Annales de l'Inst. Pasteur, i890, t. XIII, p
La découverte du rôle des moustiques dans la propa^alion ( paludisme a été le point de départ d'une vasle enquête sur les moustiques et sur les Ano/iliefes en particulier. Cette enquête, qui a révélé l'existence d'im prund nombre d'espèces nouvelles de culicides, a montré que dans toutes les localités où r^gne reodemie palustre on rencontre des Anophèles. Des t-xceptions à celle règle ont été citées, mais toutes les fois que les faits opposés à la>l doctrine de la transmission du paludisme par les Anophèles ont étéfa soumis à une enquête rigoureuse, il a été reconnu qu'ils étaieni inexacts.
Actuellement, on peut dire que le rôle des Anophèles dans \Û transmission du paludisme est scientifiquement démontré. Quel^ ques observateurs pensent que la transmission ne se fait pai toujours de celte façon, mais ils n'ont apporté jusqu'ici, à l'appuiJ de celle opinion, que des faits peu précis.
La découverte du rôle des A nopheles dans la propagation du palO; disme a permis de tracer les règles d'une prophylaxie rationnella<j
■ Parmi les mesures anciennement conseillées contre le paludisme, beaucoup sont excellentes, mais nous savons pourquoi elles sont efficaces et cela constitue un grand progrès; ces mesun pourront être appliquées, en effet, avec plus de ])récisioii ([u'autn fois; à côté des mesures anciennes, il faut faire une place impi tante à des mesures nouvelles : destruction des moustiquesJ moyens de protection mécaniques ou autres contre les piqûres à ces insectes, etc.
< On a reconnu depuis longtemps que des localités désolées p l'endémie palustre pouvaient être assainies grâce au dessèche meol'l des marais, au drainage ou à la culture intensive du sol; aujourd'hui la lutte contre le paludisme est rendue plus facile par la coa»! naissance exacte que nous avons de l'ennemi â combattre, il fat donc espérer que cette lutte redoublera d'activité et se poursuivra avec plus de succès encore que par le passé. On ne doit plus SQ 1 résigner nulle part à l'endémie palustre comme à un mal inévi«l table, inséparable des conditions climatiques ou telluriques de cer-* tains pays; la (ïévre palustre doit être classée désormais parmi les maladies évltables. Déjà, sur bon nombre de points, l'application des règles nouvelles de prophylaxie a donné d'excellents résultats. ■ (A. Lavbrax, Prophylaxie du paludisme, Encijdop. Léaiilé, p. 5.)
VIIL IltMATOXOAmES KNDOGLODL'LAIItl^S OU HaUltOCytOZoa VOISINS oç „
L HÉBIATOZOAIRE DU PALUDISME TROUVÉS CHEZ UN GRAND NOMBRE d'aNIMAUX.
Classification des Hœmocytozoa; genres Haemamœba^ Piroplasma^ Hsemogregarina. — Quand j*ai publié mes premières descriptions de rhématozoairc du paludisme, on ne connaissait encore aucun parasite analogue, ce qui explique Taccueil très réservé fait à ces descriptions. Aujourd'hui Thématozoaire du paludisme n'est plus isolé; on connaît un grand nombre d'hématozoaires endoglobulaires.
L'hématozoaire du paludisme est très voisin des Coccidies et pourrait être classé parmi ces Sporozoaires*. J'ai pensé qu'il était préférable de ranger tous les hématozoaires endoglobulaires dans un même groupe, sous le nom de Haemocyiozoay et j'ai divisé ce groupe en trois genres : genre Hœmamœba, genre Piroplasma^ genre Hœmofjregarina *.
Les principaux caractères de ces trois genres peuvent être résumés comme il suit.
1° Gen. Hœmnmœba, Grassi et Feletli, 1889; Laveran, sensu latiore, 1899.
L'hématozoaire du paludisme est le type des parasites de ce groupe qui peuvent être définis comme il suit : hématozoaires endoglobulaires, en général pigmentés, ayant une forme de multiplication asexuée (endogène) et une forme de reproduction sexuée (exogène) avec des flagelles représentant les éléments mâles. Hœmamœba malariœ et H. relicla accomplissent plusieurs phases de leur évolution chez des culicides qui servent à leur propagation.
