MIT. II. — ÉTUDE DES VERS
857. Le nombre des observations à faire sur les vers qui exigent l'emploi du microscope est des plus considérables , soit qu'on veuille observer leurs tissus, leurs œufs, leurs embryons, etc., soit au contraire qu'il s'agisse de connaître les animaux qui vivent sur eux, et qu'il ne faut pas prendre pour des parties leur appartenant. On cherchera dans la préparation faite comme à l'ordinaire en prenant d'abord un faible grossissement. On le remplace ensuite par un plus fort lorsqu'on voit quelque être en mouvement.
Entre l'intestin du Lombric, par exemple, et la couche musculaire externe, vivent, dans le liquide incolore qui remplit cet espace, de nombreux infusoires appartenant aux genres Leucophre et Plagiotoma ; ceux-ci sont remarquables par le mouvement des cils vibraliles de leur bord antérieur et par les apparences optiques qui en résultent ; ceux-là présentent souvent l'exsudation de la substance charnue, demi-liquide ou sarcode, et (voy. pag. 564) la formation spontanée des vacuoles dans cette substance par le contact de l'eau. Il suffit, pour obtenir ces Infusoires, de faire au Lombric des incisions qui n'atteignent pas l'intestin, et de recueillir sur une plaque de verre le liquide qui s'écoule des blessures. Enfin, dans l'intestin même du Lombric, en délayant le terreau dont il s'est nourri, on trouvera fréquemment des Anguillules, et quelquefois aussi des SystoHdes. (Dujardin, 1843.)
• Les Naïs, en raison de leur transparence, seront encore plus propres à ce genre d'observation ; elles offriront d'ailleurs à étudier aisément plusieurs détails d'organisation. L'une {Nais digitata), montre sur sa partie postérieure des prolongements digités couverts de cilsvibratiles; une autre {Naïsproboscidea), estpourvue, en avant, d'un long prolongement en manière de trompe ; plusieurs montrent à l'intérieur des cordons flexueux garnis de cils vibratiles, et servent sans doute à la respiration. Toutes peuvent se propager par division spontanée et, dans ce cas , offrent une nouvelle tête et une nouvelle bouche qui se forment à peu près vers le milieu du corps. Toutes peuvent aussi se multiplier par division artificielle.
C'est dans la vase, dans le sable et dans les eaux d,e la mer, entre les herbes, que s'observent surtout en quantité innombrable les vers et les articulés des lormes les plus variées. L'observateur qui, à l'aide du microscope, s'attache à la recherche des plus petits annélides, est sûr de trouver chaque jour des objets nouveaux par leur forme et par leur structure intérieure.
Les Ncmatodes devront être soigneusement recherchùs parle microscope. Ainsi le Strongle armé, fréquent dans les gros intestins du cheval, a la peau très-finement striée en travers, avec une. grande régularité; sous le microscope, ces stries, dont l'écartement est de 0""»,003, produisent avec une grande netteté deux séries latérales de spectres colorés, si l'on interpose un diaphragme très-étroit.
Dans l'intestin de la Nephelis octoculata, Moq. Tand. {Hinido vulgaris, 0. MùUer), on trouve parfois un ver némaloïde long de un demi-millimètre au moins (fig. 209), grisâtre, très-contractile, qui ne semble pas nuire à ces llirudinées.
La plupart des autres vers nématoïdes offriront sous le microscope, soit leurs téguments, soit l'armature de leur bouche, ou les organes génitaux mâles. Le pénis est formé d'un ou plusieurs stylets cornés d'une structure fort délicate ; la gaîne membraneuse est hérissée de petites pointes (chez les Trichocéphales) ; divers appendices, ailes, vessies, tubercules ou ventouses accompagnent aussi ces organes génitaux.
