‹ Traité du paludisme (volume 2)Chapitre 165 sur 251 · Napias, Th. Paris · texte numérisé non relu

Napias, Th. Paris

mine dans les urines et les autres signes d'une néphrite, ainsi que l'abaissement de température qui s'observe dans l'urémie, éclairent en général le diagnostic.

La provenance des malades, leurs antécédents morbides, la marche des accidents, fournissent dans tous ces cas des signes importants, mais c'est encore l'examen du sang qui permet de résoudre le plus sûrement toutes ces questions de diagnostic différentiel.

Q. Fièvres larvées. — Ce que j'ai dit des fièvres larvées (p. 199) suffit à montrer combien le diagnostic de la nature des accidents est ici difficile à faire. Les conditions de temps et de lieu dans lesquelles débute la maladie, l'intermittence des accidents, l'augmentation de volume de la rate, l'efficacité de la quinine ont fourni jusqu'ici au diagnostic des fièvres larvées ses principaux éléments ; il y aura lieu, à l'avenir, de tenir grand compte des résultats de l'examen du sang.

R. Accidents dus à Veonploi de la quinine ou de t arsenic. — A propos du traitement (Ch. x) j'étudierai les troubles morbides qui ont été observés à la suite de l'emploi de la quinine ou de l'arsenic.

Il me suffira de dire, pour le moment, que la quinine produit chez certains malades des accidents tels que : céphalée avec bourdonnements d'oreilles, vomissements, anxiété, vertiges, qui pourraient faire croire à l'invasion d'un accès pernicieux; erreur grave, car on serait amené à insister sur la quinine, alors qu'il faudrait en suspendre l'emploi.

La quinine peut provoquer aussi l'hémoglobinurie, des éruptions cutanées et l'amblyopie ; comme ces manifestations cliniques figurent également dans la symptomatologie du paludisme, on voit que les erreurs d'interprétation sont à craindre.

L'acide arsénieux donne lieu facilement à des troubles digestifs : diarrhée, vomissements; à la suite d'un traitement prolongé par l'arsenic on peut voir apparaître des paralysies qu'on ne doit pas confondre avec des paralysies d'origine palustre. La paralysie arsenicale s'accompagne toujours de troubles de la sensibilité : douleurs, fourmillements, diminution de la sensibilité générale; elle est symétrique et elle atteint d'abord les extrémités; presque toujours les extrémités inférieures sont prises les premières; le début est lent, très rarement brusque \

1. Leroy d'Etiolles, Gaz. hebdom.^ 1857. — Imbert Gouhbeyre, Gaz. méd., iSlJS. — G. Brouardel, Arch. de méd. expér. et d'anaf. palhoL, 1896, p. 786. — Langereaux, La paralysie arsenicale. Acad. de màcl., 21 juillet 1896.

S. Diagnostic de la fièvre palustre chez les jeunes enfants. — On a vu (p. 165) que, clans la première enfance, l'accès de fièvre intermittente revêt des caractères spéciaux : le stade de froid est très court, d'une observation difficile et le stade de sueurs fait souvent défaut, par contre les convulsions et les troubles digestifs, rares chez l'adulte, sont fréquents chez les jeunes enfants atteints de paludisme.

Le fait que les enfants viennent de localités palustres, le type rég-ulier de la fièvre, l'augmentation de volume de la rate, fournissent de grandes présomptions en faveur du paludisme ; l'examen du sang rend de grands services, en raison des difficultés de l'observation chez les très jeunes enfants.

La cachexie palustre ne sera pas confondue avec les cachexies athrepsique ou syphilitique.

Dans la cachexie athrepsique, le bébé est très amaigri et la rate n'est pas augmentée de volume.

Les lésions de la peau ou des muqueuses trahissent d'ordinaire la cachexie syphilitique.

Dans la seconde enfance le diagnostic est plus facile, mais ici encore il y a des causes d'erreur. « Chez les enfants qui grandissent, il ne faudra pas prendre pour une fièvre paludéenne des accès de fièvre passagère qui souvent revêtent à Paris le type intermittent, passent sans traitement et ne sont d'ailleurs pas accompagnés de gonflement de la rate, ni de la teinte terreuse spéciale à la malaria. » (E. Périer, Note sur la f. intermit. chez les enfants, Paris, 1891.)

LeD'P. Dinami a décrit une fièvre intermittente d'origine intestinale qui s'observe chez les enfants de 1 à 7 ans mal nourris ' ; pendant les accès de fièvre la température s'élève à 39 ou 40".

L'absence de tuméfaction de la rate et l'inefficacité de la quinine montrent qu'il ne s'agit pas d'une fièvre palustre ; il suffit d'administrer un purgatif et de prescrire un bon régime alimentaire pour voir les accidents disparaître.

■1. Semaine tnéd., 23 sept. 1896.

La gravité du paludisme est très variable, suivant les pays et suivant les conditions dans lesquelles se trouvent les sujets impaludés. •

A. Mortalité. — Si l'on consulte la statistique médicale de l'armée française en Algérie ou celle de l'armée italienne, on est surpris de voir combien est faible le chiffre de mortalité du paludisme, malgré que l'endémie palustre ait une grande extension en Algérie et en Italie.

La morbidité due au paludisme dans l'armée française en Algérie est, d'après les dernières statistiques, de 100 à 200 sur 1000 hommes d'effectif et la mortalité par cette cause ne dépasse pas 1 à 2 pour 1000 ^

Du mois de septembre 1879 au mois de juin 1883, j'ai reçu, dans mon service, à l'hôpital militaire de Constantine, 1310 malades atteints de paludisme, et ces 1310 malades n'ont fourni que 6 décès, soit une mortalité de 0,45 pour 100.

D'après la statistique médicale de l'armée italienne pour 1895 le nombre des malades traités cette année dans les hôpitaux militaires, pour paludisme, a été de 4856 et le chiffre des décès par cette cause a été seulement de 13'.

Mais à côté de ces faibles chiffres de mortalité on en peut citer d'autres qui attestent que, dans des conditions différentes, le paludisme prend une gravité comparable à celle des maladies les plus redoutées, comme la peste ou le choléra.

J'ai déjà eu l'occasion de citer les ravages faits par les fièvres palustres dans l'armée anglaise en 1809, lors de l'expédition de Walcheren.

En Algérie, au début de l'occupation française, la mortalité due au paludisme était énorme parmi nos soldats et nos colons.

Maillot à Bône constatait une mortalité de 1 sur 9 malades.

Pendant les mois de juin, juillet, août et septembre 1833 la garnison de Bône, forte de 5500 hommes, compta 4097 entrées à

1. Statistique méd. de l'armée française pour les années 1890 à 1894.

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