‹ Traité du paludisme (volume 2)Chapitre 216 sur 251 · Rey, Ai'ch. de inéd. nav., 1871, p · texte numérisé non relu

Rey, Ai'ch. de inéd. nav., 1871, p

3. Griesinger, Traité des malad. infectieuses. Trad. franc., 2' édit., 1S77, p. 97.

Laveran, Paludisme. 27

au milieu des marais réputés les plus insalubres ». (Th. Paris, 1848.)

En 1851, le D"" Raoul, chargé de la rédaction d'un guide hygiénique à l'usage des navires de commerce à la côte occidentale d'Afrique, préconise l'emploi préventif de la quinine. « Si la quinine n'empêche pas toujours la fièvre, écrit-il, elle garantit au moins certainement de la fièvre pernicieuse. » Un grand nombre d'observateurs ont confirmé cette assertion.

Au Sénégal, Raoul prescrivait 0 gr. 50 de sulfate de quinine aux matelots de retour d'une corvée à terre.

Pendant la guerre de Crimée, les Anglais firent usage de la quinine à titre préventif ', et aussi pendant l'expédition de Chine,, en 1859.

Dans la marine anglaise cette pratique est réglementaire. « Conformément au neuvième article des instructions données aux médecins de la marine royale, écrit Al. Bryson, on observe les règles suivantes chaque fois que, dans les régions tropicales, on envoie des hommes à terre pour y chercher de l'eau ou des vivres,, ou pour y être employés à un labeur fatigant : au moment oii, le matin, les hommes quittent le navire, et le soir, quand ils reviennent, le médecin administre à chacun d'eux une drachme d'écorce de quinquina pulvérisée dans un demi-verre de vin ; après avoir pris le médicament, chaque homme reçoit un demi-verre de viii pur, qu'il boit immédiatement. Quand le vin manque à bord, on. le remplace par de Feau-de-vie étendue d'eau. »

Pour démontrer les effets salutaires de cette mesure, Bryson cite les faits suivants : « Vingt matelots et un officier devaient être envoyés à Sierra-Leone, pour y travailler pendant la journée; aux matelots on administra l'écorce de quinquina, l'officier refusa d'en prendre : ce fut la seule personne qui eut la fièvre. Plus tard, on détacha deux chaloupes de VHydra pour explorer la rivière Sherbo ; elles restèrent absentes pendant une quinzaine ; chaque jour, les hommes prirent du quinquina dans du vin, conformément aux instructions qu'ils avaient reçues. Pas un seul homme ne fut atteint de la fièvre, quoique la région explorée passât pour unedes plus insalubres delà côte. L'équipage d'une troisième chaloupe séjourna pendant deux jours seulement dans la même région et à la même époque ; les hommes n'avaient pas pris de quinquina,

1. LeUre de A. Smith, citée par van Buren, Rapport à la Commission sanitaire des États-Unis. Evans, Essais d'hygiène et de thérapeutique militaires, Paris, 1865..

tous furent attaqués, excepté l'officier qui commandait la chaloupe \ »

Sur la proposition de Al. Bryson, le sulfate de quinine fut substitué au quinquina en poudre dans les stations de la côte d'Afrique. On versait une forte solution alcoolique de sulfate de quinine dans plusieurs fûts de vin, de manière que 30 gr. de vin renfermassent environ 0 gr. 25 de sulfate de quinine; les rapports de Sibbald, Heath, Henderson, F. Huppart, L.-J. Hayne, médecins de la marine royale anglaise, sont très favorables à cette manière de faire.

« Pendant que nous faisions du charbon à Sierra-Leone, écrit le chirurgien Sibbald, le temps était très humide, et nos matelots, ainsi que les officiers, furent fréquemment exposés à la pluie ; on donna un supplément de grog et de quinine à chaque homme. Un officier, qui ne croyait pas à l'action prophylactique de la quinine, refusa néanmoins d'en faire usage. Il fut le seul qui prit la fièvre. Elle eut une issue funeste.

« Des hommes de l'équipage du Pluton remontèrent le Pongo et restèrent 25 jours sur ce fleuve. Tous prirent du vin de quinine, quotidiennement, en doses régulières ; toutefois l'un d'eux ayant vomi après la première dose, cessa d'en prendre. 11 fut le premier à tomber malade ; il n'y eut qu'un seul autre cas de fièvre parmi ces hommes ^. »

« Pendant notre séjour dans la rivière de Lagos, dit Heath, on administrait le vin de quinine matin et soir aux hommes de l'équipage. Je crois que tous en prirent, à l'exception de deux aspirants de la marine et de deux matelots. Ces quatre personnes eurent de violents accès de fièvre. Le nombre total de nos hommes s'élevait à 220, et cependant il n'y eut que très peu d'autres cas de fièvre, et encore ofîrirent-ils peu de gravité ".

« 36 hommes de la Water-Witch prirent part à l'attaque de Lagos. Ils passèrent 4 ou 5 jours dans la rivière, et tous, à l'exception de trois, prirent du vin de quinine durant ce temps, et 15 jours après avoir quitté ce lieu. Cinq hommes seulement eurent la fièvre : les trois qui n'avaient pas pris de quinine, et

1. Rapports médicaux de la marine britannique, Med. Times and Gazette, Londres, janv. 1854, van Buren, op. cit., p. 52.

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