A. Laveran, Traité des fièvres palustres, p
28 ÉTIOLOGIE
C. Humidité. Pluies. Inondations. — L'humidité du sol est une condition indispensable au développement du paludisme qui par suite règne plus particulièrement, comme nous l'avons vu, sur les côtes, le long des fleuves ou dans les régions marécageuses.
En Europe, par exemple, les côtes de la Corse, de Tltalie, de la Sicile, de la Grèce, les rives de la mer Noire, les bords du Pô, de TAdige, du Tibre et du Danube sont avec les marais Pontins et les Palus Méotides les principaux foyers du paludisme.
Des pluies abondantes, en augmentant l'humidité du sol, favorisent le développement des fièvres.
On a remarqué depuis longtemps en Algérie que, dans les années pluvieuses, l'endémie palustre prenait une grande importance et qu'au contraire elle était relativement bénigne dans les années de sécheresse ; les premières pluies d'automne donnent lieu presque toujours aune recrudescence des fièvres.
Dans le désert et dans les oasis du Sahara, où la sécheresse est très grande, le paludisme est beaucoup moins redoutable que sur le littoral de l'Algérie.
A la suite du forage de nombreux puits dans certaines oasis on a vu apparaître les fièvres parce que le sol, très sec auparavant, a pu être irrigué *. Le fait a été constaté à Ruissat (oasis voisine d'Ouargla dans le Sahara) et aussi à Ismaïliah (Egypte).
Les irrigations, qui sont indispensables à la culture dans les pays chauds où les pluies sont rares, sont un danger au point de vue du paludisme, surtout lorsqu'il se forme des mares d'eau stagnante. En 1846 les irrigations faites au moyen des eaux retenues par le barrage de Saint-Denis-du-Sig (province d'Oran), donnèrent lieu à une recrudescence marquée de l'endémie palustre. On réussit à améliorer beaucoup l'état sanitaire en prenant des mesures pour régulariser les irrigations et assurer l'écoulement des eaux *.
Dans les oasis d'Algérie les séguias qui renferment de l'eau courante ne sont pas dangereuses.
L'influence des inondations est bien connue. A plusieurs reprises les inondations que les Hollandais avaient provoquées, pour défendre leur pays, ont donné lieu à de graves épidémies de fièvres palustres (Pringle); des inondations accidentelles ont eu souvent le môme résultat ^.
1. Vekdan, La fièvre intermil. h Ouargla. Ai^ch. de mcd. milit., 1885, t. VI, p. 289.