LE QUINQUINA, LA QUININE ET SES SELS
de la poudre de quinquina dans les fièvres palustres et défendirent le remède nouveau contre ses nombreux détracteurs.
L'arbre qui fournit le quinquina ne fut décrit qu'en 1738 par La Condamine, qui avait été envoyé en mission au Pérou.
En 1820, Pelletier et Caventou ayant soumis le quinquina aux procédés d'analyse que Sertuerner avait appliqués à l'opium, découvrirent la quinine et rendirent ainsi un immense service à la thérapeutique. L'emploi de la poudre de quinquina présentait en effet, dans le traitement du paludisme, de graves inconvénients ; il était impossible de faire absorber rapidement les doses de quinine qui sont nécessaires pour couper les fièvres graves ; dans les fièvres simples elles-mêmes, l'administration de la poudre de quinquina était incommode.
30 gr. de poudre d'écorce de quinquina correspondent à 0 gr. 50 environ de sulfate de quinine; pour faire prendre la valeur de 2 gr. de sulfate de quinine, dose souvent nécessaire, il fallait donc prescrire 120 gr. de poudre de quinquina.
Trousseau employait encore, dans les fièvres simples, la poudre de quinquina; il réservait le sulfate de quinine pour les fièvres graves. La quinine coûtait alors beaucoup plus cher qu'aujourd'hui et la raison d'économie était le principal motif de cette préférence.
Le quinquina est l'écorce du tronc et des rameaux des Cinchonas, arbres de la famille des Rubiacées.
Les Cinchonas sont originaires de l'Amérique du Sud (Pérou, Bolivie) ; leur culture a été importée avec succès à Java, aux Indes et à La Réunion.
On distingue dans le commerce les quinquinas en gris, jaune et rouge; ces trois quinquinas peuvent provenir du même arbre, le quinquina gris étant fourni par l'écorce des petites branches, le jaune par l'écorce des rameaux moyens, le rouge par celle des grosses branches. Le quinquina jaune est le plus riche en quinine, le quinquina officinal du Codex est le Quinquina Calisaya ou jaune royal.
Il existe de nombreuses espèces de Cinchonas ^
On a extrait de l'écorce de quinquina un grand nombre de substances dont les plus importantes sont les alcaloïdes : la quinine, la cinchonine, laquinidine, la cinchonidine, etc.
1. Planchon, Art. Quinquina du Diction, encyclop. des se. med.
3i2 TRAITEMENT
La quinine est le plus efficace de ces alcaloïdes, celui auquel il faut presque toujours donner la préférence dans le traitement du paludisme; je m'occuperai de la cinchonine et de la cinchonidine à propos des médicaments qui ont été proposés comme succédanés de la quinine.
La quinine a pour formule C^"I-P^Az"0^ ; elle se présente sous l'aspect d'une substance blanche, amorphe quand elle est anhydre, très peu soluble dans l'eau (une partie de quinine se dissout dans 400 parties d'eau froide et dans 250 parties d'eau bouillante).
En raison de son faible degré de solubilité dans l'eau, la quinine est peu employée; on prescrit presque toujours les sels de quinine.
Trousseau conseillait de donner aux jeunes enfants la quinine brute, qui est beaucoup moins amère que le sulfate de quinine, mais cette insipidité tient précisément à ce que la quinine brute est très peu soluble, et l'on sait que l'absorption des médicaments est d'autant plus difficile qu'ils sont moins solubles.
La quinine est un alcali diacide qui, en se combinant aux acides, peut donner des sels neutres ou des sels basiques. Lorsqu'une molécule de quinine se combine à une molécule d'acide chlorhydrique, elle fournit une molécule de chlorhydrate basique de quinine ; quand elle se combine avec deux molécules du même acide, elle donne une molécule de chlorhydrate neutre de quinine. De même pour les autres acides monobasiques.
B. Des sels de quinine. — Le sulfate de quinine est le sel de quinine le plus employé, au moins en France; le chlorhydrate de quinine doit lui être préféré; il contient 81 p. 100 de quinine, tandis que le sulfate neutre n'en renferme que 59 p. 100; il est plus stable, plus soluble et plus facile à obtenir à l'état de pureté que le sulfate de quinine ; à la vérité il coûte un peu plus cher, mais on le prescrit à plus faible dose.
Il résulte des recherches de de Beurmann, de Regnauld et de Yillejean, que les sels de quinine doivent être classés ainsi qu'il suit : 1° d'après leur teneur en alcaloïde ; 2° d'après leur solubilité'.