomiqiie ou physiologique, et ne peuvent alors supporter sans pôrir définitivement une température supé rieure à 50". Lorsqu'ils ont été privés de toutes les apparences de la vie par une dessiccation naturelle à l'air libre, ils peuvent supporter des températures beaucoup plus élevées, sans perdre leur propriété de reviviscence. Ils peuvent alors subir de brus(|ues changements de température, et franchir tout à coup un intervalle de près de 100° (de — 17°,6 à -f- 78°) sans perdre leur propriété de réviviscence. (Pouchet.)
Leur résistance aux températures élevées paraît s'accroître d'autant plus qu'ils ont été plus complètement desséchés d'avance. Ce fait est de l'ordre de ceux qu'a découvert M. Chevreul (1821) en montrant que le blanc d'œuf, séché dans le vide à froid , a besoin d'êire chauffé pendant plus d'une heure à 1 00° pour cuire, alors que 70° suffisent quand il n'a pas été séché.
Toutes les espèces réviviscentes ne résistent pas au même degré à la dessiccation artificielle et aux températures élevées. Des animaux de la même espèce, suivant le milieu où ils ont été élevés peuvent présenter, sous ce rapport, des différences très-considérables; ceux qui ont vécu dans un milieu habituellement humide résistent moins ■■ que ceux qui ont vécu dans un milieu habituellement sec. Les Anguillules des tuiles perdent leur pi^opriété de réviviscence plus aisément que les Tardigrades et les Rotifères ; et ceux-ci paraissent doués d'une résistance supérieure à celle des tardigrades. Les Tardigrades Eniydiums, et surtout les Tardigrades macrobiotes, peuvent se ranimer après avoir subi pendant cinq minutes une température de 98° (dans l'éluve de Doyère). La température de l'ébullition de l'eau est aisément supportée pendant cinq minutes par les Rotifères et les Tardigrades, préalablement desséchés à froid ; celte même température, prolongée pendant trente minutes, anéantit, chez les Tardigrades et chez la plupart des Rotifères non séchés, la propriété de réviviscence. Les Rotifères desséchés successivement à froid dans le vide sec, puis à 100° sous la pression atmosphérique, c'est-à-dire amenés au degré de dessiccation le plus complet qu'on puisse réaliser dans l'état actuel de la science, conservent encore la propriété de se ranimer au contact de l'eau après plusieurs mois. Beaucoup de Vers, surtout dans l'état embryonnaire , de Rhizopodes et d'Infusoires, tant animaux que végétaux, sont dans le même cas.