2* Gen. Piroplasma, Patton, 1895.
P. bigeminum, agent pathogène de la fièvre du Texas, est le type des parasites de ce groupe. Par leur morphologie qui est simple et par leur mode de multiplication (par bipartition) ces hématozoaires endoglobulaires difl'èrent notablement des Haemamœba et des Hœmogregarina. Ils ne sont pas pigmentés. Les piroplasmoses sont propagées par les ixodes.
3** Gen. Hœmogregarina, Danilewsky, 1885.
Ce groupe ne comprenait naguère que des Hivmocytozoa des
1. Mf.tchnikofp, op. cit. — F. Mesnil, Revue gén. des Se, 30 iiinrs et 15 nvril 1899. — F. ScHAUDiNN, SUzwigs Berichle der Gesellsch. nalurforsch. Freunde zu Berlin, 1899, n" 7. — H. ('hawley. Amer. Naturaliste soptenibre 1905. — M. I.uhe, Die iiii TUule scliinnrcilzonden Protuzoen und ihre nâchsteii Verwnndten, Ifandbuch der Tropenkrankheiten. de C. Mense, l. III, Leipzig, 1900.
2. A. Laveran, volume pul)lié en 1899 à l'occasion du cinquantenaire de la Société de Biologie; Soc. de Biologie, 20 juillet 1901, et Bulletin Inst. Pasteur, 30 oclol)re 1905.
animaux à san^ froid, on connaît aujourd'hui plusieurs espèces d'hémogrégarines chez des Mammifères. Les hémogrégarines arrivées à leur développement complet se présentent sous l'aspect de vermicules endoglobulaires, souvent repliés sur euxmêmes, ou libres et mobiles dans le plasma. L'existence de formes sexuées n'a pas encore été démontrée; il n'y a pas, en tout cas, d'organes màles ou flagelles comme chez les hémamibes. Les parasites ne sont pas pigmentés. La propagation se fait par les ecto-parasites suceurs de sang : sangsues, ixodes, etc.
Le tableau suivant donne la liste des espèces d'hémamibes connues et de leurs hôtes.
Nomt det Hémamibes.
Hœniarnœbn malarke^ Lavcran, 1880. Trois variétés : parva, majnn, quartanie
//. Kochi, Lavernn, 1899
//. melaniphera, Dionisi, 1899
ff. Vassnliy Lavernn, 1905
//. DatiUi'wskyi, Grassi et Feletti, 1889.. //. relicla, Grassi et Feletli, 1891
//. majoris, Lavcran, 1902
//. Ziemanni, Lavcran, 1902
//. Sniithi^ Lavcran et Lucct, 1905
If. Mrtrhnihovi, Siinond, 1901
//. trstitdinis, Lavcran, 1905
//. Simondi, CasteHani et Willcv, 1904..
Hôtet. Répartition.
Homme. Mammifères.
Agent pathogène du paludisme, ne s*observe que chez Thonime: est propagée par les culicides du genre Anophèles,
Plusieurs espèces de singes. Afrique.
Minhpterus Schreibersii et prohablcment d'autres espèces de <*liauves-souris.
Italie, etc..
Sciurus griseimanus. Anna m.
Oiseaux.
Chez un grand nombre d'oiseaux dans toutes les régions du glolM?.
('hez bon nombre d'oiseaux, en particulier chez le moineau. Italie, Espagne. Algérie, Inde, etc. Le parasite est propagé par les julieides.
Parus major. Lorraine.
A tlienr noclua. Symium alaro. Italie, France.
Dindon, Mclcagris gallopavo domestica.
France.
Chôlooiens.
Trionyx indirufi. Inde.
Tcstudo pardalis. Transvaal.
Sauriens.
lIcmidaclYlus Lt'schenaaltii, Cevian.
