CHAPITRE VI II
Emploi du microscope dans l'étude des Lichens.
929. Les coupes du thalle, de la fronde et des apoLhécies ou réceptacle des Lichens se font, comme 'celles des feuilles dures et des tiges avec le rasoir, soit à main levée, soit en se servant de l'étau et plaçant l'organe à trancher entre deux morceaux de moelle de sureau ou de liège fin (Y. p. 347 et 830).
La petitesse des cellules (voy. plus haut fig. 280 p. 859), l'épaisseur et la cohérence de leurs parois, la dureté et la friabilité de la substance de celles-ci rendent la réussite de ces coupes plus difficile que celle de beaucoup d'autres tissus végétaux. On les examinera dans la glycérine ou le chlorure de calcium, etc. Cet examen exige souvent l'emploi de grossissements de 400 à 500 diamètres.
Les coupes convenablement pratiquées montrent que les parois de la poche apothéciale {conceptade, hypotheciiim) sont formées par un tissu qui se distingue en général assez nettement de celui du thalle sur lequel il repose ; il est plus dense, formé de cellules plus petites, moins distinctes, souvent colorées. Parfois il comprend trois assises de cellules, et celles-ci sont d'autant plus petites et moins colorées qu'elles sont plus rapprochées de la cavité. L'une de ces trois assises, la plus profonde, est celk qui forme le rebord si développé des apothéçies des Yerrucaires. De même que le péridium de certains Gastéromycètes, les parois des apothécieri portent souvent, entre deux couches de cellules, des filaments courts, juxtaposés (filaments ostiolaires) destinés à aider à l'expulsion des spores.
Sur toute la surface cellulaire qui constitue Vhypotheciwn reposent des cellules placées perpendiculairement ; elles constituent ce que les lichénographes appellent Yhymeniim en général ou tissu hyménial [lamina proligerakch.,thecium Nyl.).Ce tissu estpénélré par une substance gommeuse oumucilagineuse incolore ettres-avide d'eau {gélatine hyméniale) formée par de la Uchénine. (NYUNnKn.) Les cellules perpendiculaires qui forment l'hyménium sont de deux sortes et ont été comparées à celles qui leur ressemblent dans les Champignons thécasporés ; les unes, celles qui consistent en filaments dressés, ont été appelées des paraphyses, et celles qui
PRÉPARATION DES ORGANES DES LICHENS. 917 sont ivnaêes et contiennent des spores ont reçu le nom de tlièques (thecœ, asci).
Les Paniphysef! sont des cellules tubuleiises d une trcs-grande lenuiié • elles sont assez souvenX articulées, rarement ramoaises ou anastomosées et l'ormées, selon M. Tulasne, comme la plupart des cellules végétales, d'une enveloppe externe cellulosique et d'un utricule interne azoté. Parfois elles sont réunies à la base et ne deviennent libres qu'aux sommets. Lorsqu'elles manquent, comme dans plusieurs Verrucaires , elles sont remplacées par une abondante .substance mucilagineuse avec des paraphyses avortées.
Ces mêmes préparations faites sur des individus arrivés à des âges divers montrent que les spores des Licbens se forment toutes dans l'intérieur de ihèqiies ou sporanges, comme celles des Champignons tbécasporés.
Elles ont une surface lisse, sont le plus souvent ellipsoïdes, parfois ovoïdes, fusiformes, assez rarement sphéroïdes ; leur diamètre varie entra 7/1 00'=" et 4/100'='^ de millimètres en longueur, et 2/1000" et '18/1000''- en largeur. Les unes sont simples, les autres sont cloisonnées et présentent deux ou un plus grand nombre de loges, celles qui sont longues et élargies ont môme des cloisons transversales et longitudinales. Les phénomènes de germination montrent que les éléments séparés des spores multiples sont solidaires les uns des autres.
Le développement des spores se fait comme celui des Cbampignons thécasporés par segmentation du contenu granuleux des thèques qui, elles-mêmes, sont accompagnées de paraphyses. Toutes les spores se forment simultanément dans le même sporange.
M. Tulasne a dominé le nom de stylospores à des propagules qui naissent isolément sur des styles ou supports cylindriques simples et peu allongés. Ces petits corps, qui ont la propriété de germer, comme leurs analogues dans les Champignons, sont contenus dans de petits conceptacles ou pycnides. D'après M. Tulasne, les stylospores sont des appareils sporiféres, supplémentaires des espèces sur lesquelles on les observe ; les appareils dans lesquels elles se développent sont parfois plus nombreux que les apothécics.'
En divers points de la surface du thalle ou sur ses bords^ on remarque souvent de petites élevures, de petits tubercules à sommet tout d'abord bouché. Ces petites élevures ont une cavité intérieure, un conccplacle; elles constituent des xpermogonies. Le conceptacle des spermogonies représeirte, en éléments plus petits, les parois des
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apothécies, mais on n'y trouve pas de llièqiies. Ces cellules mères sont remplacées par d'autres poliles cellules séparées ou réunies, droilos, articulées ou non, dont les dimensions ne varient guère qu'entre i et T) niillièmes do millimètre, et qui portent le nom de stériçjmales .
Au sommet de ces cellules il se développe, tantôt poui" une seule fois, tantôt pour plusieurs ibis répélées une petite protubérance oblongue ou aciculaireàlaquelleM. Tulasne a donné le nom despermatie. Les spermaties les plus ténues ont 1 millième de millimètre de longueur, et les plus grosses jusqu'à 4 centièmes de millimètre. Elles affectent toutes les formes, excepté la forme, sphérique, mais sont de même forme sur chaque espèce. Elles sont en nombre prodigieux dans l'intérieur des spermogonies et enveloppées d'une matière mucilagineuse hygroscopique (gélatine spermatique) non colorée en bleu par l'iode. La poussée au dehors des spermaties est due à l'hygroscopicité des parois du conceptacle. La présence constante des spermaties, leur ténacité, leur nombre immense, leur voisinage des apothécies, les font regarder comme des organes fécondants mâles. Leur recherche doit être faite à l'aide de forts grossissements. Il en est de même des particularités indiquées ci-après.
Les germinations des spores des Lichens réussissent beaucoup mieux que celles des Champignons et ont pu être étudiées dans un grand nombre de cas. Le plus souvent elles émettent un tube, dit tube-germe, qui s'allonge plus ou moins en se ramifiant. Les ramifications enchevêtrées, forment un plexus plus ou moins serré {proihallium) sur lequel se développe une première assise de cellules, les unes vides, les autres remplies de matière plastique. Plus tard, d'autres assises se montrent sur la première et quelques-unes des cellules qui la composent se remplissent de matière verte ^
Des zoospores ont été découvertes dans trois genres bien différents de Lichens, savoir : Physcia, Cladonia et Evernia. 11 parait probable que la présence de zoospores se constatera chez tous les autres Lichens pourvus de chlorophylle. (Famintzin et Boranetzki.)
* Voyez la thèse de concours de H. Bocquillon : Des organes reproducteur a des Chmnpifjnons et des Lichens. Paris, 1869, in-4°, p. 44 et suivantes, contenant sur ce sujet un résumé des travaux modernes.