Lettre du D' A. Luna datée du 29 mars
fALl'DISME
En 189i, dan» un rapport au Congrès international J'hy^ëi de Buda-Pest sur l'Étiologie du paludisme, j'écris : « Les insucoàa 9 des essais de culture m'ont conduit à croire que le microbe duJ paludisme vivait dans le milieu extéi-ieur â l'état de parasite et j'ti 1 soupçonné les moustiques qui abondent dans toutes les localjléa I palustres et qui jouent un rôle très important dans la propagalioft I de la filariosf ».
King', en Amérique, avait émis, dès 1883', l'idée que les moua-J tiques jouaient un r<Me dans rétiolog;ie du paludisme, m»is KtDgJ ne connaissait pas mes travaux sur l'Iiémalozoaire du paludisme et I ne pouvait pas s|jéci(ier quel était ce rûle des moustiques. Eo ! disant que le moustique serxait d'Inile temporaire au parasite du i paludisme, je serrais évidemment le ]iroljléme de plus près que'1 n'avait pu le faire King; J'indiquais clairement la route qu'il fallait J suivre pour arriver au but : chercher ce que devenait le parasite 1 dans le corps des moustiques qui avaient sucé du sang palustre.
L'opinion que je défendais était considérée, jusqu'en 1895, pati la plupart des observateurs, comme très peu vraisemblable.
En 1892, deux auteurs Italiens, qui sont devenus depuis i grands partisans de l'infection par les moustiques, écrivaient î| ■ Laveran suppose que les moustiques sont les hùtes interm^ diaires du parasite palustre. Nous objectons que les moustiques^ ne s'attaquent pas aux oiseaux... ft, en outre, qu'il y a beaucoup] de localités salubres où abondent les moustiques. En dehors de ces'l objections, il a été constaté par Calandruccio que les parasites du,] paludisme meurent dans l'intestin des moustiques sans dévelop- I pement ultérieur. L'opinion de Laveran reste donc sans fondement i et rtiypolhè.se émise par nous que les parasites existent dans le^ milieu extérieur sous forme d'amibes se confirme ■ '.
En France, l'opinion que j'avais émise n'était pas mieux accueillie qu'en Italie*.
En .\nglulerre, l'idée de la transmission du paludisme par les moustiques trouvait heureusement un défenseur émincnt :
I. Klno, The po/ialar leitnee mimtMy, «cpt. ISMll. On n ni^iiio TiiU miiontiT jusqil*A Utirini crUf lir|Hilllf-i«. — G.-II.-K'. NmiLi.. Cmtralbl.f. tliMrr.. 1800. 1. XXV. ï. B. Gkami cl R.PiLrm, Contrlb. nHostuilio iti-i paruïiii nmliirici. .icad. di Kimte
'i in Calanîa. l. V. aitU: i*.
3, V. Ddtaminpul : A. LAnni, Rccli. sur Ivs iinrnaitrs rntliigluti., fari«, 1H04, p. 333, tt DiscuBsion t t'Arod. d^ ni#d«inc («'aiicp du 24 sepleinlirt' ISM^rcInlivi^ nu masque Jl dcïlinC A llllrvr l'uir i-l a pnîvciiir Iv (laludiamir: k' D' Hnllu|i<^au trouve invraj- •emblabltf rinlenentinn Av iiK>u»lii|ui-H daiM tn pruiin^timi du puludismp.
P. Manson, déjà connu par ses beaux travaux sur le rôle des moustiques dans la transmission d*une autre grave endémie des pays chauds, la filariose, et un jeune médecin de Tarmée des Indes, R. Ross, guidé par Topinion que nous défendions, P. Manson et moi, entreprenait une série de patientes recherches qui ont abouti à la vérification de cette opinion.
R. Ross, dans un travail Sur le rôle des moustiques dans le paludisme, m'a rendu pleine justice. « Il est remarquable, écrit-il, que le D' Laveran n'ait pas été seulement le premier à observer l'agent du paludisme mais aussi le premier à indiquer son mode de développement en dehors de l'organisme humain » \
En 1897 et 1898, R. Ross trouve, dans la paroi stomacale de plusieurs moustiques nourris sur des malades atteints de fièvre palustre, de petits éléments pigmentés dont il comprend tout de suite l'importance. Mais beaucoup d'expériences entreprises sur l'homme restent négatives parce que Ross se sert le plus souvent de moustiques communs, de Cnlex.
Les expériences entreprises en 1898 sur une hémainibe des oiseaux très voisine de l'hématozoaire du paludisme mettent en évidence les différentes phases de la transformation de l'hémamibe dans le corps des moustiques, et elles démontrent que les moustiques infectés sur des oiseaux malades sont capables de transmettre à des oiseaux sains les germes qui, quelques jours après la succion du sang, se trouvent en grand nombre dans les glandes salivaires.
Il résulte manifestement de ces recherches de R. Ross, complétées par celles de Grassi, de Bignami et Bastianelli et de Koch, que l'hématozoaire du paludisme accomplit une partie de son évolution dans le corps des moustiques du genre ^l/ïo/;Ae/es et que ce sont ces culicides qui inoculent à l'homme le germe de la maladie.
L'évolution de H. malariœ dans le corps des Anophèles a été étudiée avec soin et des expériences ont été instituées pour montrer que les Anophèles nourris sur des malades atteints de paludisme sont capables, au bout d'une dizaine de jours, d'inoculer la maladie à des sujets non palustres. Une des expériences les plus probantes est due à P. et Th. Manson.
J'aurai l'occasion d'exposer plus loin (Ch. V) ces recherches, je crois donc inutile de m'y arrêter ici.