Plusieurs Nématoïdes sont eux-mêmes des objets microscopiques, on les avait confondus autrefois avec les vibrions, on en a fait depuis le genre Anguillule et quelques autres genres; les uns vivent exclusivement dans le vinaigre, d'autres dans la colle de fariné aigrie, un espèce distincte cause au blé la maladie nommée nielle , et les grains niellés deviennent rachitiques, .sont racornis, brunâtres, et contiennent, au lieu de fécule, un amas fibreux de ces petits vers complètement secs, mais que l'humidité fait revivre. D'autres Anguillules se trouvent dans les touffes de mousse, qui croissent sur les toits, sur les murs, sont exposés à des alternatives de sécheresse et d'humidité et sont réviviscentes. (Voy. p. 775.) La terre
*Nématoïde parasite des Kephelis, grossi 17S fois environ. E. Orifice bucral F Triple couronne de crocliets volumineux en avant qui garnissent son extrémité céphalique. C. Deux petits tubes en culs-de-sac, appendus de chaque côté à un pharynx cylindroide volumineux qui conduit à doux tubes terminés en cul-de-sac, vers le milieu de la cavité du corps (D). A. Dandcletle allant de la partie moyenne de la cavité du corps jusque vers sa partie antérieure. B. Parois du corps rincment grenues, avec amas de granules ça et la. G. Extrémité de l'ovaire contenant deux œufs. H. Extrémité du corps ou s ouvre l ovaire, '
m PRÉPARATION DES ANGUIIXULES.
humide et couverte de mousse ou d'oscillaires, contient aussi une loule d'Anguilliiles qui, certainement, constituent plusieurs espèces ou sont (ainsi que diverses de celle dont il est encore question ciaprès) des jeunes non encore sexués de quelques nématoïdes. L'intestin des lombrics, des limaçons et des limaces, des chenilles et des larves de coléoptères, en contient fréquemment qui, peut-être, viennent du sol, ou se sont glissés sur les l'euilles dévorées par ces animaux. Les eaux douces stagnantes, les eaux de la mer, entre les algues, sont habitées par de nombreuses Anguillules confondues autrefois sous le nom de vibrion fluviatile, mais qui, en réalité, forment plusieurs genres bien distincts, ou sont les jeunes non sexués des grands nématoïdes.
On peut en trouver parfois en assez grand nombre dans les dépôts pulvérulents, fdiformes, floconneux ou vaseux que donne l'eau des conduits de distribution dans les villes ou les bassins des fontaines. On les prépare comme à l'ordinaire et on les examine sous des grossissements de 80 à 300 diamètres. (Voy. p. 550.)
Comme exemple de recherches à suivre sur ces petits Nématoïdes pris, comme nous l'avons dit, dans les divers milieux où ils vivent, on peut citer encore l'Ascaris Nigro-venosa de la grenouille, dont les œufs éclosent dans l'intestin des Batraciens ; les jeunes y restent sans organes sexuels jusqu'à ce qu'ils soient rejetés au dehors avec les fèces. Les jeunes vers microscopiques se trouvent alors dans la vase des réservoirs où vivent les grenouilles, et là les appareils mâles et femelles se développent sur des individus distincts avant qu'ils prennent les caractères des parents ayant pondu l'œuf dont ils sortent. Après leur accouplement, des œufs se développent et éclosent dans le corps même de ces femelles de première génération. Ces jeunes constituant une seconde génération restent dans le corps de leur mère jusqu'à ce que celle-ci meure ; alors ils deviennent libres et vivent sans organes sexuels, non plus dans la vase, mais dans l'eau, jusqu'à ce qu'ils soient avalés par les têtards de grenouille. C'est dans l'intestin de ceux-ci qu'ils acquièrent ensuite les sexes et les caractères extérieurs de V Ascaris Nigro-venosa , qui passe dans le poumon du Batracien quand de têtard il devient grenouille. Ainsi cette espèce, dans la durée de son existence, présente deux générations, sexuées toutes deux. (Balbiani, Leuckart.)^
Il arrive souvent que, dans l'eau de mer conservée depuis longtemps avec des productions marines, et qui plusieurs fois a passé par des périodes de putréfaction, il arrive, dis-je, que, dans cette
eau, on voit fourmiller une quantilù considérable d'Anguilkilcs. La terre conservée humide avec des lombrics dans un vase de verre, est quelquefois aussi toute remplie d'Anguillules, plusieurs semaines après la mort des lombrics. Mais c'est dans le vinaigre que la production et la multiplication desiAnguillules ou vibrions est plus étonnante; on les voit à l'œil nu formant un nuage prés de la surface de ce liquide, dans lequel ils se répandent uniformément si on le remue un peu. Parmi les plus gros de ces petits vers, qu'on appelait autrefois les Anguilles du vinaigre, et qui ont 0'"",85, presque un millimètre de longueur, avec une épaisseur de 0'"'",027, on voit des femelles plus nombreuses et des mâles bien reconnaissables à leur pénis, soutenu par une lame cornée recourbée en s. Les Anguillules ou vibrions de la colle sont plus volumineux, et l'on voit dans l'ovaire des femelles, les embryons déjà développés et vivants. (Dujardin.)
