Maillot, Traité des fièvres intermit., p
MÉLANRMIE 353
Haspel mentionne la pigmentation anormale de la rate, du foie et de la substance grise du cerveau au nombre des altérations qu'il a rencontrées le plus souvent chez les sujets morts de fièvre palustre*.
C'est très probablement à la mélanémie palustre que se rapportent les observations publiées par Tigri, en 1857, sous le titre de Peau brovzée et raie noire*,
Meckel le premier reconnut que la coloration brunâtre de certains viscères, chez les sujets morts de fièvre palustre, dépendait d'une accumulation de pigment dans le sang'.
Peu après, Virchow constatait l'existence de nombreux éléments pigmentés dans le sang et dans la rate d'un homme mort de fièvre intermittente*.
Dans sa Pathologie cellulaire (trad. franc., Paris, 1861, p. 184), Virchow rend compte en ces termes de ses recherches sur la mélanémie : < Je trouvai, dit-il, des cellules à pigment dans le sang du cœur d'un malade sujet à la fièvre intermittente et dont la rate était depuis longtemps volumineuse. Meckel n'avait trouvé que des granules de pigment et de petits amas de granules. Les cellules que j'observais avaient une grande analogie avec les globules blancs du sang, elles étaient sphériques, allongées parfois, à noyaux ; leur intérieur était sablé de granules noirâtres plus ou moins volumineux. Dans ce cas, la rate était aussi noirâtre et volumineuse. »
Heschl, Planer ° et surtout Frerichs •* ont donné de bonnes descriptions de la mélanémie palustre.
Frerichs décrit bien les altérations |)roduites par la mélanémie dans les diflërents organes : foie, rate, poumons, reins, cerveau. 11 signale dans le cerveau, à côté des particules de pigment, « des concrétions incolores et hyalines qui obstruent certains vaisseaux capillaires et qui sont reconnaissables à leur puissance réfrinjrente ». [Op. cil.y p. 493.)
Frerichs a vu que le pigment est tantôt libre, tantôt renfermé dans des éléments qui sont des leucocytes ou des corps hyalins.
1. Haspel, Malad. de rAIgérie. Paris, 1850. t. 1. p. 335, t. II. p. 31S.
2. TiORi, Gaz. méd. de Toscane^ 1857; anal, in Gaz. hebdom. de incd. et de '7jir., 18.57. p. 386.
3. Meckel, ZeUschr,/, Psychiatrie v. I)amerou\ 1847, et Deutsche hlinik. 1850.
4. Virchow. Arch, f. pathoL nnat. v. Dcunerow, 18iS, t. Il, p. 594.
.5. Heschl. Zeitschr. d. GeselUchaftd. Aerzte^ Wieii, 1850. — Planer, mt'mt' liée., 1854. 6. Frerichs, Traité des mnlad. du foie, trad. franc.
Lateram, Traité du Paludisme. -?* cMlition. 23
UE i'ATIlOLIIGIOrE
Rarement, écril-il, les granules de pigment sont isolés. « La j part du temps plusieurs sont réunis en groupe, au moyen "lu substance pùle, soluble dans l'acide acétique i-l dans les alcal caustiques. Ces ronglomérats présentent des formes tr^s diversesaf il en est de ronds, de longs; d'autres ressemblent à des boudins oal sont irrégulièrement ramilles. Il n'existe pas lie limites i neuses bien nettes, la substance unissante hyaline qui possède propriétés de la librine, enveloppe ces conglomérats d'nn Wsi tantôt mince, tantôt plus large, mais dont les contours restei indécis. B {Op. fit.. |). 493-494.)
Frerichs a compris le rôle important que les éléments pigmenU du sang jouent dans la pathogénie des accidents cérébraux in paludisme, mais il a méconnu alisolumont la nature de ces éléments. D'après lui, c'est dans la rate que se forme U plus ^(raDde partie du pigment, et la cause principale de la mélanémie est 1 stagnation du sang dans les sinus veineux de ce viscère.
