Mégnin, Acad. de méd., 15 oct
2. BoKOiiE, Ueber parasilâre Ictero-Hiimaturie der Schafe, Beitrag zuna Studiiim der Amoebo-Sporidien, Virchow's Arch., 18'Jo, p. 1.
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G. -P. Piana et Bruno Galli-Valerio ont observé chez un chien des hématozoaires ayant une grande analogie avec ceux de la fièvre du Texas*.
Maladie PRODurrE par les trypanosomes chez le rat, le cheval, LE MULET, LE CHAMEAU, ETC. ^ — Lcs trypanosomes sont des parasites bien difîérents de l'hématozoaire du paludisme; il me paraît cependant indispensable de signaler ici la maladie, très répandue dans certains pays, à laquelle ils donnent lieu, d'autant plus que cette maladie a été souvent confondue avec le paludisme.
Gros et Chaussât ont signalé l'existence, dans le sang du mulot, de la taupe et du rat noir, de vermicules qui paraissent devoir être rapportés aux trypanosomes; c'est à Lewis que revient le mérite d'avoir donné la première description complète de ces parasites dans le sang du rat.
Lewis a observé, à Calcutta, dans le sang de Mus decunianus et Mus rufescens un nombre considérable d'animalcules pourvus à l'une des extrémités d'un long flagelle; le corps de ces animalcules était transparent, anhiste et mesurait 20 à 30 [j. de long sur 0,80 à 1 [JL de large; ces hématozoaires étaient animés de mouvements très vifs.
Lewis a rencontré ces parasites à Calcutta chez 29 pour 100 des rats examinés, les animaux infectés ne semblaient pas malades.
Griffith Evans a fait connaître, en 1880, une maladie qui sévit aux Indes sur les chevaux, les mulets et les chameaux, et qui est désignée sous le nom de Surra.
Cette maladie, qui a les caractères d'une fièvre rémittente, est occasionnée par des hématozoaires qui ont été décrits d'abord sous le nom de Spirilles (Evaiss), puis sous le nom de Spirochœta Evansii (Steel) et enfin sous celui de Trypanosomes (Gruby).
1. G. -P. Piana et Bruno Galli-Valerio, Su di un infezione del cane con parassiti endoglobulari nel sangue, Moderno Zooiatro, 1895, n" 9.
2. Vandyke Carter, Sur la maladie infectieuse du rat et du cheval dans l'IndCy Mém. scientif. des méd. milit. des Indes, Calcutta, 1888. — Chalachnikow, Rech. sur les parasites du sang chez les animaux à sang froid et à sang chaud, Kharkov. ■1888. — Damlewsky, Nouv. rech. sur les parasites du sang des oiseaux, Kharkov, ■1889. — F. JoLYET et B. de Nabias, Journ. de méd. de Bordeaux, 1" mars 1891. — A. Laveran, Des trypanosomes parasites du sang, Arch. de méd. expér., 1892, p. 257. — MoLLEREAu, Sur uoc maladie des mulets au Tonkin, Bull. Soc. centr. de méd. vétérinaire, 1888, p. 694. — Railliet, Traité de Zoologie médicale, 2= édit., 1893, p. 164. — Rouget, Ann. de Vinst. Pasteur, 1896, p. 716.
Les trypanosomes donnent lieu fréquemment, aux Indes, à des épizooties qui atteignent les chevaux, les éléphants et les chiens '.
En 1890, 40 poneys meurent du Surra à Katgodam ; de 1891 à 1893 il en meurt 50.
Plusieurs épizooties de Surra ont atteint les chevaux dans le Sind.
A Burmah, en 1893, sur 32 éléphants employés à porter du hois, 14 meurent du Surra.
En 1893 Lingard a observé une épizootie de Surra sur des chiens anglais destinés à la chasse au renard; la maladie était caractérisée par des accès de fièvre, de l'anorexie, de l'œdème de la peau de la tête et de la gorge, de l'injection des conjonctives, des épanchements intra-articulaires et, dans quelques cas, par des dépôts sanguins dans la chambre antérieure de l'œil, avec opacité consécutive de la cornée.
L'examen histologique du sang, fait au moment des paroxysmes fébriles, montra des trypanosomes tout à fait semblables à ceux du cheval; on trouva également ces parasites dans les dépôts sanguins de la chambre antérieure de l'œil.
Des épizooties semblables avaient régné en 1869 aux chenils d'Ootacamund et, en 1884, dans plusieurs meutes à Madras, mais leur véritable nature avait été méconnue.
