Académie de médecine
Les closes Je 0 gr, 05 à 0 gr. 10 par jour sont insuffisantes; les -doses journalières de 0 gr. 15 à 0 gr. 20 donnent déjà de bons résultats, au moins dans les pays où l'endémie palustre n'a pas une forme trop grave (Sézary, Gornebois).
La dose de 1 gr. administrée en une fois est trop forte; elle peut produire des bourdonnements d'oreilles ou de la surdité; je crois qu'il ne faut pas dépasser la dose de 0 gr. 50.
Est-il préférable de donner la quinine tous les jours, à la dose de 0 gr. 20 à 0 gr. 30, ou tous les deux jours à dose plus élevée?
Les deux méthodes présentent des avantages : lorsqu'on fait prendre la quinine chaque jour, le sang contient, à l'état permanent, une petite quantité de l'alcaloïde; lorsque la quinine est .administrée tous les deux jours, mais à plus forte dose, le sang est plus riche en alcaloïde à certains moments, et par suite plus toxique pour les microbes, mais, dans l'intervalle des prises, sa a^ésistance à l'envahissement des parasites est peut-être moins -grande que dans le premier cas. On sait que la quinine absorbée en une dose est éliminée en 36 ou 48 heures (Kerxer).
Plusieurs observateurs se sont prononcés pour les doses fortes : -0 gr. 30 à 0 gr. 60 tous les deux ou trois jours (Burot et Legrand) ou même 0 gr. 75 à 1 gr. tous les quatre ou cinq jours ^^Maurel), mais ces préférences sont un peu théoriques.
Il y aura lieu, je crois, d'instituer des expériences dans les conditions suivantes.
Soit un corps de troupe qui occupe une localité insalubre, on le divisera en trois groupes aussi homogènes que possilde, dont on exclura les hommes ayant eu déjà la fièvre palustre; au premier groupe on donnera une dose quotidienne de quinine (0 gr. 20 à 0 gr. 30), au deuxième on prescrira la quinine tous les deux jours (0 gr. 40 à 0 gr. 60), le troisième groupe ne prendra pas de quinine et servira de témoin ^
Si l'on donnait de la quinine à tous les hommes du corps de troupe en question, il serait très difficile de savoir, l'expérience terminée, dans quelle mesure la quinine a exercé son influence prophylactique; on a, il est vrai, la ressource de comparer les chiffres des atteintes et des décès, à ceux des années précédentes, mais
i. 11 n'y a pas d'inhumanité à agir ainsi, puisque l'utilité du traitement préventif ■est encore contestée par quelques médecins; les malades étant d'ailleurs surveillés de très près dans l'armée, en temps de paix, et traités rapidement, aucun accident n'est à craindre.
Laveran, Paludisme. 28
l'endémie palustre n'a pas tous les ans la même intensité, et d'autre part on adopte souvent, en même temps qu'on prescrit la quinine, d'autres mesures prophylactiques dont l'emploi préventif de la quinine ne doit pas bénéficier.
Le sulfate de quinine a été généralement employé pour le traitement préventif du paludisme; il a le grand avantage de se conserver facilement et, étant données les faibles doses prescrites, il est suffisamment soluble.
M. le D' Laborde a préconisé le chlorhydro-sulfate de quinine qui, d'après lui, serait mieux supporté que le sulfate de quinine.
Lorsqu'il s'agit de faire absorber rapidement, à un malade atteint de fièvre palustre, de la quinine, il y a lieu de préférer au sulfate de quinine le chlorhydrate ou le chlorhydro-sulfate, mais pour la médication préventive, il importe moins que l'absorption soit rapide.
Quand on emploiera le chlorhydrate de quinine, on le prescrira à dose un peu plus faible que le sulfate ; le chlorhydro-sulfate sera donné à la même dose que le sulfate.
Le meilleur procédé d'administration consiste à faire prendre la quinine en dissolution dans du vin ; la critique qui a été faite de favoriser l'alcoolisme en donnant du vin de quinine nous paraît peu sérieuse. Le sulfate de quinine ne sera pas mis dans du café, il est en effet démontré que, dans ces conditions, une partie de la quinine est précipitée.
A défaut de vin ou d'eau-de-vie étendue d'eau, on fera prendre la quinine dans des cachets ou en pilules.
Les pilules, quand elles sont bien faites et pas trop anciennes, ont de grands avantages pour l'emploi préventif de la quinine en campagne. On ne peut pas songer à faire des distributions régulières de vin de quinine, ni même de poudre de quinine; il est au contraire facile de distribuer aux soldats, au moment du départ, des étuis renfermant des pilules de quinine, et de prescrire de prendre tant de pilules par jour.