Frerichs avoue qu'il ne peut expliquer pourquoi la prodiM lion de pigment manque ou du moins est beaucoup moins cont dérahle dans un grand nombre d'autres hyperémies de I dans celles notamment qui accompagnent la lièvre typhoïde, 1 pyémie et la fièvre intermittente simple.
On voit que Frerichs ne regardait la mélanémie, ni comme a lésion constante ilu paludisme, ni comme «ne altération spécii à celte affeclion; il est à remarquer cependant que toutes I observations de mélanémie qu'il donne se rapportent ati |ialudisiQ
En IH51, Charcol parlant de la mélanémie du cerveau dans lea Gèvres palustres accompagnées d'accidents cérébraux écrit : « Cette altération n'existe pas dans tous les cas; on la rencontre dans des lièvres où les troubles cérébraux n'ont pas existé; elle n'est pas proportionnée à l'intensité des symplOmes: comment comprendre -^ enlin qu'une lésion permanente puisse occasionner des désordres -^^ qui reparaissent et s'elTacent tour à tour, suivant nn type parfois ^c» très régulierî Mais, ces réserves étant faites, il n'est pas impossible -^^ d'admettre que l'obstruction (ies vaisseaux capillaires du cerveau ^u^
et des méninges par les corpuscules de pigment puisse avoir, lors *"
qu'elle existe à un haut degré, une certaine part dans la [>roilyctiontf~v^ de quelques accidents des fièvres comateuses. L'olistacle qu'un*^^*"* pareille lésion apporte au cours du sang prédispose évidemmenV ^'
à la formation des foyers d'apoplexie capillaire, des ramollisse "^
ments cérébraux, des hémorragies méningées que l'on rencontr^^^
MELANEMIB 3!i5
sssez fréquemment sur les cadavres des individus qui ont succomitc â t.'i suite tle ce genre de tièvre. » {Gaz. keMom. de méd. el derhir., 1857, p. 663.)
Cliarcot admet aussi que la g^ène mécanique qu'éprouve le sang, pdf suite de l'oblitératioQ du système capillaire, peut rendre compte lie ralltuminurie consécutive à la lièvre intermittente.
D*aprè5 ûriesin^er, le pigment ne se produit dans le sang que dans les cas graves de lièvre palustre, on ne le rencontre pas ilaus les lièvres intermittentes simples, ou du moins on ne le rcnctmlre dans ce cas qu'en très petite quantité.
Le pigment qui circuli'. dans le sang eal généralement renfermé, écrit Griesinger, dans des éléments qui ressemblent aux leucocytes ou aux cellules de la rate, il ne devient lilire qu'à la suite de la destruction de ces éléments '.
Pour Cliarcot et pour Griesinger, comme pour Frericbs, le pigment Doir est un produit de destruction des hématies; Griesinger pense que cette transformation s'opère dans les épithéliums des vaisseaux. Le pigment provient très probablement, écrit-il, de la fliatière colorante des globules rouges du sang; cette matière coloranlc se désagrège et se transforme en pigment noir dans l'éptthélium des parois vasculaires ou dans ces parois ellesm^mes.
Griesinger pense, comme Fi'erichs, que l'accumulation du pigment dans les petits vaisseaux du cerveau est souvent la cause des tccidcnts cérébraux qui se produisent dans le cours des lièvres fkaluslres graves; après avoir énuméré les accidents cérébraux ,l)a'oo observe pendant le cours, et quelquefois à la suite de ces fièvres, il ajoute : •• On doit considérer comme vraisemblable que les causes principales de ces accidents cérébraux et nerveux sont lues à des accumulations de pigment dans le cerveau et à une altéïaLion des capillaires les plus fins dont les parois sont le siège d'un dépôt pîgmentaire; les dilîérences symptumatiques seraient dues à ^'envahissementdetelsou telspointsderencépbale.>(0;j.ri^, p. 82.) Griesinger admet que la présence des éléments pigmentés explique la teinte terreuse de la peau, chez les individus atteints de paludisme, mais II regarda la mélanémie comme un phénomène accessoire et inconstant du paludisme; on ne sait pas encore, dit-il, «î la formation du pigment a quelque rapport avec le développevneDt des accès, une telle hi/polhése est peu vraisemblable.
