CHAPITRE
Étude des Cryptogames parasites des plantes cultivées.
966. Pour étudier les altérations causées aux plantes cultivées, il importe de connaître les faits suivants qui s'observent en général à l'aide de coupes pratiquées sur le parasite et la plante qui le porte, comme s'il s'agissait de la plante saine (p. 850 et 906). L'examen doit être fait sous des grossissements de 500 à 400 diamètres, la coupe étant mise dans l'eau, la glycérine ou le chlorure de calcium. Beaucoup de spores et de mycéliums doivent parfois être étudiés à des grossissements de 500 à 700 diamètres, lorsqu'on veut en faire l'objet de recherches scientifiques.
Parlons en premier lieu, d'après M. Brongniart (1869), des Péro nosporées (genres Cystopus et Peronospora) qui se placent à la suite des Saprolegniées. (Voyez page 910.)
967. La présence du Cystopus candidiis détermine la rouille blanche des Crucifères qui se manifeste par des taches et des pustules blanches apparaissant sur tous les organes de ces plantes, les graines et les racines exceptées. On les trouve le plus souvent sur la face inférieure des feuilles de quelques espèces, très-l'réquem ment sur le Capsella bursa pnstoris et le Lepidium salivum, dans la partie supérieure de la tige, les pédicclles et les péricarpes. Ces organes sont souvent plus ou moins déformés, gonflés et courbés.
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Le mvcéliura de ces Champignons se trouve abondamment dans les organes attaqués, le plus souvent môme il se répand dans la plante entière; il est formé par des tubes ou des filaments non cloisonnés, très-rameux, à parois épaisses et gélatineuses ; ces filaments rampent dans les espaces intercellulaires du parenchyme. De Bary a constaté qu'ils sont munis de suçoirs qui pénètrent dans les ci>ilules du parenchyme en perforant leurs parois, et dont les extrémités sont renflées en forme de vésicule globulaire ; les taches blanches contienijent la fructification du Cystopus. Des rameaux du mycélium accumulés dans certains points, sous l'épiderme de la plante envahie par le parasite et formant une sorte de trame, naissent des faisceaux de tubes claviformes perpendiculaires à la surface extérieure de cette trame ; chacun d'eux engendre à son sommet des vésicules à peu prés sphériques disposées en chapelet. Ces vésicLÛes qui ressemblent aux conidies de certains Érysiphes en différent à beaucoup d'égards. Quand on les sème dans une goutte d'eau, en ayant soin qu'ils soient entièrement mouillés, leur protoplasma se segmente bientôt en cinq à huit cellules ; quelques minutes après, ces segments sont devenus des zoospores qui sortent par une des extrémités de la Conidie-sporange. D'abord immobiles, ils ne tardent p js à s'agiter à la manière de ceux des algues, car ils sont munis de deux cils, l'un plus court et dirigé en avant pendant la marche du zoospore, l'autre plus long, diamétralement opposé au premier et qui sçmble traîner après lè corpuscule quand celui-ci se déplace. La génération des zoospores commence généralement d'une heure et demie à trois heures après l'ensemencement des conidies dans l'eau. On peut obtenir cette production des zoospores même sur des échantillons recueillis depuis un mois et demi ; plus tard ils perdent cette faculté.
On retrouve encore ici des oogones et des anthéridies présentant beaucoup d'analogie avec le système sexuel que nous avons décrit à l'occasion.du Saprolegnia (page 910), seulement l'oogone ne renferme qu'une oospore munie d'une enveloppe extérieure mince et d'un endospore très-épais.
Les oospores n'éprouvent de changement appréciable qu'après un repos de plusieurs mois. (De Bary.) L'oospore germant devient un grand zoosporange dont le contenu se segmente en nombreux zoospores. Ceux-ci sont tout à fait semblables à ceux qui naissent des conidies-sporanges, et le sort qu'ils éprouvent est le même pour les uns et les autres. Quand on met sur une feuille
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OU sur une lige de Crucifères uuc goutte d'eau qui conlienl des zoospores, et qu'au bout de quelqucslieures ou ou exainiue l'épidcrme détaché, ou voit lu plupart des zoospores fixés sur les stomates ; le tube de mycélium qu'ils ont émis y pénètre, mais leur végétation s'arrête proraptement. Si, plusieurs jours ou même quelques semaines après l'ensemencement, on examine l'épiderme et le tissu sous-épidermique, on y trouve les germes d'apparence fraîche, mais ils ont conservé l'aspect qu'ils offraient le premier jour. De Bary a constaté que ce sont uniquement les germes entrés par les stomates des cotylédons qui, en s'accroissani, produisent le mycé. lium. Ces premiers tubes du mycélium peuvent produire des coni. dies dans les cotylédons mêmes, monter dans la plante croissante et en envahir tous les organes ; si la plante nourrice vit pendant l'hiver,, ils durent avec elle pour reprendre leur végétation au printemps. La rouille blanche des Pourpiers, des Chicoracées, des Cirsium et des Alsinées est due à des espèces deCijslopus, dont la végétation est tout à fait semblable à celle du C. candidus, et qui sont très-bien caractérisées par' la forme et la structure de leurs organes reproducteurs.
