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Rosenbach, Berlin, klin. Wochenschr,, 24 août

HEMATOZOAIRE DU PALUDISME

Le chien de chasse, qui fouille les marais les plus insalubres et qui s'abreuve aux mares les plus suspectes, brave impunément les fièvres dont son maître est si souvent victime.

Lorsque j'étais en Algérie j'ai demandé souvent à des vétérinaires de m 'envoyer des fragments du foie, et de la rate des animaux qu'ils supposaient être morts de paludisme; j'ai fait l'examen histologique des pièces anatomiques qui m'ont été remises, et je n'ai jamais constaté, dans les petits vaisseaux du foie ni de la rate, la présence des éléments pigmentés qui sont si caractéristiques du pahulisme.

La plupart des vétérinaires admettent que la fièvre intermittente vraie, d'origine palustre, n'existe pas chez les animaux*.

Sans doute on a signalé des épizooties dans les pays palustres; mais il ne suffit pas de constater que des animaux ont été mïilades ou sont morts dans des localités palustres, il faut démontrer que les accidents se sont produits sous l'influence du paludisme.

La cachexie aqueuse ou pomTÎiure, qui fait souvent de grands ravages au milieu des troupeaux qui paissent dans les prairies basses et inondées, n'a rien à voir avec la cachexie palustre. Elle est produite, comme on sait, par la présence de distomes ou (louves dans les voies biliaires *.

Le D*" Obédénare a cité les faits suivants à l'appui de l'existence (lu paludisme chez les animaux. « Il est, dit-il, une afl'oction qui fait périr les bœufs (dans la région danubienne) et que Ton a prise quelquefois à tort pour le typhus contagieux. Nous voulons parler (le l'hématurie des bœufs, que nous considérons comme une manifestation de l'impaludisme. L'affection commence en mai, sévit surtout en juillet, août et septembre et cesse en octobre, comme l'intoxication paludéenne qui sévit sur l'homme. La maladie s'observe dans les endroits marécageux, et elle frappe surtout les bœufs qu'on a fait venir de la région des collines. En 1874, cette épizootie a été aussi meurtrière que l'est habituellement la peste bovine. Les animaux qui ont des hématuries dépérissent et succombent. Les globules diminuent notablement dans le sang; les chairs sont flasques; le sang est noir etdiffluent; les cadavres se décomposent promptement. Dès que l'on fait partir

J. Veriieyen, Art. Fièvres i^'termittentes du Diction, de méd. vélér,, de Bouley et Ray\al.

2. Ra^-tîal, Art. Cachexie aql'euse du Diction, de méd. vétér. de Bouley et Raynal. — Vallis, Art. Marais du Diction, encyctop. des je. méd.

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les troupeaux dans les régions saines, loin de la malaria, la maladie disparaît. »

L'épizootie dont parle Obédénare paraît être identique à la fièvre du Texas qui est produite par un hématozoaire bien distinct de celui du paludisme (Ch. xir).

MM. Dupuy et Pierre ont rapporté au paludisme Fépizootie qui, au Soudan, donne lieu souvent à une énorme mortalité des chevaux *.

(^.ette maladie peut être inoculée par injection intra-veineuse à un animal sain du sang pris chez un animal malade (cheval ou mulet).

La durée de Tincubation dépasse souvent 10 à 12 jours.

La maladie a une forme aiguë ou une forme chronique.

Dans la forme aiguë la température s'éléveàiO, 41 ou mémei*2*. Dans certains cas les animaux ont des frissons. Chez beaucoup de sujets on note des exacerbations suivies de rémissions et dos rechutes, mais la fièvre ne prend jamais un type intermittent réjrulier.

La faiblesse s'accentue rapidement, la tête est basse, les yeux sont larmoyants, la conjonctive est œdématiée, parsemée de pétéchies ; la respiration et les battements du cœur s'accélèrent.

Dans les accès de longue durée il existe presque toujours de la bronchite ou de la congestion pulmonaire.

La diarrhée est très commune.

Parmi les complications ordinaires M. Pierre cite : la paraplégie, les 0[)htalmies et la dermite vésiculeuse.

