CHAPITRE X
I. Le quinquina. — Son importation en Europe. — Variétés de quinquinas. — Découverte de la quinine. — Des dilTcrents sels de quinine.
II. Modes d'administration de la quinine : par la voie stomacale, en lavements, en injections hypodermiques, etc. — A quel moment, à quelle dose et pendant combien de temps laut-il administrer la quinine aux malades atteints des différentes formes du paludisme?
III. Du mode d'action de la quinine sur l'organisme à l'état sain et dans le paludisme.
IV. Des accidents auxquels peut donner naissance la quinine. — Accidents d'intoxication. — Hémoglobinurie. — Exanthèmes. — Amblyopie. — Propriétés ocytociques.
V. Médications adjuvantes : dans les accès de fièvre intermittente et dans . les fièvres continues, dans les accès pernicieux, dans la bilieuse hémoglo-
binurique, dans la cachexie palustre. — Changement de climat. — Sanatoria. — Traitement de l'hypersplénie palustre.
VI. Succédanés de la quinine. Cinchonine. Cinchonidine. Quinidine. Acide arsénieux. Iode. Alun. Nitrate de potasse. Acide phénique. Chlorhydrate de phénocolle. Bleu de méthylène. Noix vomique et strychnine. Pipérine. Bebéerine. Teinture d'eucalyptus et eucalyptol . Teinture d'hélianthe. Cupréine, quinéthyline. Essais de sérothérapie *.
Le paludisme est une des rares maladies auxquelles nous pouvons opposer un remède spécifique : le quinquina, aussi la question du traitement du paludisme se résume-t-elle, pour ainsi dire, dans
1. Consulter au sujet du traitement du paludisme, outre les ouvrages généraux sur les fièvres palustres, les travaux qui suivent : Briquet, Traité thérap. du quinquina, Paris, 1855. — Trousseau et Pxdoux, Traité de thérapeutique, 8° édit., Paris, 1869, t. II, p. 483. — Delioux de Savigxac, Art. Qri>'iNE du Diction, encyclop. des se. viéd. — A. Laveran, Art. Traitement du paludisme de An American Text- Book of applied Therapeutics, Philadelphia, 1896, et du Traité de thérapeutique appliquée de A. Robin. — Dubergé, Le paludisme, Paris, 1896. — F. Burot et M. A. Legrand, Thérapeutique du paludisme, Paris. 1897.
l'histoire du quinquina et de la quinine, dans l'étude de leurs propriétés et de leurs modes d'emploi.
Il faut avoir observé l'action des sels de quinine sur des malades atteints de fièvres palustres graves, compliquées d'accidents pernicieux, pour se faire une juste idée des services que rend la quinine dans le traitement du paludisme.
Dans les fièvres intermittentes simples, il suffit d'une ou deux doses de quinine pour couper la fièvre ; cette expression de couper la fièvre est ici très juste; on peut s'en rendre compte en examinant le tracé thermométrique d'un malade atteint de fièvre intermittente, qui a eu plusieurs accès et qui a pris ensuite de la quinine, la fièvre tombe brusquement; aucune autre fièvre n'est coupée ainsi par la quinine.
I. Le quinquina, la quimne et ses sels. — A. Importation du quinquina en Europe, découverte de la quinine, variétés de quinquinas. — L'histoire de la découverte du quinquina est bien connue. On sait que la femme du vice-roi du Pérou, la comtesse d'El Ginchon, étant atteinte de fièvre intermittente, un corrégidor du Loxa lui conseilla l'usage d'une poudre qui la guérit.
En 1640 la comtesse d'El Ginchon rapporta en Europe la poudre à laquelle elle devait sa guérison et la distribua elle-même, d'où le nom de Poudre de la Comtesse; en 1649, les Jésuites de Rome reçurent une grande quantité de cette poudre et la mirent en vogue, d'où le nom de Poudre des Jésuites.
En 1679, Louis XIV ayant été guéri d'une fièvre intermittente rebelle à l'aide d'un remède secret, par un empirique anglais nommé Talbot, le roi acheta à Talbot son secret moyennant la somme de 48 000 livres et une pension viagère de 2000 livres, et le rendit public '.
Le remède si bien payé par Louis XIV n'était autre qu'une teinture vineuse de quinquina très concentrée.
Joseph de Jussieu, qui fut envoyé en Amérique en 1735, désigne les Indiens du village de Malacotos, à quelques lieues de Loxa, comme les premiers qui aient connu les propriétés fébrifuges de l'écorce qui prit alors le nom à'Ecorce du Pérou.
Sydenham et Torti formulèrent, les premiers, le mode d'emploi
1. Le remède anglois pour la guérison des fièvres, publié par ordre du Roi, par M. de Blegny, Paris, 1682.