‹ Traité du paludisme (volume 2)Chapitre 46 sur 251 · Arnaud, Soc. de biol., 2 avril · texte numérisé non relu

Arnaud, Soc. de biol., 2 avril

HÉMATOZOAIRE DU PALUDISME 81

Ainsi, les croissants ne sont pas particuliers à telle ou telle forme de fièvre palustre ; on peut dire seulement qu'ils se rencontrent fréquemment chez les cachectiques, et, par suite, dans les fièvres graves d'automne qui se produisent souvent chez des cachectiques; leur présence est beaucoup plus rare dans les continues du début de la période endémo-épidémique qui sont souvent des fièvres de première invasion.

Les partisans de la pluralité des parasites du paludisme ont invoqué encore à l'appui de leur thèse les résultats de l'inoculation du paludisme; d'après quelques observateurs, en inoculant du sang de tierce, de quarte ou de fièvre ir régulière à un individu non palustre, on réussirait toujours à reproduire chez l'inoculé le type de la fièvre du malade auquel on a pris du sang et on verrait apparaître, dans le sang de l'individu inoculé, des éléments parasitaires semblables à ceux que renfermait le sang qui a servi à l'inoculation.

Je reviendrai plus loin sur cette question {Ch. iv); pour le moment il me suffît de constater que ces expériences n'ont pas tranché la question, parce qu'on n'a pas toujours obtenu, chez les individus inoculés, des fièvres de même type que chez les malades qui avaient fourni du sang et que, d'autre part, on peut s'expliquer que le type fébrile se reproduise souvent chez l'individu inoculé sans admettre pour cela l'existence de plusieurs espèces d'hématozoaires'.

Nous avons vu (Ch. ii) que dans tous les pays palustres on retrouve l'hématozoaire sous ses différentes formes; les corps en croissant ont été vus à côté des corps amiboïdes en Algérie, en Tunisie, en Italie, en Russie, en Autriche-Hongrie, en Allemagne, aux Etats-Unis, au Mexique, à Cuba, aux Indes; je les ai retrouvés dans le sang de malades qui avaient contracté la fièvre à Madagascar, à la Guyane, au Tonkin, au Sénégal, au Dahomey, etc. C'est là, ce me semble, une excellente preuve qu'il s'agit d'un seul et même parasite ; s'il y avait des espèces différentes il est probable que, dans certaines localités, l'une d'elles se rencontrerait à l'exclusion des autres.

L'unité du paludisme au point de vue clinique et anatomo-pathologique est indiscutable.

4. Lorsque l'hématozoaire polymorphe du paludisme s'est adapté chez un individu de manière à produire une quarte par exemple et qu'on le transporte chez un autre individu, on conçoit qu'on obtienne souvent une quarte.

Laveran, Paludisme. 6

On rencontre plus souvent telles ou telles formes dans telles ou telles conditions; les tierces et les quartes, par exemple, sont beaucoup plus communes dans nos climats que dans les pays chauds, mais on ne peut pas dire qu'il y ait ici un foyer de tierces, là un foyer de quartes ou de fièvres irrégulières ; c'est dans les mêmes foyers endémiques que l'on contracte les fièvres des différents types et ces types varient d'une façon régulière avec les saisons et les climats.

L'anatomie pathologique montre aussi l'unité du paludisme; la mélanémie, l'hypersplénie sont des lésions communes à toutes les fièvres palustres.

Enfin le même traitement est applicable à toutes ces fièvres.

C'est un fait bien connu que la fièvre change souvent de type chez un même malade.

Il est rare, surtout dans les pays chauds, qu'une fièvre débute avec le type tierce ouïe type quarte ; le plus souvent elle est d'abord continue ou quotidienne et c'est lors d'une rechute qu'elle se transforme en tierce ou en Cjuarte.

Le type de la fièvre peut même se modifier, lorsque les malades ont quitté les pays palustres, c'est-à-dire dans des conditions qui excluent l'idée d'une nouvelle infection.

Pour expliquer ces faits dans l'hypothèse de la pluralité des parasites, il faut admettre que les différentes espèces d'hématozoaires coexistent souvent chez le même malade et qu'elles prédominent tour à tour.

Pour tous ces motifs je persiste à croire qu'il n'existe qu'un seul parasite du paludisme ; la polymorphie de ce parasite et l'impossibilité où nous sommes de le cultiver et d'observer toutes ses transformations expliquent que l'opinion contraire ait trouvé des^ partisans.

Les observateurs qui se sont prononcés comme moi en faveur de l'unité de l'hématozoaire du paludisme, malgré la diversité des^ formes sous lesquelles il se présente, sont nombreux.

P. Ganalis, Marchiafava, Celli et Sanfelice inclinent dans leurs plus récents travaux à admettre l'existence d'un seul parasite polymorphe'.

Danilewsky, après avoir rappelé qu'on observe souvent le polymorphisme chez les protozoaires, ajoute : « Il serait prématuré

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