ANATOMIE PATUOLUCIOI E
Robin qui, dans ses Leçons sur les humeurs normales et nior>« bides, consacre un cliapltre â la mélanémie, ne parle mèmp pu I (les rapports <lu palmlîsmc et de la mélanémîe; ce fait seul prouva J combien, en 1867, on élait peu fixé encore sur l'importance délai mélanémie et sur sa signification pathologi(|ue.
Dutroulau n'accorde que quelques li;j*nes â lu mélanémic. dansl l'étude qu'il fait (le l'anatomie pathologique des fièvres palustres; f il ne s'agit, pour lui, que d'une altération accessoire du sang.
D'après RindO<^isc)i, dans la tnt^iauémie, le pigment dérive de I matitTe colorante du sang et n'est autre chose que l'hématiDèd métamorphosée, condensée et |»réi'ipitée sous forme de granules.n^ Les dépôts de pigment (jui se font dans le foie et dans In ral« peuvent être considérés comme la conséquence immédiate d'u hyperémie considérable et persistante. Le [tlgment se forme eu dehors des catasetitix, il passe ensuite dans le sang et peut , alors produire des embolies, notamment dans les capillaires dd J cerveau '.
On voit que la théorie de la formation du pigment donnée par ' RindQcisch diO'èro notablement de celle adoptée par Frcrichs et Griesinger.
Pour L. Colin, la pigmentation de la rate, du foie, du cerveau, est une lésion inconstante et secondaire dans les fièvres palustres. , Le pigment se forme sur place, à la suite des congestions répété dont la rate, le foie, le cerveau et la peau sont le siège; il s*(^'l^ d'un épiphénomène banal en quelque sorte, analogue à la pigmentation qui se produit dans tous les tissus qui ont été cnflamméaiM dans les plaques de Peyer. h la suite de la lièvre typhoïde ptd exemple, ou dans la muqueuse du gros intestin chez les dysenUii ques. D'après le même observateur, le pigment se trouverait W rarement dans le sang^
Dans un travail postérieur à son Traité des lièvres intermittente L. Colin explique ia teinte terreuse que prennent rapidement le^^ malades atteints de fièvre palustre, par la migration des leucocytes mélanifères dans le derme et non plus par la formation sur plac du pigment'.
B. Bail a bien exposé les alléralions Je la mélanémic palustre"
t. RiKurtEiBCH, Trnilé d'Iiislol. patliul., Irnd. Trani:. ili' ' 1. L. CauN, Trnilë dos lièvre» inli'rmil., |>. 3i»-3t7- 3. L. Colin, .irch. gén. de laid.. IS73, 1. H, |>. tHl. t. U. B.1LL. j^rl. MÉLAK^Mit Ju /)i' lion. oneyelap. dn se. i
MËLANEMIE 357
les grains de pigment trouvés dans le sang sont pour lui des r'ésidus des hématies détruites dans la rate, par suite de la stagnation du sang dans les sinus veineux; comme Frerichs, il admet que d'autres organes, le foie par exemple, peuvent concourir à la formation du pigment.
Bail se demande pourquoi la mélanémie ne s'observe que dans le paludisme. « Pourquoi cette coïncidence? Pourquoi d'autres fnaladies accompagnées d'une tuméfaction considérable de la rate, le typhus, la fièvre typhoïde par exemple, ne donnent-elles jamais (ou presque jamais) lieu à la mélanémie? C'est là un problème jr usqu'à présent insoluble. » {Op. cil., p. 354.)
Sur le rôle joué par le pigment, dans la pathogénie des accidents du paludisme. Bail fait les plus grandes réserves : « La théorie de la mélanémie envisagée comme cause efficiente des phénomènes les plus graves des fièvres intermittentes pernicieuses, est aujourd'hui, dit-il, presque complètement abandonnée en Allemagne, du moins il se fait autour d'elle un silence significatif j>.