Les hémamibes des Oiseaux qui (i^iircnt dans le tableau sous les noms de //. DanHewskiji et de //. relicia présentent de grandes analogies avec //. malarix et leur élude a facilité celle de cetle dernière espèce; nous en donnerons plus loin (Cli. IV) une courte description.
IX. Késumé: des proches accomplis. — En résumé, Thisloire du paludisme a été réduite pendant longtem|)s à celle de ses manifes-
tations cliniques, bien décrites déjà par les Anciens, et à des hypothèses sur les causes des fièvres attribuées d'abord aux humeurs, puis à des effluves ou à des miasmes. Malgré de grands progrès accomplis à la fin du xvn* siècle et aux xviii' et xix* siècles, progrès auxquels les noms de Sydenham, de Lind, de Torti, de Lancisi, de Pelletier et Gaventou, de Maillot sont attachés, en 1880 Tétude du paludisme était encore entourée d'obscurités. A cette date, la découverte de H. malarise éclaire la question d'un jour tout nouveau, et les conséquences de cette découverte montrent une fois de plus combien juste est l'axiome formulé par Bacon : Bene est scire per causas scire. Les lésions anatomiques si spéciales du paludisme s'expliquent; on comprend le mode d'action du quinquina, les recherches entreprises pour découvrir comment se fait l'infection, montrent que H. malariœ est propagée par les moustiques du genre Anophèles^ ce qui permet d'instituer une prophylaxie rationnelle.
Nous connaissons l'agent pathogène du paludisme et son mode de propagation et nous pouvons lui opposer un remède spécifique et une prophylaxie efficace; peu de maladies ont une histoire qui fasse plus d'honneur aux progrès de la médecine que celle du paludisme.
S'ensuit-il que cette histoire soit parachevée et qu'il n'y ait plus de progrès à réaliser? Non, certes. En parcourant les différents chapitres de cet ouvrage, le lecteur constatera que bon nombre de questions encore controversées méritent l'attention des travailleurs.
X. Le mot paludisme doit être employé de préférence a ses NOMBREUX synonymes. — Lcs dénomiuatious qui suivent ont été employées comme synonymes par les auteurs français : fièvres palustres ou paludéennes, fièvres des marais, fièvres maremmatiques ou limnémiques, impaludisme, paludisme, intoxication palustre, paludéenne ou paludique, fièvres intermittentes, fièvres telluriques, fièvres à quinquina, paludose.
A ces dénominations il faut ajouter celles qui sont en usage dans les langues étrangères : Wechselfieber en allemand, malaria (de mal'aria, mauvais air) en italien, ague en anglais, chucho dans la République Argentine, etc.
Cette richesse de synonymes pour désigner une seule et même maladie est regrettable.
Un confrère auquel je demandais pourquoi, dans un de ses
ouvrages, il avait employé toute une série de ces synosymes, répondait qu'il fallait bien varier un peu, que la répétition du même mot devait ôtre évitée. C'est là une préoccupation littéraire qu'on ne doit pas avoir dans un ouvrage scientifique, il est nécessaire d'adopter un mot pour désigner une seule et mâme chose, et ce mot une fois adopté, de l'employer toujours.
Le mot paludisme me parait excellent; il est court, il rappelle la relation si étroite de la maladie qu'il désigne avec le marais (palus), enfin il ne donne pas une fausse idée de la nature des accidents d'origine palustre comme fait la dénomination de fièvres intermittentes qui naguère était la plus usitée', ou celle d'intoxication palustre, évidemment impropre pour désigner une maladie parasitaire.
C'est à tort que le mot italien malaria a été employé par des auteurs français pour désigner le paludisme; la dénomination de lièvres malarîques, moitié française et moitié italienne, est encore ]dus mauvaise.
Il est à désirer qu'on adopte, dans toutes les langues, le même mut pour désigner la même maladie, mais ce mot doit être, suivant l'u.^age, tiré du grec ou du latin et non de l'italien; à ce point de vue encore le mot paludisme convient beaucoup mieux que le mot malaria.
Le nombre des travaux qui ont été publiés sur le paludisme est très considérable*.
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