MODES D'ADMINISTRATION DE LA QUININE
déclarer à la suite d'injections hypodermiques de quinine qui n'ont pas été faites avec toutes les précautions nécessaires.
A Madagascar ce dernier accident a été noté fréquemment '.
Il faut s'astreindre, pour les injections hypodermiques de quinine, à des précautions plus minutieuses encore que pour les injections de morphine, la quinine, plus irritante que la morphine, donnant lieu plus facilement qu'elle à des accidents.
Une rigoureuse antisepsie est indispensable; on se servira d'une seringue stérilisée par la chaleur, l'aiguille en platine iridié sera flambée au moment oij on l'enfoncera dans la peau, qui elle-même sera stérilisée avec soin, à l'endroit des piqûres. On se rappellera que la peau est difficile à stériliser et que, pour obtenir un résultat, il faut laisser l'antiseptique pendant assez longtemps en contact avec les téguments. En enfonçant dans la peau l'aiguille de platine iridié après l'avoir chauffée, on a moins à craindre d'entraîner des germes de la peau.
Les solutions qui servent aux injections hypodermiques doivent être limpides, sans cristaux, ni spores. S'il y a des cristaux, on chauffera au bain-marie; s'il y a des champignons, on filtrera la solution et on la fera bouillir, ou mieux on fera préparer une nouvelle solution qui sera stérilisée par l'ébullition.
Il ne faut pas se servir de solutions trop concentrées ; il est préférable d'injecter un peu plus de liquide.
La pointe de l'aiguille sera poussée jusque dans le tissu conjonctif sous-cutané; les injections faites dans le derme donnent lieu facilement à des eschares.
M. le professeur Baccelli a préconisé les injections intra-veineuses des sels de quinine ^ Baccelli injecte dans une veine du pli du coude 0 gr. 40 à 0 gr. 60 de chlorhydrate de quinine, en se servant de la solution suivante :
Chlorhydrate de quinine 1 gr.
Chlorure de sodium 0 — 75
Eau distillée 10 —
La méthode hypodermique permet d'introduire presque aussi rapidement, et sans aucun danger, les sels de quinine dans la circu-
1. Segard, Arcli. de ?néd. nav., 1886. — Vixcenï et Blrot, Le paludisme à Madagascar. Acad. de méd., J896. — Blrot, Le tétanos à Madagascar. Acad. de méd., 2 février 1897.
2. Baccelli, Des injections intra-veineuses des sels de quinine dans l'infection malarique. Riforma medi.ca, janv. 1890, et Gazz. degli ospitali, févr. 1890, n° 12.
lation g-énéralc; on ne voit donc pas pourquoi on lui préférerait les injections intra-veineuses, qui sont plus difficiles à pratiquer et qui peuvent donner lieu à des accidents locaux ou généraux très graves.
Les injections intra-veineuses ne paraissent indiquées que dans les accès pernicieux les plus graves, lorsqu'on peut craindre que la méthode hypodermique elle-même ne permette pas d'introduire assez rapidement les sels de quinine dans le sang, dans les accès pernicieux cholérif ormes avec état algide par exemple.
La quinine, administrée aux doses qui sont indiquées plus haut, est généralement très bien supportée ; certains malades accusent cependant des bourdonnements d'oreilles et des vertiges assez forts et assez persistants pour occasionner une véritable gêne. Dans ces cas on réussirait d'après M. le D"" Aubert à faire tolérer le médicament en ajoutant un demi-milligramme d'atropine à chaque dose de quinine.
Les sels de quinine introduits dans l'économie sont éliminés en grande partie par les urines; il est facile d'y constater leur présence à l'aide de l'iodure ioduré de potassium, qui, en s'unissant à la quinine, donne lieu à un précipité jaune marron (Bouchardat) K
La quinine apparaît dans l'urine 15 à 17' après l'ingestion, 20 à 25' après introduction par la voie rectale, 10 à 15' après injection sous-cutanée (Binz , Kerner, Lepidi-Ghioti) , 10' après injection intra-veineuse (Baccelli).
Toute la quinine absorbée est éliminée au bout de 36 ou de 48 h. (Kerjser) .
B. A quel moment, à quelle dose et pendcmt combien de temps faut-il administrer la quinine? — On a beaucoup discuté la question de savoir à quel moment de la fièvre intermittente il fallait faire prendre la quinine.
La méthode de Torti ou méthode romaine consistait à donner la poudre de quinquina immédiatement avant l'accès de fièvre ; ïorti prescrivait d'ordinaire 8 gr. de poudre de quinquina à prendre en une seule dose.
Cette méthode avait des inconvénients : le quinquina était sou-
1. La rormule du réactif de Bouchardat est la suivante : iode, 15 gr., iodure de potasoiuui, 4 gr., eau, 300 gr.
Briquet a modifié ainsi qu'il suit cette formule: iode, 2 gr., iodure de potassium, 8 gr., eau, 2b0 gr.
Kerner a utilisé les propriétés fluorescentes des sels de quinine pour constater - ans les urines la présence des plus minimes proportions de ces sels.