Niemeyer, que cite B. Bail, a écrit qu'on ne pouvait pas toujours expliquer les accidents cérébraux qui surviennent dans les fièvres palustres graves, par une accumulation du jûgment dans les vaisseaux capillaires du cerveau, il n'a pas méconnu complètement l'importance de la mélanémie. « Il est hors de doute, écrit-il, que dans les formes graves de la fièvre intermittente on trouve souvent une forte accumulation de pigment dans le sang. » Et un peu plus loin : « Parmi les fièvres intermittentes pernicieuses, compliquées dans un sens restreint, il faut compter les cas dans lesquels la maladie emprunte son caractère de malignité à des hyperémies, à des épanchements sanguins, à des inflammations et peut-être aussi à des troubles de la circulation déterminés dans divers organes par des masses pigmentaires qui oblitèrent les capillaires. » (Niemeyer, Traité de pathol. int., Irad. franc., 1869, t. II, p. 770.)
Arnstein de Kasan dit avoir recherché en vain la mélanémie cérébrale chez des sujets morts de fièvre pernicieuse, alors même que, pendant la vie, il avait pu constater dans le sang l'existence de granulations pigmentaires libres ou incluses dans des leucocytes, et il en conclut que la théorie de Frerichs sur le rôle du pigment dans les fièvres graves n'est pas exacte. Arnstein cite cependant les travaux de deux médecins russes, Fenenko et Tscheglow, qui ont constaté l'accumulation du pigment dans les capillai-
ANATliMIE PATHOLOGIÛIE
res du cerveau, cliez des sujets morts d'accidents peraïeîeux'.
Hatlopeau, ([ui h doané une excellente description i)e la inélanémie-, pense, lui aussi, que la mélanémie n'est pas conslaiilc ■ dans le paludisme et qu'on peut la rencontrer dans d'autres maladies. Il 11 n'est pas, à la vérité, de maladie où elle soit aussi fréquente et aussi prononcée (que dans le paludisme), mais ce serait une erreur de croire qu'elle lui appartienne exclusivement : on l'a constatée dans diverses autres aiTeclions et tout récemment Nepveu a montré qu'elle peut exister dans la mélanose généralisée. > (Op. cit., p. 33.)
Les particules noirdlres, de forme et de volume varialiles, qui i
se rencontrent quelquefois dans le sang des malades atteints de g
mélanose généralisée ^ difTèrent complètement des grains de ^ pigment du sang palustre: il s'agit de particules délachces des ^
tumeurs mélaniques.
D'après Hallopcau, la mélanémie serait une cunséquencu de» .^' congestions qui se produisent chez les palustres. ■ II parait très ^n probable que l'altération peut se développer sur place, dans les ^^ divers ni^anes où on la renrontre, et nous ci-oyons qu'il faut clu-r- — — . cher la cause de la mélanémie dans les violentes congestions que ^»e provoque l'intoxication palustre; c'est ainsi seulement que l'on .Mrai peut s'expliquer comment le pigment est aussi inégalement dis- — ^. tiibué dans les difTérenIs viscères. » (Op. cit., p. 38.)
Kelsch a publié en 1813 et en 1880 deux mémoires impurtant» sur la mélanémie palustre'.
Dans le premier de ces mémoires, Kelsch signale la fréquence des leucocyles mélanifères dans te sang des malades atteints da lièvre palustre grave, et il étudie la distribution du {liginent dona les différents oi^anes, chez les sujets morts de fièvre pernicioustr
Le deuxième mémoire est consacré à l'étude des rapports de Ii mélanémie avec le paludisme et des causes de la mélanémie L'auteur arrive à celte conclusion, très jusliliée, que la inétanétui« est une lésion particulière au paludisme et que, par suite, elle ^^ une liés grande importance au poini de vue du diagnostic de -^ lièvres palustres. Le pigment provient de la destruction des bèma^^
. Arrh. de Virchtiw, 1871. Hrvue de llaym. l. V, |i. iui. 2. Art. Hfci,ANtMiR du iVouo. Jirfiwi. dt mfd. el d« tbir. firalùpu».
