‹ Traité du paludisme (volume 3)Chapitre 167 sur 243 · MORTALITÉ · texte numérisé non relu

MORTALITÉ

riiôpital et 830 décès qui, pour la plupart, étaient dus aux fièvres palustres*.

On a vu (p. 109) que pendant l'expédition de Madagascar en 189S le nombre des décès s'est élevé, en quelques mois, à 6000, ce qui représente près du quart de Teffectif ; la plupart des décès étaient dus au'paludisme.

La gravité du paludisme varie avec les pays, avec les localités; les fièvres de Madagascar sont plus graves que les fièvres d'Algérie ou d'Italie; elles se compliquent plus souvent d'accès pernicieux et aboutissent plus rapidement à la cachexie.

Dans une même localité la gravité de l'endémie peut augmenter ou diminuer; les fièvres palustres sont aujourd'hui beaucoup moins fréquentes et moins graves à Bône qu'elles ne l'étaient au temps de Maillot.

Les conditions dans lesquelles se trouvent les malades qui contractent le paludisme ont aussi une importance considérable sur le chifire de mortalité.

S'agit-il d'hommes vigoureux, observant toutes les règles de Thygiène, bien surveillés, traités d'une manière rationnelle, dès l'apparition des premiers symptômes du paludisme, et évacués au besoin sur des localités salubres? Le pronostic est favorable, la mortalité faible; c'est le cas de nos soldats en Algérie, depuis l'achèvement de la conquête, c'est aussi le cas des soldats italiens. S'agit-il d'hommes surmenés, obligés de coucher en plein air, sur le sol nu, exposés aux intempéries, mal surveillés et ne pouvant pas recevoir les soins immédiats que nécessite souvent la fièvre palustre? Le pronostic devient grave, la mortalité croît rapidement. C'est le cas des soldats en campagne dans des pays palustres; la mortalité est d'autant plus forte qu'on a moins prévu toutes les mesures prophylactiques applicables en pareil cas.

Dans les pays où l'endémie palustre règne avec force, la mortalité augmente rapidement avec la durée du séjour.

Masclavy et Beauveset, gouverneur de la Guyane, en 1742, a donné les chiffres suivants qui se passent de commentaires *.

i. Hdtix, L'épidémie de Bône en 1833. (iaz, méd. de V Algérie^ 1882. — Maillot, Mon dernier mot sur les fièvres de l'Algérie. Gaz. des hôp,^ 30 sept. 188 i.

S. Thèse de B. Michauo, citée par Bbrtillon, Art. Agclimateurnt du Diction, encyclop. des se. méd., p. 287.

Mortalité sur 1000 hommes a la Guyane

Pendaut la !•* année de séjour 15

Pour se rendre compte des effets désastreux du paludisme dans les pays chauds, il suffit de comparer, au point de vue de la morlalité, les pays où Tendémie r^gne avec force comme les Indes, Java, la Guyane, Madagascar, aux pays qui sont soumis aux mêmes influences météoriques, mais qui sont indemnes de paludisme, comme la Nouvelle-Calédonie ou Taïti.

Aux Indes, d'après Morehead, les fièvres palustres comptent pour 40,26 sur 100 dans la mortalité générale.

Dans les pays chauds où Tendémie palustre sévit avec force la mortalité infantile est énorme.

Maurel rapporte les faits suivants :

De 1861 à 1876, 392 enfants appartenant soit au personnel libre, soit à la transportation, étaient nés dans la colonie pénitentiaire du Maroni (Guyane); au mois de septembre 1877, 27 de ces enfants étaient rentrés en France, 8 s'étaient évadés avec leurs parents, 24 étaient dans la colonie et 233 étaient morts*.

B. État de déchéance des populations en jmys palustre. — Pour apprécier toute la gravité du paludisme on ne doit pas se contenter de relever dans les statistiques les chiffres de décès attribués aux fièvres palustres, il faut tenir compte de la longueur de la maladie, de la fréquence des récidives et des complications, et de la déchéance physique et intellectuelle que subissent des populations entières sous l'influence de l'endémie palustre*.

Page 1