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Abatucci, Arch. de méd. nav., déc

COMPLICATIONS 22o

ment plus marque aux membres inférieurs qu'aux supérieurs; aux membres supérieurs la paralysie atteig-nit surtout les extenseurs; il y avait de l'anesthésie aux quatre extrémités et il se produisit plus tard de l'atrophie musculaire. L'état du malade s'était amélioré quand il quitta le Sénégal, mais il y avait encore une grande faiblesse des membres inférieurs.

L'examen du sang ne révéla pas la présence de l'hématozoaire du paludisme; comme le malade n'eut pas d'accès de fièvre à l'hôpital, on ne peut pas induire de là qu'il ne s'agissait pas d'une complication du paludisme.

Le malade du D"" Abatucci avait pris la fièvre au Soudan; on constatait chez lui de Fafîaiblissement des membres inférieurs avec steppage (paralysie portant surtout sur les extenseurs), du tremblement des mains et de l'anesthésie des membres inférieurs.

Dans ce cas le froid humide aurait été, d'après M. Abatucci, la cause occasionnelle des accidents, le paludisme jouant seulement le rôle de cause prédisposante.

Ces observations de polynévrites auraient été rangées autrefois dans le groupe des myélites, c'est l'appellation qui est nouvelle et non la chose. Il est souvent très difficile de décider si l'on a affaire à une polynévrite ou à une myélite, on ne s'étonnera donc pas s'il existe de grandes analogies entre les faits cités plus haut et quelques-uns de ceux qui figurent dans le paragraphe suivant.

c. Paralysies d'origine médullaire ou cérébrale. Aphasie. — Il existe dans la science des faits nombreux qui montrent que le paludisme peut se compliquer de paralysies d'origine médullaire ou cérébrale ^

1. OuRADOu, Des paralysies dans la fièvre intei'mit., Th. Paris, 1851. — Cavaré, Gaz. des hôp., 1833. — Macauio, Gaz. méd., 1857. — Boisseau, Aphasie transitoire liée à des accès de fièvre int., Gaz. hebdom. de méd. et de cliir., 1871. — Grasset, Manifestations hémiplégiques de l'intoxic. palud., Montpellier méd., 1876. — Vincent, Des paralysies dans la f. int., Th. Montpellier, 1878. — Landolzy, Des paralysies dans les maladies aiguës, Th. d'agrég., Paris, 1880, p. 159. — Bourru, Lésions des centres nerveux d'origine palud., Acad. de méd., 25 oct. 1887. — Suckling, De la paraplégie paludéenne, Brain, 1888. — Sacciii, Paralysies par impaludisme, Rîvista Yen. dise. med. Anal, in Bulletin méd., 21 oct. 1888. — E. Boineï et Salk- BERT, Des troubles moteurs dans l'impaludisme, Revue de méd., 1889, p. 933. — Barreau, Contrib. à l'étude de l'aphasie suite de fièvre typho-palustre. Th. Montpellier, 1890. — Laplane, Hémiplégie palud., Assoc. pour l'avanc. des se, Marseille, 1891. — CsiLLAG, Sur les paralysies malariennes, Wiener med. Presse, i" sept. 1893. — BoixET, Congrès de méd. de Bome, 1894. — A. Echeverria, Th. Guatemala, 1895. — Gonzalès, New-York med. journ., 1896, 1121, p. 687. — Malinas, Arch. de méd. mitit., 1897. — F. Mazzaracghio, Hémiplégie par embolie malarique, Giorn. med. del R° Esercito, sept. 1896. — Bemlinger, Les déterminalions du paludisme sur le système nerveux. Gaz, des hôp., 6 mars 1897.

Laveran, Paludisme. 15

Fernel note les paralysies parmi les complications des fièvres intermittentes.

Torti décrit une fièvre pernicieuse hémiplégique. On trouve dans le Traité des fièvres intermittentes de Maillot un cas remarquable de myélite aiguë centrale avec decuhitus acutus, consécutive à une fièvre palustre (Obs. XIV).

Griesinger cite un exemple d'hémiplégie liée au paludisme. t( L'homme qui fait le sujet de cette observation avait été traité peu de temps auparavant pour une fièvre tierce, il s'était rétabli à la suite de quelques doses de sulfate de quinine et avait quitté l'hôpital; les jours suivants il éprouva du frisson, des tremblements et des maux de tête; le huitième jour il chancela au milieu d'unepromenade; quelques heures après il était paralysé de tout le côté droit. » (Traité des maladies infect., trad. franc., p. 69.)