;(. NEpriii, Mfm. de la Soc. de Biolo,/it H Roj. mM., IKTf. — ('.mlikl et A. tlti —^** TAUX. Art. Mflanosk ilu liirlion. de mA(. et de chir. jtruli<jiun.
t. KllACH. .\'-'li. dr fhysiblogie, IHT3 el Arrh. ./rn. de niAI.. o.-lolin> (UNO.
MELANEMIE 359
lies, il se forme dans le sang, et non dans la rate, comme le oroyait Frerichs, c'est secondairement qu'il s'accumule dans certains organes.
La découverte de l'hématozoaire du paludisme a fourni Texplication, si longtemps cherchée, de la mélanémie palustre. C'est l'hématozoaire du paludisme qui fabrique le pigment, on comprend par suite pourquoi la mélanémie est une altération particulière au paludisme.
Le pigment qui se présente dans les hématozoaires sous l'aspect de petits grains arrondis, noirâtres ou d*un rouge sombre, forme souTent, dans le foie et dans la rate, des amas irréguliers et beaucoup plus gros, qui sont dus à l'agglomération des fines granulations existant dans les hématozoaires. Déjà quand les hémamibes sont sur le point de se segmenter, les grains de pigment disséminés à leur intérieur se réunissent en une seule masse. En s'a^lomérant, les grains de pigment conservent souvent une forme assez régulière, c'est ainsi que dans les leucocytes on trouve de gros grains de pigment sphériques.
On admet généralement que le pigment palustre est formé par les hématozoaires aux dépens de l'hémoglobine.
D'après les recherches de Danilewsky, le pigment se formerait dans les hématozoaires du paludisme et dans les hématozoaires similaires des oiseaux, aux dépens de la paranucléine; l'hémoglobine ne pourrait pas se transformer directement en mélanine '.
\je fer que le pigment palustre contient certainement, ne peut pas être décelé par les réactions ordinaires.
[lorsqu'on pratique des coupes histologiques sur des organes imprégnés de ce pigment, et que l'on plonge les cou])es dans la solution de ferrocyanure de potassium à 2 p. 100, mélangée à une solution d'acide chlorhydrique à 1 p. 100, jamais on n'obtient la coloration bleue caractéristique de la présence du fer*. Le pigment palustre diffère donc des autres pigments qui dérivent du sang.
Les acides, même concentrés, restent sans effet sur le pigment palustre, la potasse le fait pâlir, le sulfure ammoniaque le dissout rapidement (Kiener).
J.-E. Dutton a recherché quelle était la quantité de fer contenue
1. Arch. russes de pathol., de méd. clin, et de hachriologie^ 1896, t. I. p. 157.
2. KsLSCH et KiEiiBR, op. cit. — Dock, Americ. Journ. of Ihe med. Sc.^ avril 1894.
dans le foie et dans la rate de deux sujets morts de paludisme et il a constaté que cette quantité était de beaucoup supérieure à celle trouvée cliez les sujets non palustres. Chez un homme de 2i ans, non palustre, Quincke a trouvé 30 à 40 milligr. de fer pour 100 gr, de foie et 2S3 milligr, |iour tOO gr. de rate; dans un des cas de Dutton, il y avait 208 millier, de fer pour 100 gr. de foie et i i35 millier, pour 100 gr. de rate; dans l'autre cas, 440 milligr. de fer pour 100 gr, de foie et 1 323 milligr. pour 100 gr. de rate '. C'est vraisemblablement à l'existence du pigment palustre qu'il faut rapporter ces grandes augmentations de la quantité de fer dans le foie et dans la rate- On trouve souvent, dans les viscères des sujets morts de paludisme, une autre variété de pigment, le pigment oci-e, qu'il ne faut pas confondre avec le pigment noir. Tandis que ce dernier est spécial au paludisme, le pigment ocre se rencontre dans uo grand nombre d'états morbides : cirrhose du foie, diabète bronzé, hémnglobinurie, intoxications, etc.: il parait se former toutes les fois qu'il y a une destruction globulaire très active, on comprend donc que les viscères des malades morts de paludisme en renfermant souvent.
Le pigment ocre diffère du pigment noir par sa répartition cl par ses caractères physiques et chimiques.
