Roger et Bonnet, Soc. méd. des hôp., 5 juillet 189S
La tumeur produite par l'abcès périnéphrétique diffère notablement de celle qui est due à Fhypersplénie, elle est beaucoup plus sensible ; la pression est douloureuse, non seulement en avant mais en arrière, au-dessous des fausses côtes, et il existe souvent à ce niveau une tuméfaction et de l'œdème de la peau qui font toujours défaut dans le paludisme. Quant à la fièvre, elle a le caractère de la fièvre hectique ou bien le malade a des accès qui reviennent à intervalles irréguliers et qui ne cèdent pas à la quinine.
G. Dock a cité trois observations d'endocardite infectieuse avec accès de fièvre qui avaient fait croire à l'existence du paludisme '.
L'examen du sang permettra de faire sûrement le diagnostic différentiel de ces fièvres symptomatiques et de la fièvre palustre.
K. Fièvre hectique des tuberculeux, des cancéreux. — La fièvre hectique des tuberculeux présente une intermittence assez régulière, mais les paroxysmes se font toujours le soir, contrairement à ce qui a lieu d'ordinaire pour les fièvres intermittentes d'origine palustre, jamais la fièvre n'a le type tierce, ni le type quarte.
L'hypersplénie fait défaut et des localisations ne tardent pas à se produire, le plus souvent du côté de la poitrine.
Ajoutons que ces pseudo-intermittentes ne cèdent pas à la quinine ; il en est de même de la fièvre symptomatique de la tuberculose aiguë ^
Bien que ce diagnostic différentiel semble facile j'ai eu plusieurs fois l'occasion, dans ces dernières années, de montrer à l'aide de l'examen du sang que des accès de fièvre relevant de la tuberculose, avaient été attribués à tort au paludisme.
Dans les infections secondaires, consécutives au cancer, on observe quelquefois une fièvre intermittente assez régulière ^ L'existence souvent reconnue d'une tumeur cancéreuse met l'observateur sur ses gardes, d'ailleurs la fièvre ne cède pas à la quinine et l'examen du sang est négatif.
L. Filariose. — Les malades atteints de fîlariose ont souvent des accès de fièvre semblables en tout à ceux du paludisme.
Au mois de novembre 1893 j'ai eu l'occasion d'observer un malade chez lequel le diagnostic de paludisme ne semblait pas douteux et dans le sang duquel je trouvai, non l'hématozoaire du
1. George Dock, Endocardite et fièvre intermittente. Tlie Boston med. anddiirurg. Journal, 1895, II, p. 4o'.
2. Delkeyser, Diagnostic de la f. intermit., Journ. méd. de Bruxelles, 18 mars 1897.
3. Hampeln, Zeitscfir. /'. klin. Med., 1888. — Devic et Chatin, Province méd., sept. 1892. — AcHARD, Soc. méd. des hôp., 26 juillet 189.j.
paludisme, mais des embryons de filaires; ces embryons existaient dans le sang périphérique le jour aussi bien que la nuit, ce qui permet de croire qu'il s'agissait de Filaria sanguinis hominis perstans (Manson); le malade revenait du Soudant
Les accès de fièvre de la fîlariose n'ont pas de type régulier, mais il existe des fièvres intermittentes palustres irrégulières ; l'hypersplénie fait défaut dans la filariose, enfin l'examen du sang permet de constater l'existence des embryons de filaire.
Si, en raison de la provenance des malades, il y a lieu de soupçonner la filariose, on aura soin de faire l'examen du sang pendant la nuit; on sait en effet que les embryons de la filaire la plus commune chez l'homme ne se trouvent pas, dans le sang de la grande circulation, pendant le jour.
M. Fièvre nerrieuse, hystérique. — Graves, dans ses leçons cliniques, appelle l'attention sur une fièvre nerveuse qui, dit-il, peut être confondue avec la fièvre intermittente.
Cette fièvre nerveuse qui se produit toujours chez des femmes anémiques et nerveuses, prend parfois un type intermittent assez régulier ; elle cède aux antispasmodiques et non à la quinine -.
J'ai eu quelquefois l'occasion d'observer cette fièvre nerveuse dans les conditions signalées par Graves.
M. le Professeur Debove a cité un cas remarquable de pseudofièvre paludéenne chez une hystérique ^
N. Anémie. Leucémie splénique. — Les personnes qui habitent les pays chauds s'anémient en général au bout de quelque temps, alors même qu'elles échappent au paludisme ; cette anémie a une marche lente et elle n'atteint jamais les mêmes proportions que dans le paludisme.
L'hypersplénie, toujours très marquée dans l'anémie palustre, même lorsqu'il n'y a pas d'accès de fièvre, fait défaut dans l'anémie simple, mais on peut l'observer dans la chlorose^ et dans l'anémie pernicieuse ^