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REVUE CRITIQUE DE L’HISTORIQUE DU PALPER

Ainsi qu’on a pu s’en convaincre en lisant les pièces justificatives qui précèdent, dans toute cette longue période qui s’étend depuis Hippocrate jusqu’au xvne siècle, on ne trouve dans les auteurs aucune indication relative au palper. Mercurius Scipio, médecin italien, en fait mention le premier, en 1601, comme moyen de diagnostiquer la bonne ou la mauvaise présentation du'fœtus.

Cette idée lumineuse s’éteint bientôt sans laisser de trace, et tout le xvne siècle s’écoule sans que les accoucheurs d’alors, pourtant si célèbres, s’en occupent.

En 1721, Dionis reprend cette idée, ou plutôt l’exhume, et parle du palper abdominal comme moyen de diagnostiquer les grossesses gémellaires. Puis nouveau silence.

En 1752, Rœderer le'premier considère le palper abdominal (l’attouchement) comme pouvant éclairer le diagnostic de la grossesse, et précise le manuel opératoire. Il fut suivi bientôt dans cette voie par Smellie, Baudelocque, etc., «et depuis cette époque, tous les auteurs consacrent, dans le chapitre relatif au diagnostic'de la grossesse, un nombre plus ou moins considérable de lignes à l’exploration externe, comme pouvant donner la notion de présence du foetus, et, de plus, des notions concernant le~volume, la situation et la direction de l’utérus.

Vers le commencement du xixe siècle, Wigand, Schmitt, indiquent les ressources que l’art obstétrical peut retirer du

palper, et décrivent le manuel opératoire à suivre pour dia-

gnostiquer les présentations et les positions. Mais, il faut le dire, leur manière d’explorer la cavité abdominale n’était que rudimentaire.

Depuis ce moment, les accoucheurs allemands se sont tous occupés de ce mode d’examen en modifiant, précisant la manière de le pratiquer, de sorte que, progressivement, s’est formée une méthode que l’on trouve exposée dans les traités classiques allemands (voy. Schrœder et Otto Spiegelberg), aussi bien que dans les travaux de G. Murray et de J. Chadwick,qui, tous deux, n’ont fait que décrire ce qu’on leur enseignait dans les facultés allemandes.

En Belgique, un homme qui, sur tant de points, a fait progresser l’obstétrique, Hubert de Louvain, ignorant les préceptes de Wigand, reconnaît, dès le début de sa carrière, combien le palper est important. Dès [1837, il l’enseigne à ses élèves, et à partir de cette époque tous ses écrits témoignent de la connaissance profonde qu’il possédait touchant l’application de ce procédé (1). Sa méthode est exposée par son fils, le professeur Eug. Hubert, dans l’article que j’ai cité, et elle n’est en rien inférieure à la méthode allemande.

En France, quoi qu’en pensent certains accoucheurs allemands, quoi qu’en dise J. Chadwick, quelques accoucheurs se sont occupés du palper.

Stoltz, Yelpeau, Lécorché-Golombe, Chailly, Devilliers, sans faire du palper une étude spéciale, sans avoir rien publié se rapportant exclusivement à ce procédé d’exploration, ne le méconnaissaient pas cependant. Le passage que j’ai cité du

1. Hubert; Quelques faits suivis de réflexions sur les présentations vicieuses du fœtus et sur la possibilité de les corriger par des manipulations extérieures. In Annales de gynécologie , sept. 1843, et Encyclog. des sciences médicales , juillet et août 1843* et in Annales médicales de la Flandre occidentale, 1855.

mémoire de Chailly et Devilliers (voy. page 65) le prouve suffisamment.

Mais les deux travaux qui parurent en 1855 et 1857 : Y Essai sur V accouchement physiologique de Matteï, la traduction du mémoire de Wigand par le professeur Herrgott, attirèrent de nouveau, et plus qu’on ne l’avait fait jusqu’alors, l’attention des accoucheurs sur le palper. J’ai hâte de dire que personne n’avait poussé encore aussi loin que Matteï l’étude de l’exploration externe. Certainement je suis loin d’adopter toutes ses conclusions, de reconnaître pour vraies toutes ses déductions (1), mais je Suis heureux de lui rendre justice quant à ce qui concerne le palper. Il l’a beaucoup pratiqué, il l’a décrit avec détails, on sent l’auteur plein de son sujet, trop plein même; il a fait profiter toute une génération d’accoucheurs de sa méthode, et je ne puis me rendre compte de l’accueil si peu empressé que reçut son travail.

Les travaux de Marchai, de Belin, montrent que le palper était connu à la faculté de Strasbourg, et qu’on l’employait avec quelque méthode.

A Paris, MM. Guyon et Tarnier, dès 1862, laissant de côté les exagérations de Matteï et pénétrés de l’importance de ce mode d’exploration, le mirent en usage dans leurs sérvices et l’enseignèrent à leurs élèves. L’article de Lucas Championnière (voy. page 82) nous donne la méthode résumée de M. Guyom

Quant à celle de M. Tarnier, elle est exposée dans l’atlas de Lenoir, Sée et Tarnier (voy. page 80) et dans Cazeatlx, et, dé plus, mise en pratique par lui à la Maternité.

Je dois à cet excellent maître de dire bien haut que c’est

1. Ainsi M. Matteï prétend que pendant la grossesse la présentation dü tronc n’existe pas (voir p. 133), que la tête ne s’engage dans le petit bassin que quand celui-ci est très-large ou que le travail est très-avancé (p. 150)* etc;

grâce à lui que j’ai fait du palper une étude spéciale ; c’est d’après ses conseils que depuis 1873 j’ai passé chaque jour de longues heures à pratiquer chez les femmes enceintes l’exploration externe, et que j’ai pu me convaincre combien cette étude est fructueuse. Il m’a semblé, de plus, que la méthode devait et pouvait être simplifiée, et qu’à cette condition seulement, alors qu’elle reposerait sur des principes rationnels et précis, elle se vulgariserait rapidement en donnant les résultats si précieux qu’on est en droit d’attendre d’elle. C’est cette méthode que j’ai déjà exposée très-brièvement dans un mémoire lu à la Société de chirurgie en 1876.

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