RÔLE DE LA RATE
Le fait que la splénectomie ne met pas à l'abri de la fièvre |)alustre montre d'ailleurs que, si les microbes du paludisme ont leur siège d'élection dans la rate, ils peuvent aussi se fixer dans d'autres organes, foie ou moelle osseuse probablement ^
L'anatomie pathologique comparée confirme ce que nous venons de dire de la rate palustre.
Danileswky a découvert, comme on sait, dans le sang de plusieurs espèces d'oiseaux, des parasites qui ont une grande analogie avec l'hématozoaire du paludisme (V. Ch. xni; or il est facile de constater que la rate est le siège d'élection de ces parasites, comme de ceux du paludisme. La rate des oiseaux infectés présente des altérations remarquables, elle est augmentée de volume et remplie d'éléments pigmentés ; ici, comme chez les palustres, c'est dans la rate qu'il faut chercher les parasites, quand on ne les trouve plus dans la grande circulation.
Comment concilier ces faits avec l'opinion qui attribue à la rate an rôle de défense contre les microbes, comment admettre que l'hématozoaire du paludisme et les hématozoaires similaires des oiseaux ont leur siège d'élection précisément dans l'organe qui est chargé de les détruire? On voit de même dans la maladie charbonneuse, dans la fièvre typhoïde, dans lé typhus à rechute, dans la septicémie, dans la tuberculose,- les microbes pathogènes pulluler dans la rate ; il ne semble donc pas que la rate ait un rôle de défense plus marqué dans ces infections que dans le paludisme.
Si la rate n'a pas d'action microbicide directe, est-il admissible qu'elle protège l'organisme en produisant des leucocytes qui se répandent dans tout l'organisme? Cette théorie ne paraît pas non plus applicable au paludisme ; il est rare en effet de trouver chez les palustres une augmentation du nombre des leucocytes du sang; chez beaucoup de cachectiques ce nombre est même plus faible qu'à l'état normal.
Nous avons vu que l'hématozoaire du paludisme se rencontrait souvent dans la rate à l'état d'inclusion dans de grandes cellules ; il est bien probable que les hématozoaires englobés dans des macrophages ne meurent pas tous, et qu'un certain nombre d'entre eux peuvent se conserver ainsi, pendant les périodes de latence qui sont si fréquentes et souvent si longues dans l'évolution du paludisme. Il est à présumer que ce sont surtout les spores
1. Dès 1860, Bousquet a publié l'hisLoire d'un homme sans rate qui avait eu la fièvre intermittente.
provenant de la seg-mentation des corps sphériques qui sont susceptibles de vivre à l'état d'inclusion.
Danilewsky a observé dans le sang des oiseaux des parasites qui, au lieu de se loger dans les hématies, pénètrent dans les leucocytes et s'y développent. « Une partie de ces germes, écrit Danilewsky, succombe évidemment dans la lutte contre l'activité phagocytaire des cellules, tandis que l'autre conserve ses aptitudes vitales et par suite son pouvoir de développement ultérieur. Il est très probable que la même lutte a lieu pendant l'infection malarique de l'homme, surtout dans la rate et dans la moelle des os. » {A7in. de Vinst. Pasteur, 1890, p. 427.)
Je crois pouvoir conclure que, dans le paludisme, la rate n'a pas un rôle spécial de défense.
Si la phagocytose paraît plus active dans la rate que dans d'autres organes, cela tient à ce que les éléments pigmentés en suspension dans le sang tendent à s'y accumuler.
Les hématozoaires peuvent vivre dans la rate pendant longtemps à l'état latent; la rate est leur siège d'élection et c'est pour cela qu'elle présente, chez les palustres, des altérations constantes et souvent profondes.
La rate n'ayant pas un rôle de protection, la splénectomie pour hypersplénie palustre peut être pratiquée sans qu'on ait à redouter ses conséquences, au point de vue de l'évolution ultérieure du paludisme.