‹ Traité du paludisme (volume 2)Chapitre 104 sur 251 · L. Bréaudat, Arch. de méd. nav., juin · texte numérisé non relu

L. Bréaudat, Arch. de méd. nav., juin

Dans les urines recueillies asepliquement, pendant des accès de bilieuse hémog-lobinurique, M. le D'' Berthier n'a trouvé aucun organisme cultivable par les procédés ordinaires.

Plehn a décrit, comme agent pathogène de la bilieuse hémoglobinurique, une petite amibe non pigmentée qui, à l'état adulte, a le volume du quart d'une hématie K '

L'existence d'un hématozoaire de la bilieuse hémoglobinurique, distinct de celui du paludisme, reste à démontrer; les descriptions de Plehn s'appliquent probablement aux petites formes de l'hématozoaire du paludisme qui ont été décrites par Duggan et Marchoux comme prédominantes à Sierra Leone et au Sénégal.

D'après Karamitzas les refroidissements joueraient un rôle important dans l'étiologie de la bilieuse hémoglobinurique, comme dans celle de l'hémoglobinurie paroxystique; le plus souvent cette cause ne peut pas être invoquée.

Nous verrons plus loin (Cli. x) que la quinine donne lieu, chez certains malades, à de l'hémoglobinurie; il n'est pas possible d'expliquer ainsi les accès de bilieuse hémoglobinurique, ces accidents peuvent en effet se produire chez des sujets qui n'ont jamais pris de quinine et d'autre part ils sont rares dans des pays où, comme en Algérie, on use largement de la quinine.

Il me paraît qu'il faut faire entrer en ligne de compte la fragilité des hématies qui, profondément altérées chez les palustres, sont moins capables de résistance ^ et l'action destructive bien connue de la bile sur les hématies. « L'action de la bile sur les globules sanguins a été expérimentée par Kiihne. Elle est extrêmement curieuse, écrit Ranvier : les globules pâlissent d'abord, puis tout à coup ils disparaissent sans laisser aucune trace. » (Traité technique d'histologie, p. 180.)

On comprend que lorsque le paludisme s'accompagne d'ictère, la présence de la bile dans le sang donne lieu facilement à l'hémoglobinurie.

Pellarin a montré que, chez les malades atteints de bilieuse hématurique, il existait une forte congestion rénale; dans les cas mortels on trouve souvent, à l'autopsie, des suffusions sanguines dans les deux reins, je reviendrai sur ce point (V. Ch. vni.)

■1. Soc. méd. de Berlin, 8 mai 189b.

2. Urcelay, De la résistance des globules rouges, Th. Paris, 1893. — Vaquez et Marcano, Altér. de la résistance du sang dans l'hémoglobinurie paroxystique, Soc. de biologie, 25 janv. 1896, et Arch. de méd. expérim., 1896, p. 49.

FIÈVRES LARVEES i09

IL Fièvres larvées. — Il arrive que le paludisme, au lieu de se manifester par ses formes cliniques ordinaires, prend le masque (larva) d'une autre maladie ; ces manifestations insidieuses ont reçu le nom de fièvres larvées K

Certains accès pernicieux comme les accès gastralgique, cholérique, mériteraient de figurer dans ce chapitre, car dans ces cas le paludisme se présente sous l'aspect d'une autre maladie, mais il est d'usage de décrire ces formes graves sous le nom d'accès pernicieux et cet usage, critiquable au point de vue théorique, a sa raison d'être au point de vue pratique; il importe en effet d'attirer l'attention du médecin sur les formes graves et anormales du paludisme qui nécessitent un traitement énergique, une intervention immédiate.

Les fièvres larvées ne sont pas communes, je dirais même, si je m'en tenais à ma pratique, qu'elles sont extrêmement rares. Pendant cinq années de séjour en Algérie, malgré tout le désir que j'avais de compléter ma collection d'observations, en y joignant quelques exemples de fièvres larvées, je n'ai pas pu en recueillir un seul cas.