II s'accumule dans le foie, le pancréas, le cœur, ta glande thyroïde, la rate, les reins, les ganglions lymphatiques, etc. Contrairement à ce qui arrive pour le pigment palustre, le pigment ocre se trouve souvent, non seulement dans les petits vaisseaux, mais aussi dans les cellules du fuie, dans Tépithélium des tubuli desreins et jusque dans le tissu conjonctif. Il est très rare de rencontrer, dans le sang de la grande circulation, des granulations dt c^ pigment.
Le pigment ocre a, comme son nom l'indique, une coloratioi»qui difTère sensiblement de celle du pigment palustre; ses graoula — tions n'ont pas l'aspect souvent régulier des grains de ce dernier" pigment-
Le pigment ocre bleuit par la réaction ferrocyaniquc et chloriiy — drique, tandis qu'on ne peut pas déceler ainsi la présence du fe^H dans le pigment palustre; il noircit par le sulfhydrate d'ani niaque. Lorsqu'on traite par la solution de sulfhydrate d'ai
1. J.-E. DiTTTOM, rhrjoani. nf. Pathnl. a. B-KltrioL. oetabro ISBS. I. V. p. 331.
niaque la coupe d'un organe infiltré de pigment ocre, cette coupe prend une teinte noirâtre ou vert foncé.
Le pigment ocre est une variété d'hydrate ferrique qui se distingue des hydrates ferriques ordinaires par sa résistance aux réactifs, et notamment par son insolubilité dans les acides froids; on a proposé de lui donner le nom de sidérine ou hémosidérine (Quincke) ou celui de rubigine (Auscher et Lapicque) ^
Je décrirai successivement les lésions anatomiques du paludisme aigu et celles du paludisme chronique; cette division qui se prête mal à la description des formes cliniques du paludisme présente au contraire des avantages au point de vue de Tanatomie pathologique; les altérations que Ton observe chez un sujet qui a succombé à une infection aiguë sont en effet très différentes de celles qui existent chez les cachectiques ; ces altérations peuvent d'ailleurs se combiner lorsqu'un cachectique meurt d'accès pernicieux ^
1** Paludisme aigu. — Lorsqu'un malade atteint de paludisme depuis peu succombe à des accidents pernicieux, l'autopsie ne révèle parfois que des altérations macroscopiques peu importantes et on s'explique que de bons observateurs aient pu admettre que, dans le paludisme aigu, on ne trouvait aucune altération constante.
En réalité, il existe toujours des altérations, et ces altérations sont appréciables à l'œil nu dans la plupart des cas.
1. Kelsch et RiSNBR, Traité des innlad. des pays chauds, p. 413. — Dutouhnier, Da diabète bronzé, Th. Paris, 1805. — Rendu et de Massary, Jeanselme, Letulle, Soc. méd, des Mp., 5 février 1897. — Auscher et Lapicque, Arch, de physiologie^ avril 1896, p. 390, et Soc. méd. des hôp., 12 février 1897. — Ueoaud, De riiémosidérose viscérale. Soc. de Biologie^ 10 avril 1897. — Jeanselmb et Papillon, Soc. méd. des hôp., 23 avril 1897. — A. Laveran, Soc. de Biologie, 8 mai 1897.
2. Pour Tétude de H, malaria sur le cadavre, on peut faire des frottis d*or^anes (|ui sont flxés et colorés comme il a été dit pour le sang; les frottis de rate dans les accès pernicieux donnent de bons résultats. On peut aussi durcir, après fixation, de petits morceaux des différents organes ou viscères et pratiquer des coupes qui sont ensuite colorées et montées.
Pour rétude des hématozoaires dans les tissus, A. Rignaini recommande :
1^ C(»mine moyen de flxation : Talcool absolu ou la solution de sublimé à 1 p. 100 à laquelle on ajoute 0,75 p. 100 de chlorure de sodium et 0,50 à 1 p. 100 d'acide acétique ; les pièces restent dans ce liquide un quart d'heure à ({uelques heures, suivant leur volume, elles sont durcies ensuite dans Talcool absolu.