Bachon relate un cas de fièvre palustre grave avec paralysie incomplète des 3"= et 1^ paires crâniennes du côté droit; la paralysie disparut rapidement sous l'influence de la médication quinique, en même temps que les autres troubles morbides \

Ouradou, Grasset, Vincent, Suckling, Sacchi, Boinet et Salebert, Csillag, Gonzalès, ont publié des faits de paralysies consécutives au paludisme. J'ai eu plusieurs fois l'occasion d'observer des complications de ce genre.

Aa mois de février 1881 je recevais dans mon service, à l'hôpital de Constantine, un militaire qui était atteint de paralysie incomplète du membre inférieur droit avec anesthésie.

Le malade avait eu plusieurs atteintes de fièvre intermittente bien caractérisée, la paralysie était survenue à la suite des fatigues, d'une route faite par étapes. Il y avait probablement dans ce cas une myélite partielle; à sa sortie de l'hôpital, le malade était en bonne voie de guérison.

Un autre malade, observé à Constantine au mois de novembre 1882, était paraplégique. La paralysie des membres inférieurs, ne s'accompagnait d'aucune altération de la sensibilité, ni de la nutrition, d'aucun trouble de la miction, ni de la défécation.

Le malade avait eu plusieurs atteintes de fièvre palustre, il eut. même à l'hôpital de Constantine une rechute, et je pus constater la présence des microbes da paludisme dans le sang.

Malheureusement ce malade avait eu la syphilis, et il était diffi-

■1. Bachon, Rec.rném. de méd. milit.,y i>év\e, t. XXIX, p. 249.

cile de faire la part du paludisme et celle de la syphilis dans la pathogénie des troubles nerveux. Le mercure et l'iodure de potassium furent prescrits sans résultats appréciables; quant au sulfate de quinine, il fît disparaître la fièvre intermittente sans modifier la paraplégie.

En 1887 j'ai soigné au Val-de-Grâce un soldat d'infanterie de marine qui, à la suite d'une rechute de fièvre intermittente, avait été atteint d'une myélite antérieure aiguë ; les quatre membres s'affaiblirent rapidement, puis la paralysie rétrocéda, se limita aux membres du côté gauche (paralysie incomplète) et s'accompagna de l'atrophie d'un certain nombre de muscles.

En 1891 je voyais à Paris un officier qui, à la suite d'accès pernicieux contractés au Tonkin, avait été atteint également d'une myélite antérieure aiguë. Quelques-uns des muscles du membre inférieur droit étaient atrophiés, notamment le triceps crural ^

J'ai eu pendant longtemps dans mon service au Val-de-Grâce un malade qui, étant au Dahomey, avait contracté une fièvre palustre qui s'était compliquée d'hémiplégie du côté droit avec aphasie. Un matin le malade qui était en colonne avait constaté qu'il ne pouvait plus ni parler, ni mouvoir les membres du côté droit.

Lors de l'entrée au Val-de-Grâce, l'hémiplégie du côté droit était incomplète, plus marquée au membre supérieur qu'au membre inférieur, avec un commencement de contracture ; il n'y avait pas de troubles de la sensibilité; l'aphasie était complète. Le malade n'eut pas d'accès de fièvre à l'hôpital et l'examen du sang, fait à plusieurs reprises, fut toujours négatif. La matité splénique mesurait 9 cm. de haut.

M. le D"" Malinas a observé plusieurs fois des symptômes paralytiques, et en particulier la parésie des membres inférieurs, chez les palustres soignés à Nossi-Comba (Madagascar).

Les paralysies d'origine palustre sont tantôt persistantes, tantôt transitoires ; il en est de même de l'aphasie.

MM. Boisseau, Vincent, Avila Echeverria ont publié des exemples intéressants de paralysies transitoires palustres : aphasie et paralysie des fléchisseurs de la main droite, aphasie avec ou sans hémiplégie à droite, troubles de la vision et de l'ouïe, paraplégie et anesthésie partielle, etc.

Un malade est atteint de fièvre intermittente ; on constate à plu-

1. A. Laveran, De la téphro-myélite antérieure aiguë chez l'adulte, Médecine moderne, 31 mars 1892.

2i28 FORMES CLINIQUES

sieurs reprises que, pendant les accès, il se produit une paralysie partielle ou de Faphasie qui se dissipe après les accès, on constate en outre que, sous l'influence de la quinine, les troubles nerveux disparaissent rapidement en même temps que la fièvre .

