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PRÉFACE

Plus la connaissance vraie des phénomènes de la vie tend à s’accroître, plus augmente le nombre des actes purement physico-chimiques considérés, à tort jusqu’ici, comme des manifestations vitales.

Les accoucheurs des deux derniers siècles accordèrent déjà une certaine part aux actions mécaniques dans la parturition. Elle était insuffisante.

Les positions et mouvements, en apparence très-complexes, subis par le fœtus pendant les divers accouchements, ont été l’objet d’analyses si multipliées qu’on peut considérer cette phase de la reproduction comme à peu près entièrement connue.

Les Baudeloque , Nœgeîé , P. Dubois et beaucoup d’autres, n’ont, pour ainsi dire, rien laissé à découvrir après leurs savantes études des rapports successifs du fœtus avec la matrice et le canal pelvien.

Il ne restait plus guère qu’à rechercher, si ces mouve-

ments, ces attitudes,, ces rapports, dans leur normalité et même dans leurs exceptions, n’étaient pas régis par certaines causes physiques, et soumis à quelque loi mécanique dont les présentations et les parturitions naturelles traduisaient l’application régulière, mais qu’il fallait rechercher et retrouver encore, dans les présentations et les accouchements anormaux qui, tout d’abord,, semblaient faire échec à la loi.

Les praticiens éminents dans notre art , n’avaient jamais pu se résoudre complètement à considérer la naissance de Thomme comme un fait dépendant des lois physiques, au moins dans sa majeure partie. Les plus osés faisaient intervenir la pesanteur pour expliquer les présentations et comme l’expérimentation ne confirmait pas l’hypothèse, on s’en tenait avec P. Dubois à cet instinct fœtal , qu’il acceptait faute de mieux, sans songer qu’il revenait ainsi à la Providence et à la grâce de Dieu, d’Avicenne.

Or, la contraction utérine et l’effort volontaire, mis à part ; tout le reste de l’acte fonctionnel, du début à la fin, sa préparation comme sa terminaison, en dépit de divisions classiques et surannées, tout le reste de la parturition est une application constante de la loi d'accommodation c’est-à-dire d’une loi physique.

Malgré les résistances des esprits de bonne foi, prenant volontiers leurs désirs pour des réalités, malgré les atta-

ques sans valeur dont celte loi a été l’objet, à son apparition, la jeune génération obstétricale paraît avoir reconnu la justesse du principe, et l’auteur de ce livre peut revendiquer à bon droit, toute une série d’applications heureuses et nouvelles dont cette loi est devenue pour ainsi dire, l’occasion.

Le lecteur trouvera dans ce traité deux parties distinctes. L’une, exposant sur le palper obstétrical, des notions beaucoup plus précises que toutes celles publiées jusqu’ici.

Chef de clinique à la Faculté, professeur particulier trèssuivi, aujourd’hui professeur agrégé, nommé à l’unanimité, à la suite du concours le plus brillant, M. Pinard avait, comme matériaux, comme situation et comme qualités, tout ce qui était nécessaire pour vérifier et exposer ses idées sur un moyen d’exploration qu’il avait particulièrement étudié et enseigné. On trouvera dans cette première partie des indications très-nettes pour obtenir, par un mode d’exploration connu depuis longtemps, des résultats plus saisissants et plus complets que tous ceux indiqués dans nos cours et nos traités modernes.

La seconde partie est d’un intérêt plus grand encore.

V accommodation naturelle , réalisée à la fin de la grossesse, par la présentation du sommet, est incontestablement désirable au point de vue de la terminaison favorable du travail.

Sauf, peut-être les rares partisans de la version pelvienne dans les rétrécissements moyens (qui, à notre sens, n’ont, vu qu’un côté de la question) tous les accoucheurs considèrent, comme une circonstance heureuse la présence du vertex au détroit supérieur.

Or, si par une cause appréciable ou inconnue,, Y accommodation naturelle ne s’est point produite ; si d’un autre côté, on parvient à vulgariser chez les médecins, en les chargeant de la populariser parmi les femmes, cette idée, qu’un examen très— attentif de la situation fœtale est absolument indispensable vers les derniers temps de la gestation ; si enfin, Y accommodation artificielle est possible et sans danger, pour un grand nombre de cas, comme les observations contenues dans ce traité tendent à le démontrer, quels avantages pour les femmes, les enfants et les médecins eux-mêmes.

Pouvoir réduire en présentation du sommet, à la fin de la grossesse, la presque totalité des présentations autres que la tête, parvenir à rendre permanente, Y accommodation, ainsi obtenue artificiellement , serait un progrès considérable pour l’art.

Sans doute, la version par manœuvres externes visait à ce but, et plus d’un accoucheur, comme celui qui écrit ces lignes, l’avait tentée et réussie dans des conditions favorables à son succès, mais ramené au détroit, le sommet reprenait bientôt sa situation première.

Il est assez souvent peu difficile assurément dans le dernier mois de diriger la tête vers l'orifice quand elle occupe une fosse iliaque, par exemple, mais il est rare, à la fin de la grossesse, de ne pas retrouver cette tête, avant l’accouchement dans la position vicieuse, corrigée momentanément par la manœuvre,

La combinaison des moyens exposés dans ce traité constitue une méthode à la fois plus ingénieuse et aussi plus rationnelle.

Elle donne, on le verra, des chances de réussite persistante à une opération à peu près improductive jusqu’à ces derniers temps. Cette méthode mérite donc d’être tentée, les observations se multipliant, on pourra définitivement juger si elle doit, désormais, prendre place dans l’obstétrique usuelle. Nous le croyons comme fauteur.

Pratiquée, avec toutes les précautions et la prudence conseillées dans ce livre, cette manœuvre et les moyens contentifs qui la complètent, ne présentant aucun danger, les praticiens n’hésiteront donc, pas plus que nous ne le ferons nous-mêmes, à tenter un moyen en partie nouveau, rationnel, inoffensif entre des mains prudentes, et destiné à éviter aux femmes et aux enfants une de ces extractions manuelles dont P. Dubois a pu dire « que l’homme le plus expérimenté ne pouvait jamais, en les commençant, prévoir, à coup sûr, les conséquences de leur termi-

naison. »

D’ailleurs, en fait d’opérations obstétricales, quand la nécessité d’opérer s’impose, il faut prendre son parti virilement et mettre toutes les chances connues de son côté, mais quand on le peut — ■ mieux vaut éviter que réussir — Ce livre accroit les chances d’éviter. Le but est louable.

Professeur PAJOT.

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