2* Pour la coloration des coupes : la solution aqueuse de safraninc, la solution de bleu de méthylène avec 1 p. 10000 de potasse, la vésuvine en solution aqueuse, le brun de Bismarck et le rouge Magenta de Grïibler.
Pour la coloration des hématozoaires dans les coupes, Thin préconise riiématéine alunée et la cochenille. Les coupes doivent rester un jour ou deux dans la solution d'hématéine, on lave dans la solution d'alun à 1/2 pour 100, puis dans Peau ol on colore rapidement par la cochenille ({ui donne une couleur plus intense et plus
AXATOMIK PATHOLtWlIQlTS
La raie est aagYctenl^ de volume, ramollie, sourenl difOucntv, elle a une leÎDle bniaâire, Lieu tlilT^renle de In teinte <l'tin rousr foncé qu'elle présente dans la Rèvn typhoïde par exemple; le hw a une teinte brune asset r.inct^rîsli<)ue pour qu'un obsenateur exercé puisse, d'après le seul examen du foie, affirmer ou nitr l'existence du paludisme aî^. La snbstance corticale du eerv(-aui souvent une roloralion anioisée; enfin la moelle des os prjwnl«, nomme la rate et le foie, une coloration bruD&Ire.
Le inirroseopc permet de constater que la teinte anormale de ia rate et du foie est ilue à la présence, dans les vaisseaux ca|iillaires de ces or^nes, d'élc^ments pigmentés en ^rnud nombre: ff^ éléinents se retrouvent dans tous les organes, dans tous U-s iisso* vasculaires, mais en moins grande quantité que dans la raie •» dans le foie.
Cette altération que nous avons étuditie plus haut (invianéi est constante ihei les individus qui succombent au paludisi aigu, et elle ne se rencontre dans aucune nuire mala<
Je passerai successivement en revue les altérations que snl sent le sang, In rate, le foie, les reins, les poumons, les idum) le cœur, les centres nerveux et les os.
A. Sang. — Quand le sang est recueilli quelques beures seul — —^ ment après la mort, on distingue sans peine les hémamibes av— •-■'' leurs formes caractéristiques et les leucocytes mélaoiffrres.
Pour l'examen des parasites, il n'est pas indilTcrent de rccueil^Vx le sang sur tel ou tel point de l'appareil circulatoire.
Les héinato7oaires se trouvent toujours en plus grand nom! dans les artérioles et dans les capillaires que dans les vaisseaux moyen ou de gros calibre.
Les formes adultes des parasites et les corps en voie de segmi talion ont une grande tendance à s'accumuler dans quelqut réseau.\ capillaires, spécialement dans ceux du cerveau, des poi nions, de la raie, de la moelle des os. du foie.
Dans quelques cas de tièvre pernicieuse avec accidents choléi formes, on a constaté que le réseau capillaire de l'intestin et».'" plus riche en pamsites que les réseaux do tous les autres orgaoi
[.es corps en croissant et ovalairea sont plus abondants dans rate et dans la moelle des os que partout ailleurs '.
élective que réuw'ne. On peiil aussi (^mplnver le» pnnyiii** sp^Jnuii de eoli m unnirr puur IVlaile des liéniniiiilH's Jaiis le sauji I*. |i. ISN). I. A. nioNAMI. Ana<l. fnrv*. .ff Pomn. anrii< XVI, I. V, 2' si^rie.
Terni conseille de recueillir le sang dans les sinus de la duremère où les germes de la putréfaction arrivent plus difficilement que dans les vaisseaux de Tabdomen ou du thorax *.
Quand Tautopsie est pratiquée seulement 12 à 24 heures après la mort, les hémamibes sont déformées et souvent méconnaissables, mais, en général, on distingue encore facilement les leucocytes mélanifères.
B. ftate. — Lorsque le paludisme entraîne rapidement la mort, rhypersplénie est parfois peu'marquée mais on peut dire, je crois, qu*elle est constante.
