Celu et Santori, CentralbL f. Bakter., t. XXI, p
D*une façon générale, les causes débilitantes favorisent Tinvasion du paludisme; par suite, Tendémie s'aggrave toutes les fois que la misère augmente; au contraire, toute cause capable d'accroître la force de résistance de l'individu et le bien-être des populations, agit favorablement.
C'est Téternelle question de la graine et du terrain.
On s'explique ainsi comment tant de localités, tant de régions de l'Europe, ont pu être assainies à une époque où la prophylaxie directe du paludisme était encore dans l'enfance, l'agent pathogène étant inconnu, ainsi que son mode de propagation.
Au temps de Sydenham, les fièvres palustres étaient communes 'Cn Angleterre; depuis longtemps, elles ont disparu presque complètement de ce pays. En France, en Allemagne, en Hollande, les régions en proie au paludisme se sont restreintes de plus en plus; partout on a vu l'endémie reculer devant les progrès économiques et hygiéniques; au contraire, elle a persisté dans les régions où la population est restée misérable; c'est là ce qui a fait échouer jusqu'ici toutes les tentatives d'assainissement de la campagne romaine*.
Dans les pays très pauvres, les conditions débilitantes se multiplient et livrent l'individu sans défense au paludisme; d'autre part, la quinine coûte trop cher, on n'appelle guère le médecin, on ne se soigne pas et nous savons aujourd'hui que le traitement rapide et prolongé de tous les cas de fièvre palustre est une des mesures les plus efficaces à prendre pour empêcher la propagation du paludisme.
Dans les pays riches, les individus bien logés, bien nourris, bien soignés quand ils contractent la fièvre, résistent beaucoup mieux à l'endémie palustre.
Pour exposer complètement la question de la prophylaxie indirecte du paludisme, il faudrait énumérer, parmi les causes d'assainissement, toutes les améliorations qui peuvent être apportées à l'hygiène publique ou à l'hygiène privée.
Le percement de routes, la construction de chemins de fer qui paraissent ne rien avoir à faire avec l'endémie palustre, sont signalés partout comme ayant eu (en dehors de la période des travaux) d'heureux effets dans les pays palustres; en facilitant les
I. Celli, La malaria sccondo le nuovc ricerche, Roma, 1899. — René Bazin a bien décrit l'clat misérable clans lo(|uel vivent d'ordinaire les travoilleurs nomades de la 4;ampogne romaine (Les Italiens d'aujourd'hui, Paris, 1894).
échanges, les routes et les chemins de fer augmentent la richesse et, par suite, le bien-être des habitants dans les localités qu'ils desservent.
Sans parler du drainage du sol et du dessèchement des marais dont l'action sur l'endémie palustre est facile à comprendre, toutes les améliorations agricoles exercent, sur cette endémie, une influence favorable; la culture de la vigne a été signalée souvent comme une cause d'assainissement.
Des habitations mieux construites, plus grandes et plus saines, une alimentation plus variée, plus abondante, l'adduction d'eau de bonne qualité ont été mentionnées avec raison, parmi les causes de la disparition de l'endémie palustre*.
L'adduction d'une eau pure, dans une localité palustre qui n'avait qu'une eau de mauvaise qualité, a produit maintes fois d'heureux effets sur l'état sanitaire.
Bettington et Moore, aux Indes, Parkes et de Chaumont, en Angleterre, ont cité de nombreux exemples de localités dans lesquelles la substitution d'une eau de bonne qualité à une eau mauvaise, stagnante, a eu une influence manifeste sur l'endémie palustre (V. p. 98).
A Casabianda (Corse), l'adduction d'une eau potable a contribué pour une part à diminuer la gravité de l'endémie palustre, si grande naguère dans cette localité *.
11 est aujourd'hui démontré que l'hématozoaire du paludisme n'est pas propagé par l'eau, mais on conçoit qu'une eau de mauvaise qualité qui provoque des troubles gastro-intestinaux, mette l'organisme dans un état de réceptivité favorable à l'invasion du paludisme.
L'usage d'eau bouillie, d'infusions de thé ou de café, a été souvent conseillé avec raison en pays palustre.
L'infusion de café rend de grands services dans les pays chauds et palustres; c'est en effet une boisson tonique qui, loin d'affaiblir l'organisme en provoquant des sueurs abondantes, le fortifie tout en calmant la soif; déplus, comme il est nécessaire de faire bouillir l'eau pour préparer l'infusion de café, l'eau môme médiocre ou mauvaise se trouve purifiée de tous les germes en suspension.
1. TiiKVARD, Th. Paris, I8S6. — Albert, Disparition des f. palustres dans le llaul- IJmousin. Th. I.yon, ISO.").
2. ZiccARELU, I.o domaine d»* ('asahianda, Petit Bastini», \i) avril lîMM, et Happort médical sur la situation sanitaire du domaine de (lasahianda, Hastia, 1)K)0.
Lavkran, Traité du Paludisme, •2'" édition. 39
L'infusion légère de thé a les mêmes avantages.
Ces infusions sont, avec raison, les boissons préférées des Orientaux.
Les boissons alcooliques dites hygiéniques : vin, bière, sont toniques, et rendent à ce titre d'incontestables services en pays palustre; l'introduction de la vigne en Sologne est citée comme une des causes de l'amélioration des conditions sanitaires des Solognots.
Mais si Tusage du vin et de la bière est recommandable, l'abus des boissons alcooliques constitue, surtout dans les pays chauds, un grand danger; l'alcoolisme est une des causes adjuvantes les plus communes des accidents pernicieux.
D'après le général Wolseley, il y a lieu de supprimer complètement les boissons alcooliques pour les troupes en campagne dans les pays chauds*.
Pendant les expéditions de la Côte de l'Or, d'Abyssinie, d'Egypte, ' toutes les boissons alcooliques ont été interdites dans l'armée anglaise et l'état sanitaire des troupes a toujours été excellent.
On a vu (p. 96) que toutes les causes débilitantes : fatigues, excès de toute sorte, alimentation insuffisante, etc., favorisent l'invasion du paludisme; on devra donc, en pays palustre, suivre une bonne hygiène générale et éviter avec soin ces causes prédisposantes.
J'ai montré que l'influence des causes débilitantes était considérable chez les soldats en campagne dans les pays chauds ; ce sont les hommes les plus jeunes, les moins aptes à supporter la fatigue, ceux qui doivent fournir la plus grande somme de travail, qui paient au paludisme le plus lourd tribut.
La fatigue donne lieu rapidement chez les jeunes soldats au découragement, à la nostalgie qui prédisposent aux maladies et en aggravent les eflets. II est indispensable de n'envoyer aux colonies que des soldats âgés de 23 ans au moins*.
Les Anglais ont reconnu que, dans les pays chauds et palustres, une des mesures prophylactiques les plus efficaces consistait à diminuer, autant que possible, les fatigues imposées au soldat.
Pendant les dernières expéditions entreprises en Afrique, chaque soldat anglais avait un indigène pour porter son sac et pour l'aîder à préparer son campement et ses aliments.
1. The soldier's porkot hook for fleld service, London, 1882. — A. Laveran. Traité d'hygiène niilit., Paris, 181)0, p. 207.