‹ Traité du paludisme (volume 3)Chapitre 56 sur 243 · ETI0L06IE · texte numérisé non relu

ETI0L06IE

plus souvent défaut dans le sang* des palustres qui n'ont pas pu d'accès depuis quelque temps, ou qui viennent d'être soumis à ia médication quinique; on choisira donc un malade qui a la fièvre et qui n'a pas pris récemment de quinine.

Le i>rocédé le plus simple, le plus pratique, consiste à examiaer le sang" obtenu par la piqûre d'un doigrt.

Councilman et Golgi, qui ont fait Texamen du sang de la rate chez un certain nombre de mala<les, ont constaté que le sang recueilli de cette façon renfermait des éléments parasitaires en plus grand nombre que le sang pris au doigt, mais la ponction de la rate est une opération délicate et douloureuse qui ne me paraît pas devoir entrer dans la pratique ^

1° Examen du sang frais. — La préparation est faite par le procédé ordinaire ; il importe de se servir de lamelles de verre bien planes et très propres qui, par suite de la loi d'adhésion, s'appliquent l'une contre l'autre d'une manière parfaite. La distance qui sépare les lamelles, dans ces conditions, est à peu près constante et correspond à la hauteur des hématies, d'où la possibilité d'évaluer sur des préparations onlinaires de sang la quantité de ces éléments '.

Pour les examens ordinaires il n'est pas nécessaire de bordera la paraffine; le sang qui se coagule sur les bords de la préparation, au contact de l'air, fait lui-môme obturation; il reste liquide au centre pendant un temps variable, mais qui dépasse toujours plusieurs heures. Lorsqu'on veut faire l'examen du sang avec de forts grossissements ou qu'on se propose d'étudier les mouvements des éléments parasitaires, il est bon de border à la paraffine afin de supprimer les mouvements que l'évaporation imprime aux hématies.

Au début de mes recherches, je prenais des précautions minutieuses pour prévenir l'introduction dans les préparations de tous les corpuscules extérieurs. Dans la pratique, ces précautions ne sont pas indispensables; les parasites du paludisme sont trop caractéristiques pour qu'il soit possible de les confondre avec les poussières en suspension dans l'air.

\. II est facile, en se servant d'une seringue de Pravaz stérilisée et en pratiquant avec soin le lavage antiseptique de la peau, d'éviter les infections secondaires, mais on peut toujours craindre les déchirures de la rate et les hémorragies, surtout dans le paludisme aigu, alors que la rate est ramollie ou même diffluente.

2. KuRLOFF, cité par ëiirlich, Communie, au 11* Congrès de méd. int., Leipzig, 4892. Compte rendu du Congrès, p. 33.

HÉMATOZOAIRE DU PALUDISME 9S

Si le doigt qu'on se propose de piquer n'est pas propre, il faut cependant le laver, afin d'éviter l'introduction dans la préparation des poussières qui gêneraient l'examen; on lavo à l'eau, puis à l'alcool et on a soin de sécher le doigt complètement avant de faire la piqûre. Pour peu que la peau soit humide, lo sang s'étale, se mélange à l'eau et les hématies se déforment; au contraire, lorsque la peau est très sèche, le sang forme une goutte hien limitée, saillante, qu'il est facile ii" recueillir en mettant en contact avec elle une lame porte-objet et dans laquelle les hématies ne se déforment pas, si l'on opère assez vite.

J'examine ordinairement le sang pur, sans adjonction d'aucun liquide.

Von Jaksch a préconisé le procédé suivant : le doigt nettoyé est serré par un lien élastique, on dépose sur le bout du doigt une goutte d'une solution salée et on pique à travers cette goutte d'eau ; le sang se mélange à l'eau salée, on met le couvre-objet en contact avec le sang et on l'applique sur la lame porte-objet; on lute ou non avec la paraffine.

En procédant ainsi, on place les hématozoaires dans un milieu qui n'est pas le leur; il vaut mieux, en général, examiner le sang pur.

La recherche des parasites est difficile quand les hématies adhèrent entre elles, et se présentent par la tranche; dans ces conditions la plupart des éléments parasitaires, et en particulier roux qui adhèrent aux hématies, sont invisibles. Si la préparation est suffisamment mince, les hématies ne tardent pas à se mettre îi plat, ce qui facilite beaucoup la recherche.

Les parasites sont souvent peu nombreux dans le sang recueilli à la périphérie, aussi l'observateur qui entreprend de les rechercher doit-il s'armer de patience et revenir plusieurs fois à l'examen du sang frais et du sang coloré avant de déclarer l'examen négatif.

Je me sers d'ordinaire pour l'examen du sang des objectifs 7 ou 9 (à sec) de Verick.

L'examen du sang frais, non coloré, doit être fait à la lumière naturelle, la lumière artificielle et l'éclairage Abbé rendent les éléments parasitaires trop transparents.

