‹ Traité du paludisme (volume 2)Chapitre 215 sur 251 · A. Laveran, Traité d'hygiène militaire, Paris · texte numérisé non relu

A. Laveran, Traité d'hygiène militaire, Paris

L'infusion de café rend de grands services dans les pays chauds et palustres ; c'est en effet une boisson tonique qui, loin d'affaiblir l'organisme en provoquant des sueurs abondantes, le fortifie tout en calmant la soif; de plus, comme il est nécessaire de faire bouillir l'eau pour préparer l'infusion de café, l'eau même médiocre ou mauvaise se trouve purifiée de tous les germes en suspension.

L'infusion légère de thé a les mêmes avantages.

Ces infusions sont, avec raison, les boissons préférées des Orientaux.

Les boissons alcooliques dites hygiéniques : vin, bière, sont toniques, et rendent à ce titre d'incontestables services en pays palustre; l'introduction de la vigne en Sologne est citée comme une des causes de l'amélioration des conditions sanitaires des Solognots.

Mais si l'usage du vin et de la bière est recommandable, l'abus des boissons alcooliques constitue, surtout dans les pays chauds, un grand danger; l'alcoolisme est une des causes adjuvantes les plus communes des accidents pernicieux.

D'après M. le général Wolseley, il y a lieu de supprimer complètement les boissons alcooliques pour les troupes en campagne dans les pays chauds ^

Pendant les expéditions de la Côte d'Or, d'Abyssinie, d'Egypte toutes les boissons alcooliques ont été interdites dans l'armée anglaise et l'état sanitaire des troupes a toujours été excellent.

G. Habillement , coiffure. Du danger de s'exposer au grand soleil sans coiffure co7ivenable et pendant les heures les plus chaudes. — Des effets d'habillement trop lourds, trop chauds qui, par suite, augmentent la fatigue, prédisposent à l'invasion de toutes les maladies infectieuses ; il est donc très important d'adopter, dans les pays chauds, des vêtements commodes, légers, capables cependant de protéger le corps contre les variations nycthémérales, souvent très marquées dans ces pays.

La coiffure surtout doit être choisie avec soin; tous les auteurs signalent le danger auquel on s'expose lorsque, dans les pays chauds, on reste au soleil tête nue, ou avec une coiffure qui ne protège pas suffisamment la tête. L'exposition au soleil ne suffit pas à produire la fièvre, mais, chez les palustres, elle peut

1. The soldier's pocket book for field service, London, 1882. — A. Laveran. Traité d'hygiène milit., Paris, 1896, p. 297.

provoquer une rechute ou transformer un accès simple en accès pernicieux.

Le casque en liège recouvert de toile grise, qui a été adopté par les Anglais aux Indes, est une excellente coifTurequi protège bien les yeux et la nuque; une disposition très simple assure une ventilation énergique à l'intérieur du casque *.

Jousset, au Sénégal, a noté une température de 45" C. dans un chapeau noir mou, alors que dans un casque gris clair la température était seulement de 32" (température extérieure 50").

C'est avec raison que, dans les pays chauds, on a adopté l'habitude de faire la sieste pendant les heures les plus chaudes du jour. Les soldats sont consignés dans les casernes, de 10 h. du matin à 2 h. de l'après-midi, pendant les mois les plus chauds.

Les personnes qui ont eu déjà une ou plusieurs atteintes de fièvre palustre doivent redoubler de précautions pour éviter une rechute qui peut être provoquée par l'exposition prolongée au soleil, comme par une grande fatigue ou par des excès alcooliques.

H. De V usage iwéventif de la quinine. — Le premier essai du quinquina dans la prophylaxie du paludisme paraît remonter à 1717 ; pendant le siège de Belgrade, le comte de Bonneval prenait et donnait à ses hommes du quinquina; il réussit ainsi à se préserver lui et les siens -.

Lind et Morehead soumirent à plusieurs reprises les soldats de l'armée des Indes à l'usage du quinquina ou de la quinine dans le but de les préserver des fièvres palustres ; les résultats ne furent pas concluants.

En 1841, lors de l'expédition du Niger, l'emploi préventif de la quinine n'eut, paraît-il, aucun succès, mais nous ne savons pas à quelle dose la quinine fut prescrite; dans le voyage de Livingstone au Zambèse, cette mesure prophylactique se montra également peu efficace \

Dès 1848 C. Huet affirme l'efficacité de l'emploi préventif du quinquina : « Il est bien constaté aujourd'hui, écrit-il, et c'est un fait complètement acquis à la science, que le quinquina pris à certaines doses et à certains intervalles peut mettre parfaitement à l'abri de l'intoxication paludéenne les individus séjournant

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