En février 1894 une nouvelle épizootie a été observée dans une meute de Mhow.
La maladie connue dans le Zoulouland sous le nom de Nagana ou de Maladie de la mouche Isétsé est produite par des trypanosomes très voisins de ceux du Nagana, sinon identiques à ces derniers.
La maladie qui a été observée par MM. Dupuy et Pierre chez les chevaux au Soudan, et rapportée par eux au paludisme, est occasionnée très probablement aussi par des trypanosomes; j'ai déjà eu l'occasion de parler de cette épizootie (V. p. 90) et des parasites signalés par M. Pierre dans le sang des chevaux malades.
Les trypanosomes s'observent fréquemment, même dans nos pays, dans le sang du rat, du lapin, des oiseaux et de la grenouille.
Crookshank a retrouvé le parasite de Lewis 25 fois sur 100 dans le sang du rat d'Europe. J'ai constaté que cette maladie parasitaire n'était pas très rare chez les rats à Paris.
1. A. LiNGARD, Summary of further Report on Surra, Bombay, 1894; anal, de Catrin in Arcli. de méd. expérim., 1895, p. 160.
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En Russie, Chalachnikow a trouvé le parasite de Lewis dans le sang de Mus decumanus et de Cricetus frumenlarius.
Jusqu'ici, cette maladie n'a pas été observée chez l'homme ^
Je m'occuperai seulement des trypanosomes du rat, qui sont les mêmes que ceux du Surra.
Ces hématozoaires se présentent, dans le sang frais, sous l'aspect d'éléments fusiformes très mobiles.
La partie la plus large ou corps est grisâtre, homogène, avec un espace clair qui est un noyau.
L'une des extrémités est munie d'un flagelle, et une membrane
Fig. 27. — ïrypanosoiue des rats (d'apros Chalachnikow). — a, b, c, d, e, f, différents aspects du parasite. — i/, h, i, pseudolcucocytes. — j, division des pseudoleucocjtcs. — k, l, ?n, n, formes jeunes résultant de la division des pseudoleucocytes.
ondulante, mince et incolore, va d'une extrémité à l'autre (rf, e, fig. 27).
Les trypanosomes arrivés à leur développement complet mesurent de 40 à 50 ;j. de long, sans compter le flagelle.
Les trypanosomes sont animés d'un mouvement spiraliforme, c'est pour rappeler ce mouvement que Gruby leur a donné leur nom (de xpûiravov, tarière, TÔjjjia, corps) ; le flagelle est dirigé en avant et les mouvements se propagent du flagelle à la membrane ondulante.
Chalachnikow a réussi à cultiver ces parasites dans du sérum
1. Je crois devoir cependant signaler le fait suivant : le 6 décembre 1894, à l'institut médical de Liverpool, le D"^ Barron a rapporté le cas d'une dame âgée de trente-neuf ans. atteinte d'anémie avec teinte terreuse de la peau, dans le sang de laquelle on trouvait un grand nombre de protozoaires flagellés. Au bout de deux mois de traitement par l'arsenic, l'aloès et le fer, les protozoaires avaient disparu.
de sang- de chien préparé aseptiquement ; 6 jours après avoir ensemencé le sérum avec du sang- renfermant les parasites de Lewis, on observait, outre les formes ordinaires, de nouvelles formes à différents stades de développement.
On trouvait des corps protoplasmiques assez semblables à des leucocytes, avec de petites sphères brillantes à l'intérieur, quelquefois un de ces éléments présentait une scissure et formait deux sphères {g, h, i) ; d'autres fois ces sphères se divisaient en corps fusiformes (j) et donnaient ainsi naissance à une colonie de jeunes parasites. La culture renfermait un g-rand nombre déjeunes parasites fusiformes, libres, à divers degrés de leur développement (/r, l, m, n), quelquefois les jeunes trypanosomes étaient réunis par une extrémité (m).
La multiplication parait donc pouvoir se faire par les corps amiboïdes ou par division longitudinale des jeunes trypanosomes.
Les trypanosomes sont facilement inoculables entre animaux de même espèce et même souvent entre animaux d'espèces différentes, aussi les procédés d'infection des trypanosomes sont-ils plus faciles à étudier, et par suite mieux connus, que pour les hématozoaires endog-lobulaires.
Steel et Evans ont montré que le Surra était inoculable aux chevaux, aux mulets et aux chiens ; il est ég-alement inoculable à la souris, au rat et au lapin. La souris blanche se prête très bien à l'étude des trypanosomes du cheval et des mulets.