Dans 12 cas de fièvres pernicieuses suivies de mort dont j'ai recueilli les observations, la rate est toujours notée comme augmentée de volume; ces observations donnent, comme poids moyen de la rate : 686 gr. ; maximum, 850 gr. ; minimum, 400 gr. Le poids de la rate normale étant de 160 à 190 gr. chez Thomme adulte, on voit que le poids minimum dépasse encore le double du poids normal ^.
La forme de la rate est en général modifiée, les bords sont arrondis, Torgane tend à prendre une forme globuleuse, surtout dans les cas où le parenchyme splénique est fortement ramolli.
La capsule est amincie, distendue, très friable, il est rare d*observer des adhérences ou d'autres traces de périsplénito, à moins qu'il ne s'agisse de sujets ayant eu plusieurs atteintes de paludisme.
La capsule se rompt souvent pendant Tautopsie; on n'arrive à retirer la rate que par morceaux.
La rupture spontanée de la rate a été observée quelquefois chez des malades atteints de fièvre palustre (V. p. 301); quand on a manié la rate de sujets morts d'accès pernicieux, on s'explique la possibilité de cet accident, on s'étonne même qu'il ne soit pas plus fréquent.
La consistance de la rate est toujours diminuée; la pulpe est souvent réduite à l'état de bouillie qui s'attache aux doigts et qui est entraînée facilement, lorsqu'on place l'organe sous un filet d'eau.
1. G. Terni, Boltet. deUa Soc. med, pisana^ 18U5, t. I, fasc. 2.
2. Sappey flxe à 105 gr. le poids moyen de la rnle riiez Padiilte. D'nprès les reclierehes faites dans le laboratoire de Uollinger, le poids de la rate, clie/ les sujets a^iins (individus morts de mort violente), est de 101 p:r. chez riioinine et de i4H ;rr. chez la femme. Le poids et les dimensions de la rate sont en rapport avee le poids et les dimensions du corps (ZiEMSSSNt Mânchen. nied. W'orfu'nschr. et MMerine moderne, 23 janv. 18»7).
La coloration esl caractérislîque; la rate présente, «ussi bien la -surface (lue sur les coupes, une coloration brunâtre que Maill^^' compare à celle du chocolat à l'eau.
Cet aspect de la rate ne se rencontre que dans le paludisn»aigu; la rate prend parfois, chez des individus qui ont succomliù d'autres afTeclions, une teinte brunâtre, mais il est facile s'assurer qu'il s'agit alors d'une altération cadavérique.
Lorsque la rate est très ramollie, il n'est pas facile d'obtenir bonnes préparations liistologiques après durcissement: les s'émietlent dès qu'on les dépose dans l'eau, ce qui s'explitjue faci lement par l'état de dissociation des éléments de la rak', il donc préférable d'examiner la bouillie splénirgue à l'éliit frais ui 6ur des frottis desséchés.
Lorsqu'on pratique l'examen à l'état frais, on distingue, a^w milieu des hématies et des éléments propres de la raie, des élè^S ments pigmentés en grand nombre : hémamibes en doglobu In i reçu libres, souvent déformées, leucocytes mélanifères, grand» {•]• ments pigmentés de forme arrondie ou allongée, provenant de cndolhéliums vasculaires altérés.
Sur des coupes histologiques, ce qui attire tout d'abord l'alten tion, c'est la grande quantité du pigment disséminé sur loul l'étendue des préparations, sauf dans les gaines du lissu Ivmphold» ï des artérioles ' (corpuscules de Matpigbi) et dans les tissus fibreu*^ qui se détachent de la face profonde de la capsule ou qui accompa-^ gnenl les vaisseaux.
La figure XLI représente une coupe de la rate dans un cas di^»* fièvre pernicieuse; on distingue, au milieu du tissu spléniqua^ altéré, de nombreux éléments pigmentés : hémamibes ou leui-o--^ cyles mélanifères.
L'accumulation de pigment noir dans la rate est caractéristique::^ du paludisme. Dans la lièvre typhoïde et dans d'autres maladie^^ infcclieuses, les cellules de la pulpe splénique cunliennent souvenV des hématies à différents stades de transformation (BiLUionir^