Dans ce cas, la relation étiologique de la paralysie avec le paludisme est évidente, et nous verrons plus loin (Ch. vni) que la pathog'énie de ces accidents est aujourd'hui bien connue.

Lorsque les paralysies survenues brusquement ou progressivement sont persistantes, le diagnostic étiologique est beaucoup plus difficile.

Il n'est pas admissible qu'on qualifie de palustres toutes les paralysies qui surviennent chez des malades qui sont atteints ou qui ont été atteints de paludisme ; des hémiplégies par suite d'hémorragie cérébrale ou de ramollissement cérébral, sans relation aucune avec le paludisme, peuvent se produire chez ces malades; on peut observer aussi chez eux des paralysies toxiques : saturnines, alcooliques ^ ou arsenicales.

L'examen du sang ne fournit pas ici de données décisives ; les accidents aigus ont souvent disparu quand le médecin voit le malade, l'examen du sang est par suite négatif; même dans les cas oij une rechute de fièvre permet de constater l'existence de l'hématozoaire, on ne peut pas affirmer que la paralysie n'a pas d'autre cause que le paludisme.

Le fait que la rate est volumineuse a de l'importance, mais il ne tranche pas non plus la question.

Les commémoratifs ont ici une grande importance; lorsqu'ils montrent que l'invasion des accidents a coïncidé avec des accès graves de fièvre intermittente, il y a de sérieuses présomptions en faveur du paludisme ; au contraire lorsque la paralysie est survenue chez un individu qui, depuis longtemps, n'avait pas eu de rechute, on peut écarter, en général, l'idée d'une complication de nature palustre.

Sp. Kanellis, Torti et Angelini, Triantaphyllidès ont observé, chez des cachectiques palustres, la sclérose en plaques disséminées ou du moins des troubles nerveux rappelant ceux qui caractérisent

1. La paralysie alcoolique a son siège de prédilection aux membres inférieurs; elle atteint d'abord les muscles antérieurs de la jambe, de telle sorte que le malade a la démarche qui a été décrite par Charcot sous le nom de steppage; il existe souvent de vives douleurs, comparables à celles des ataxiques, et de l'atrophie musculaire. Ces caractères se retrouvent dans plusieurs des observations publiées sous le titre de paralysies d'origine palustre.

cette maladie ; dans les cas de Torti et Angelini les accidents se dissipèrent sous l'influence de la médication quinique, en même temps que les hématozoaires disparaissaient du sang; les auteurs pensent que les troubles nerveux qu'ils ont observés étaient dus à des embolies parasitaires'.

D'après M. le D"" Marion la paralysie vésicale s'observerait quelquefois dans le paludisme aigu^

d. Hi/stérie. Neurasthénie. — Plusieurs observateurs ont cité des faits tendant à établir qu'il existe une relation étiologique entre le paludisme et certains cas d'hystérie ou de neurasthénie ^

M. le D' Clément dans sa thèse a réuni 18 observations d'hystérie chez des palustres.

Le paludisme ne joue ici que le rôle de cause prédisposante ; en produisant l'anémie il provoque les manifestations de la névrose chez des sujets prédisposés d'ailleurs par leurs antécédents personnels ou héréditaires.

L'hystérie qui se développe chez des palustres ne présente d'ordinaire aucun caractère particulier; M. le D' Ducamp a cependant publié un cas dans lequel les crises nerveuses rappelaient, avec une exagération extrême, le tremblement de la période de frisson de l'accès palustre.

e. Psychoses. — D'après Griesinger, des maladies mentales se développent quelquefois à la suite de la fièvre intermittente et en sont, dit-il, la conséquence ^

Sydenham et Frerichs avaient mentionné déjà des troubles cérébraux consécutifs à la fièvre intermittente.

Manson a cité le cas d'un homme atteint de troubles mentaux à son retour de Bombay et envoyé dans un asile d'aliénés, dans le sang"

1. Sp. Kanellis, Etude sur un cas de sclérose en plaques disséminées d'origine palustre, Gaz. hebdom. de méd. et dechir., 26 août 1887. — A. Torti et A. Angelisi, Paludisme chronique avec symptômes de la sclérose en plaques, Rifonna medica, juin 1891. — TRIA^TAPUYLLIDÈs, Gaz. hebdom. de la Russie mérid., 1894-1895.

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