Les Planariés, dont la surface est toute couverte de cils vibratiles, les Distomes, tous parasites, et dont l'organisation est si complexe, seront l'objet de nombreuses et très-intéressantes recherches microscopiques. Les embryons des distomes, observés dans l'œuf ou quelque temps après l'éclosion, sont couverts de cils vibratiles. Les Polystomes et Pentastomes, que leur structure semble rapprocher bien davantage des -animaux articulés, offriront, surtout à l'étude, leurs ventouses et leurs crochets, et souvent aussi les épines ou lamelles disposées comme des poils ou des écailles,^en rangées régulières à la surface. (Dujardin, Microscope, 1843.)
858. Les œufs du Tsenia présentent de nombreuses variétés de structure, soit dans la forme et le nombre de leurs enveloppes soit dans leur mode d'association. Ainsi, ceux du Tœjiia cucumeri^ia, si commun dans l'intestin du chien, sont groupés par vingt ou trente dans une masse gélatineuse ovoïde ; ceux du Tœnia serrata, au contraire, sont isolés, et leur surface est élégamment ornée de petites aréoles régulières; mais tous les œufs du Tfenia, quand Ils sont mûrs, monirent à l'intérieur un embryon mobile contractile, pourvu de trois paires de crochets, qu'il fait mouvoir par ses contractions alternatives. Cet gmbryon est dit hexacanthe. Les Taenias, pendant quelque temps après leur éclosion, conservent une mobilité plus grande et une forme totalement différente de celle qu Ils prendront plus tard. (Dujardin, Microscope, 1845 ) Nous n'avons pas à revenir ici sur ce qui a été dit (p. 336 et 609)
780 PRÉPARATION DES ÉCllINOCOQUES.
sur la manière de procéder pour rechercher les œufs des vers dans
les mucus et les fèces.
Le contenu des Âcèphalocyslcs qui renferment les kystes à Echino-
coques doit être examiné à un grossissement de 50 à 300 diamètres.
Les Échinocoques sont les scolex du rœrtia nana ou Kchinococcus
(Rcr oio)- il n'y a pas de différences spécifiques entre ceux de
l'iromme, des ruminants et des singes. L'animal isolé a le corps de
forme plus ou moins régulièrement sphéroïdale (3, A) ; générale-
Fig. 210
ment un peu plus large en arrière qu'en avant (5 et 6) ; longueur, chez le bœuf, de 0-",2 à 0--,25, quand la tête est rentrée ; 0°"»,5 et rarement 0™"S4, si elle ne l'est pas; largeur, en toutes circon-
• Frhinoconues du foie de Vl.omme , coalenus dans une hydatide ou "céphalocJ uSlLie (A), mcmbrano d'enveloppe dont ils ne sont P- ^P^;
n: peuvent êfo observés adh^-enjs à - &:£T:::;:i
S^^i^£rïï:~Snii^^'^^:^;^r?-in.envi (1, b, et 2, A). 2 est grossi 50 fois; 5 est srossi 200 fois.