« La moindre plaie offre une porte d'entrée au parasite ; nous avons infecté, dit Roug-et, plusieurs chiens en leur faisant à la face interne d'une cuisse une scarification superficielle qu'on imbibait ensuite d'une g-outte de sang- recueilli sur un animal malade. Les inoculations sous-cutanées sont plus sûres ; les injections intra-veineuses ou intra-péritonéales hâtent la g-énéralisation et par suite le dénouement. La solution de continuité n'est même pas nécessaire, car le trypanosome traverse les muqueuses saines : une goutte de sang- riche en parasites déposée dans le cul-de-sac conjonctival inférieur d'un lapinfsuffît à lui donner la maladie...
« L'absorption par les voies dig-estives de produits divers riches en parasites n'a jamais été suivie de succès » {A^m. de Vinst. Pasteur, 1896, p. 720).
J'ai déjà eu l'occasion de dire que le Nagana est transmis par la piqûre de la mouche tsétsé (p. 129); le dard de la mouche qui vient de sucer le sang- d'un animal malade reste couvert d'héma-
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tozoaires qui sont inoculés aux animaux sains que la mouche vient ensuite à piquer.
On comprend même que des mouches ordinaires puissent transmettre la maladie en portant sur la conjonctive ou sur une plaie d'un animal sain des parasites provenant d'une plaie d'un animal malade.
Pour le traitement du Surra chez le cheval, Lingard a préconisé l'arsenic à dose rapidement croissante.
En somme le Surra nous fournit un exemple remarquable d'une maladie qui règne à l'état endémique comme le paludisme, qui se manifeste comme lui par des symptômes généraux et en particulier par de la fièvre, et qui comme lui aussi est produite par des parasites du sang- appartenant aux protozoaires.
Pendant le cours de l'impression de cet ouvrage des travaux intéressants ont été publiés sur différents points de l'histoire du paludisme; je crois devoir en donner ici un rapide résumé.
M. le D' P.-L. Simond, médecin du corps de santé des colonies, a apporté une importante contribution à l'histoire des coccidies en général et à celle du microbe du paludisme en particulier *.
On a admis jusque dans ces dernières années deux catégories de coccidies caractérisées par un mode de reproduction différent.
Dans la première de ces catégories le parasite, arrivé au terme de son développement intra-cellulaire, s'enkyste en sécrétant une membrane d'enveloppe, puis à l'intérieur du kyste s'organisent un certain nombre de spores pourvues d'une enveloppe résistante, et chacune de ces spores donne naissance à un nombre fixe de corps falciformes ou sporozoïtes. Le type le plus connu des coccidies de cette espèce est le Coccidium ovi forme du lapin. La transformation du contenu des spores en corps falciformes n'a lieu souvent qu'après destruction de la cellule hôte du kyste, ou même après expulsion de ce kyste dans le milieu extérieur.
Dans l'autre catégorie, la coccidie, après avoir atteint son développement complet, se divise, sans enkystement préalable, en un nombre variable de germes, puis elle se rompt et laisse échapper ces germes; r£'?V»erm de l'intestin de la Salamandre, découverte en 1888 par Heidenhain, était citée comme le type des coccidies de cette catégorie.
En 1891 R. Pfeiffer observa chez les coccidies de l'épithélium
1. P.-L. Simond, L'évolution des sporozoaires du genre Coccidium, Ann. de l'inst. Pasteur, juillet d897. — Du même, Histoire naturelle du microbe du paludisme, d'après les études comparatives faites chez les coccidies, Arch. de méd. nav., juillet 1897.
intestinal du lapin ces deux modes de reproduction et il créa ce qu'on a appelé la théorie du dimorphisme évolutif des coccidies.
Les observations faites par M. le D' Simond sur diflérentes coccidies {Coccidiiim oviforine, KarijOjihagus salamandrse) confirment entièrement l'opinion de Pfeiffer.