Les espèces de Cystopus atteignent les plantes les plus diverses et y occasionnent ordinairement des changements de formes analogues aux galles dans les organes, dans l'intérieur desquels végète leur mycélium. On peut citer comme type de cette action le Cystopus {Peroûospora) parasiticus qui se développe sur la tige des fleurs des Crucifères, et fréquemment surtout sur la Capsella bursa pastoris. 11 entraine un gonflement et une déformation de la lige, analogues à ceux occasionnés par les animaux qui donnent origine aux galles. Dans tous ces cas toutefois, le tissu cellulaire attaqué n'est point détruit comme dans les autres, mais subit plutôt une hypertrophie pathologique.
968. Le champignon des pommes de terre {Peronosporainfestans) fait une exception parmi les espèces de ce genre, en ce sens qu"au lieu d'entraîner l'hypertrophie, il conduit à la mortification du tissu cellulaire atteint, accompagnée d'une coloration brune des membranes cellulaires et de décomposition putride. 11 s'ensuit que les feuilles atteintes du Solanum deviennent noires, tandis que les tubercules dans.le sol se putréfient.
Les Peronospora ressemblent aux Cyslopus par leur végétation entophytc, par la structure de leur mycélium et aussi par leur iqipareil reproducteur.
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Lo invcolium consiste en des tubes très-rameux, cylindriques, variqueux ou moulés conformément à la disposition des espaces intcrcollulaires qu'ils remplissent; leur membrane ne présente point l'épaisseur et la consistance gélatineuse des mêmes parties dans les Cystopus. Ce mycélium rampe dans les méats intercellula.res ou dans des cavités quelconques de la plante hospitalière; ces filaments peuvent perforer la paroi des cellules parenchymateuses et s'étendent parfois à leur intérieur en se divisant en de nombreux rameaux fasciculés ; le Peronospora infestans ou parasite ch la Pomme déterre cstU seule espèce qui, selon les observations de M. deBarv, soit le plus souvent dépourvue de suçmrs. Sonmycelmm ne fait ordinairement qu'appliquer sa membrane ténue contre les cellules du tissu qu'il habite.
La fructification non sexuée des Peronospora consiste en des cellules qui, à l'état de maturité, sont analogues aux conidies du Cystopus, mais les organes qui engendrent ces conidies ont des caractères spéciaux sur lesquels est fondée la distinction des deux genres; ce sont des filaments allongés, dressés, nés du mycélium rampant sous l'épiderme de la plante, s'élevant généralement au travers des stomates ou plus rarement en perforant les parois des cellules épidermiques, fistuleux, non cloisonnés, et dont la partie supérieure se divise toujours en rameaux dont' la disposition varie selon l'espèce. Dans le Peronospora de la Pomme de terre malade (P. infestans), la partie supérieure du filament fertile porte deux à cinq branches du premier ordre qui sont parfaitement simples ou quelquefois munies d'un ramule latéral. Dans les autres espèces, les rameaux du premier ordre èpars sur le ti onc ou issus d'une bifurcation de celui-ci offrent généralement des dichotomies répétées et donc chacune est dans un plan contraire à celui de la bifurcation précédenle; chaque rameau du dernier ordre engendre une seule conidie terminale. (Voy. sur la nature des Conidies, p. 858.)
Il est de ces conidies qui se comportent comme les spores simples de beaucoup de Mucédinées, avec lesquelles les Peronospora avaient d'abord été confondues comme appartenant au genre Botrytis. Placée dans des conditions favorables, chacune de ces conidies pousse un tube-germe dont la formation ne diffère en aucun point essentiel de ce qu'on connaît des spores de la plupart des Champignons. Dans d'autres cas, la conidie expulse un globule de protoplasma qui s'entoure de cellulose, devient ainsi une conidie secondaire et germe en émettant un tube épais qui s'allonge. Dans