‹ Traité du palper adbominalChapitre 21 sur 43 · Leçons dviiqj.es · texte numérisé non relu

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bas en haut. Lorsqu’on arrive au fond de viscère, les doigts n’éprouvent plus la résistance que leur opposait l’organe et, s’enfonçant plus profondément, ils peuvent le circonscrire assez exactement en haut et sur les côtés. Il faut surtout s’attacher à bien reconnaître la résistance et la forme arrondie et lisse du fond de la matrice. Dans le doute, on laisse la main gauche en place et de la droite on percute pour s’assurer de la matité, ou bien on va à la recherche du col de Tutérus. La main gauche déprimant alors de haut en bas, ou la droite soulevant la matrice, on s’assure si le mouvement se communique d’une main à l’autre. Ce mode d’exploration, surtout chez les femmes maigres, permet le plus souvent de constater le développement de la matrice à une époque encore peu avancée de la grossesse et parfois même de déterminer ses dimensions à l’état de vacuité.

« La fermeté de l’utérus varie plus ou moins selon les sujets et, chez un même sujet, d’un instant à l’autre, de sorte qu’on est parfois tout étonné de sentir l’organe se durcir et se dessiner très-nettement sous la main, lorsqu’un moment auparavant on doutait encore si c’était bien lui qu’on touchait. C’est un motif de prolonger l’exploration ou pour y revenir à diverses reprises. Ce caractère a une grande valeur / il est dû à des contractions indolores et il n’y a que l’utérus, ou certain kyste contenant un fœtus extra-utérin, qui puisse le présenter.

« Lorsque la grossesse est plus avancée, l’utérus est naturellement plus gros, et son fond, plus élevé, est en même temps un peu dévié. En général, aussi tout l’organe est un peu moins ferme sous la main et moins nettement circonscrit. On le distingue plus nettement sur la ligne blanche où la paroi abdominale est la plus mince et la plus dépressible. Il faut avoir

soin de refouler les anses intestinales qui auraient pu s’interposer entre la paroi abdominale et lui.

« Lorsqu'on a bien reconnu le fond de la matrice, on porte alternativement les doigts à droite et à gauche, en procédant de haut en bas pour reconnaître les bords du viscère qu’on longe, sans discontinuité , jusqu’à l’entrée du petit bassin.

« En confrontant les données delà palpation avec celles de la percussion, on arrive à déterminer très-exactement la situation, la forme et les dimensions de Futérus. Dans les quatre premiers mois, il se trouve généralement sur la ligne médiane et sa forme est sphéroïdale. Plus tard il se dévie, de sorte que les 2/3 de sa largeur environ sont d’un côté, le plus souvent à droite, et il prend la forme d’un ovoïde à grosse extrémité supérieure.

« Le volume et la forme de l’utérus dépendant de son contenu, il est évident que la grossesse gémellaire, l’hydramnios, les positions vicieuses du fœtus modifieront la forme ordinaire pour lui en faire prendre d’inaccoutumées.

« Ce n’est guère que vers cinq mois que le fœtus est assez développé pour qu’on puisse nettement le distinguer à travers les parois utérines assouplies. Plus tôt on peut comparer la matrice à une vessie en caoutchouc dont l’épaisseur et la résistance ne permettent que de soupçonner les solides et les liquides contenus. Mais bientôt cette vessie s’assouplit, se dilate et offre sous la main une résistance particulière , une fluctuation sourde qu’il est facile de reconnaître avec un peu d’habitude.

« Cette fluctuation obscure est d’abord générale. Plus tard, en déprimant les parois et en cherchant en différents points, on rencontre quelque partie dure, fuyant et revenant sous la main, et offrant ainsi un ballottement analogue à celui qu’on perçoit par le vagin.

« La grossesse faisant de nouveaux progrès, les parties fœtales deviennent plus volumineuses, moins mobiles et, par conséquent, plus accessibles et plus faciles à reconnaître. Ici, elles sont déjà appliquées contre la paroi utérine; là elles en sont encore séparées par une couche de liquide qu’il faut déprimer pour les sentir. Longtemps encore elles peuvent se déplacer sous la main ou se déplacer spontanément, de sorte qu’on les trouve tantôt dans un point, tantôt dans un autre et que parfois même on peut suivre leur migration. Plus tard elles prennent plus de fixité : le dos s’applique contre une paroi et se reconnaît à une surface allongée, ferme et qui aboutit de part et d’autre à deux grosses tumeurs arrondies. A l’opposite du dos, la matrice est plus molle, plus fluctuante, et en la déprimant on rencontre les saillies angulaires et mobiles des membres repliés, les genoux et les pieds surtout.

« La tête forme une tumeur arrondie, volumineuse, lisse, d’une dureté osseuse. Lorsqu’elle est en rapport avec le détroit supérieur, nous recommandons de placer le bord cubital de chaque main dans le pli de l’aine et de déprimer alors doucement des doigts la paroi abdominale: rien de

plus facile alors que de la reconnaître : on la tient dans les mains.

« Le siège forme aussi une tumeur arrondie, volumineuse, lisse et dure, et rien ne ressemble à la tête comme le derrière de l’enfant. On distinguera l’une de l’autre par comparaison : les dimensions et la consistance du siège sont un peu moindres que celles du crâne, et puis on rencontre habituellement les talons dans le voisinage des fesses.

« Les talons forment de petites tumeurs anguleuses, trèsmobiles ; les genoux sont plus gros et ont plus de fixité ; les coudes se rencontrent rarement. Le dos échappe au palper

lorsqu’il est tourné en arrière, mais dans ce cas les membres sont en avant et tombent sous la main.

« Le dos, la tête et le siège reconnus, la présentation du fœtus est déterminée, mais sa position ne l’est pas encore. En effet, le dos et le siège ont la même situation dans la position occipito-cotyloïdienne gauche du sommet que dans la mentopostérieure droite de la face. Lorsque la tête se présente fléchie, la nuque forme une ligne droite et les doigts peuvent suivre, sans interruption , la longue surface qui s’étend des fesses à l’occiput. La tête se présente-t-elle par le menton? l’occiput est renversé sur le dos, le crâne est séparé du tronc comme par un coup de hache, et pour aller de l’un à l’autre, les doigts tombent dans une dépression profonde. Enfin il n’est pas jusqu’au placenta qu’une main exercée ne puisse, dans certaines conditions, arriver à distinguer.

« Le palper n’est pas également facile chez tous les sujets.

« Chez certaines pluripares on arrive à reconnaître aussi clairement les parties fœtales que si elles n’étaient recouvertes que d’un linge. Chez les primipares aux parois abdominales et utérines épaisses et fermes, les sensations recueillies par le tact sont moins évidentes sans doute, mais avec un peu d’habitude ou de persévérance et d’attention, on n’en arrive pas moins toujours à déterminer avec précision les rapports du contenu avec le contenant. Les circonstances tout à fait exceptionnelles qui peuvent empêcher le palper ou lui ôter de sa précision, sont certaines tumeurs du ventre, la péritonite, l’hydramnios et le spasme ou la rétraction de la matrice, surtout après l’écoulement des eaux.

« A propos du diagnostic des grossesses gémellaires et des diverses présentations du fœtus, nous entrerons dans les détails d’une exploration à laquelle, en raison des services

qu’elle peut rendre, nous attachons la plus grande importance. »

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