« On doit considérer désormais la coccidie, écrit M. Simond, comme un être qui naît d'une spore de résistance, dans le corps d'un animal où cette spore a été introduite. Le germe ou sporozoïte mis en liberté par destruction des parois de la spore gagne l'intérieur d'une cellule et s'y développe aux dépens de la substance de cette cellule. Quand il a acquis un certain volume, il subit une seg-mentation en un nombre variable de fragments qui sont autant de g'ermes d'un ordre inférieur à ceux issus de la spore. Ces germes, doués d'une faible motilité, quittent la cellule hôte, dont la destruction est à ce moment complète, pénètrent dans les cellules voisines, et y accomplissent une nouvelle évolution semblable à la précédente. 11 peut ainsi se produire un nombre très considérable de générations intra-cellulaires successives et une pullulation inouïe du parasite dans le tissu qui convient à son développement. Toutefois ce processus n'est pas indéfini; dans des conditions encore mal précisées, au lieu d'aboutir à ce stade de segmentation endogène, la coccidie arrivée à un maximum d'accroissement s'enkyste et produit des spores. Rejetée sous forme de kyste dans le milieu extérieur, elle attendra d'être ingérée par un autre animal de l'espèce à laquelle elle est adaptée, pour déterminer une infection nouvelle dans ses tissus. » {Aixh. de méd. iiav., 1897, p. 48.)
M. le D"" Simond propose de conserver le mot de sporozo'Ues pour désigner les germes issus de spores (reproduction exogène), et d'adopter celui de mérozoïtes pour désigner les germes de la segmentation directe (reproduction endogène).
En comparant les stades du développement des coccidies avec les formes du microbe du paludisme M. Simond arrive aux conclusions suivantes :
Il doit exister dans la nature une forme de résistance sporulée du parasite du paludisme.
Transportée par les agents extérieurs, et introduite dans l'organisme de l'homme, la spore éclôt, et il en sort un ou plusieurs sporozoïtes qui pénètrent dans le sang.
Les sporozoïtes grandissent dans les globules rouges, aux dépens du protoplasma de ces globules.
A un moment donné les parasites se segmentent (corps en rosace) et les mérozoïtes provenant de la segmentation, devenus libres par rupture de l'enveloppe globulaire, pénètrent dans d'autres hématies et y recommencent la même évolution, ce qui permet de comprendre la rapidité avec laquelle se multiplient les parasites.
Le pigment qui résulte de la désassimilation de l'hémoglobine s'accumule au centre du parasite au moment où la segmentation va s'opérer et constitue une partie du reliquat, au moment oii les mérozoïtes se séparent.
Les parasites à pigment aggloméré tendent, probablement pour une raison physique, à s'accumuler dans les capillaires.
La majeure partie des mérozoïtes aboutissent au stade en rosace^ mais il en est aussi qui se transforment en corps en croissant dont la signification nous échappe encore, ou qui donnent naissance à des flagelles.
Il résulte des recherches de MM. Metchnikoff et Simond que le stade à flagelles s'observe non seulement chez les hématozoaires du paludisme et chez les hématozoaires similaires des oiseaux, mais aussi chez les coccidies les mieux qualifiées : Coccidium salamandrse, Coccidium ovi forme, Coccidium proprium (tritons). M. Simond, s'appuyant, sur les observations de SacharofT, admet que les flagelles des hématozoaires du paludisme sont formés, comme ceux des coccidies qu'il a étudiées, par des filaments de chromatine et il propose de leur donner le nom de chromatozoïdes ; il émet l'hypothèse que les flagelles ou chromatozoïdes sont des éléments sexuels mâles destinés à se conjuguer avec les mérozoïtes pour donner des générations sporulées.
Cette théorie de l'évolution de l'hématozoaire du paludisme est ingénieuse, mais bon nombre de points restent obscurs (rôle des croissants, nature des sporozoïtes, état dans le monde extérieur); on peut objecter aussi que si l'hématozoaire du paludisme se rapproche beaucoup des coccidies, on ne peut pas cependant affirmer qu'il rentre dans cette classe de parasites, ni par conséquent lui appliquer exactement les lois qui régissent l'évolution des coccidies; mais les hypothèses sont indispensables dans les sciences, à condition qu'on cherche à les vérifier et qu'on sache les abandonner quand elles sont contredites par les faits.
Les recherches de M. Simond viennent à l'appui des miennes sur deux points importants : 1° M. Simond conclut à l'existence d'un
seul parasite du paludisme qui se présente sous différentes formes et dont l'évolution est plus ou moins rapide suivant les climats; ■2° ses observations sur le stade flagellé des coccidies montrent bien que les flagelles de l'hématozoaire du paludisme ne doivent pas être considérés comme un produit de dégénérescence, qu'il s'agit, comme je l'ai toujours soutenu, d'une phase de l'évolution régulière des parasites.
