‹ Traité du paludisme (volume 2)Chapitre 228 sur 251 · Vallin, Acad. de médecine, 31 mars · texte numérisé non relu

Vallin, Acad. de médecine, 31 mars

7. Maurel, Sur la prophylaxie du paludisme. Acad. de méd., 21 janv. 1896, et Tribune méd., 22 janv. 1896.

La quinine, administrée à la dose de 0 gr. 20 à 0 gr. 30 par jour, même pendant plusieurs mois, ne trouble en rien le fonctionnement des voies digestives.

Sézary et Cornebois ont constaté que la quinine agissait comme un tonique et qu'elle aug'mentait l'appétit, loin de produire la dyspepsie; il faut seulement avoir soin de la donner au moment des repas et non le matin, à jeun.

D'autre part, il est bien établi aujourd'hui que la quinine conserve toute son efficacité contre les manifestations du palu<lisme qui viennent à se produire chez les sujets soumis à la médication préventive.

La question de la dépense occasionnée par l'emploi de la quinine à titre préventif ne constitue pas, dans la plupart des cas, une objection sérieuse; le sulfate de quinine coûte beaucoup moins cher qu'autrefois et, en diminuant les frais de maladie occasionnés par le paludisme, on réalise une économie qui compense, et au delà, les frais d'achat de la quinine.

Le fait que la quinine, donnée préventivement, a été parfois inefficace ne doit pas faire condamner la méthode '.

Les expériences négatives ne détruisent pas les expériences positives, nombreuses, comme on vient de le voir; les insuccès s'expliquent le plus souvent par la faiblesse des doses de quinine employées; enfin, quand on ne réussit pas à empêcher l'infection palustre, par l'administration préventive de la quinine, on diminue du moins la gravité des accidents, on évite presque toujours les accès pernicieux, ce qui est un bienfait incontestable.

M. le D' Just Navarre a objecté que la méthode dite préventive n'était qu'une méthode thérapeutique palliative.

M. J. Navarre reconnaît d'ailleurs que l'administration de la quinine est utile pour retarder l'apparition de la fièvre et qu'en donnant 0 gr. 20 à 0 gr. 40 de sulfate de quinine au début d'une journée qui s'annonce comme particulièrement fatigante, on peut

1. Pendant l'expédition de Madagascar de 1895 il avait été décidé que la quinine serait distribuée à la dose de 0 gr. 10 à 0 gr. 20 pendant les quatre premiers jours de la semaine; mais, par suite de la difficulté des transports, l'emploi préventif de la quinine fut souvent interrompu. M. le D' Malinas constate que la plupart des malades n'avaient pas suivi d'une façon régulière le traitement préventif par la quinine {Arch. de méd. milit., février 1897); c'est aussi ce qui ressort de la petite enquête que j'ai faite près des malades que j'ai pu examiner. On ne peut donc pas citer l'épidémie de paludisme de Madagascar comme un échec de la méthode préventive.

éviter au nouvel arrivé un accès simple, au vieil impaludé un accès pernicieux'.

On voit qao M. le D' Navarre, tout en critiquant théoriquement l'emploi préventif de la quinine, arrive aie conseiller lui-môme; prévenir des accidents en donnant un médicament, n'est-ce pas faire de ce médicament un emploi préventif?

L'action de la quinine donnée préventivement me paraît facile à comprendre.

Les microbes du paludisme qui réussissent à s'introduire dans le sang' d'une personne qui prend de la quinine trouvent un milieu très peu favorable à leur développement; ils meurent ou du moins ils ne se développent qu'avec peine ; dans le premier cas il n'y a aucune manifestation morbide, dans le deuxième, on constate des symptômes légers, des formes atténuées du paludisme '.

La quinine agit donc en transformant le sang en un milieu très peu apte à la culture du microbe du paludisme et, comme ce microbe est très sensible à la quinine, il suffit de doses assez faibles pour obtenir de bons résultats.

M. le D"" Laborde, tout en admettant l'action parasiticide de la quinine, s'est demandé s'il ne fallait pas tenir compte aussi d'une action élective de cet alcaloïde sur l'élément anatomique normal et notamment sur les centres de thermogenèse ^, rien ne me paraît justifier cette hypothèse.

Une question importante se pose maintenant : comment et à quelle dose faut-il administrer, à titre préventif, les sels de quinine?

Il est évidemment indiqué de donner des doses qui, tout en étant efficaces, soient aussi faibles que possible, afin de ne pas fatiguer l'économie d'une part et, d'autre part, afin de ne pas accroître inutilement les frais du traitement.

Si l'on recherche comment on a procédé dans les cas où l'on a obtenu les meilleurs résultats, on constate que le sulfate de quinine a été prescrit, tantôt à la dose journalière de 0 gr. 20 à 0 gr. 30 (Bryson, Warren, Samuel Logan, Bizardel, etc.), tantôt à dose plus forte, mais d'une manière discontinue; c'est ainsi qu'on a obtenu de beaux succès en donnant 1 gr. de sulfate de quinine trois fois par semaine (Groeser).

1. Jlst Navarre, La prophylaxie du paludisme, Lyon, 1896, p. 29.

2. Ces formes atténuées ont été signalées notamment par Groeser, Berlin, klin. Wochenschr., 1889.

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