PRÉPARATION DES ÉCIIINOCOQUES ' 781
stances, de 0'""',15 à 0""",i8. Chez l'homme, la longueur totale, la tête étant sortie, est de 0,257 à 0,250; la tête rentrée, elle est de 0,171 à 0,180; la largeur du corps au-dessous des ventouses est
de 0,152 à 142; au niveau des ventouses, la largeur est do 0,180 à 184. 11 se divise en tête, tronc et pédicule. Les ventouses sont tantôt difficiles ou impossibles à voir (homme, fig. 21 1 , 7) ou encore visibles assez facilement (mouton). Les crochets sont jaunâtres, d'aspect corné, à bords nets, longs en moyenne de 0,027 chez l'homme (8). Souvent l'animal, au lieu d'avoir sa trompe saillanteen avant, la tient rétractée jusque dans le milieu de la masse de son corps; alors la double couronne de crochets se voit de côté vers le centre du corps, et non à son extrémité antérieure (7). La substance du corps ren-
* Écliinocoque (4, S, 0) devenus libres par deslruclion do la membrane ferlile (1, rf). ces amas gris bl.incb:Ure, rcsscinlilanl à de petils grains do sable spliéroïdaux dé \li à 1 millimi'tre de diamèlrc, (loUcnl dans le liquide qui romjilil la cavité (1, bd) do l'Acépholocyste. Ils s'observent aussi libres (5, A; 5, 6ct7).
782 PRÉCAHATION DES CEIICAIUES,
ferme toujours, dans l'animal complètement développé, des corpuscules de carbonate calcaire arrondis ou ovoïdes (3, A), foncés à la circonférence (qui quelquefois semble comme limitée par deux lignes concentriques), brillants au centre, dissous avec effervescence par les acides, et dont le diamètre varie de 0""",010 à 0""",015. lis laissent après eux une légère trame organique.
On conserve aisément ces animaux dans un mélange à parties égales d'eau, d'alcool et de glycérine, et dans les liquides neutres analogues, dans ceux de Pacini, etc. (Voy. p. 573 et 376.)
Des Cercaires.
859. Au nombre des animaux souvent rencontrés dans les observations microscopiques d'objets pris dans l'eau, il faut ranger les Cercaires (Cercaria), autrefois considérées comme des infusoires, mais qu'on sait être des larves des Distoraes et de quelques Monostomes qui vivent dans l'intestin de beaucoup de Mollusques et de Batraciens.
On les trouve dans les eaux salées, à la surface des eaux stagnantes, parmi les conferves des sources en août et décembre, dans les lentilles d'eau en été. La C. viridis se prend au printemps et en été de la manière suivante : on ramasse dans une fiole à large ouverture la matière d'un vert foncé qui se trouve sur quelques mares. On transporte cette substance avec un peu d'eau de la mare, en se gardant de secouer la vase, car on précipiterait ces larves au fond et on en tuerait beaucoup. Pour les faire revenir à la surface, il faudrait placer la fiole au grand jour. On les trouve souvent autour des Mollusques d'eau douce et autres. Les larves d'insectes, et surtout celles du Cousin, détruisent les Cercaria. On rencontre quel, quefois le C. rubriim parmi les précédents. On prépare ces animaux comme nous l'avons dit page 536, Fig. 212 *. ci-dessus pages 772-775.
On distingue les Cercaires à leur corps terminé par une queue natatoire, très conlraclile, qui leur donne un peu l'aspect d'un iêtard. Leur longueur varie entre quelques centièmes de millimèire et deux tiers de millimètre (fig. 212).
* Scoles du Disloma echinatum monlrant (les Cercaires ilojà caudces ou non, encore contenues dans le sporocyste ou animal tel ([u'il est au sortir de l'œiiP. Grossi environ 200 fois. D'après van Benedcn.
rRÉPAUATION DES POLYPES MICROSCOPIQUES