M. le D"" Marchoux, médecin du corps de santé des colonies, •comme M. le D' Simond, a donné une bonne description du paludisme au Sénégal et il a bien fait ressortir les particularités que présente l'évolution du parasite du paludisme dans cette région \
J'ai déjà parlé de ces recherches (p. 52) ; M. Marchoux avait bien voulu en effet me montrer ses préparations, mais au moment oii j'écrivais les premiers chapitres de cet ouvrage M. Marchoux n'avait encore rien publié sur la question.
Au Sénégal, dit M. Marchoux, l'année se partage en deux saisons très tranchées : la saison sèche de novembre à juillet, la saison des pluies de juillet à la fin d'octobre. L'état sanitaire est -excellent pendant la première de ces saisons, les établissements hospitaliers sont presque vides. Brusquement, dès que tombent les premières pluies, les malades affluent dans les hôpitaux, qui deviennent trop petits pour les contenir; tous ont la même affection : le paludisme.
La maladie se présente presque toujours sous la même forme : c'est d'abord une fièvre continue ou rémittente qui s'accompagne souvent de vomissements, d'ictère et de symptômes nerveux plus ou moins graves : stupeur, délire, etc.
Sous l'influence de la quinine la fièvre cède en trois ou quatre jours, mais au bout de douze à quatorze jours elle reparaît sous forme d'accès intermittents ; les rechutes se succèdent à des intervalles plus ou moins rapprochés et aboutissent souvent à la cachexie.
La congestion pulmonaire est fréquente. « Il est arrivé plusieurs fois, écrit M. Marchoux, que des malades ont été envoyés à l'hôpital pour broncho-pneumonie qui, à l'examen microscopique d'une goutte de sang, ont été reconnus pour des paludéens. » {Ann. de Vinst. Pasteur, 1897, p. 643.)
1. E. Marchoux, Le paludisme au Sénégal, Soc. de biologie, 17 juillet 1897, et Ann. de Vinst. Pasteur, août 1897.
L'albuminurie a été rencontrée chez la plupart des malades; elle n'apparaît que rarement pendant la fièvre, c'est le lendemain ouïes jours suivants qu'on l'observe; la quantité d'albumine est souvent en rapport avec la gravité de l'accès.
Il résulte des observations de l'auteur qu'au Sénégal la fièvre palustre n'éclate jamais chez les nouveaux venus avant le quatorzième jour qui suit le débarquement.
347 malades atteints de paludisme ont été examinés par M. Marchoux, et dans tous les cas la présence de l'hématozoaire spécifique a été facilement constatée.
C'est vers la fin des accès que les parasites se montrent en plus grand nombre dans le sang; ils sont remarquables par leur petitesse et par ce fait que souvent ils ne contiennent pas de pigment.
M. Marchoux s'est servi d'une solution de thionine pliéniquée pour la coloration des hématozoaires (V. p. 102).
Les formes jeunes du parasite se présentent sous l'aspect de petits disques de un à deux [t. de diamètre, composés d'une substance réfringente; sur les préparations colorées à la thionine, les éléments parasitaires sont limités par une ligne violette plus ou moins large, le centre de l'élément restant incolore.
A une période plus avancée de l'évolution, un grain chromatique (nucléole) apparaît à la partie interne du cercle coloré qui constitue le cytoplasma. La partie colorée du parasite ressemble alors à une bague munie d'un chaton.
Quelquefois on observe, au lieu d'un seul nucléole, deux grains chromatiques aux deux pôles de l'hématozoaire, mais ces deux grains chromatiques ne persistent pas ; à une phase plus avancée le nucléole redevient unique.
En face du nucléole, à l'autre pôle, le cytoplasma se développe et paraît formé d'une sorte de réseau circonscrivant de petites vacuoles.
ce Le nucléole subit des transformations qui marchent parallèlement à ce développement cytoplasmique. Il gagne petit à petit le centre du noyau, où il se divise en formant un anneau qui grandit et finit par atteindre l'anneau cytoplasmique. Celui-ci perd graduellement la faculté de se colorer pendant que les nucléoles jeunes gagnent la périphérie. Il reste alors un corps annulaire dont la limite externe est très accusée pendant que du côté interne existe une teinte dégradée jusqu'au centre qui est à nouveau
très réfringent. » (Comptes rendus de la Soc. de biologie, 1897,
Il arrive souvent que les hématozoaires ne renferment pas de pigment.
On ne trouve pas, dans le sang recueilli par piqûre du doigt, de parasites en voie de sporulation ; cette phase s'accomplit dans les capillaires du cerveau, de la rate et du foie, ainsi qu'on peut s'en assurer chez les sujets qui succombent à des accès pernicieux.