Je me console du peu de succès que j'ai eu dans cette recherche en voyant que des observateurs tels que Maillot et Dutroulau n'ont pas été plus heureux que moi.

Maillot, dans son Traité des fièvres intermittentes, ne donne pas une seule observation de fièvre larvée, et il en est réduit à décrire les différentes localisations de ces prétendues fièvres d'après Bonnet'.

On ne saurait considérer, dit Maillot, comme des fièvres anormales ou larvées celles des affections décrites sous ce titre qui ne s'accompagnent pas d'un mouvement fébrile. « Cependant, ajoute-t-il, on pourrait peut-être faire une exception pour ces névralgies périodiques qui s'accompagnent d'une réaction circonscrite dans la partie malade ; car elles sont en petit ce que les fièvres intermittentes sont en grand. » {Op. cit., p. 46.)

Dutroulau critique l'expression de fièvre intermittente larvée, qui doit être abandonnée, suivant lui^

1. Consulter à ce sujet, outre les ouvrages généraux sur le paludisme : Littré, Art. Larvées (fièvres) du Diction, de méd. en 30 vol. — A. Tartenson, Traité clin, des fièvres larvées, 4" édit., Paris, 1887. — T. A. Zakhariane, Contrib. à l'étude de la malaria larvée du Caucase, Journ. de méd. milit. misse, mars 1895. — A. Lozixski, Des formes larvées de la malaria. Wratch, 1896, n" 23.

"2. Bonnet, Traité des fièvres intermit., Paris, 183b.

3. Dutroulau, Traité des malad. des Européens dans les pays chauds, voir notamment p. 212.

« La forme latente des pyrexies paludéennes, écrit E. Collin, n'est pas aussi commune qu'on le pense généralement; du moins elle se montre fort rarement en Afrique. Le seul symptôme positif sous lequel ces fièvres aiment parfois à se masquer est la céphalalgie rémittente ou continue et, si j'en juge par ce que nous observons en ce pays, les auteurs me semblent avoir chargé outre mesure leur tableau des fièvres larvées. Faut-il en conclure que cette forme latente et capricieuse ne sait plus se produire là où régnent souverainement les types manifestes et fortement prononcés, ou bien ne serait-ce pas une raison de croire que bon nombre de fièvres larvées existent moins dans la nature que dans l'imagination des nosographes? » {Rec. mém. de méd. milit., 2'' série, t. IV, p. 121.)

Les fièvres larvées semblent plus communes dans les pays tempérés que dans les pays chauds; elles ont été signalées comme fréquentes par les médecins du Caucase; elles paraissent aussi plus communes chez l'enfant que chez l'adulte.

D'après Lozinsky, les formes larvées du paludisme s'observent surtout chez les sujets débilités par une maladie antérieure, tandis que les individus sains et robustes ont des formes franches.

La localisation se fait souvent sur les organes ou les tissus qui ont déjà souffert ; on trouve là une application de la théorie des loci minoris resistentise, ou, autrement dit, des points faibles.

D'après Zakhariane le nombre des parasites est beaucoup moindre dans les fièvres larvées que dans les autres formes du paludisme et l'hypersplénie est peu prononcée.

A. Névralgies. — La névralgie intermittente est la forme, je ne dirai pas la plus commune, mais la moins rare des fièvres larvées.

Strack^, Arloing% Nepple% Bonnet de Bordeaux^ Duboué% Lagrelette ^ Béni-Barde ^ ont cité des faits de névralgie intermittente d'origine probablement palustre ^

1. Strack, Obs. med. de febribus intermit., 17So, p. 107 et suiv. Cité par Verneiil, Du paludisme considéré au point de vue chirurgical, Paris, 1883, p. l'J.

2. AuLoixG, Fièvres larvées. Journ. gé?i. de méd. de Sédillot, 1816.

3. Nepple, Esîsai sur les fièvres rémittentes et interni., Paris, 1828, p. 127. 'î. Bonnet, Traité des fièvres intermit., 1835.

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