Chez les animaux qui meurent, la rate est augmentée de volume, bosselée, ramollie, l'examen microscopique révèle l'existence de granulations brunes^. Le foie est en général volumineux, hyperémié. Les reins sont congestionnés, on y trouve souvent dos foyers hémorragiques. Les poumons sont congestionnés. Le myocarde est pâle. Les centres nerveux n'offrent que des altérations légères de nature congestive.

Dans la forme chronique, les animaux maigrissent et s anémient rapidement, ils ont souvent de la fièvre; la conjonctive est jaunâtre, parsemée de pétéchies; il y a de l'œdème des membres ou

1. Dupuy, Malaria des chevaux algériens en Sénépambie. Rec. de viéd. vétér., i8S», p. 253. — PiEHHE, Du paludisme chez le cheval. Uapport de M. C-\niOT, Rec, de mêtl. vétér,, 30 mars 1890.

2. 11 s'agit |)robablement de pigment ocre, le pigment palustre est noir et donne à la rate une teinte caractéristique.

de rascite, fréquemment des épistaxis ou de rhématurie. La mort est souvent la conséquence de la pneumonie chronique lobulaire.

A l'autopsie la rate est volumineuse, bosselée, tantôt dure, tantôt ramollie; parfois elle est atrophiée. Le foie est tantôt augmenté (le volume, tantôt atrophié. Les reins sont volumineux, il existe souvent des sufTusions hémorragiques. Le péritoine, les plèvres et le péricarde présentent dans beaucoup de cas des lésions inflammatoires.

M. Pierre estime qu'on peut réussir à couper la fièvre au moyen de la quinine, et il préconise les injections intra-veineuses de chlorhydrate de quinine, mais la quinine est beaucoup moins efficace dans cette maladie des chevaux que dans le paludisme; plusieurs vétérinaires ont même déclaré que la médication quinique était inefficace.

M. Pierre dit avoir constaté presque constamment dans le sang des chevaux malades, des corps en croissant qu'il compare à ceux du paludisme; la description, très incomplète d'ailleurs, qu'il donne de ces éléments parasitaires ne justifie pas cette comparaison.

< La dissimulation des corpuscules au milieu des globules est très rapide, écrit M. Pierre, et si l'on n'a pas le soin de fixer préalablement le sang sur la [daque, ils disparaissent avant qu'on ait eu le temps d'en saisir les caractères. »I1 s'agit donc de parasites doués de mouvements très vifs, alors que les croissants du sang palustre sont dénués de mouvements.

Cette épizootie des chevaux du Soudan doit vraisemblablement être rapportée au Surra ou au Nagana, les parasites très mobiles vus par M. Pierre dans le sang ont plus de ressemblance avec les Irypanosomes (V. Ch. xn) qu'avec les corps en croissant du sang palustre.

L'immunité naturelle des animaux pour le paludisme pouvait faire prévoir les insuccès qui ont été signalés par tous les auteurs qui ont essayé d'inoculer la maladie aux animaux.

En 1883, à Constantine, j'ai essayé de provoquer la fièvre ptilustre chez le lapin par l'injection, dans les veines, de liquides de culture préparés avec les terrains palustres (méthode de Klebs, Tommasi Crudeli et Ceci). L'injection dans les veines de ces liquides ou de ceux qui sont recueillis directement dans les flaques dVau des localités marécageuses provoque facilement un accès de fièvre chez le lapin, mais l'accès ne se reproduit pas; les animaux

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so remettent vite et, lorsqu'on les sacrifie au bout d'un temps plus ou moins long, on n'observe pas les altérations qui caractérisent le paludisme.

Je n'ai pas été plus heureux dans mes essais d'inoculation du paludisme aux lapins lorsque je me suis ser>''i, pour les injections in tra- veineuses, de sang palustre.

Les lapins inoculés n'ont jamais présenté de troubles morbides, et à l'autopsie je n'ai jamais trouvé, dans la rate, ni dans le foie, les éléments pigmentés caractéristiques du paludisme.