Le parasite, d'abord accolé aux hématies, devient ensuite endoglobulaire; M. le D"" Marchoux dit avoir observé quelquefois lesdifférentes phases de la pénétration dans les hématies.
Les corps en croissant sont constants à partir du douzième jour; lors des rechutes on les trouve en plus grand nombre.
Sur neuf cas de fièvre bilieuse hémoglobinurique, l'hématozoaire du paludisme n'a été noté qu'une fois dans le sang, mais dans les pièces d'autopsie provenant de deux cas de bilieuse hémoglobinurique, on trouvait une grande quantité de pigment mélanique caractéristique du paludisme.
Les recherches de M. Marchoux comme celles de Duggan, de Plehn et de Ziemann montrent bien que dans les régions intertropicales l'évolution du parasite du paludisme n'est pas la même que dans les climats chauds ou tempérés, mais il n'y a pas lieu pour cela de conclure à l'existence de parasites différents.
La durée de l'évolution du parasite du Sénégal n'est pas fixe ; elle varie de vingt-quatre à quarante-huit heures et le type de la fièvre se modifie souvent , les formes parasitaires restant les mêmes. Pendant la saison sèche on observe les grandes formes amiboïdes comme dans les régions tempérées, et même, pendant l'hivernage, au moment oii les Européens malades sont tous porteurs de la forme à évolution rapide, les mulâtres présentent les grandes formes pigmentées {Ann. de Vinst. Pasteur, 1897, p. 659).
Chez les malades qui ont contracté le paludisme dans les régions intertropicales et qui ont des rechutes de fièvre en Europe, on trouve, comme j'ai déjà eu l'occasion de le dire (p. 52), les mêmes formes parasitaires que chez ceux qui ont pris la fièvre en Europe ou en Algérie.
M. le D"" Marchoux cite un fait intéressant, dû à M. le D"" Grimaud, à l'appui de l'efficacité de l'emploi préventif de la quinine {Ann. de Vinst. Pasteur, 1897, p. 655).
Le D*" Hans Ziemann, qui a étudié le paludisme au Cameroun,
insiste dans un travail récent* sur la grande variabilité des formes du parasite du paludisme chez les mêmes malades et sur les ressemblances qui existent entre les parasites observés au Cameroun et ceux des fièvres palustres contractées en Europe. Il fait toutefois des réserves sur l'identité de ces parasites.
Pour en finir avec le paludisme intertropical, je dois citer encore un intéressant travail du D"" Thin sur les altérations anatomiques observées dans un cas de fièvre pernicieuse de Sierra Leone terminé par la mort [M edico -chirurgical Transactions, t. 79) et un article du D*" Plehn [Wiener klin. Rundschau, 11 juillet 1897).
Le D"" Patrick Manson a obtenu, en se servant de la méthode de coloration indiquée par Sacharoff(V. p. 104), de très bonnes photographies des hématozoaires du paludisme et notamment des corps à flagelles ^; je sais par expérience toutes les difficultés de cette entreprise ; les corps sphériques et les croissants sont plus faciles à photographier que les corps à flagelles; avec le précieux concours de M. Yvon j'ai réussi à obtenir de très bonnes photographies des premiers de ces éléments ^ ; Sacharoff en a obtenu aussi de très nettes *.
Au récent Congrès de médecine de Moscou plusieurs communications sur le paludisme ont été faites; je ne connais ces travaux que très incomplètement, par les analyses qui en ont été données dans les journaux; je ne puis donc qu'indiquer les sujets traités, et les principales conclusions auxquelles les auteurs sont arrivés.
M. le D"" Gautier (de Moscou) a étudié l'hématozoaire du paludisme en se servant du procédé de coloration de Romanowsky (V. p. 101).
Dans les cas de paludisme du Caucase il dit avoir distingué trois espèces d'hématozoaires, chacune de ces espèces ayant une évolution distincte qui permet de la distinguer des deux autres : l'hématozoaire de la tierce, de la quarte et une troisième espèce qui évolue en deux jours et qui s'observe dans les fièvres irrégulières, dans les quotidiennes ou les tierces.
1. Hans Ziemann, Zur Morphologie derMalariaparasiten. CeniralùLf. Bakter.,1891, XXL Bd, p. 641.
2. Patrik Manson, A method of staining the malaria flagellated organisni, British med. Journal, 40 juillet 1897.