MoNFALCON, Hist. méd. des marais
Des épidémies de fièvre palustre ont été observées notamment en 1846, en 1856 et en 1866 à la suite des inondations de la Saône, du Rhône et de la Loire.
C'est au moment oi^i les eaux se retirent et laissent le sol humide à nu, que les fièvres se produisent, si l'on est pendant la saison chaude. Tant que les eaux recouvrent le sol, il n'y a pas de danger; c'est là une notion importante au point de vue prophylactique (Y. Ch. ix).
D. Marais, étangs, marais salants, marais mixtes. — Nous venons de voir que le paludisme avait besoin pour se développer de chaleur, de terre et d'humidité ; les marécages des pays chauds et ceux des pays tempérés, pendant l'été, remplissent toutes ces conditions, aussi sont-ils le milieu de prédilection du paludisme comme l'indiquent les dénominations de fièvres maremmatiques, fièvres palustres ou paludéennes, impaludisme ou paludisme.
Beaucoup de contrées ont été assainies depuis qu'on a fait disparaître les marais en drainant et en cultivant le sol, en endiguant les cours d'eau et en empêchant ainsi la production de marécages sur leurs bords.
C'est lorsque les marais se dessèchent en partie, pendant l'été, qu'ils deviennent dangereux ou bien lorsqu'on procède à leur dessèchement sans prendre les précautions nécessaires.
On comprend que, dans un grand nombre de pays, la zone littorale soit fébrigène : la mer apporte sans cesse sur les côtes des débris de toute sorte et surtout du sable ou des galets qui exhaussent le rivage et qui constituent ce que M. de Beaumont a appelé le cordon littoral; les eaux de pluie, au lieu de s'écouler à la mer, s'arrêtent derrière le cordon littoral et constituent des marais, si le sous-sol est imperméable. C'est ainsi que les maremmes de la Toscane et beaucoup d'autres marais se sont formés.
D'autre part les débris de toute sorte entraînés par les fleuves forment des barres ou des deltas marécageux : deltas du Nil, du Sénégal, du Gange, du Mississipi, du Danube, du Rhône (île de la Camargue), etc.
Les marais salants, lorsqu'ils sont bien établis et exploités d'une façon régulière, ne sont pas insalubres *.
Mêlier constate que les douaniers dont les postes sont situés au milieu des marais salants sont moins exposés à contracter la
1. Mêlier, Rapport sur les marais salants, Paris, 1847, Mém. de l'Acad. de méd., 1847.
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fièvre que ceux dont les postes se trouvent en dehors de l'exploitation.
Les marais salants^qui sont abandonnés et qui se transforment en marais ^«/s sont, au contraire, une cause non douteuse d'insalubrité.
Dans la région de Marennes et de Brouage, la période pendant laquelle les marais salants occupaient la plus grande surface et étaient le mieux entretenus a été très prospère, l'endémie palustre n'a pris une grande extension que lorsque l'exploitation des marais salants a été abandonnée presque partout et que les salines sont devenues des marais.
Ce qui arrive dans les salines abandonnées est facile à comprendre : les canaux qui amenaient l'eau et qui devaient la faire écouler s'envasent, les eaux douces et les eaux salées se mélangent, et pendant les chaleurs de l'été la vase est mise à nu sur un grand nombre de points.
Les fossés souvent mal entretenus qui, dans le Midi, entourent les salines sont une cause d'insalubrité (Mêlier).
Les marais mixtes, c'est-à-dire dans lesquels il y a un mélange des eaux douces et des eaux salées, sont particulièrement favorables au développement du paludisme.
Les étangs lorsqu'ils ont dans toute leur étendue une profondeur d'eau suffisante ne sont pas insalubres ; c'est la queue des étangs, partie alternativement submergée puis asséchée, qui est dangereuse (Burdel).
« Toutes les fois que la démarcation est nettement accomplie entre la terre et l'eau, écrit J. Arnould, la salubrité est assurée et d'autant plus que l'eau collectionnée est plus constante et plus profonde. » (Nouv. élém. d'hygiène, 2^ édit., p. 142.)
On comprend que les étangs mis à sec périodiquement soient particulièrement dangereux.
L'existence de marais proprement dits, de marais types, n'est pas nécessaire d'ailleurs ^; des plaines basses, mal drainées ou maintenues dans un état constant d'humidité par une nappe d'eau souterraine abondante et superficielle, des terres mal irriguées, des rivières, des canaux ou des fossés mal entretenus et mis à sec pendant l'été, suffisent au développement du paludisme.
Dans les marais Pontins et surtout dans la campagne romaine,
1. F. Jacquot a insisté avec raison sur ce point dans ses Recherches sur les causes des fièvres à quinquina {Gaz. méd. de Paris, 1848).
les marais proprement dits sont rares, mais la couche d'eau souterraine se trouve à une faible profondeur et l'écoulement des eaux se fait très <lifficilement par suite du défaut de déclivité du sol et de l'imperméabilité des terrains sous-jacents.
Armieux a admis dans ces cas l'existence de marais souterrains; cette expression a été critiquée avec raison ; une nappe d'eau souterraine, infiltrée dans le sol, ne saurait être assimilée à un marais.
Les rizières sont insalubres lorsque l'eau nécessaire à la culture du riz est stagnante * ; lorsqu'elle circule dans des rigoles, l'insalubrité est beaucoup moindre (proA^nce de Yerceil en Italie, une partie de la Chine).
Les oseraies, les aulnaies, pour l'installation desc|uelles on utilise les bas-fonds souvent inondés, à proximité des cours d'eau, se prêtent bien au développement de l'endémie palustre ; il en est de même des routoirs, c'est-à-dire des mares d'eau stagnante dans lesquelles le chanvre et le lin sont déposés jusqu'à ce qu'ils aient subi une fermentation qui permet de séparer le liber des autres parties de la plante; de même aussi des fossés des places fortes qui sont alternativement inondés et mis à sec.
Si le marais constitue le milieu le plus favorable au développement du paludisme, il ne suffît pas, par lui-même, à produire l'endémie, même dans les conditions de climat les plus favorables, ainsi que j'ai déjà eu l'occasion de le dire plus haut en étudiant la répartition du paludisme à la surface du globe.
Boudin le premier a insisté sur ce fait remarquable qu'il existe sous les tropiques, comme ailleurs, des marais qui ne sont pas fébrigènes.
En Australie, à la Nouvelle-Calédonie, le paludisme n'existe pas, bien qu'on rencontre des marais qui ont tous les caractères objectifs des marais fébrigènes.
A la Nouvelle-Calédonie les forçats libérés défrichent un sol vierge, au voisinage des marais, et ils ne contractent jamais la fièvre palustre. Nouméa, qui est située au voisinage d'un marais où l'eau douce se mélange à l'eau salée, condition très favorable, comme nous l'avons vu, au développement du paludisme, est salubre; les fièvres palustres y sont inconnues \
1. Boileau-Castelxau, De l'insalubrité des rizières. An7i. d'Iii/f/lène, 18d0.