La quinine sera prise au moment des repas, de manière à éviter l'irritation qu'elle pourrait produire sur la muqueuse de l'estomac vide.
On a aussi employé en Amérique le sulfate de cinchonine et, paraît-il, avec succès *.
1. Evans, Essais d'hygiène et de thérap. miUt., Paris, lS6o, p. 69.
Le sulfate de cinchonine est moins coûteux que le sulfate de quinine, mais il est aussi moins actif et il faudrait le prescrire à plus forte dose que ce dernier, ce qui serait un grave inconvénient.
On ne peut pas songer à faire prendre la quinine préventivement d'une façon continue, aux habitants des pays palustres, cela serait d'ailleurs inutile.
Dans les pays oii l'endémo-épidémie est bien marquée, comme en Algérie, on donnera la quinine pendant 4 ou 5 mois et seulement aux personnes qui sont obligées de résider continuellement dans des localités insalubres.
Dans la marine il suffira de faire prendre la quinine aux hommes qui ont à faire des corvées à terre, sur des côtes insalubres.
Les voyageurs, les soldats en campagne, ne prendront la quinine que quand ils traverseront une contrée dangereuse dans laquelle le paludisme sévit avec intensité.
Le traitement préventif sera appliqué en particulier avec rigueur, et en employant des doses fortes , lorsque des ouvriers seront obligés de remuer le sol en pays palustre ou de travailler au dessèchement des marais.
Le traitement préventif ne doit pas être interrompu brusquement, au moment oii l'on quitte les localités palustres, il y a lieu de le continuer pendant 15 jours au moins.
L Emploi jjréventif de V acide arsénieux, des sulfites alcalins, etc. — L'acide arsénieux a été expérimenté à plusieurs reprises, en Italie, au point de vue de son pouvoir préservatif contre les fièvres palustres.
Tommasi Crudeli dit avoir obtenu des résultats favorables en soumettant à la médication arsenicale des ouvriers et des employés des chemins de fer italiens obligés de travailler dans des régions insalubres et d'y résider \ Sur 455 individus soumis à cette médication, 338 guérirent des fièvres qu'ils avaient ou bien furent préservés, pour 43 le résultat fut négatif et pour 74 douteux.
En 1883 et 1884, des expériences ont été faites en Vénétie sur les hommes de la 2'' compagnie de discipline, qui avaient consenti à s'y soumettre.
L'arsenic était pris sous forme de gélatine arsenicale; la dose
l. Rapport présenté au ministre de l'agriculture le 18 mars 1883. — Bouley, Revue scientif'., 14 juillet 1883.
d'acide arsénieux était portée progressivement de 1 à 8 milligrammes et continuée à cette dose, à moins d'accidents gastrointestinaux, auquel cas la médication était suspendue.
En 1883 et en 1884, 100 soldats n'ayant jamais eu les fièvres, et placés dans les mêmes conditions de milieu, ont pris part à l'expérience. 50 soldats soumis au traitement préventif par l'acide arsénieux ont donné 14 cas de fièvre palustre, tandis que les 30 autres, qui n'avaient pas été soumis au traitement, en fournissaient 19 *.
Ces résultats sont, comme on voit, peu probants.
L'emploi préventif de l'acide arsénieux paraît avoir été abandonné en Italie.
Kolstoch, sur la côte orientale d'Afrique, a soumis, sans succès, 68 personnes à la médication préventive par l'arsenic ".
En 1896, M. de Gouvea a cité quelques faits favorables à cette médication ^
L'acide arsénieux qui, employé à petites doses, est un tonique et un reconstituant, peut donner, comme tous les autres médicaments de cette catég-orie (café, noix vomique, etc.), des résultats favorables, surtout chez des individus déjà anémiés, mais il n'a pas d'action spécifique et l'on comprend qu'à titre préventif, comme à titre curatif, il soit beaucoup moins efficace que la quinine.
Les sulfites alcalins, préconisés par Mazzolini, n'ont aucune action préventive.
William Moore a constaté aux Indes que les fumeurs d'opium étaient bien moins sujets aux fièvres palustres que les autres habitants * ; en admettant que le fait soit exact, on n'en peut tirer aucun avantag-e pour la prophylaxie du paludisme. Devenir fumeur d'opium pour se soustraire au paludisme, ce serait éviter un mal pour tomber dans un pire.
J. Essais d'immunisation avec le sérum d'animaux réfractaires au paludisme. — Ces essais n'ont pas donné de résultats satisfaisants ^
Celli et Santori ont injecté à 6 individus n'ayant jamais eu les