Les éléments parasitaires étant d'ordinaire pigmentés, les grains noirs de pigment fournissent d'utiles points de repère, mais il

W ETIOLOGIE

peut arriver que le sang ne contienne que de petits éléments non pigmentés.

En ajoutant au sang une goutte dVau, on détruit les hématies sans altérer, au moins pendant quelque temps, les corps en croissant que l'on peut déceler rapidement par ce moyen.

C'est dans le sang pur et frais, au milieu des hématies, qu'on étudie le mieux les parasites du paludisme ; si la présence des hématies est parfois gênante, souvent aussi elle facilite Tobsenation, notamment en ce qui concerne les flagelles si transparents qu'on a de la peine à les voir; les mouvements variés que ces éléments impriment aux hématies contribuent à déceler leur présence et rendent leurs mouvements propres manifestes.

Les mouvements des grains de pigment dans les corps sphériques et les mouvements amiboïdes de ces derniers éléments, ne peuvent être étudiés également que dans le sang pur et frais.

On peut suivre, en outre, dans les préparations de sang frais, au moyen d'une observation prolongée des mêmes éléments, quelquesunes des transformations qu'ils subissent.

La platine chauflante (37 à 38**) est utile pour l'observation des mouvements amiboïdes et des flagelles, mais elle n'est pas indispensable ; toutes mes observations en Algérie ont été faites à la température du laboratoire.

L'examen du sang en goutte suspendue est intéressant; il permet de bien observer les mouvements des flagelles ; il faut avoir soin d'étaler la goutte de sang, les élémeijts parasitaires ne sont visibles en effet (ju'autant que la préparation est très mince.

Danilewsky s'est servi de tubes capillaires aplatis pour l'étude des hématozoaires*.

2** Examen du sang desséché, — La dessiccation rapide du sang est un excellent moyen de conservation du sang et des éléments . parasitaires qu'il contient*.

Pour obtenir de bonnes préparations il faut se mettre à l'abri de toutes les causes d'altération des hématies; on opérera vite pour éviter l'action de l'air, on ne comjjrimera pas trop fortement le sang, on aura soin de ne pas le porter à la température de 5T avant d'avoir obtenu une dessiccation presque complète. Bien qu'il

\. Danilewsky, Arch. slaves de biologie^ 1886, p. 48.

2. D'après Malassez rien ne vaut pour Texamen des hématies les préparations de sang desséchées et convenablement faites et conservées. Soc. de biologie, 23 mai

s'agisse d'un procédé d'examen très simple, je crois qu'il n'est pas inutile d'entrer ici dans quelques détails.

Je conseille de procéder de la manière suivante :

1" Nettoyer avec soin quelques lamelles couvre-objet dans l'eau d'abord et au besoin dans l'eau additionnée d'acide chlorhydrique, puis dans l'alcool.

2* Piquer avec une épingle flambée ou avec une lancette la pulpe d'un des doigts du malade à examiner et faire jaillir une goutte de sang en pressant sur le doigt au-dessus de la piqûre.

3" Recueillir la goutte de sang sur une lamelle couvre-objet qu'il suffit pour cela de mettre en contact avec le sang.

4° Appliquer aussitôt sur la première lamelle une deuxième lamelle couvre-objet de manière à ce que le sang s'étale en couche mince et uniforme entre les lamelles.

5* Faire glisser les lamelles l'une sur l'autre, les séparer et les agiter dans l'air ou au-dessus de la flamme d'une lampe à alcool, pour que le sang se dessèche rapidement.

6" Envelopper les lamelles dans un papier sur lequel on inscrit le nom du malade, le jour et l'heure de la prise du sang; pour protéger les lamelles il est bon de les appliquer sur une lame porteobjet.

On peut aussi étaler le sang à la surface de lames porte-objet avec le bord d'une lamelle ou à l'aide d'une baguette de verre.

Le sang desséché peut être examiné sans autre préparation, sans coloration; ce procédé donne d'excellents résultats pour les corps en croissant. La lamelle couvre-objet est placée sur une lame porte-objet et on borde à la paraffine ; la préparation est montée h sec; le baume du Canada rendrait les éléments beaucoup trop transparents.

Dans des préparations de sang conservées depuis dix ans par ce procédé les corps en croissant sont encore très nets; à la longue ces éléments se déforment un peu et deviennent granuleux.

Pour la recherche ou pour l'étude des corps amilioïdes dan» le sang desséché il faut employer les réactifs colorants.

Lorsqu'on se propose de soumettre les préparations h l'action (les réactifs colorants en solution aqueuse, il est bon de fixer les hématies plus complètement qu'elles ne l'ont été par la dessiccation.

