‹ Traité du paludisme (volume 2)Chapitre 85 sur 251 · Durand de Lunel, Gaz. méd. de Paris · texte numérisé non relu

Durand de Lunel, Gaz. méd. de Paris

malade a une sensation très pénible de froid, on note souvent 40" dans le rectum ou dans l'aisselle ; la sensation de froid est donc essentiellement subjective.

Le pouls est petit, accéléré.

Pendant cette période de l'accès, les malades éprouvent une céphalalgie frontale plus ou moins violente et de la rachialgie qui l'emporte parfois en intensité sur la céphalalgie.

La rate est souvent douloureuse.

On note fréquemment des nausées ou des vomissements.

Au bout d'un temps variable, de deux heures par exemple, la sensation de froid est remplacée par une sensation de chaleur qui va en augmentant.

Le malade se découvre; il souffre d'une soif ardente; la peau est sèche, brûlante, au niveau du tronc comme aux extrémités; le thermomètre placé dans l'aisselle monte souvent au-dessus de 40°.

La face est cong'estionnée.

Le pouls est fort, accéléré.

La céphalalgie est intense, surtout frontale; on observe souvent un peu de délire, même dans le cours d'accès de moyenne intensité, qui ne méritent pas d'être rang'és parmi les accès pernicieux.

La durée du stade de chaleur est très variable (2 à 5 h. ou même davantag-e) .

A la fin de ce stade la peau devient moite, puis se couvre de sueur ; la sensation pénible de chaleur, la soif et la céphalalgie diminuent progressivement; une sensation de bien-être remplace le malaise des périodes précédentes ; la température s'abaisse rapidement; le pouls est ample et il revient à son chiffre normal ou même tombe au-dessous.

Les sueurs qui caractérisent ce stade sont souvent si abondantes qu'il est nécessaire de changer à plusieurs reprises la chemise et les draps du malade.

La durée du stade de sueurs est variable comme celle des autres stades.

L'accès de fièvre intermittente ne répond pas toujours, tant s'en faut, à ce type classique.

Le frisson manque souvent au début des accès, surtout dans les pays chauds et pendant la saison chaude ; c'est là un fait impor-^tant au point de vue du diagnostic. Pour beaucoup de malades le '| frisson est le phénomène le plus important de l'accès qui, par suite, passe facilement inaperçu quand le frisson fait défaut.

FIÈVRE INTERMITTENTE ISS

En Algérie j'étais obligé souvent de faire coucher des malades dont la température axillaire était de 39 à 40", mais qui, n'ayant pas eu de frisson, prétendaient ne pas avoir la fièvre.

Le stade de sueurs peut aussi faire défaut presque complètement.

Il n'y a donc pas de rapport constant entre la durée des trois stades de l'accès et un ou deux de ces stades peuvent manquer, le stade de chaleur étant seul constant.

On n'observe jamais les types inverses décrits par quelques auteurs dans lesquels le stade de sueurs précéderait le stade de chaleur par exemple.

L'accès de fièvre peut être irrégulier par suite de sa longue durée ou par la gravité des accidents qui le compliquent; dans ce dernier cas il rentre dans le cadre des accès pernicieux qui seront étudiés à part.

D. Etude thermométrique de Vaccès. — Cette étude a été très bien faite par Gavarret', Michaël', Wunderlich ^ et Lorain'*.

On sait, depuis les recherches publiées dès 1839 par Gavarret, que l'ascension thermique (température des parties centrales) commence un peu avant l'apparition du frisson et qu'elle se continue pendant toute la durée de celui-ci, bien que les malades éprouvent une sensation très vive de refroidissement et de frisson.

Le frisson s'explique quelquefois par un abaissement réel de la température des parties périphériques, mais le plus souvent la température de ces parties s'élève comme celle des parties centrales.

Lorain fait remarquer que l'élévation brusque de la température chez le fébricitant a pour effet la désadaptation de son corps d'avec le milieu extérieur qui paraît froid, et il pense que le frisson peut s'expliquer ainsi.

Il est certain que le frisson est beaucoup plus rare dans les pays chauds et dans la saison chaude que dans les pays froids et dans la saison froide; la désadaptation invoquée par Lorain peut contribuer à augmenter l'intensité du frisson, elle ne suffit certainement pas à l'expliquer.

Le frisson fébrile est essentiellement un phénomène nerveux

1. Gavarret, Rech. sur la température dans la fièvre intermittente, Journal L'Expérience, 1839.

Page 1