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vent mal supporté, il provoquait des vomissements et était rejeté en partie; en tous cas on ne prévenait pas l'accès le plus proche.
Sydenham voulait que l'on fît prendre le médicament le plus loin possible de l'accès avenir; il prescrivait d'ordinaire 24 à 30 gr. de poudre de quinquina distribués de quatre en quatre heures par doses de 2 gr. 50 à partir de la fin de l'accès, et il avait soin de faire prendre un petit verre de vin après chaque dose, ce qui devait faciliter la dissolution et l'absorption de la quinine.
Bretonneau et Trousseau avaient adopté le principe de la méthode de Sydenham ou méthode anglaise*.
Aujourd'hui tous les auteurs admettent que, dans la fièvre intermittente simple, on doit faire prendre la quinine après les accès, dans les intervalles d'apyrexie; la quinine est mieux supportée à ce moment que pendant les accès de fièvre; elle provoque moins souvent les vomissements, et l'absorption du médicament est probablement plus facile; d'autre part, on ne peut pas songer à empêcher l'évolution d'un accès de fièvre lorsque cet accès est commencé; même en donnant la quinine quelques heures avant le frisson on ne réussit pas à prévenir l'accès.
Dans les fièvres graves, dans les continues, on n'attendra pas les rémissions, pour administrer la quinine.
Il fut un temps où l'emploi de la quinine était considéré comme dangereux chez les malades qui avaient des fièvres continues et limité strictement aux fièvres intermittentes.
Dans les continues palustres il était de règle d'employer les émissions sanguines, les vomitifs et les purgatifs, jusqu'à ce que la fièvre eût pris le type intermittent". Sous l'influence de cette doctrine, là mortalité par le paludisme était énorme dans les pays chauds.
Maillot a eu le grand mérite de montrer que la quinine devait être administrée rapidement, et à forte dose, dans les continues palustres.
« La médecine qui, dans les pays marécageux, s'attache à détruire les irritations avant d'administrer le sulfate de quinine, qui veut ramener une fièvre intermittente grave à des conditions
1. Trousseau et Pidoux, Traité de Ihérap., 8° édit., t. II, p. 495.
2. Cependant Lind constate déjà qua la fièvre intermittente prend souvent en automne la forme continue ou rémittente et que, dans ce cas, les saignées sont souvent nuisibles, tandis qu'en donnant le quinquina rapidement et sans préparation on obtient d'excellents résultats (Lind, Op. cit. Appendice sur les f. intermit., t. 11, p. 136). Ces sages conseils étaient tombés dans l'oubli en 1835.
absolues de simplicité avant de recourir aux fébrifuges, se prépare, écrit Maillot, des revers inévitables. » (Traité des fièvres intermit., p. 81.)
« Me fondant sur l'observation de plusieurs milliers de malades, dit encore Maillot, j'avance que, immédiatement après et quelquefois même avant les saignées, on doit recourir au sulfate de quinine quel que soit l'ensemble des symptômes. Il ne faut se laisser arrêter, ni par la persistance de la réaction circulatoire, ni par les sig-nes de gastro-entérite. Tous ces phénomènes morbides disparaîtront en quelques heures et comme par enchantement. » {Op. cit.,
Maillot administrait d'abord la quinine par le rectum dans tous les cas où la g'astrite était intense. Les malades arrivant en g'rand nombre à l'hôpital militaire de Bône, il devint impossible de compter sur l'exécution de ce g-enre de prescriptions. « Ce fut donc par la force des choses que je fus conduit à donner par la bouche le sulfate de quinine dans tous les cas, et sans être arrêté comme auparavant par les symptômes de gastro-entérite. » {Op. cit., p. 373.)
Enhardi par le succès de cette thérapeutique, Maillot se décida dès lors à donner le fébrifuge immédiatement après et, dans certains cas, avant même tonte déplétion sang'uine.
Cette réforme thérapeutique eut les plus heureux résultats.
Les idées de Maillot sur la continue palustre et son traitement sont aujourd'hui universellement admises.
Dans les cas graves, on fera des injections hypodermiques, sans se préoccuper de la température.
On se contente souvent de couper la fièvre avec 2 ou 3 doses de quinine et on attend une rechute pour reprendre le traitement. Je crois qu'il faut s'elTorcer, à l'aide de traitements successifs, de prévenir la rechute, sans quoi on ne réussit qu'à supprimer quelques accès ; les parasites arrêtés un instant dans leur développement, repullulent bientôt, et tout est à recommencer.
Lind et Sydenham avaient compris déjà la nécessité des traitements successifs par le quinquina dans la fièvre intermittente.
« Le quinquina, nonobstant son efficacité, ne peut pas détruire entièrement la maladie... Le meilleur moyen de prévenir la rechute est de réitérer le fébrifuge, même après la cessation de la fièvre. » (Sydenham, in Encyclop. des se. m.éd., p. 155.) Et plus bas : « De peur que la fièvre ne revienne, je ne manque jamais