AVANT-PROPOS
Au commencement de l’année 1873, alors que j’avais l’honneur d’être l’interne de M. Tarnier, chirurgien en chef de la Maternité, cet excellent maître, après m’avoir indiqué quels avantages on pouvait retirer en obstétrique du Palper abdominal, m’engagea vivement à étudier à fond ce procédé d’exploration, beaucoup trop peu connu encore, d’après lui, et surtout beaucoup trop peu employé.
Je me mis alors à l’œuvre et bientôt chaque jour vint m’apporter la preuve du bien fondé - de l’assertion de M. Tarnier.
Grâce à un heureux concours de circonstances, qui m’a depuis cette époque toujours placé dans un milieu favorable, j’ai pu pratiquer et étudier le Palper sur des milliers de femmes enceintes.
Ce sont les résultats de cette étude que je publie aujourd’hui.
Depuis longtemps, certes, le Palper abdominal est connu des accoucheurs. Cependant, malgré les indications, vagues il est vrai, qu’on rencontre dans les auteurs anciens, malgré les préceptes beaucoup plus précis déjà donnés par les auteurs modernes et en particulier par Wignnd, malgré les détails dans lesquels sont entrés Mattéi, Tarnier, Belin, etc., il n’en est pas moins vrai que jusqu’à présent ce mode d’exploration est peu enseigné par les maîtres, peu connu des élèves, et que les praticiens sont loin de lui demander les importants services qu’il peut leur rendre.
Les élèves sont exercés, ou s’exercent plus ou moins, à pratiquer le toucher et l’auscultation, les deux procédés classiques, et dans les cliniques officielles existent des salles appelées : Salles du Toucher. Mais s’il est intéressant pour les accoucheurs de connaître les modifications du col pendant la grossesse, il l’est bien plus encore de reconnaître exactement la situation qu’occupe le fœtus pendant la dernière période de la gestation.
Je ne veux nullement opposer le Palper aux autres procédés d’exploration, car chacun d’eux à un moment donné a son importance, mais je voudrais seulement démontrer son incontestable utilité alors que le toucher et l’auscultation ne peuvent donner que des résultats problématiques.
Ainsi, au point de vue du diagnostic des présentations
et des positions, le toucher ne peut rendre de services qu’autant qu’il est pratiqué au moment d’élection , et encore faut-il que la partie fœtale soit assezprofondément engagée.
Quant à l’auscultation qui nous permet d’interroger à chaque instant le fœtus et à ce dernier de répondre, qui voudrait lui enlever ce rôle, ou amoindrir son importance? Assurément personne. Mais suffit-elle pour établir un diagnostic précis? Je ne le crois pas, tandis que le Palper seul, ou associé aux deux autres procédés, indiquera d’une façon précise à peu près dans tous les cas, sinon dans tous, quelle est la situation du fœtus et quels sont ses rapports avec les cavités abdominale et pelvienne.
Mais pour pratiquer le Palper avec fruit, il est absolument indispensable de savoir par avance quelles sont les principales attitudes du fœtus, quelles sont celles qui sont normales ou anormales, en un mot l’accommodation du fœtus pendant la vie intra-utérine doit être connue, sous peine d’explorer à l’aventure.
C’est pour cette raison que j’ai fait précéder l’étude du Palper, d’un chapitre intitulé : Accommodation du fœtus, ou causes des diverses présentations.
Dans cette partie, je ne fais qu’exposer les idées professées depuis longtemps, dans ses cours à la Faculté, par le professeur Pajot. Cet illustre maître a surtout étudié F accommodation pendant le travaillerai étudiée spécialement pendant la grossesse.
Les deux premières parties de ce travail ne sont donc en réalité que l’exposé plus ou moins développé de ce qui m’a été enseigné par mes deux maîtres.
La troisième et dernière partie traitant de la version par manœuvres externes n’est que le corollaire des deux premières.
En effet, après avoir étudié et reconnu, je crois, les causes des présentations anormales, après avoir acquis la conviction qu’il était possible de les diagnostiquer avant le travail, à l’aide du Palper, je songeai à les faire disparaître»
Pour cela, il fallait faire entrer dans le domaine de la pratique cette belle et inoffensive opération : la version par manœuvres externes; il fallait de plus trouver un moyen simple et facile de maintenir le fœtus dans la nouvelle situation qu’on venait de lui donner.
C’est là le but que je poursuivis ; l’ai-je atteint? L’avenir seul pourra le dire.