Je crois inutile de donner la relation détaillée d'expériences qui ont toujours été négatives.

J'ai essayé, également sans succès, l'inoculation du sang palustre chez la pie (inoculation intra-veineuse).

M. le D' E. Richard a inoculé sans résultat à un singe du sang palustre renfermant des hématozoaires; il est vrai que le sang avait été injecté dans le tissu conjonctif et non dans les veines, c'està-dire «lans des conditions peu favorables au succès de l'opération.

Les singes vivent dans des vallées très insalubres et ne paraissent pas être sujets au paludisme.

Guarnieri a inoculé du sang palustre à des lapins et à des chiens, dans les veines ou dans le péritoine, les résultats ont été négatifs.

Celli et Sanfelice ont expérimenté sur un cheval, sur un mulet, chez des souris, des pigeons, des tourterelles, des chouettes, etc.^ les inoculations de sang palustre n'ont été suivies d'aucun effet.

Bein a tenté vainement l'inoculation du paludisme chez le lapin, le chien, la souris et le pigeon ; Angelini chez le pigeon et le chien.

Di Mattei a inoculé du sang palustre à 16 pigeons, S chiens, 6 lapins, 6 cobayes, 2 chats, 1 loup, 1 singe, les résultats ont toujours été négatifs '.

Fischer et Bein ont fait sans succès des inoculations chez le singe.

Il n'y a pas lieu de s'étonner si les méthodes de la bactériologie ne s'appliquent pas à l'étude du parasite du paludisme et si tous les essais de culture ou d'inoculation aux animaux ont échoué jusqu'ici; ce parasite n'appartient pas, en effet, comme la plupart des autres microbes pathogènes connus, à la classe des bactéries.

1. E. DI Mattei, Gontrib. à l'étude de l'infeclion malarique expérim. chez l'homme et. chez les animaux. Archivio per le se. med,, Turin, 1895, t. XIX, n® 4.

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V. Comment falt-il classer l hématozoaire du palcdisme? — Tous les auteurs sont d'accord pour classer rhématozoaire du paludisme parmi les Protozoaires; les divergences commencent quand il s'agit de dire à quelle classe et à quelle sous-classe des Protozoaires il appartient.

Metchnikoff, Danilewsky et Kruse ont classé Thématozoaire du paludisme parmi les Sporozoaires. MetchnikoCfa toujours soutenu qu'il s'agissait d'une coccidie.

D'après Grassi et Feletti le microbe du paludisme devrait être classé parmi les Rhizopodes'.

M. Railliet range l'hématozoaire du paludisme dans une sousclasse des Protozoaires à laquelle il donne le nom d'Hémamœbiens *. Le parasite du paludisme se rapproche évidemment beaucoup plus des Sporozoaires que des Amœbiens. Le polymorphisme des Coccidies, leur état de parasitisme dans des cellules vivantes, les phénomènes compliqués qui président à leur développement se retrouvent dans l'histoire du parasite du paludisme.

On a objecté : 1*> que les Sporozoaires ne se multiplient pas à l'état de liberté dans le milieu extérieur, contrairement à ce qui paraît exister pour le parasite du paludisme ; 2" que le stade flagellé n'existe pas chez les Coccidies.

Or on ne sait pas sous quelle forme beaucoup de Sporozoaires vivent dans le milieu extérieur, ni comment ils se propagent et on n'est pas mieux renseigné pour le microbe du paludisme; ainsi que je l'ai dit plus haut (p. 86), il paraît bien probable que l'hématozoaire du paludisme, à l'exemple de beaucoup de Coccidies, a une évolution dimorphe, avec stades de reproduction endogène et exogène différents.

Quant à l'objection tirée de l'existence du stade flagellé elle se retourne contre ceux qui l'avaient faite; il résulte en efl'et des recherches les plus récentes que la plupart des Coccidies ont un stade flagellé ^

VL Technique. — Lorsqu'on se propose d'étudier le parasite du paludisme, il importe d'abord de se placer dans de bonnes conditions au point de vue du choix des malades. Les parasites font le

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