Le mélange à parties égales d'alcool et d'éther, votmnWd par >'ikiforoir, fixe très bien les hématies; on verse quelques gouttes

Lateiux. Palndisme. J

98 ETIOLOGIE

de ce mélange à la surface de la lamelle recouverte de sanp desséché, on laisse en contact pendant quelques secondes et on sèche après avoir fait écouler le liquide en excès.

Les vapeurs d'acide osmiquo fixent bien les hématies, mais elles sont d'un emploi moins commode que le mélange d'alcool et d'éther. Le sang desséché est laissé pendant quelques secondes au-dessus de l'orifice d'un flacon à large tubulure renfermant une solution d'acide osmique au centième.

On peut obtenir aussi la fixation des hématies par l'action pro> longée de la chaleur (étuve sèche, température de 100** pendant 15 à 30') \ ou par les solutions des acides picrique ou chromique (acide picrique en solution concentrée, acide chromique en solution au centième).

3"* Réactifs colorants. — Le réactif le plus employé pour la coloration des microbes du paludisme est le bleu de méthylène.

On verse sur la lamelle recouverte de sang desséché quelques gouttes d'une solution aqueuse concentrée de bleu de méthylène; au bout de 30" on lave à l'eau distillée et on sèche la préparation qui est montée à sec ou dans le baume.

Les préparations montées à sec sont bordées h la paraffine de façon à empêcher l'humidité atmosphérique et les poussières de les altérer; elles peuvent ainsi se conserver assez longtemps.

On peut procéder à l'examen du sang recueilli sur des lames porte-objet et coloré avec le bleu de méthylène ou avec la thionine, sans recouvrir avec des lamelles couvre-objet; si l'on emploie les objectifs à immersion, la goutte d'huile est déposée directement sur la préparation.

Ce procédé est commode et d'une exécution rapide ; il présente un grave inconvénient pour les préparations que l'on désire conserver, les poussières se fixent à la surface de la préparation qui s'altère vite.

Les éléments parasitaires (corps amiboïdes libres ou adhérentes aux hématies, corps en croissant, corps segmentés) prennent dans les préparations colorées au bleu de méthylène une teinte bleue

l. Krœnig a conseillé le chaulTage dans un bain d'air h 1I5« pendant 2 h. (Soc. de niedecineint.de Berlin, 6 juillet 1896). La fixation doit être évidemment d'autant plus complète qu'on se propose de faire agir sur le sang des réactifs plus capables de l'altérer. Pour la coloration rapide à l'aide de l'éosine et du bleu de méUiylène la fixation par le mélange d'alcool et éther ou par le chaulTage pendant 1 à 2' à 105 ou 110" est suffisante; les solutions très acides ou à la glycérine exigent des. préparations fortement fixées.

HÉMATOZOAIRE DU PALUDISME 99

plus pâle que celle des noyaux des leucocytes ; les hématies conservent leur couleur normale.

Celli et Guarnieri ont proposé de colorer le sang frais, à sa sortie des vaisseaux, avec du bleu de méthylène dissous dans du sérum provenant d'épanchements séreux; la coloration des éléments parasitaires se fait lentement, il faut laisser la préparation pendant une heure ou même trois heures dans la chambre humide *.

Les corps amiboïdes colorés de cette manière montrent un espace central clair dans lequel se trouvent parfois un ou deux corpuscules plus fortement colorés (nucléoles).

On peut aussi recueillir le sang sur une lame porte-Objet après y avoir déposé une goutte d'une solution alcoolique de bleu de méthylène qu'on laisse sécher; la matière colorante se dissout lentement dans le sérum, les globules blancs et les autres éléments se colorent sans s'altérer*. Il faut avoir soin d'employer une solution assez étendue, sans quoi le bleu de méthylène ne peut pas se dissoudre complètement dans le sérum.

MM. Grassi et Feletti ont préconisé le procédé suivant :

On prépare une solution aqueuse diluée de bleu de méthylène, en mettant une goutte de la solution concentrée de bleu de méthylène dans un verre de montre rempli d'eau distillée, on recueille une goutte de sang sur une lamelle couvre-objet et on laisse tomber celle-ci sur une goutte de la solution de bleu de méthylène qui a été déposée sur une lame porte-objet. Pour mélanger le sang à la solution colorante, il suffit de soulever un peu, d'un côté, la lamelle couvre-objet qu'on laisse ensuite retomber.

D'après Grassi et Feletti, on obtient ainsi une coloration intense des nucléoles et des grains de chromatine '.

La double coloration du sang par l'éosine et le bleu de méthylène, d'après le procédé de MetchnikofT, donne de très bons résultats.

On dessèche le sang et on fixe les globules comme il a été dit ci-dessus; la lamelle sur laquelle le sang a été desséché est mise dans la solution aqueuse d'éosine à 1 pour 100 pendant 30", puis lavée à l'eau distillée et séchée; elle est ensuite portée dans la solution aqueuse concentrée de bleu de méthylène pendant 30"

Page 1